Le cartouche du 4ème degré
B∴ J∴
Les instructions pour la décoration du temple, dans le rituel de M S décrivent ainsi le cartouche du 4ème degré : « derrière le trône, à l’orient, un grand cartouche circulaire, entouré d’un cercle jaune d’Or Sur le fond jaune pâle, se détache, en rouge, le triangle sacré, portant en son centre l’étoile flamboyante en bleu ».
Ces trois figures géométriques, grâce auxquelles toutes les constructions peuvent être faites sont déjà connues : elles sont les symboles majeurs des trois premiers degrés où elles ont été étudiées séparément. Mais, ici, la position du triangle et de l’étoile est inversée. De même, il y a inversion dans les couleurs et dans les nombres.
Bouleversement, donc, de nos repères habituels ; nous essayerons d’en comprendre la signification en étudiant les formes puis les couleurs et enfin les nombres.
Le cartouche se trouve au dessus du T F P M à l’Orient. Nous avons laissé l’horizontalité du tapis de loge des trois premiers degrés pour accéder à la verticalité, à la spiritualité des degrés supérieurs. (1) Le M S, en quête d’unité poursuit sa recherche en s’ouvrant sur le domaine métaphysique.
En loges symboliques, nous partons de notre centre (2) pour nous ouvrir au monde (3) afin d’essayer de parvenir au cercle (approche de la spiritualité). Dans l’instruction au 3ème degré la V S 2ème Surv affirme, déjà, que, si une M M était perdue on la retrouverait entre l’équerre et le compas ou bien au centre du cercle. En loge de perfection, nous partons donc du cercle de la manifestation pour aller vers le centre de l’étoile, vers l’Un, le Principe.
Le cercle :
Le symbolisme du cercle avait été abordé au 3ème degré ; au 4ème, celui-ci est évoqué d’abord dans les quatre voyages, aux cheminements maintenant « sinueux et courbes » car le géomètre passe des lignes droites et des angles par lesquels, il mesure la surface de la terre aux grandes courbes et aux cercles par lesquels il mesure le mouvement des astres, comme l’explique le TFPM… Le cercle, surtout, délimite le cartouche. Il est à la fois circonférence, surface et centre, il englobe. Pour illustrer la genèse du monde le GADLU est souvent représenté, compas en main : il trace le cercle de la création, de l’univers « dont le centre est partout et la périphérie nulle part ». (4)
Le cercle contient la totalité du visible – et de l’invisible -, et il manifeste l’action divine. Il figure symboliquement le tout, le cosmos, à la fois le multiple et le Un. Il réunit ce qui est épars. La circonférence est une courbe fermée, sans commencement ni fin, c’est le lieu du changement, de la manifestation, de l’éternel retour et aussi de l’Unité ainsi que le dit Silesus : «le point ayant contenu le cercle, le cercle fait retour au point » (5)
Il est entouré d’une sorte de couronne dorée « indépendante », non reliée aux autres figures qui pourrait représenter l’Ineffable, la Transcendance, la Vérité que l’on ne peut atteindre. (6) Le cercle ramené à son centre se confond avec lui. Il devient, alors, le centre de l’étoile, l’Etincelle Divine au cœur de l’homme.
Le triangle : est équilatéral et peut se tracer avec un compas, ce qui nous rappelle que nous sommes sensées être passées de l’équerre au compas. C’est la résolution de la dualité dans le trois. C’est la représentation du ternaire parfait c’est à dire du l’intégration du 2 dans le 1.
Ce triangle est sacré. Le sacré, d’après Aristote, est la projection du moteur immobile dans le flux des choses ou, (7) du centre céleste dans le cosmos.
Il semble représenter la transcendance révélée, il occupe une position centrale entre le cercle et l’étoile ; il semble assurer la liaison entre le Divin, le cosmos et l’homme. Le triangle sacré, par ses trois angles est en contact avec le cercle et avec quatre branches de l’étoile : cercle, triangle et étoile communiquent pour former le cartouche.
