Le livre muet du Maître secret

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Les ouvrages qui traitent de la symbolique du Maître secret font parfois état du caractère aride de ce grade, souvent présenté comme un démembrement du grade unique qu’il aurait pu constituer avec celui de Maître parfait, lors de sa création.


Ma vie en maçonnerie écossaise m’a au moins appris que les frères qui ont bâti notre tradition n’ont rien laissé au hasard, mais qu’il appartient à chacun de nous, en fonction de ses propres dispositions de chercher à discerner les voies qui nous sont tracées.


J’ai tendance à penser que c’est la lumière qui nous trouve plutôt que l’inverse.



Le rituel est porteur de lumière.


Après avoir versé des larmes sur la tombe de notre Père Hiram, nous savons désormais que tout est substitué.



Pour être institué Maître secret, nous entrons dans le temple de Salomon, par la Porte du midi,comme six autres de nos frères Lévites. Ce passage est irréversible pour l’homme retourné qu’est le maître maçon. Il n’est plus question désormais que de l’obligation du devoir, envers l’ordre, envers nos frères, envers nous-mêmes. Après avoir recréé la vue de l’aveugle né, Jésus lui demande de ne pas regarder en arrière.


Nous portons sur la tête un voile transparent auquel est fixée une équerre d’argent à la place de l’œil frontal. La lumière pure se voile pour se rendre accessible aux niveaux inférieurs de la création. La lumière argentée, lunaire, est seulement indirecte, nous entrons dans l’œuvre au blanc.C’est un nouveau rappel à l’idée que l’illusion continuera de voiler notre regard tant que nous n’aurons pas abandonné notre attachement aux limites de la connaissance terrestre. Nous avons sept ans et nous devons assumer le « plus ».



La très belle devise des comtes de Bruges contient notre perfectionnement : « Plus est en toi ».


Nous avons autour du cou une corde qui rappelle notre première initiation, car nous sommes appelés à entrer dans un nouveau cycle après avoir triomphé de la mort.


« Ah ! Je voudrais être étranglé ! Je voudrais la mort plutôt que ces os » disait Job (7-15). Nous ne sommes pas encore prêts à perdre la tête.


Le ternaire marque le grade de Maître secret comme celui d’apprenti. Il se traduit par une symbolique centrée autour de la sublimation des contraires et de la résolution des tensions.


« Toute tension d’opposés crée un déroulement duquel nait le trois. Dans le trois la tension se dénoue en tant que l’Un perdu réapparaît. L’Un absolu est innombrable, indéterminable, inconnaissable ; c’est seulement quand il apparaît dans le nombre un qu’il devient connaissable, car « l’Autre » indispensable pour un tel acte fait défaut dans l’état de l’un. Le trois est donc un déploiement de l’Un qui rend celui-ci connaissable » (Jung. Symbolique de l’esprit).



L’âge du Maître secret est de 3×27 ans révolus, soit 81 ans, trois à l’exposant 4, numéro du grade, ou encore 3(2+7) qui donne 8+1 soit 9, carré de 3, le nombre secret de 27 est 378 soit 9. La rupture est marquée avec les trois premiers grades, nous sommes invités à combiner les nombres, à nous interroger sur leur signification. 27est aussi le nombre des lettres de l’alphabet hébreux, soit 22 complété par 5 finales. 27 est le nombre des os de la main qui se dit « yad » en hébreux, soit Iod de valeur 10 soit 1 « le germe » + Dalet 4 « la porte » qui donne 5, la quintessence, domination de l’esprit sur la matière, mariage de la connaissance et de l’amour.



Le neuf est le nombre de l’arcane de l’Ermite du Tarot des Imagiers, vieil homme (saturnien) qui marche lentement à la lumière de sa lanterne dans l’ombre de son manteau soutenu par un bâton aux sept nœuds mystiques. Il ne cherche pas à briller au dehors. Il nous apprend la discrétion, le silence et la modestie. Comme notre sautoir, l’intérieur de son manteau est bleu. On ne travaille pas utilement sans s’isoler des influences du monde.


 « La fascination de la bagatelle obscurcit le bien » (Sg4,12). Il nous faut par un travail suivi, discipliner notre intelligence, la ramasser, la recueillir, lui faire regarder en face les choses réelleset vraies, créer par ce regard assidu des convictions. Il y aura des faiblesses, mais du moins il y aura un point d’appui ; et un amour de l’harmonie, de la droiture, une puissante logique diminuera de jour en jour la distance qu’il y a entre ce que nous croyons et ce que nous sommes.



En opposition, le neuvième signe du zodiaque est le Sagittaire, « archer de la sublimation de la matière, signe de Jupiter. Le sagittaire traduit la dualité entre l’homme terrestre et sa tension irrésistible vers le Ciel.



La neuvième lettre de l’alphabet hébreu est Thet « le serpent ». Cette lettre a pour origine le disque solaire égyptien supporté par un ou deux serpents que l’on retrouve dans les caducées sumériens. Selon Marcel Spaeth, l’arcane VIIII correspond à la Sephira Iesod, le Fondement, régie par Mercure. L’obtention du mercure double est l’ultime phase de transmutation alchimique avant l’obtention de l’argent : lune/Malkuth et enfin l’or soleil/Tipheret. Heracles « clé d’Hera », tue les deux serpents en les unissant dans l’étranglement. L’Ermite de Wirth laissera le serpent s’enrouler autour de son baton pour fabriquer des remèdes spirituels.



