Le Devoir s’impose à nous, le jour comme la nuit
L∴ C∴
Deus meumque jus
Rite écossais ancien et accepté
ORDO AB CHAO
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Le Devoir
s’impose à nous, le jour comme la nuit
Dans le tumulte de la cité, dans la solitude du
désert,
Le Devoir est avec nous, toujours impératif comme la
Destinée !
Au 3ème degré, on m’a donné l’illusion que j’étais arrivé, puisque j’étais au centre du cercle. Avançant au 4ème degré je m’aperçois que l’immobilisme n’est qu’une étape où il m’est invité à ne pas rester. L’arrêt n’est pas un cheminement et le maçon est un cheminant perpétuel.
Le maître était en pleine lumière, le maître secret revient dans la pénombre ; il s’est brûlé les ailes et repart avec d’autres bases. Il retombe dans la réalité, il n’est plus dans les illusions mais les devoirs. Il vient de découvrir qu’il est vulnérable. On a touché du doigt quelque chose que l’on ne peut pas être puisque l’on est homme.
Le maître secret ne doit pas oublier que les 3 mauvais compagnons courent toujours, qu’ils sont à l’intérieur de nous et qu’il va falloir mener un combat sans merci et sans répit, même si parfois les forces lui manquent.
Nous avons en nous une fatalité : celle d’être un homme, de même qu’une nécessité : celle de nous élever vers la lumière ou peut-être de remonter après la chute vers la lumière, notre destiné.
Homme de vérité, le maître doit accorder le dehors et le dedans, ce qu’il est et ce qu’il fait. Il s’endort avec, il s’éveille avec. L’exemplarité doit être la règle de conduite de tout maçon portant Hiram en lui. Le Devoir de l’éthique…une victoire sur soi-même, même dans les plus grandes douleurs. Que serait la valeur d’une quête dans la facilité.
Prendre le devoir uniquement comme synonyme de loi morale ne me semble pas suffisant : c’est un départ pour aller ailleurs, vers une voie métaphysique.
Passés les devoirs comme par exemple ceux de la démarche initiatique vis à vis de lui-même, des règles de la maçonnerie de sa responsabilité dans la cité, le maçon se met sur le chemin de sa vérité et de sa parole perdue. La majuscule sublimant l’ensemble des devoirs amène à un sens différent : à celui d’un absolu, d’un engagement permanent dans l’idéal, le sacré du fond de l’homme. Il ne s’agit pas de l’acquisition d’un savoir ou d’une culture, mais de la recherche d’une connaissance métaphysique.
Cette recherche est la clef du degré : Devoir et Connaissance sont réunis. C’est une autre connaissance, pas celle de la logique et de la raison, mais celle de l’intuition, de l’ouverture de sa claire voyance, sa claire audience, de sa transcendance personnelle, du dépassement du Moi pour aller au Je, la source primordiale ; peut-être celle ou l’homme devient poussière d’étoile.
J’ai un objet précieux pour avancer sur le chemin de la vérité et de la parole perdue : une clef, ma clef, mon reflet, ma substance. Sa matière m’oblige à un premier devoir : symboliquement celui d’avoir les mains propres. En effet, la noirceur de mes mains se communiquerait à la blancheur de l’ivoire qui l’absorberait. Les touches de mon clavier doivent rester blanches. Sa matière imputrescible est la mienne : c’est le retournement à soi-même. Peut-être que sa serrure n’existe pas ? Peut-être n’est t-elle que le moteur d’une quête ? Peut-être qu’il ne faut pas trouver la fin ?
En interrogeant sur la loi de causalité, je réalise que toute action entraîne une réaction dans le temps.Toute cause à un effet et tout effet à une cause.
L’espèce humaine pas plus qu’une autre, ne peut se situer en dehors du monde, en dehors de la roue de l’univers. Nous sommes une des dents de la roue. Tout est relié à tout, rien n’existe séparément. Un le tout.
Nous faisons parti intégrante de la nature, nous n’avons pas plus de valeur que le brin d’herbe : son importance est égale à la notre. Il a une vie comme nous, de jour comme de nuit, inlassablement, et son travail a autant d’importance que le nôtre, à la seule différence qu’il travaille pour nous et que nous ne travaillons pas pour lui.
