La Balustrade
Non communiqué
A la
Gloire du Grand
Architecte de l’Univers
Ordo Ab Chao – Deus Meum que Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains
Grands Inspecteurs Généraux du 33èmeet dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
Lorsque le voile tombe, le nouveau Maître Secret est
ébloui par la grande Lumière qui rayonne
à l’Orient de tout son éclat.
C’est
l’illumination. Pourtant, malgré ses yeux
maintenant dessillés, il en demeure
physiquement séparé et ne peut la contempler
qu’à distance: une balustrade se
dresse devant lui, infranchissable en dépit de cette
clé d’ivoire qu’il possède
pourtant. Le Maître Secret est ainsi parvenu à une
limite, une frontière
symbolique qui lui révèle sa propre limite
actuelle. Ordo Ab Chao – Deus Meum que Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains
Grands Inspecteurs Généraux du 33èmeet dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
Quelle est donc l’idée derrière cet obstacle symbolique ? En architecture, la balustrade est une barrière matérielle répondant à une nécessité de protection : elle arrête physiquement mais laisse passer le regard ; de façon générale elle préserve un espace intérieur de l’extérieur ; elle constitue une protection contre la chute depuis une position élevée pour ceux qui se trouvent à l’intérieur de l’espace ainsi délimité. Sa hauteur, réduite à sa fonction de garde-corps, permet de s’y appuyer en toute sécurité. Tenter de franchir la balustrade relèverait soit d’un geste inconsidéré soit d’une inconscience de l’impossibilité physique.
Dans un lieu de culte, église ou temple, sa fonction ne diffère pas mais ici la protection est d’un autre ordre ; il ne s’agit pas à proprement parler d’interdire l’accès à l’espace consacré mais plutôt de montrer le caractère vain d’un tel franchissement par ceux qui n’y sont pas autorisés. De fait l’usage s’est répandu de la supprimer car cette frontière ne relève pas du monde physique et ne peut accéder au centre que celui qui s’y est longuement préparé et a éprouvé sa motivation.
Matérialisée ou non, cette balustrade crée une distance infranchissable à certains mais dirige l’attention de tous vers le centre lumineux. L’enjamber relèverait ici de l’aveuglement et de l’ignorance fautive propre au profane. Mais le regard est accordé à tous ; l’élan qui permet de la franchir est la réponse à l’appel secret et intime de la Conscience.
La balustrade est ainsi un signal pour les membres d’une même communauté de personnes averties. De sorte que l’interdit n’est pas formalisé puisque évident et certain. Les Ecritures mentionnent pourtant une balustrade affectée d’un interdit : celle qui, dans le second Temple, celui d’Hérode, marquait la limite de la cour des gentils, infranchissable à tout étranger à la communauté juive, symboliquement celui qui n’a pas contracté une Alliance personnelle avec Dieu, et ce sous peine de mort. L’interdit était donc affiché à l’adresse de ces étrangers au peuple de Dieu et pour cela gravé en latin et en grec.
Mais pour nous, ici en ce lieu où l’éclat du jour a chassé les ténèbres, nous pour qui un homme est incomplet, inachevé, tant qu’il lui manque la spiritualité, cette balustrade n’est-elle pas au contraire une invitation ? Et pour celui qui répond à l’invitation, cette invitation ne devient-elle pas une impérieuse nécessité ?
Dans ce cas, la mort encourue relève d’une autre nature que la mort physique. Rome et Athènes deviennent, par les directions qu’elles ont montré aux civilisations ultérieures, les représentants de l’idolâtrie ou survalorisation par l’homme de la satisfaction de ses désirs corporels et intellectuels au détriment de son rapport à la spiritualité et à la réalité intangible, unique et salvatrice de la Vie essentielle.
Les symboles ne sont hélas pas toujours univoque, rarement même. Cette balustrade nous est également le rappel d’une autre barrière, toute contraire, celle que les initiations préalables, et aujourd’hui les rappels au devoir, nous interdit de franchir pour ne pas tomber au rang d’irresponsables dont les actes, insensés, peuvent tuer : le franchissement continuel de cette barrière là fait que nous pleurons toujours notre Maître Hiram Abif.
« Seul l’Orient constitue le Saint des Saints » précise le Trois Fois Puissant Maître. Pour l’heure le Maître-Maçon, qui n’a pas fini sa préparation, est arrêté sur cette ligne de partage entre l’Orient et l’Occident. Il est à la frontière entre les royaumes de Seth et d’Horus, frontière que le grand prêtre traverse de son vivant et le roi à sa mort pour rejoindre Osiris car il s’y est préparé en accomplissant le Grand Pas.
Pour le Maître Secret, la barrière que constitue la balustrade marque un arrêt nécessaire après une progression qui l’a mené au bord de la source. Parvenu à ce quatrième degré, il a tracé son espace personnel dans les quatre directions, il a établi son Temple qu’il doit désormais servir.
