Le Devoir

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GLNF
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Depuis mes premiers pas en Franc-Maçonnerie, le ou plutôt les devoirs se sont imposés à mon esprit. Déjà dans le Cabinet de Réflexion, mon testament philosophique me faisait réfléchir sur mes devoirs vis-à-vis de Dieu, de moi-même, des autres et de la Patrie. Plus tard comme Apprenti, ce fut une pléiade de devoirs qui me furent prescrits : envers le GADLU, envers la Loge, envers l’Ordre et envers mes Frères, le devoir du secret sans compter le devoir de silence qui me fut ordonné en Loge. Comme Compagnon, ce fut une nouvelle batterie de devoirs qui me furent enjoints : l’assiduité, la ponctualité, l’activité et d’autres plus complexes comme la connaissance de soi, la domination de soi et la clairvoyance. On m’y rappela le devoir du secret qui me suivra tout au long de mon chemin. Les premières références au prosélytisme firent leur apparition car on m’y demanda de « rendre à ceux qui viennent après nous l’instruction que nous y avons reçue ». Enfin comme Maître, cet aspect fut encore renforcé car j’aurais désormais à « rassembler ce qui est épars et répandre partout la lumière ».



Le deuxième article de la Règle en 12 points s’attache à nous rappeler à nos « Anciens Devoirs » avec « le respect absolu aux traditions de l’Ordre » … quelque peu malmenées aujourd’hui.



Lors du passage au 4ème degré, ce qui devait s’imposer auparavant comme une évidence – je pensais avoir compris que j’avais des devoirs – me fut ré-asséné comme un coup de massue : c’était loin d’être fini ! Outre le rappel au secret : la « discrétion maçonnique », le mot « devoir » est répété pas moins de 16 fois durant la cérémonie de passage. Ceci compte non tenu des références indirectes à certains d’entre eux données par le T F P M lors des voyages ainsi que le devoir particulier associé à ma nouvelle fonction de Lévite ; la première fonction véritablement sacerdotale et chevaleresque.



Ces messages sont puissants : Ce Devoir est inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité et impératif comme le destin. Leur exposé est par ailleurs assorti de menaces toutes aussi sévères : « Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes » ; « Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter » ; « Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent ».



Ils offrent aussi un côté rassurant « La route du Devoir mène sûrement à la Vérité » me dit le T F P MUne phraséologie qui est – de mon point de vue – sans garantie trop ferme de part l’utilisation de l’adjectif « surement » dans la phrase … En général, l’utilisation de cet adjectif dans une affirmation, procède le plus souvent du désir de rassurer l’autre quand ce n’est pas de la méthode Coué.



Mais trêves de plaisanteries, nous Franc-Maçons sommes des gens sérieux ! Alors, si, arrivé à ce point de mon parcours, si d’aventure j’avais encore des doutes sur la fermeté et la profondeur de l’engagement qui m’avait été demandé, il me fut réitéré à foison que « Le Devoir est la grande loi de la Franc-Maçonnerie » et mon petit doigt me dit qu’il est fort probable que ceci ne s’arrêtera pas là …



A ce stade de la réflexion, trois évidences commencèrent à s’imposer à mon esprit :



Pas une seule fois il n’était fait mention des « Droits » qui paraissent pourtant le pendant naturel du ou des devoir(s) qui m’étaient demandés quand ils ne m’étaient pas imposés.



Ma liberté individuelle dont la marche du Compagnon fut l’un des premiers symboles me paraissait sérieusement compromise.



Le terme « Devoirs » au pluriel était devenu « Devoir » au singulier ce qui tendrait à me suggérer qu’il y en aurait un qui serait plus fondamental que toutes les autres, un devoir « capital ».



Que dire de l’absence de la moindre mention des « droits » du Franc-Maçon ? Tout simplement que les droits en question émanent du fait que les devoirs sont réciproques : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse » et « fais aux autres le bien que tu voudrais qu’ils te fassent » m’a-t-on dit dès l’Initiation reprenant les enseignements que Confucius prodiguait déjà il y a quelque 2500 ans.



« Deus Meumque Jus » … « Dieu et ma loi » ou « Dieu et mon droit » ? Ah … les subtilités sémantiques d’une langue morte que je n’ai jamais apprise me rattrapent aujourd’hui … La monarchie britannique fit de la dernière interprétation sa devise, se donnant par là le pouvoir de gouverner comme émanant d’un droit divin. Vaincre nos passions, surmonter nos préjugés et tous les devoirs que nous avons envers nos semblables nous sont dus non pas par une grâce divine mais tout naturellement parce que les autres ont les mêmes contraintes à notre égard. Les droits des uns sont les devoirs des autres.



Et ma liberté individuelle dans tout cela ? Elle me fut encore une fois soulignée par le T F P M lui-même lors du deuxième voyage « Accueille toutes les opinions mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre ».



Ici encore faudrait-il peut-être commencer par s’accorder sur ce qu’est la liberté. Les philosophes sont divisés sur le sujet : Descartes nous dira qu’à tout moment nous pouvons décider entre deux jugements contradictoires, Spinoza et Nietzsche nous disent que nous sommes libres parce que nous ne connaissons pas les vraies causes de nos désirs et de nos sentiments et Kant quant à lui, n’ayant apparemment pas d’explication à proposer en fit un postulat : il faut croire à la liberté pour croire à la possibilité d’agir par devoir.