Même en le coupant, il travaille encore pour nous, soit en nourrissant des animaux herbivores qui eux aussi travaillent pour nous soit en enrichissant la terre par sa décomposition et la terre travaille pour nous. ce brin d’herbe, symbole de ce que nous sommes nous même l’univers, apprenons à nous aimer nous même tel que nous sommes, à nous accepter pleinement sans idolâtrie, à nous intégrer par nos efforts, notre respect, notre courage, notre travail sur nous-même dans le plan de la loi naturelle.
Le don de soi à la fois impermanent et permanent doit être total parce que mesuré dans toutes nos actions, par notre travail comme au notre repos, dans ce que nous sommes en train de faire à chaque instant, le plus proprement possible. Donnons sans attendre de récompense ou contre partie, dépouillons-nous sans rechercher d’autres plaisirs, que celui d’avoir donné. On meurt de ne rien n’avoir voulu perdre…
Agir sans rien attendre ne signifie pas que nous ne devons pas recevoir en retour, cela signifie de savoir accepter en retour la juste mesure de nos efforts.
La générosité implique l’Amour au contraire de la charité et de la pitié. En apprenant à donner et à recevoir avec générosité, nous apprendrons à partager ce qui est une expression concrète de l’Amour.
Une ancienne sagesse dit : « Si nous envoyons de l’amour, il nous sera renvoyé de l’amour ». Je dois être vigilant à ne pas nuire car c’est moi aussi que je vais blesser. Jour et nuit, je dois traquer mes 3 mauvais compagnons dans mon esprit, ne pas en être complice.
L’esprit représente l’énergie subtile et insaisissable qui prend le corps comme substance, il est le maître intérieur, il a transgressé l’espace et le temps. Il est impossible de trouver le Soi en dehors du corps et de l’esprit, mais impossible aussi de percevoir et de décrire notre existence relative sans percevoir du même coup l’existence de toutes choses. Nous vivons au milieu d’un courant ininterrompu de relations qui conditionnent à chaque instant notre existence.
C’est à l’intérieur de notre corps, même tout mortel qu’il est, que sont le monde et l’origine du monde, et la fin du monde. Pareillement le chemin du retour à soi, à la lumière, peut-être à l’éveil ?
L’éveil ce quelque chose qui se produit, qui est éternel, universel et dont aucune trace ne subsiste. Ce quelque chose qui contribue à libérer l’esprit ; atteindre l’éveil à l’avantage des autres…
Une chose ne peut-être mise en doute, c’est la possibilité d’une qualité en nous, nous pouvons tout nier sauf cette extraordinaire possibilité que nous ayons d’être meilleur.
Les phénomènes de la vie peuvent être comparés à un rêve, à un fantasme, une bulle d’air, une ombre, la rosée scintillante, le givre sur une vitre, la lueur de l’éclair et c’est ainsi qu’il nous faut les regarder. Les activités venant du dehors traverseront alors sans altérer la maîtrise, le calme de l’esprit comme un vol d’oiseaux, un espace sans vent.
Notre vraie nature est calme. Le sentiment de paix existe en nous. Nous en avons tous le désir profond, même s’il est souvent caché, masqué, contrarié.
En descendant lentement en nous-même il nous est possible de le trouver. Si nous ne trouvons que la haine ; c’est que nous n’avons pas suffisamment cherché. Sans calme intérieur, toute action est vaine. Je ne dois pas oublier que je ne suis qu’une substance défaite et recomposée, sans existence individuelle indépendante et par la même toujours en relation avec tout le reste du monde.
Me mettre en chemin du Devoir me dirige vers la vraie lumière : « la grande lumière commence à paraître ». Devenir et rester un fils de la lumière…
Descends en toi-même et tu découvriras Ta lumière : mon vitriol, ma visite intérieure. Nous nous approchons de cette lumière, mais nous ne l’atteignons jamais, car elle est du domaine de l’infini alors que nous appartenons au domaine du fini, notre approche sera incessante, relative mais jamais absolue. Cet effort n’est pas l’oeuvre d’un instant mais le devoir de toute une vie. D’ailleurs est-il souhaitable de l’atteindre complètement ?