L’étoile :
Construite sur le nombre d’or, elle est présente dans les quatre degrés : l’App la voit dans la voûte étoilée, appel vers la lumière, incitation à lutter contre ses propres ténèbres, la Comp contemple l’étoile flamboyante, invitation à harmoniser matière et esprit.
Dans la cérémonie d’élévation, celle-ci sera de nouveau présente à l’occident, lors de la marche à reculons : la comp l’a-t-elle bien intégrée, l’étoile s’est-elle intégrée à elle ?
Au 4ème degré, la récipiendaire, encordée, le regard voilé, la retrouve, figure incluse dans les deux autres, au centre du cartouche, guide lumineux vers la connaissance, but à atteindre (4ème degré) et moyen d’y parvenir (loges symboliques). Elle a franchi le corps, dépassé celui-ci, est passée de l’équerre au compas, de la terre au ciel. Elle est devenue virtuellement étoile, harmonie de la manifestation ; elle porte maintenant le verbe divin caché dans son cœur, lien qui unit le bas et le haut, allie le fini et l’infini. Homme, nostalgique de l’Unité, en quête du sens, comme le montrent les branches qui touchent le triangle sacré dans lequel elle est incluse, recevant l’influence de celui-ci. Rencontre de l’Homme qui tend vers l‘accomplissement et du Principe Révélé.
L’étoile est bleue…Bleue, comme le sautoir et la bavette repliée du M S où veille l’œil de la Lumière. Début du chemin, par la méditation en profondeur, afin d’accéder au sommet de la montagne. Couleur froide (8) presque immatérielle, pure, qui symbolise, la pensée, la spiritualité pour le christianisme. Pour les bouddhistes, elle représente l’état de sagesse transcendante auquel peut accéder celui qui s’est délivré des réalités illusoires, et a pu s’unifier. En alchimie, le bleu est assimilé au noir ; c’est la première étape de la réalisation du Grand Œuvre où se poursuit le solve-coagula, dissoudre la terre, le matériel et fixer le ciel, le volatil pour réaliser peu à peu le travail de purification et de perfectionnement.
Le triangle sacré est rouge. Rouge, couleur chaude associée au feu – symbolisé aussi par un triangle – couleur du sang, de l’or en alchimie. Il évoque la vie : Adam, le premier homme, crée à l’image de Dieu, a la même racine que adom rouge et qu’adama la terre (9).C’est encore le cœur, le don, l’amour, -le bien absolu du principe créateur dont le M S a une parcelle en lui et qui l’incite « à accomplir son devoir parce qu’il est le devoir sans songer à la récompense ». Ambivalent, c’est aussi la couleur de la mort, le sacrifice, celui d’Hiram, celui qui peut être exigé de nous sur le chemin du devoir. C’est aussi celle de la dernière étape alchimique des opérations de purification, montée vers de plus en plus de clairvoyance et de sagesse.
Le surface du cercle est jaune pâle, couleur du blé arrivé à maturation, de la douce lumière de l’aurore, « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à pointer ». Couleur intermédiaire, (10) annonçant le cercle doré qui couronne le cartouche.
L’or est la couleur de l’illumination (Ziza le mot sacré signifie resplandeur) symbole du principe spirituel transcendant et invisible. C’est aussi l’or obtenu pendant la transmutation finale, après un long parcours et maintes transformations (11) : « la vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder ».
Trois nombres s’associent à ces trois figures :
L’étoile est associée au nombre 5 de la Comp : épanouissement, expansion de l’homme réalisé, inscrit dans celle-ci, qui connaît les 5 ordres architecturaux pour construire son temple en s’appuyant sur la base solide de ses cinq sens mais aussi aux 5 points de la Maitrise, transmission de l’influx spirituel qui verticalise l’homme.
L’étoile, le 5 est contenue dans le triangle (le 3 formé par trois M M qui gardent le tombeau d’Hiram, annonce de la sortie du chaos, marche en avant vers l’unité).Comme le dit Jung : « Le trois, c’est l’un devenu connaissable. Il représente un aspect d’unité devenu conscient ». Le trois donc amène au cercle d’or au 1. (12)
5, 3, 1 forment un total de 9, nombre du Ciel, de l’Amour, de la Béatitude. C’est le dernier des chiffres de l’univers manifesté. Il annonce la fin d’un cycle, un changement de plan. 9 M M tournent, en cercle, autour du cadavre d’Hiram, bras tendus vers le centre et l’unité. Dans la kabbale, les neuf premières lettres ramènent au yod (10) qui symbolise le Principe, c’est le retour du multiple à l’unité, du cercle au centre de l’Etoile.