Le Maître Secret est un Lévite. Lévi, qui signifie « celui qui accompagne », a racheté ses erreurs par son abnégation et sa loyauté envers ses frères. Puisqu’il a connu le mal et en a triomphé, il est à même de discerner le vrai du faux et donc à même d’aider les autres dans cette quête. Ses descendants, les Lévites, n’avait donc pas besoin de territoire propre pour aider tous les hommes, les autres tribus, à triompher du mal et les soulager dans leurs épreuves. C’est là toute la signification de l’engagement en Loge de Perfection.
S’il poursuit son devoir envers lui-même et envers les autres hommes face à la Vérité, le Maître Secret sera comme le chevalier qui franchit le pont et atteint l’autre rive au prix d’une lutte victorieuse contre un gardien sans faiblesse. Il sera comme Jacob au gué de Yabboq qui franchit le torrent après sa lutte contre l’Ange (Dieu), juste avant l’aube et l’éclat du jour. Le combat est rude et long, jusqu’au bout son issue est incertaine tant les élans qui s’affrontent sont de forces équivalentes, même pour celui qui a vu le lien entre le Ciel et la Terre. Jacob triomphera avec le lever du Soleil dans une Alliance complète qui le marque aussi dans sa chair. Franchissant le torrent, Jacob a franchi la porte du Débir (Saint des Saint). Il changera de nom, mais pour avoir, lui, trouvé son total accomplissement qui va désormais rayonner. (Genèse chap. 32, v. 23 à 33 : « Cette même nuit, Jacob se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait. Et Jacob resta seul. Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l’emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit : « Lâche-moi, car l’aurore est levée », mais Jacob répondit : « Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni ».Il lui demanda : « Quel est ton nom ? » – « Jacob », répondit-il. Il reprit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté ». Jacob fit cette demande : « Révèle-moi ton nom, je te prie », mais il répondit : « Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? » et, là même, il le bénit. Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, « car, dit-il j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ». Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche ».)
[Dans ce récit mystérieux, sans doute yahviste, il s’agit d’une lutte physique, d’un corps à corps avec Dieu, où Jacob paraît d’abord triompher. Lorsqu’il a reconnu le caractère surnaturel de son adversaire, il force sa bénédiction. Mais le texte évite le nom de Yahvé, et l’agresseur inconnu refuse de se nommer. L’auteur utilise une vieille histoire pour expliquer le nom de Penuel par peni’el, “ face de Dieu ”, et donner une origine au nom d’Israël. Du même coup, il la charge d’un sens religieux : le Patriarche s’accroche à Dieu, lui force la main pour obtenir une bénédiction qui obligera Dieu vis-à-vis de ceux qui, après lui, porteront le nom d’Israël. Ainsi la scène a pu devenir l’image du combat spirituel et de l’efficacité d’une prière instante. (S. Jérôme, Origène)].
Le torrent de Jacob est comme la balustrade du Maître Secret, à la fois limite et lieu du combat pour un passage difficile. Pour le Maître Secret, seul avec lui-même, la préparation n’est pas achevée, la Grande Lumière n’a été qu’aperçue et ses doutes peuvent encore l’égarer.
S’il ne se détourne pas de sa voie, s’il ne se retourne pas comme Orphée, il est en droit d’espérer trouver sa totalité au lieu de la perdre irrémédiablement. Si l’intime perfectionnement se poursuit avec la même constance et la même sincérité, alors cet arrêt nécessaire permettra de trouver en soi l’énergie et la force suffisante pour franchir authentiquement cette frontière vers l’autre monde.
La Clé d’Ivoire, symbole d’ouverture, se révèlera alors promesse de passage, ce même passage célébré par les Hébreux. Mais la Genèse et les mythes nous rappellent que cette préparation, ce lent perfectionnement demeure fragile.
Orphée, dont la légende nous dit qu’il fut pourtant initié aux mystères d’Egypte, a confondu rayon de lumière et Resplendeur (Ziza), promesse de victoire avec triomphe parce qu’encore trop attaché aux satisfactions profanes ; il nous enseigne l’importance du temps de préparation secrète, intime, presque toujours insuffisant pour une vie d’homme en dépit des incessants rappels à son devoir.
A l’ouverture des Travaux, lorsque le Frère Adoniram affirmera que nous sommes dans « le Saint des Saints », précisément là où « l’éclat du jour a chassé les ténèbres », il nous invitera à nous y immerger. Si nous en sommes les gardiens, c’est pour en avoir compris la valeur.
Nous sommes ce que nous faisons et aspirons pleinement à être, le réalisant, nous sommes en qualité de Maîtres Secrets, ici en Loge de Perfection, appelés « à remplacer notre Respectable Maître Hiram-Abif et poursuivre ainsi la construction du Glorieux Edifice ». Pour cela il nous faut parvenir à franchir la balustrade et rayonner en Resplendeur.
J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître.
R CF
Papeete, le 06 Août 2003