Si l’homme parvenait à cette possession de l’absolu, ne deviendrait-il pas immobile, sans moteur ? Descendre en soi-même, c’est aborder ce pays inconnu de l’inconscient, le pénétrer et le franchir pour parvenir au Soi, à la transcendance. C’est l’aventure la plus passionnante mais aussi la plus dangereuse à vivre en soi-même, quel que soit le niveau où nous arrivons. Nos sens ne peuvent être nos armes car ce sont des récepteurs tournés vers l’extérieur alors que notre aventure est intérieure. De ce fait notre quête est méditative, c’est-à-dire une recherche de l’exclusion de la pensée parasite au profit du vide intérieur.
La transcendance est un niveau de compréhension et la conscience au-delà des mots. Elle ne peut être vécue que dans la profondeur du silence intérieur : ici et maintenant. Elle permet d’entrevoir ce que peut être l’infini et le fini. Cette démarche, par les mots et les idées, conduit à la porte de ce que certains appellent Dieu, le Saint des Saints, l’Essence même de la vie, soi-même. Nous sommes « Celui qui est ».
Le savoir du grand prêtre n’est pas supérieur à mon savoir caché, la différence est que lui le sait, et moi je ne le sais pas encore. La nature pure de l’esprit ; vacuité, lucidité et intelligence illimitée, est en nous depuis toujours.
Je ressens le chemin vers la parole perdue comme deux forces opposées, dont l’une descendrait sans relâche dans les ténèbres et la profondeur des déserts du moi, luttant contre les 3 mauvais compagnons, pendant que l’autre proportionnellement au combat mené monterait vers la lumière, vers le Soi, en obéissance à une loi cosmique : « Tu dois », principe créateur.
Les données du jeu sont entre mes mains, je peux l’enrichir ou le compliquer. Il m’appartient de redonner un rôle secondaire et inoffensif à ces figurines que j’ai laissé grandir en moi en personnages insupportables qui gâchent mon jeu. Et si, ces deux forces se transmutaient en une autre supérieur à tout ?
Je sais que l’homme n’est pas une création solide et durable, mais une transition, une passerelle étroite et dangereuse entre la nature : la Mère et l’esprit : le Père. Entre ces deux puissances oscille sa vie. Le Devoir va aider l’homme, sa divination qu’il n’est pas une création toute faite, mais une exigence de l’esprit et que le chemin qui y mène n’est jamais suivi que l’espace de quelques pas de souffrances et d’extases terribles. C’est le chemin de la porte basse qui mène à l’homme véritable.
L’unité du corps n’implique pas nécessairement unité de l’âme, l’homme se trouve sur le chemin du long pèlerinage, vers l’idéal de cette harmonie. Tout ce qui est créé se trouve lancé dans le torrent du devenir ; le chemin de l’incréé ne mène pas en arrière mais en avant. Peut-être notre difficulté est de faire entrer en notre poitrine douloureusement élargie, toute notre complexité, nos dualités, l’univers entier.
En naissant l’homme se détache du tout, de Dieu : délivrance pour les obstétriciens (moment où dans la dernière phase de l’accouchement, le foetus est expulsé). Le retour au tout, l’affranchissement de l’individualisation, le devenir divin signifie : avoir élargi son âme jusqu’à lui faire étreindre à nouveau le Tout.
Et si ces deux forces opposées étaient de passer au-delà du bien et du mal, ce que Jung appelle Abraxas, ce principe au-dessus de Dieu et de Satan ?
C’est là que va se trouver ma vraie liberté. Cet espace où au fond de moi-même, je rejoins le sens d’un cosmos organisateur du monde ; en m’associant au grand Tout. Comme si un principe créateur me guidait inexorablement dès que j’en deviens apte par mon travail devant la porte des hommes ; porte de la connaissance du cosmos me donnant la possibilité de m’y intégrer. La raison du monde me permet d’échapper à un surnaturel transcendantal. C’est mon temple intérieur du Devoir que j’érige ; la recherche de ma vérité. Ce lieu où les tables de la loi sont abritées par mon arche d’alliance, et dont il me faut fabriquer ma propre clef de voûte.
Je suis un cherchant en partance d’un centre, qui n’oublie pas que son objectif majuscule et son accomplissement quotidien, alors que son humanité est minuscule.
Dans le chaos des pensées, dans le tumulte de ma cité intérieure, et dans la solitude de mes déserts, mon devoir de maître secret est d’ordonner, maîtriser, donner un sens.
« Une vie inutile est une mort anticipée » disait GOETHE.
T F P M j’ai tenté de dire