La clef d’ivoire

Auteur:

E∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
TFP et vous tous mes FF et mes SS MMSS





A la fin de la cérémonie d’accession au 4ème degré symbolique, le TFP remet au nouveau MS les attributs de son grade :
Le tablier blanc bordé de noir et le sautoir bleu au bout duquel pend une petite clef d’ivoire.


Essayons de découvrir le message que véhicule cette petite clef et quel est son sens véritable ?


Tout d’abord à quoi ressemble-t-elle ?


A priori, elle ressemble à toutes les clefs avec son anneau, sa tige et son panneton ; mais si on l’observe de plus près, on constate que sa matière et sa couleur sont différentes.
Jusqu’à maintenant, les outils mis à disposition lors desaugmentations de salaire étaient constitués de bois ou de métal ; ici ,la matière s’apparente à l’ivoire.
Si la tige est commune, le panneton, là , est ouvragé et forme la lettre Z, septième lettre de l’alphabet hébraïque.


Pourquoi l’ivoire ? pourquoi la lettre Z ? et surtout pourquoi une clef ?


Essayons de nous pencher sur le symbolisme de ces divers éléments.

L’ivoire, couleur proche du blanc, symbolise la pureté. Cette matière organique rappelle l’ossature humaine. C’est le constituant des défenses d’éléphants, symbole de puissance et de sagesse, mais aussi de la dent, symbole d’assimilation de la Connaissance.

La lettre Z, septième lettre de l’alphabet hébreu, est l’initiale de ZIZA, nom d’un des descendants de Salomon, mentionné dans la Bible et également ,mot de passe du MS.

La lettre Z qui est formée de deux 7 accolés, tête en haut, tête en bas, rappelle la formule célèbre de la Table d’Emeraude , d’Hermès Trismégiste : « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas. »

En hébreu, le mot ZIZA signifie lumière, brillance, resplendissement.

Si on lit ce mot à l’envers, on découvre un nouveau mot « AZIZ » qui signifie « fort » en hébreu et « sacré » en arabe.

Le rituel traduit le mot « ZIZA » par « éclat de lumière ».

Toutes ces significations sont donc étroitement liées à la situation du MS qui est autorisé à s’approcher du Saint des Saints et de la lumière qui en émane.

Poursuivons avec le symbolisme de la clef.

Le dictionnaire des symboles nous propose différentes interprétations :

« le symbolisme de la clef est, de toute évidence, en relation avec son double rôle d’ouverture et de fermeture. C’est à la fois un rôle d’initiation et de discrimination. »

« Au plan ésotérique, posséder la clef signifie avoir été initié. Elle indique, non seulement l’entrée dans un lieu , mais l’accès à un état, à une demeure spirituelle, à un degré initiatique. »

Enfin, à propos des contes et légendes, « la clef est le symbole du mystère à percer, de l’énigme à résoudre, de l’action difficile à entreprendre, bref des étapes qui conduisent à l’illumination et à la découverte. »

De toute évidence, ce symbolisme de la clef a été très largement utilisé. Rappelons les clefs de Saint-Pierre, les clefs de Janus, mais aussi, entre autres, les clefs d’Isis et d’Osiris.

Munis de tous ces éléments, essayons de comprendre pour quelles raisons on a fait de cette clef d’ivoire le bijou du MS

Si on se réfère aux textes bibliques qui décrivaient le Temple de Salomon, on constate que celui-ci se décomposait en 3 parties :
l’ULAM (vestibule ou parvis)
l’HEKAL ( le Saint)
le DEBIR (le Saint des Saints)


La Loge de Perfection qui figure l’édifice biblique compte, elle, 2 parties :
le Parvis
le Sanctuaire où sont les Maçons et où sont reçus les candidats MMSS

On peut imaginer une troisième partie, fictive, le Saint des Saints (derrière le TFP). Personne ne prend place dans celieu où réside la Transcendance.

Si, dans le Temple de Jérusalem, le Saint des Saints était refusé aux hommes, le MS, grâce à la clef, a accès à ce lieu sacré.