Pour la première fois nous sommes amenés à porter un sautoir, sauf si nous avons eu l’expérience d’un grade d’officier en loge bleue. Le sautoir bleu ciel, bordé de noir, porte un bijou, la clef d’ivoire, avec un chaton en forme de Z qui est en même temps la première lettre du mot de passe de ce grade : « Ziza »,  « splendeur », pour d’autres il s’agit de Zizon, « balustrade » pour marquer la séparation d’avec le Saint des Saints auquel nous n’avons point encore accès. Nous n’avons plus d’outil que la force de l’esprit. Le Z du chaton de la clef figure sur le bleu du sautoir et sur le blanc du tablier.



Le sautoir, qui repose sur les deux épaules, au contraire du cordon de maître reposant sur l’épaule droite en passant par le cœur, forme un triangle dont la base duale est posée sur les épaules. Il repose sur les clavicules, les « petites clefs », elles aussi d’ivoire, symbole de pureté, comme le fond blanc du tablier. En hébreu, les clavicules se traduisent par un mot qui veut dire verrou.



Le tablier blanc de soie ou de satin doublé et bordé de noir porte une bavette, triangle inversé, bleuebordée de noir, marquée d’un œil ouvert, à la hauteur de notre nombril, qui pénètre à l’intérieur des choses.



L’œil sur notre tablier est cette lumière tournée vers le bleu profond de notre ciel intérieur. L’homme retourné doit sans cesse par sa vigilance garder le cœur à droite selon le mot de l’Ecclésiaste. Cette faculté de voir les choses en naissant avec elles, qui fait la vraie connaissance et permet d’entreprendre la construction de notre Temple intérieur.



Le signe du maître secret est accompli avec l’index et le majeur scellant la bouche avant de la quitter. Ces deux doigts représentent symboliquement Jupiter et Saturne, dieux de l’éclair du ciel et de la terre, de l’étain et du plomb. L’éclair frappe du Ciel à la terre. Les forces opposées concourent à la force créatrice du verbe intérieur.



Saturne, nous indique le dictionnaire des symboles, est chargé de nous libérer de la prison intérieure de notre animalité et de nos attaches terrestres en nous délivrant des chaines de la vie instinctive et de ses passions. En ce sens, il constitue une puissance de frein au profit de l’esprit et est le grand levier de la vie intellectuelle, morale et spirituelle. Saturne avait détrôné son père Ouranos, avant de l’être à son tour par son fils… Jupiter.



Au niveau de l’ombilic, le Z de la clef d’ivoire relie le Z du sautoir à celui du tablier. Ils marquent le centre de notre corps à l’intérieur d’une spirale ternaire élévatrice d’énergie animée par la forme d’éclair en miroir de Zaïn. Le monogramme du feu est un Z inversé reposant sur la croix.



Selon Oswald Wirth, dans son Tarot des Imagiers du Moyen Age, Zaïn est associée à l’arcane sept et à la Sephira Netzah, Triomphe, Gloire, qui s’exprime par la capacité du conducteur du chariot (Arcane 7) à équilibrer les forces contradictoires des sphinx blanc et noir de son attelage. « L’intelligence directrice a mission de concilier les antagonismes vitaux ». ZIZA est composé de Zaïn 7+Iod 10+Zaïn 7+ Aleph 1 soit une valeur numérale de 25 soit 7, soit 28 soit encore 1. Le compas domine l’équerre.



L’énergie de l’éclair miroir passe par le pouvoir de la clef d’ivoire, le long des vertèbres de l’arbre qu’est notre colonne vertébrale vers le centre solaire du plexus et du cœur la Sephira Tipheret.



Le maître, homme relevé, verticalisé pour maitriser les trois plans de la vie est maintenant reçu parmi les Lévites, consacrés par Dieu pour remplacer les Premiers nés d’Israël. Il servira au sein du Temple aux côtés d’Adonhiram pour édifier le tombeau du Maître et achever la construction du Temple.


« Qu’est Tipheret ? nous demande Annick de Souzenelle : « Elle est la plénitude de l’Harmonie divine. Elle rassemble toutes les couleurs, tous les sons, tous les parfums, tous les rythmes et les exalte dans l’unité parfaite de leur rencontre. Elle est la mesure, elle est la beauté ».


Nous accédons au domaine de l’être et notre devoir est de nous y réaliser avant de penser aller plus loin, dans la fidélité à la tradition, l’obéissance aux règles de l’Ordre et la discrétion sur le travail qui nous est confié. Le sacrifice du Père, nous appelle.



P C


Repères bibliographiques


ØMarcel Spaeth – « Sous le voile du Maître secret »


ØDom Paul Delatte – « Contempler l’invisible »


ØIrène Mainguy – «  Symbolique des grades de perfection »


ØClaude Darche – « Vade-mecum des Hauts Grades »


ØOswald Wirth – « Tarot des imagiers du Moyen Age »


ØAnnick de Souzenelle – « Le symbolisme du corps humain »


ØMarie Louise von Franz – « Nombre et temps »


ØJean Chevalier – « Dictionnaire des Symboles »


ØJean-Claude Mondet – « La maîtrise parfaite »


ØJules Boucher – « la symbolique maçonnique »


ØJohannes Fabricius – « L’Alchimie »


ØAnnick de Souzenelle – « Job sur le chemin de la lumière »

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