La Clef d’Ivoire

Auteur:

M∴ R∴

GLNF
Loge:
Non communiqué

A04A-O-1

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab Chao, Deus Meumque Jus
T F P M et vous tous mes F M S

« Sois attentif et écoute ma sagesse. Utilise le mot que je t’ai donné. Utilise la clef qui te permettra de devenir à jamais un Enfant de la Lumière ». (Hermès Trismégiste. La Clef du Temps. Tablette X).

La mise en scène de la mort héroïque de l’Architecte du Temple du Roi Salomon Hiram Abif, et la palingénésie qui la suit marque l’accès du cherchant à une dimension nouvelle. Ce personnage clef de notre histoire maçonnique dont aucune trace ne se retrouve dans les textes sacrés, est une allégorie. Mais la mise en scène de ma propre mort existe bien, et c’est bien le compagnon qui meurt, héroïque dans le respect de ses serments, et qui renaît, Homme nouveau. Cette mise en scène symbolique me permet de comprendre que la construction du Temple n’est pas terminée, que je suis l’architecte de ma propre construction, de mon propre temple.

Passé de l’équerre au compas, entre l’équerre et le compas, entre la Terre et le monde matériel et le Ciel, l’Esprit, le Subtil dans un élan vertical et purement spirituel, au troisième degré, a sa suite logique dans l’organisation de la fin de la construction du temple, après la mort de l’architecte.

« L’Architecte est mort, vive l’architecte ». C’est une nouvelle vie qui commence. Et c’est déjà l’entrée dans le degré suivant, aussi radieux que jamais du Maître Maçon…mais avec un voile sur les yeux.

Plus d’outils de tailleur de pierre, sauf un petit rappel de l’équerre sur le front. N’aurait-on pas mis en pratique la parole de Dieu : « Je n’ai que faire de vos temples de pierre, ce sont des temples de chair que je veux ! » Ma mission ne serait-elle pas de terminer ma propre construction, et ma mort ne me fait-elle pas entrer dans le Temple absolu, situé au plus profond de Moi, dont je dois achever la construction. Est-ce pour ouvrir ce chantier qu’une clé d’ivoire m’est remise, comme symbole de mon nouveau grade ?

Depuis l’antiquité la clef est le symbole d’un accès à un autre monde, celui des morts, le royaume des cieux, monde espéré, invisible mais ressenti, monde subtil, monde de l’Esprit.

Cette clef d’ivoire a une fonction dans la construction des fondations du temple qui fera de nous des fils de la lumière. L’atelier étant la mise en scène d’une possible rencontre entre le visible et l’invisible, ou plus précisément, de la mise en scène de l’élévation de notre Esprit, la clef est-elle l’outil qui va permettre cette rencontre ?

Cette clef est un outil ternaire constitué d’un anneau, d’une tige-axe, d’un panneton.

L’anneau rappelle tantôt le cercle, tantôt quelquefois le signe infini, ou lac d’amour. Le cercle c’est le mouvement cyclique, la transformation, l’accélérateur de devenir, le souffle divin sans début ni fin. Dans le cercle réside le principe de l’expansion du point, non pas de façon linéaire, la ligne étant définie comme une succession de point, mais de l’expansion du point central, le Principe, l’Un qui est tout, la Loi Unique et Multiple. Il exprime la perfection du monde céleste, dans lequel le carré, emblème du terrestre, vient s’inscrire. Cet anneau est aussi l’ouroboros, qui par l’avalement de soi-même, est l’expression d’une dynamique constante de progrès sur soi-même. Il rappelle les cercles de nos voyages, aux deux degrés symboliques et les cercles régénérateurs et réorganisateurs du chaos issu de la mort du maître.

Le second élément de la clef est la tige, l’axe, qui rappelle le fil à plomb du premier degré. Il nous rappelle peut-être que cet outil ne sert pas qu’au premier degré ! Les maçons qui l’oublient risquent de se scléroser dans leurs certitudes ! L’Axis mundi qui relie le cercle, le spirituel, au temporel du Panneton, dont le Z évoque un carré incomplet avec deux côtés et une diagonale, mais aussi ce chemin tortueux de la vie matérielle qui te conduit jusqu’au trône de Dieu lui-même.

C’est le troisième élément de la clef. En forme de Z, initiale du mot de passe, Ziza, signifiant splendeur. Mais c’est aussi le Z de Zeus, celui qui éclaire, l’un des éléments de la Loi Unique. Z, c’est l’éclair, le feu, créateur, purificateur, lien entre le ciel et la terre. Le Z est aussi deux 7 accolés, l’un naissant de l’autre, beau symbole du maître qui renait de lui-même… La splendeur du M M, « plus resplendissant que jamais » !

Cette clef est donc le symbole de la fonction du Maître Secret dans ce temple dont la construction s’achève, autour du Saint des Saints, qu’il garde, dont il a la clef, comme certains le disent. Il possède le pouvoir d’en fermer ou d’en donner l’accès, mais qui ne peut lui-même y pénétrer encore. Toutefois, couronné de laurier et d’olivier, il reçoit le pouvoir et la force d’y aller un jour.

C’est un « outil » non plus de constructeur, mais de prêtre. La dimension devient spirituelle Tel le Pape dans ses armoiries, St Pierre, Janus, Osiris, Isis, nous possédons une clef symbolique qui nous donne l’accès au divin.

Sa position sur le corps même du M S est significative.

