La marche du M
B∴ H∴
Chacun des grades symboliques possède sa marche spécifique. Celle de M varie un peu selon les rites et les époques mais sa signification est constante.
Rappelons préalablement que les récipiendaires lors de la cérémonie de réception à la maîtrise, après avoir monté un escalier tournant, comportant trois, cinq et sept marches, séparées par deux repos, sont entrés dans le temple en marchant à reculons, faisant face à l’Occident. « C’est avec les lumières du passé que l’on se dirige vers l’obscurité de l’avenir » dit le V M. Le retournement qui s’opère ensuite est la marque d’une transition, un passage entre deux univers, d’un centre lumineux à un autre plus élevé.
Le regard est alors projeté vers la fosse où se situe le cercueil d’Hiram, obstacle qui pourrait paraître infranchissable. C’est la libération de l’esprit qui permettra de le vaincre.
Comme nous le dit le rituel à la G L C S, la marche de la maîtrise comporte huit pas : elle est composée des pas de l’apprenti et du compagnon auxquels s’ajoutent les 3 pas du M… Cette marche s’effectue sur un axe, de l’Occident vers l’Orient, montrant une continuité dans la progression vers la Lumière. La marche de l’apprenti se fait par des pas glissés en ligne droite, celle du compagnon, comprenant des pas de côté amorce une surface. Au grade de maître, ces 5 pas conduisent à la tête du cercueil d’Hiram. Le récipiendaire enjambe celui-ci en faisant un arc de cercle d’abord à gauche puis à droite, pour se retrouver sur la ligne médiane, les pieds réunis en équerre, devant le compas. Cette ligne est celle initialement tracée par l’apprenti. La marche se termine par le Signe Pénal, suivi du Signe d’Horreur et de l’exclamation rituelle : A S M D !
Le pas du M illustre que le chemin du maçon est continu: après avoir été apprenti et compagnon, après avoir dégrossi la pierre brute, il a reçu les moyens et les objets de la Connaissance. Sa marche témoigne du passage successif d’un plan géométrique à un autre. Le maçon avance dans sa quête en passant de la dimension verticale de la réflexion intériorisée à la dimension horizontale des voyages du C qui apprend le Monde, pour enfin s’échapper de la pesanteur, pour décrire une courbe avec ses jambes qui deviennent compas.
Le compas est le symbole de ce qui est essentiellement mouvant : c’est le dynamisme de la construction de la pensée. Entre l’Equerre et le Compas il y a le « centre » du cercle, c’est à dire que le M se situe entre la terre et le Ciel, entre Nature et Esprit.
Cette marche courbe, amorce du passage du carré au cercle, représente la projection dans l’espace donc l’avancement de l’éveil d’une conscience, le passage du domaine de la matière à celui de l’Esprit et de la Transcendance.
Le compagnon a la faculté de s’écarter d’un seul côté, le M, lui, peut également aller à droite et à gauche pour s’arrêter sur la ligne médiane, le Juste Milieu, loin des excès latéraux, les pieds en équerre.
Ce ne sont pas 7 pas que fait le
M M : en effet, s’il a défié la mort, le M
poursuivant son avancée, fait un huitième pas. Sa
marche doit se poursuivre vers l’avant et vers le progrès
dans sa quête spirituelle, vers l’Orient source de la
Lumière. Le M n’a que 7ans et plus…tout est dans le
« et plus » car il est un
Homme en mouvement, en devenir. Le nombre 8 est aussi celui de la
résurrection. Le 8 à l’horizontal est le symbole
de l’infini.
Les pas spécifiques au M rappellent aussi que la Sagesse
défie la mort. Le M triomphe trois fois de la mort, sans
crainte ni hésitation en enjambant sans
déséquilibre trois fois le douloureux
emblème qu’est le Cénotaphe. Il
dépasse les pièges des meurtriers d’Hiram que
sont : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Ainsi il est
rappelé au maître qu’avant d’avoir acquis la
Sagesse il a commis des erreurs et qu’il lui incombera de se montrer
d’une grande indulgence à l’égard de ses S et de
ses F, qu’il doit répandre la Lumière non pas
par l’orgueil de son ancienneté mais par la noblesse de son
exemple. En effet, son pas lui a permis de s’élever
brièvement au-dessus du sol, mais il doit encore travailler
pour mieux s’élever.
Il doit toujours y avoir équilibre de relation entre l’équerre et le compas, entre matière et spiritualité, et cet équilibre nous enseigne les limites à ne pas dépasser.
J’ai dit V M