Le Saint des Saints est en l’Homme : c’est la Lumière que vous portez
J∴ M∴ N∴
Mes F F, combien il m’est difficile de parler en 10 mn d’une des phrases de notre Rituel du 4ème degré qui m’a toujours paru être une évidence, phrase qu’en quelque sorte j’ai toujours fait mienne avant même de la connaître, conscient et persuadé avant même d’avoir frappé à la porte du T pour la 1ère fois, que le Temple que nous construisons est nous même, que la Vérité et la Lumière que nous cherchons tous, est tapie en nos tréfonds depuis la nuit des temps. Voire même que le but de notre démarche serait de retrouver la pureté originelle, celle du tout petit enfant, enfant symbole de la toute puissance, car devant lui s’ouvre un monde à découvrir avec des yeux qu’aucune éducation mal menée, aucun pervertissement occasionné par des années de fréquentation du monde n’auront obscurcis, des yeux dont la vision n’aurait pas été déformée par les ombres des assertions et dogmes inculqués par des maîtres à penser souvent bien peu scrupuleux.
Toute notre vie profane est faite d’une succession de renoncements, de compromissions, d’acceptations de chaînes entravant notre liberté d’agir et de penser, de rôles à interpréter… Notre devoir d’initiés, et qui plus est de Maîtres Secrets, est de partir à la recherche de ce Saint des Saints qui se cache au plus profond de nous même et où gît cette « petite étincelle de sacré » dont l’éclat nous permettra d’approcher au plus près cette vérité qui nous fascine, source à laquelle nous irons étancher notre soif de savoir…depuis le cabinet de réflexion où la maxime « VITRIOL » nous invite à plonger en nous même, jusqu’à cette phrase du Rituel du 4ème degré, en passant par la présence de la lettre G au sein de l’Etoile Flamboyante, tout nous indique que notre cœur recèle le Trésor qui fait l’objet de notre quête.
Partons donc à sa recherche…
Dans notre monde occidental où la religion ne fait plus recette, notre Rite nous offre la possibilité d’œuvrer à la naissance en nous, d’une spiritualité propre à chaque initié, mais commune à tous, et se matérialisant sous le symbole de « la Lumière ». A l’instar de la lumière physique, la Lumière spirituelle ne peut s’apprivoiser en un clin d’œil…éblouissante, elle apparaît aux apprentis sur leur Colonne du nord, elle réchauffe et illumine l’initié au fur et à mesure de son parcours, éclairant le chemin des compagnons, illuminant le Maître qui reparaît plus radieux que jamais. Déjà l’apprenti part à la recherche du fragment de divin qui est en lui, « Connais-toi toi-même », en quête de cette pierre mystérieuse qui lui permettra de transmuer son vil métal en or étincelant. Puis le compagnon devra acquérir toutes les sciences lui permettant de dégager l’Esprit de la matière, pour mieux visualiser la lettre G qui brille au sein de l’Etoile. Enfin le Maître réalisera le dépouillement ultime du vieil homme, acceptant une nouvelle fois de mourir pour que meure l’ego, et que des chairs putréfiées puisse renaître l’homme neuf, celui qui est porteur de l’Esprit d’Hiram, celui qui sait maintenant intimement, qu’il est le réceptacle de la Lumière divine, celui qui, osons le dire, est devenu son propre Dieu…
A l’instar des croyants qui placent Dieu au centre de l’univers ou de leur univers, le Maître Maçon ne se trouve-t-il pas, ne se retrouve-t-il pas toujours au centre du cercle, symbole de sa toute puissance et de l’Univers qu’il est désormais capable d’appréhender, à l’image de l’homme de Vitruve touchant de ses mains le cercle dans lequel il s’inscrit.
Devenu Maître Secret, l’initié pour qui « commence à paraître la Grande Lumière », se voit confronté à l’impérieuse nécessité du Devoir, celui essentiel de partir en quête de la « Parole perdue », le rituel précisant alors, que la route tracé par le Devoir le mènera immanquablement aux confins de la Vérité. Pour cela on lui indique de faire fi des jugements hâtifs, des préjugés du vulgaire, des idées toutes faites, autrement dit on lui demande de faire preuve de la plus absolue rectitude…c’est la condition sine qua non pour pouvoir commencer à comprendre la « Grande Loi qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose en son tout », mais surtout pour enfin comprendre que cette Loi immuable, ainsi qu’avait pu l’enseigner Hermès Trismégiste, règle le mouvement des astres aussi bien que les élans de notre âme et les activités de notre Esprit.