Je ne vais pas entrer ici dans un débat sur la liberté qui serait hors sujet, mais je sais une chose : je me suis engagé « librement » en Franc-Maçonnerie et nul ne m’imposa cette démarche. Alors, « Deus Meumque Jus » … « Dieu et mon droit » ? Oui : car j’avais le droit imprescriptible de ma démarche. Il n’y a dans mon esprit aucune contradiction entre mes devoirs « librement » consentis et mon libre arbitre.



Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi disait encore Emmanuel Kant. Si l’on se réfère à cette définition, on se demandera dès lors de quelle loi il s’agit et pourquoi serait-ce une nécessité.



S’il s’agit de la loi des Hommes, j’aurai donc de me conformer à la loi de la société dans laquelle j’ai décidé de vivre, même si celle-ci évolue avec le temps et est parfois fort différente si ce n’est opposée dans les différentes cultures. Rien que de très « normal » à cela pour autant que l’on définisse la « normalité » comme la façon d’être ou de penser du plus grand nombre dans une culture donnée.



Faire « son devoir » est dans cette optique une nécessité de part l’harmonie que je souhaite faire régner dans la société qui m’accueille. D’aucuns pourrons estimer que ladite loi ne s’applique que peu ou pas à leur personne mais dans ce cas, ils s’exposeront à devoir payer le prix de leur incivisme ou à se mettre au ban de ladite société.



Sur ce chemin que j’ai entrepris de gravir, il n’y a pas de place pour mon égo. Le devoir a une valeur intrinsèque. Il n’a de valeur que parce qu’accompli par autodiscipline sans plus d’arrière pensée que le bien de l’autre. Confucius – encore lui – nous enseigna de placer avant tout le devoir et de placer au second plan le fruit que l’on en obtient : « Agis avec gentillesse, mais n’attends pas de la reconnaissance ». L’Inspecteur, lors de ma cérémonie de passage, me rappela que j’aurais à « accomplir mon Devoir parce qu’il est le devoir, sans songer à la récompense ».



« Deus Meumque Jus » …voudrait-il donc dire « Dieu et ma Loi » En m’arrogeant sans complexe le titre de « cherchant », je me réfèrerai aussi à cette première interprétation, à cette Loi Unique et Multiple, qui est que toute cause à ses effets et que tout effet à sa cause.



Nous sommes, comme le disais Hermes Trismégiste, «un tout dans cette conscience et en même temps une cellule dans un processus de croissance ».Le Tout à eut une cause première et la Loi qui régit ce Tout en émane. Dans nos trois premiers grades, je me suis interrogé sur le « que sommes nous, le « d’où venons-nous » et le « où allons-nous ». En abordant les hauts grades, le changement d’axe et le positionnement qu’il a généré sur la spirale conique du développement spirituel me montre la voie vers une réponse possible à la quatrième question qui est « que faisons-nous ici » ?



Le GADLU a fait, si l’on y pense, quelque chose qui parait fondamentalement irrationnel – mais à ce niveau, le rationnel ne se définit ni ne s’explique – il nous a créés et en même temps, nous a donné le libre arbitre : le pouvoir de modifier son œuvre puisque notre rôle est bien de la compléter et de la parfaire mais aussi le pouvoir de la détruire.



Quel risque ! … Le grand Albert Einstein fit remarquer que : « Dieu ne joue pas aux dés avec l’Univers ». Non, le GADLU n’a pas joué aux dés, il a pris ses précautions, une assurance contre ce libre arbitre si destructeur dont l’espèce humaine a fait de si nombreuses fois la preuve dans son histoire : il nous a donné le don d’aimer. Ce don par lequel tout arrive, par lequel tout se peut, ce don qui transcende l’humanité, ce don qui permettra la fusion ultime à la fin du Temps et de l’Espace.



Mais il ne s’agit pas de la loi des hommes…mais de la Loi Unique et Multiple.Alors, je m’efforce de collaborer à mon très modeste niveau à parfaire l’Univers, à contribuer à l’Œuvre dans le domaine infinitésimal sur lequel je peux agir. Je m’efforce de participer à cette noogénèse dont Teilhard de Chardin parlait si bien, à la fusion de toute chose pensante en une seule entité, in fine consubstantielle avec l’Origine. C’est là ce que je conçois comme mon devoir premier, ce devoir capital dont tous les autres découlent.



Ce devoir m’est devenu une nécessité absolue dès l’instant où je me suis engagé sur le chemin de cette spirale conique qui culmine à l’Omega de l’Univers, au Principe Explicatif qui m’a conçu, à la Cause des causes. Sans me soumettre avec une totale liberté de choix à cette impérieuse nécessité de réalisation, jamais je ne pourrai gravir le chemin et je resterai à tout jamais sur le même niveau, revenant sans cesse à mon point de départ par un anneau de Moebius, irréversiblement refermé sur lui-même.



Mon devoir ici est d’être celui que je m’efforce de devenir – tout simplement et fort modestement de devenir le Porteur d’une étincelle de Lumière, cette lumière dont nous parle le Prologue de l’Evangile selon Saint Jean et qui donne à tous ceux qui l’ont reçue, le pouvoir de devenir enfants de Dieu.



C’est bien là mon Devoir capital.



J’ai dit, T F P M

J
M C

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