Le mot d’HIRAM, parole d’espoir, d’harmonie et de vie. Qu’en pense le Maître Secret ?
P∴ B∴
Hiram ayant préféré mourir plutôt que de révéler le mot de Maître, la Parole, une fois le Maître tombé sous le troisième coup mortel, ne peut plus être transmise : » La Parole est Perdue. «
Qu’est-ce donc que cette Parole dont l’importance parut telle à notre Maître Hiram qu’il préférala mort plutôt que de la donner à ceux qui la lui demandaient avec la menace précise, manifestement prêts à l’exécuter ?
Bien difficile à élucider, la signification est constante dans toutes les traditions.
La notion de Parole fécondante, de Verbe porteur de Germe de la création à l’aube de celle-ci, comme la première manifestation divine qui se retrouve dans les conceptions cosmogoniques de beaucoupde peuples.
Qu’est-ce que la Parole tue, qu’est-ce qui tue la Parole ? Le mot de Maître est-ce le silence ? Ou le silence est-il la réponse que l’on obtient quand on force la Parole à accoucher des mystères ? La Parole Perdue, serait-elle une voie du secret maçonnique, si tant est qu’il y ait un secret maçonnique, de quoi est-il fait et par quel moyen pouvons-nous l’approcher et comment retrouver cette Parole perdue ?
Et si nous appelions maçonniqueune errance dontnous avons décelé la véritable nature ? Je me demande aussi si cette tentation du silence n’est pas une tentative de laisser venir les choses ? Avons-nous besoin d’un parcours maçonnique pour retrouver cette Parole Perdue ? Je me demande, d’ailleurs s’il y a un parcours maçonnique ?
En Afrique noire, chez les Indiens du Paraguay, de l’Amérique du sud, des Canaques de Nouvelle Calédonie, en Chine, en Egypte, etc.… Dans la tradition Biblique, notamment l’Ancien Testament connaissaient le thème de la Parole, la Parole, le Logos, ont signifié le mot, la phrase, le discours, mais aussi la raison, l’intelligence, l’idée et le sens profond d’un être.
Connaître le Mot de Maître, c’est donc connaître le sens de la vie. La connaissance du Mot de Maître ou du sens de la vie serait ou aurait été la vraie connaissance, la connaissance vitale, celle qui nous intéresse en premier lieu, celle qui nous donne l’espérance et la juste orientation de notre propre vie, seule susceptibles d’engendrer à la fois la joie de vivre, l’amour de la vie ?
La Parole Perduese rapporte, pensons-nous, à la langue universelle permettantà tout initié de comprendre l’enseignement initiatique. L’homme perd la connaissance et entre dans l’ère de l’incompréhension et de la confusion des langues profanes. (En tout cas si l’homme a perdu la Parole, l’enfant lui, la possédait, mais ça c’est un autre débat) Ceci présuppose évidemment l’existence ancienne d’une langue unique, réellement universelle. Or cette langue existe et a toujours existé, il s’agit de la langue symbolique.
Le langage symbolique est un langage qui a sa spécificité propre, et, si, en son essence, c’est la seule langue universelle que la race humaine n’ait jamais forgé, il s’agit bien pour moi de la comprendre et non de l’interpréter comme si j’avais affaire qu’à une sorte de code secret fabriqué.
Je crois qu’une telle compréhension est importante pour quiconque désire se connaître lui-même. C’est donc bien dans le symbole qui est perdu qu’il m’appartient, moi, nous, initiés, d’en retrouver le sens ou tout au moins l’esprit. Car sans esprit symbolique aucune initiation n’est possible. Et je vois bien que, sans entrer dans le symbole, il est totalement impossible d’avoir accès à cette connaissance initiatique et cet état spirituel est l’objectif de toute la quête maçonnique. Retrouver le symbole, la Parole Perdue en construisant mon Temple.
Je pense que le mot de substitution n’existe que pour égarer celui qui n’est pas à même de recevoir la Lumière, même si le contenu symbolique de ces différents noms n’est pas sans signification. La Parole Perdue est l’unité à refaire, unité que je ne pourrai refaire que lorsque ma chair aura quitté mes os, c’est à dire lorsque j’aurai réussi ma mort en tuant la partie temporelle de mon être, en entrant dans le non-temps. Alors, peut-être, pourrai-je devenir un être de Lumière, c’est en tout cas l’espoir.