Ce cartouche circulaire à l’Orient, exposé aux yeux du M S, véritable mandala (13), trace le cheminement du Maître secret : il lui suggère la voie de la transcendance. Au centre du cercle, du triangle et de l’Etoile, (14) il cherche le Sens, la Parole Perdue « La clé d’ivoire lui est donnée mais il ne sait pas encore s’en servir ». Lévites, étoile bleue au cœur de lui-même, il est devant le Saint des Saints, gardien individuellement et collectivement des secrets mystérieux qu’il ne connaît pas et dont il est séparé par une barrière, pour le moment, infranchissable. Ziza, par sa double signification, ferme, tout en ouvrant : ne lui a-t-on pas laissé espérer « des succès futurs et une ultime victoire » ?
Le cartouche peut symboliser les étapes de cette recherche du M S, à la fois sur le plan du microcosme (15) et, du macrocosme (16) en en signifiant l’unité. La clef d’ivoire est à l’intérieur de lui, il lui faudra en trouver la serrure pour l’ouvrir à bon escient. Son ego et ses désirs maîtrisés, ordonnés, peu à peu, dépouillé, purifié, transmué, il peut écouter son intuition, son cœur, qui, il le pressent, le relie à l’essentiel.
Au 4ème degré, le Maître Secret, devant le Saint des Saints, cherche la Parole – débir, en hébreu, désigne le Saint des Saints et signifie aussi parole. Il doit, non seulement, accomplir son devoir, mais, tenter de le comprendre : « la connaissance du devoir complet, c’est la parole perdue que nous nous efforçons de retrouver ».
Du cercle de la manifestation, au centre de l’étoile, au UN, il essaye de transcender sa nature. Humble, obéissant et fidèle, allié à ses S S, dans un travail secret, il tente de s’élever jusqu’à la compréhension du plan des Principes et de s’approcher, sans ne l’atteindre jamais, la Vérité Absolue, la connaissance de la loi d’unité « Il n’y a de réellement admirable que la loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».
J’ai dit.
Note :
(1) La lune et le soleil ont
disparu, ainsi que le pavé mosaïque. Il semble que
nous ne soyons plus dans la dualité
caractéristique de la manifestation ; plus de piliers non
plus, nous sommes sensés les avoir
intégrés.
(2) fil à plomb, équilibre du triangle
(3) l’étoile
(4) « De son compas, Dieu marqua les limites du
monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui
est caché ». dit Dante
(6) l’Essence, la Parole Perdue, la Lumière.
(7) selon, I. Mainguy
(8) (de l’air, de la voûte
étoilée, du firmament, de la mer).
(9) dam : le sang.
(10) pont symbolique entre le créateur et la
création, la transcendance et l’immanence).
(11) symbole de l’homme nouveau
dégagé de son asservissement à la
terre, à la matière,.à son ego.
(12) Theillard de Chardin dit : « Tout
se passe comme si l’Un se formait par unification successive
du multiple et comme s’il était d’autant
plus parfait qu’il centralise sous lui plus parfaitement un
plus vaste multiple » (mon univers).
(13) Figure autour d’un centre qui figure un aspect
du monde physique en relation avec le divin.
(14) là où se trouve le G de gnose.
(15) (le saint des saints, centre encore inaccessible,
inconnaissable en lui où se trouve le sacré, le
sens de sa vie, la pierre cachée).
(16) (transcendance, plan divin, genèse du monde).
Bibliographie :
-Rituel du 4ème
degré SCFF
-La maitrise parfaite. (J.C.Mondet)
-La symbolique des grades de perfectionnement et des ordres de sagesse.
(Irène Mainguy)
-Les symboles de la Franc –Maçonnerie. (J. Jgabut).