Le plus difficile reste à faire : comment vivre en harmonie une vie d’initié conscient de sa propre finitude au sein d’un Univers infini, régi par les lois d’un Principe Créateur par essence infini ? Comment concilier ce sentiment, voire ce besoin d’immanence, avec notre soif toute aussi impérieuse de transcendance, d’élévation vers les « hautes sphères de l’Esprit » ? Comment, de fait, réaliser la quadrature du cercle, cette opération magique qui nous permet de mesurer puis d’appréhender le cercle symbole de la spiritualité, à partir des notions de géométrie du carré symbole du monde de la matérialité ? Notre REAA nous indique depuis le tout premier jour que notre devoir est de descendre en nos abysses intérieurs pour combattre chaque jour l’ambition, le fanatisme et l’ignorance qui ont mis Hiram au tombeau, de cette bataille toujours perdue et mille fois gagnée naissant l’espoir puis la certitude de renaître un peu meilleur, un peu plus fort, un peu plus sage à l’issue de chaque combat. Autrement dit, chaque jour de notre vie d’initié, cette lutte incessante pour nous débarrasser de nos vices, de « cette bête immonde qui gît dans nos profondeurs » ainsi qu’a pu le dire le poète, nous permet de faire nôtres, ou du moins en partie, ces vertus essentielles du GADLU que sont la Force, la Sagesse et la Beauté, vertus par les quelles le Principe créateur se manifeste en permanence à tous les hommes, mais que les seuls initiés sont à même de percevoir autour d’eux et en eux.
Notre force de caractère nous poussera donc à accomplir le Devoir « car il est le devoir », la sagesse que nous aurons en partie acquise nous permettant de comprendre que notre soif de progrès, notre soif de beauté ne pourra se réaliser que dans l’accomplissement de ce Devoir, celui qui ne nous promet aucune récompense, aucun objectif réellement à atteindre, mais celui qui ouvre les portes qui mènent vers un lieu mystérieux où notre esprit pourra rejoindre l’Esprit, où notre vérité viendra se fondre dans la Vérité, où notre étincelle de Lumière viendra se mêler à la Grande Lumière. Ce lieu est au-delà du temps et de l’espace, tout autour de nous, mais bien en nous, caché et protégé dans le Tabernacle de notre Cœur…le jour de notre élévation à la Maîtrise nous avons tracé sur la planche notre tout premier cercle, celui qui délimite et matérialise notre univers, celui que nous portons en nous, celui au sein duquel nous nous mouvons, celui qui symbolise notre champ d’actions et de recherches, autrement dit celui qui sépare la Lumière qui nous illumine et que nous portons, des ténèbres qui nous environnent et noircissent notre cœur…ainsi, de simple exécutant qu’il était en tant qu’apprenti ou compagnon, le Maître devient le créateur de son univers de recherches, il devient son propre démiurge, car la pratique du Devoir et l’abandon des idoles et des préjugés lui permettent, ou devraient lui permettre, soyons réalistes, de savoir si ses actes, ses pensées et ses actions respectent la Loi issue du G A…autrement dit si sa vie est juste, si son chemin est droit, si le cercle qu’il a tracé est sans cesse plus vaste mais toujours centré sur lui-même.
Alors, sans vouloir blasphémer, le Maître Secret pourrait en toute humilité affirmer « Je suis celui qui sera », car il aura pris conscience qu’il est lui-même la source de sa propre perfection, de sa propre cohérence, de son propre devenir et qu’il n’appartient qu’à lui de présenter la clé d’ivoire à la serrure qui clôt les portes de son propre T intérieur où resplendit désormais de mille feux sa propre lumière intérieure, splendeur que le Maître Secret revendique en portant à son tablier l’initiale Z du mot Ziza. L’homme de devoir est devenu ainsi un homme libre, libre de cette liberté de pouvoir se parler à soi même en toute sincérité, libre de se créer et de créer son Univers, libre de rêver et de faire en sorte que ces rêves soient ou deviennent réalité, libre d’user de la Langue Sacrée qu’il invente et réinvente à chaque instant de sa quête, cette langue des symboles, un parmi les biens les plus précieux qu’aie pu lui confier l’Ordre. Car seule cette Langue Sacrée lui permet de converser sincèrement et directement dirais-je, avec lui-même, d’être pleinement et profondément créatif, au contraire du langage vulgaire, celui qu’utilisent malheureusement les philosophes qui souvent ne savent parler qu’à la Raison et non au cœur…seuls l’Artiste et l’Initié ont accès aux mystères de l’Etre.