Lorsque l’âme humaine ressent les premières atteintes de la faim spirituelle, elle se tourne dans une anxieuse interrogation silencieuse vers le gardien du jardin primordial c’est-à-dire lui-même. Et voici ce que dans la langue muette des hiéroglyphes, le sphinx lui répond : » La première œuvre du disciple de la sagesse sera de pénétrer au royaume du Silence, au royaume de l’Ineffable, au royaume de la Vie « .
J’ai cherché au loin, dans l’étrange, dans l’extraordinaire, dans l’impossible, le secret de la science et du pouvoir. Or si j’avais renoncé à ces vanités pour jeter les yeux sur moi-même, une énergie toute-puissante se serait offerte, peut-être, à ma vue. Le jour où je deviendrais attentif aux moindres de mes gestes, de mes pensées, de mes paroles quotidiennes plutôt qu’à compter les étoiles ou à rechercher le secret du mouvement perpétuel de la vie, la Lumière alors pénétrera et ainsi retrouverais-je peut-être l’être que je suis.
Mais pour pénétrer ces mystères, pour découvrir les sources inconnues qui sourdent sur notre propre domaine, il faut mettre un terme au tumulte des paroles humaines et savoir écouter la voix du Silence.
L’homme a prostitué la Parole, qui devait être la manifestation vivante de son état que j’appellerais homme spirituel. Sa parole qui exprimait la réalité substantielle, manifestait la pensée divine, revêtait de splendeur le Verbe éternel qui infuse la vie à tous les êtres et fait battre le cœur des créatures vivantes. Pur reflet de l’éternelle vérité, la voix humaine ne pouvait être que toute puissante, car il n’est aucun être dans la nature qui n’obéisse irrésistiblement à des lois vraies : les atomes des corps en
témoignent et aussi les astres du ciel dont les mouvements inscrivent sans cesse dans l’espace les vérités abstraites de la mathématique.
Aussi la légende, cette gardienne fidèle de nos traditions spirituelles, retrace-t-elle avec complaisance les miracles que l’homme peut accomplir par son Verbe : il suffit que l’éternel enchanteur ouvre la bouche pour que rampent les fauves subjugués, que la mer ouvre un chemin dans ses abîmes, que les montagnes se déplacent, que le soleil lui-même suspende sa course et pour que l’harmonie, descendue du ciel sur la terre, transforme en palais merveilleux un chaos de pierres brutes.
Les récits étonnants de la puissance humaine, notre esprit trop borné les accueille aujourd’hui comme de puériles fables. Cependant prenons garde qu’il n’est aucune floraison de légendes qui ne plonge ses racines dans le réel, et que la fable est un voile sauvegardant pour demain la vérité d’hier à travers l’erreur d’aujourd’hui.
Les rayons du soleil jamais n’abandonnent la terre bien que la terre puisse se couvrir de nuages qui dérobent leur éclat. La lumière divine jamais ne cesse de s’offrir à l’homme qu’elle inonderait de splendeur s’il n’obscurcissait lui-même volontairement la contrée qu’il habite.
Pour avoir prostitué la Parole, l’homme a perdu la magie du Verbe, formés d’erreurs et gonflés de néant, les mots humains et les idées humaines. L’homme, incapable de distinguer, dans le perpétuel remous de sa Parole, le vrai du faux et le bon du mauvais, finit par oublier qu’il existe une vérité au-delà des apparences toujours renouvelées, toujours changeantes et toujours décevantes. La nature refuse d’obéir. Puisque Hiram, assassiné, ne possède plus le Verbe de vérité. Je cesse de comprendre la nature, parce que je n’entends plus que la fausseté de ma propre voix, je ne sais même plus pourquoi le brin d’herbe dresse sa tête vers le ciel, ni comment l’hirondelle regagne son nid. L’Univers ne présente plus qu’un spectacle lamentable d’ignorance, de ténèbres, d’anarchie et de désordre qui dit assez le drame de la » Parole Perdue « .
La Parole Perdue, c’est dans le silence que je dois la retrouver. Que je fasse taire le bruit vain des mots, des disputes et des argumentations, que je mette fin au tumulte des appétits, des passions et des folies qui hurlent dans mon cœur et la Sagesse me parlera dans le silence et le soleil spirituel brillera de nouveau en moi, dégagé des nuages qui l’obscurcissent.