Sa position axiale et verticale d’abord, qui rappelle le fil à plomb, qui rappelle à chaque instant cette quête de Soi, cette obligation de se connaître soi même, préalable à tout progrès dans l’Art Royal à toute transformation de l’Etre, à toute prise de conscience de ce que l’on est pour se tracer le chemin que l’on veut ou que l’on doit… C’est V.I.T.R.I.O.L qui est pendu à mon cou. Sa position médiane, entre le sexe et la tête, entre ce qu’il convient de définir comme mon existant primaire, et ma tête, considérée comme le siège de mon Etre spirituel, me rappelle que mon chemin va du subconscient profond au sur conscient. Notre « ternarité » nous est rappelée qui fait de nous des cherchants. Elle est symbolisée par la clef et nous fait penser aux fonctions dévolues aux trois ordres de la société au Moyen Age, et qui se retrouvent donc rassemblées dans un seul individu, le Maître Secret. Ceux qui travaillent la Terre, le peuple, le monde profane, ceux qui s’occupent de la spiritualité, de Dieu et du divin qui est en nous, les prêtres, et ceux qui permettent par leur engagement courageux, le Travail et la Prière, en gardant les portes du Temple, les Chevaliers.

Cette fonction chevaleresque est d’ailleurs suggérée par la position de la clef au niveau du 3ème chakra, centre de la paix intérieure et de la générosité. Etre gardien du Saint des Saints signifie aussi que le M S peut être un combattant.

C’est enfin l’Homme Triple que nous retrouvons dans ce fil à plomb que nous portons autour du cou, l’Homme du torrent qui est emporté par le flot de la matérialité, l’Homme de l’amour et de la générosité et l’Homme Spirituel.

La poursuite de l’analyse de cette clef me conduit maintenant à me demander pourquoi elle est taillée dans l’ivoire.

Que représente pour moi, l’ivoire ? En dehors de ce que j’ai pu lire dans diverses publications. L’ivoire me fait penser à l’éléphant, mais aussi au trône de certains rois, à l’un des éléments des dents, à la blancheur, à son origine organique.

Elle est d’origine animale et donc me rappelle aussi que mon animalité se confronte à l’intérieur de moi-même à ce qu’il y a de meilleur en moi. L’Alchimie ne consiste-t-elle pas à différencier le bon du mauvais, tailler sa pierre brute au premier degré, dans le but de rassembler ce qui est épars en nous, « de reconstituer le Tout délivré de ses scories qui empêchent la Lumière de s’épandre à l’intérieur de l’homme ».

L’ivoire est par ailleurs imputrescible. Cette matière organique est comme de la pierre, rare donc précieuse, blanche donc pure, voire lumineuse.

Notre quintessence ne serait-elle pas aussi imputrescible, comme l’est l’acacia qui est connu du Maître Maçon ?

Celui qui porte cette clef porte en puissance la sagesse, la pureté, le temps, la richesse du cœur, ce qui lui permet d’espérer ouvrir une porte sacrée. Dans l’antiquité, on attribuait à l’ivoire le pouvoir de rendre les poisons inoffensifs, et la clef prend donc également un sens de protection, contre les aléas de la vie mortelle peut-être.

Symbole ternaire, symbole de l’homme triple, rappel du fil à plomb que tout maçon doit en permanence avoir dans sa boîte à outils, il n’en reste pas moins qu’une clef, cela sert à ouvrir ou fermer. La question est pourquoi une clef au M S. Quelle porte ouvre-t-elle ? Pour aller où, quelle porte ferme-t-elle ?

En tant que Lévite, gardien du Saint des Saints, la clef doit pouvoir donner l’accès au S des S. Nous sommes dans une fonction sacerdotale, nous sommes des prêtres, et nous gardons, comme tous les gardiens, les clefs, plus comme emblème que comme outil, puisque nous n’avons pas le droit de franchir la balustrade.

Nous sommes là pour remplacer Hiram, l’architecte et nous possédons les clefs du chantier. Ce chantier reste bien notre temple intérieur qui doit être terminé. Aller au plus profond de soi-même, pour y découvrir tout ce qui est enfoui, dans une démarche quasi freudienne, tout ce qui est refoulé, soit pour l’admettre soit pour s’en débarrasser.

La claire voyance de mon être profond peut seule me faire progresser vers la Vérité, et la Lumière. La clef ouvre mon chemin, et la clef d’ivoire posée sur la Bible m’indique que ce chemin conduit à Dieu et certainement au divin qui est en nous.

Avoir une clef signifie aussi être initié. Il est clair que ce saint des saints est mon temple, et qu’il n’y a pas de construction d’une humaine fraternité sans l’achèvement de notre temple intérieur, sans que nous en soyons le propre architecte. Personne d’autre que nous même n’est capable de terminer la construction du temple, et le sacrifice d’Hiram, donc notre propre sacrifice, était nécessaire pour que nous renaissions avec une clef qui nous ouvre d’autres portes.

J’ai désormais la clef de la porte qui m’ouvre les vertes prairies du Grand Esprit, espace lumineux et serein qui se trouve bien au cœur de moi-même. Le Saint des Saints est là.

Comme je le disais au début de mon propos, l’atelier est la mise en scène de la rencontre entre le visible et l’invisible, au centre de moi-même, au sein de mon être devenu sur-conscient, parce qu’il a bien reconnu et rendus inopérants les refoulements de son être subconscient.

Pour Schopenhauer la clef ouvre la porte de l’essence des choses et des mystères fondamentaux, que l’Homme ne peut espérer trouver qu’au plus profond de son être intime.

J’ai dit, T F P M

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