Quel est donc ce lieu sacré auquel nous devons accéder ?

En fait, le Saint des Saints est au cœur de chacun d’entre nous, c’est notre centre, notre moi profond, notre partie secrète et sacrée, le siège de l’Amour Universel, c’est le « deviens qui tu es » de Nietzsche.

Cette clef qui nous a été remise ne symbolise pas un élément extérieur à nous -même, elle est nous-même, comme le sont la, et je dirais même, les portes qui sont en nous, et que nous devrons ouvrir ou fermer, par étapes successives.

Mais ce cheminement nécessite une volonté de la part de chacun. Il faut accepter de vaincre des obstacles, de faire des efforts, de travailler.

La clef réside au fond de chacun et il est seul maître « à bord ».

Cette démarche induit une prise de conscience, laquelle est « facilitée » par la méthode initiatique du 4ème degré.

« Obéissance, fidélité, discrétion »autant d’éléments qui concourent à un état de réceptivité. On pourrait dire, en ce sens, que le 4ème degré est un grade d’éveil.

Obéissance. A qui ? A quoi ?

Il ne s’agit pas d’une obéissance aveugle et dangereuse mais celle d’un Maçon libre qui accepte d’adhérer aux principes de l’Ordre, qui accepte la notion de Devoir et qui accepte ses propres obligations envers lui-même.

La fidélité qui figure également dans le serment du MS ,consiste essentiellement à mettre en adéquation son idéal, ses idées et ses actes.

Je m’étendrai volontairement, un peu plus sur la discrétion, leSecret , qui est un des éléments fondamentaux du 4ème degré.

Le TFP déclare : « Je vous remets cette clef, emblème aussi de la discrétion. »

La dénomination de MS n’est pas anodine, elle rappelle cet aspectessentiel du secret à ce degré .

Dès le début de la cérémonie de réception, le M récipiendaire se voit apposer sur les lèvres, le sceau du secret qui matérialise ce devoir de discrétion qui sera désormais le sien.

Ce même devoir de discrétion est conforté par le signe qui se fait index et majeur posés sur la bouche.

Pourquoi ces deux doigts ?

Le majeur symbolise le doigt du destin, l’index, celui du commandement mais aussi du jugement, de l’équilibre et du silence.

Ces deux doigts apposés sur la bouche favorisent la pratique du silence, la maîtrise du verbe et la méditation.

Il est à noter qu’à travers l’espace et le temps, la plupart des organisations initiatiques ont observé cette discipline du secret.

On en trouve trace dès l’Antiquité. Il établit le lien qui unit secret et sacré. On le retrouve en Egypte avec Harpocrate, le fils d’Horus ; en Grèce, dans la représentation de la Pythie de Delphes ainsi que sur les portails de certaines cathédrales.

Contrairement au silence de l’Apprenti qui est imposé, le silence du MS est une discipline intérieure librement consentie.

Il est un des éléments complémentaires à ceux évoqués précédemment qui contribue à ce retour sur soi-même, cette prise de conscience de notre monde intérieur, préalable à la poursuite de notre chemin initiatique.

Pour terminer, je résumerai cette approche de la clef d’ivoire en disant que, si cette clef n’ouvre aucune porte matérielle, elle est un peu notre énigme puisqu’elle est en nous. C’est la clef de notre sanctuaire intérieur, de notre lieu de lumière.

Notre objectif : rechercher la vérité, rassembler ce qui est épars, retrouver la parole perdue. C’est le retour à l’Unité, à l’Origine ; c’est, bien sûr, notre Idéal de Perfection.

Mais si cette clef d’ivoire est symbole d’ouverture, elle sait aussi clore. C’est le signe du secret, le silence du MS qui lui permet une introspection, étape indispensable à la poursuite de sa quête initiatique.

Si ce cheminement est personnel, il passe quand même par l’autre. Et je citerai pour conclure Léon Nisand : « C’est dans l’autre que l’on perçoit l’étincelle d’esprit qui donne son caractère sacré à l’homme. »

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