C’est en silence que la nature travaille. Que pensent les sages et qu’agissent les dieux. Les meilleurs fruits qu’ait jamais goûtés l’humanité ont mûri aux rayons d’un soleil invisible, dans un pays inconnu, loin des profanes curiosités. Les hommes les plus puissants en science et en œuvre furent les plus silencieux et les plus obscurs, ignorés souvent au point que leurs bienfaits subsistent sans que l’auteur en soit soupçonné. Le silence est bien un royaume suivant le mot profond où s’élabore tout ce qui a vie et réalité, tout ce qui n’appartient pas au monde de l’illusion, tout ce qui doit s’épanouir sur la terre, en gerbe de lumière et de beauté.
Tant que je n’aurai pas compris le silence, je ne pourrai pas communier avec l’esprit universel et ne pourrai pas descendre jusqu’aux sources de mon être. » Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas « . Toutes les initiations, toutes les traditions religieuses ont enseigné les mêmes mystères, révélé à leurs disciples qu’ils pourraient communier avec la nature en observant le silence des lèvres et qu’en pratiquant le silence du cœur, ils entendraient parler et pourraient entrevoir laLumière et l’Amour qui sont en nous.
Je ne crois pas qu’avec le vulgaire, l’objet de ces pratiques ait été seulement d’assurer, par la terreur et le mystère, la domination d’une caste de fourbes sur la masse ignorante, du peuple. La Lumière aveugle l’homme qui tenterait d’expliquer par le mensonge et l’imposture l’enseignement lumineux d’un sage comme Pythagore, pour citer le nom d’un des maîtres les plus discrets qui nous soit le moins inconnu.
L’homme extériorise sans cesse son être intérieur pour en graver l’empreinte sur tout ce qui l’entoure. De même qu’il ne saurait faire un pas que le sable ne garde la trace de son pied, de même aucun de ses sentiments ou de ses pensées ne peut manquer de s’inscrire dans les archives secrètes de la nature. Par cela seul qu’il existe, émanent de lui des formes innombrables, visibles et invisibles, qui répètent dans le vaste monde les pulsations de sa vie et les secrets de son cœur.
Le verbe déchu n’est plus une incorruptible Lumière. Séparé de l’esprit tout en demeurant au-dessus de la matière, il déroule ses effets dans ce monde et sépare la demeure actuelle de l’homme de son originelle patrie.
Malheur à moi si je m’imagine pouvoir créer des œuvres vraies par ma seule Parole dans ce monde décevant que le Verbe de vérité peut seul traverser. Plus la Parole humaine redouble d’erreurs, de contradictions et de mensonges, plus brillante et plus vaste apparaît l’œuvre de rêve c’est à dire pouvoir dire « je suis ce que je suis. «
Il y a quelqu’un au cœur de nous qui marche et qui est plus grand que nous. Pour moi la Parole Perdue c’est une Parole sans les sons parce que si nous pouvons comprendre le silence, le silence nous comprend. Nous pouvons peut-être retrouver la Parole Perdue à condition de trouver un autre mot que Parole et un autre mot que Perdue pour désigner ce qui est le seul mystère qui vaille de ne pas le rester.
Et lorsque l’imprudent que je suis parle de son rêve au lieu de le vivre a dépensé toutes les forces de sa vie et toutes les puissances de son cœur à modeler ces mouvantes vapeurs, le vent disperse les lambeaux du palais de nuées pour former
un nouveau mirage ; alors je suis déçu et impuissant, comprends que j’ai livré au tentateur par mon imprudent bavardage la semence de vie qu’il m’avait été confiée pour la faire germer, et que seul le silence et l’action m’aurait permis de garder le trésor divin, la Parole.
L’abondance de ma Parole est peut-être l’abondance du désir d’atteindre ce secret, cette Parole recherchée qui motive ma quête qui s’exprimerai avec candeur et impuissance, de façon dérisoire, inapte à traduire, à prononcer, à désigner, de façon que cette inaptitude fait de moi de nous tout sauf des ineptes.
Lors de mon initiation, le ressenti physique, affectif puis intellectuel me laisse croire que la Parole est retrouvable, mais tant que je ferai parade de mes doutes, discuterai, argumenterai, disserterai et bavarderai, c’est, hélas, que je ne saurai pas, et l’abondance de ma Parole pour disserter sur la vérité sera la preuve même que la vérité m’est inconnue