Enfin, le Maître Secret n’est pas un pur esprit immatériel. S’il a pris progressivement conscience qu’au plus profond de lui-même resplendissait la Lumière qui éclaire en permanence le Saint des Saints il doit, à la manière du Grand Prêtre du T de Salomon à la fin de Yom Kippour, retourner sur les parvis pour faire bénéficier tous ses semblables des fruits de ses réflexions et faire part de tous les univers qu’il a pu parcourir. Certes, depuis le premier jour nous travaillons à notre propre perfectionnement…certes nous faisons tout notre possible pour lever tous les obstacles qui empêchent la Lumière de nous parvenir et nous empêchent de prendre conscience de notre propre Lumière intérieure…mais il ne nous faut jamais oublier que l’égoïsme ne peut avoir de place au sein de l’Ordre Maçonnique qui œuvre avant toute chose à la création d’une société plus juste, plus ouverte, plus pacifique.
Autrement dit, les Maîtres secrets doivent contribuer, en cultivant la Lumière qu’ils portent, à faire comprendre à ceux qui les entourent, que chaque homme sur terre est responsable de lui-même et responsable des autres, que chacun en créant son Univers n’est pas, ne doit pas être en conflit avec celui qui œuvre à côté à sa propre création, mais bien au contraire qu’ils participent du même Ordre cosmique, qu’ils participent tous de la même Unité.
Je terminerai cette évocation un tant soit peu idyllique du Maître Secret en portant un bémol à ce tableau : d’une part le voile que nous portons au front le jour de notre élévation au 4ème degré est bien là pour nous montrer que notre vision reste imparfaite. D’autre part il est bien dit que nous ne sommes pas des Prêtres du culte de YHWH, mais bien des Lévites…si nous sommes des hommes de Devoir, si nous sommes les gardiens du T, nous sommes pour l’heure condamnés à rester devant le Deb’ir…le Rituel ne voudrait il pas indiquer par la que notre travail sur nous même reste encore imparfait, que les 3 mauvais compagnons continuent à errer au sein des méandres de notre T intérieur, et qu’il nous faudra toujours et encore descendre en nous même pour les combattre ? certes, car le meurtre de notre R M Hiram se renouvelle chaque jour de notre vie, et pour accéder un jour à la plénitude de l’illumination, à la contemplation de ce que recèle notre Saint des Saints, il nous faudra sans doute ce jour la mener l’ultime combat contre notre part d’ombre.
Je conclurai cette planche un peu « brouillonne » et rapide, en remarquant qu’à chaque tenue au 4ème degré, nous avons en permanence sous les yeux le symbole qui matérialise et illustre cette phrase du rituel que je viens maladroitement de tenter d’expliciter…je veux parler du cartouche du M S qui décore le mur de l’Or au dessus du T F P M.…
Quoi de plus explicite que cette Etoile au sein du triangle équilatéral lui-même inscrit dans le cercle ? quel plus beau symbole de la Lumière émanant du cœur de chaque initié que cette étoile rayonnant jusqu’aux confins de l’Univers matérialisé par le cercle, Lumière en quelque sorte guidée par le triangle, symbole du Principe Créateur, dont les trois pointes, Sagesse, Force et Beauté inspirent la démarche de l’Initié ? Et, en retour, comment ne pas voir en l’Etoile à cinq branches, l’image de l’initié placé au centre du cercle-univers régi par cette Loi Universelle qui serait alors évoquée par le triangle dont les trois cotés égaux symboliserait l’harmonie qu’elle dégage et où l’Homme vient prendre place, microcosme au sein du macrocosme ? Voilà, mes F F Maîtres Secrets, n’oublions jamais que nous portons en chacun de nous la source de notre propre illumination et que le Rite nous a donné la clé qui nous permettra d’ouvrir un jour la porte du Tabernacle.
T F P M et vous tous mes F F Maîtres Secrets, j’ai dit.