Fraternité et émulation
Non communiqué
A L G D
G A D L U
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Comme il est d’usage et à la demande du Trois Fois Puissant Maître, de notre vénérable atelier Azariah à l’orient de Yamoussoukro, l’honneur m’échoit de vous présenter ce jour une planche tracée sur le thème « fraternité et émulation » pour me permettre d’apporter ma modeste pierre à la consolidation de notre honorable institution.
Introduction
Churchill, ancien premier Ministre d’Angleterre disait au soir de sa vie, parlant de la franc maçonnerie que l’objet de celle-ci pouvait se résumer comme suit : « une chaîne fraternelle visant à rendre des hommes bons meilleurs ».
T F P M, le thème de la présente réflexion est « fraternité et émulation ». Comme il est d’usage dans notre honorable institution, chaque année, un thème est défini par la hiérarchie maçonnique pour servir de boussole et de référant catalytique dans la réflexion et l’action des frères. Il s’agit de l’axe qui doit guider notre action maçonnique tout au long de cette année. Je vais donc dans les propos qui vont suivre vous présenter, sur la base de ma jeune expérience maçonnique une lecture, ma lecture de ce thème, le sens que je mets dans ces concepts au moment où je suis engagé sur les sentiers du perfectionnement maçonnique, au moment ou plus que jamais je me pose une question à la fois essentielle et existentielle dans mon cheminement maçonnique de savoir si la dramaturgie du Maître assassiné a une suite et laquelle.
T F P M, mon admission au
4ème grade du REAA, mes pérégrinations
dans cette même enceinte avant d’être
reçu comme maître secret m’ont
emmené à comprendre et accepter que
désormais, de ma qualité de lévite, de
gardien du service du Temple, je devais passer « de
l’équerre au compas »,
c’est-à-dire au stade de maçon dont le
souci est de réfléchir, de méditer de
me questionner sur mon propre cheminement initiatique, de passer de la
métaphysique, à la morale, à ses
fondements, à son évolution. C’est donc
à la lumière de ces principes, que j’ai
fait
miens, que j’ai forgé ma lecture du
thème fraternité et émulation qui va
suivre.
T F P M, ma démarche se veut ouverte et je me garderai de tout ésotérisme intellectuel à ce stade. Je n’induirai ni ne déduirai encore moins ne démontrerai rien. Je me contenterai d’exposer ce que je pense de là où je suis, c’est-à-dire au 4ème grade du REAA. Mais pour se faire je propose de partir d’une triple interrogation :
– Qu’est-ce que la fraternité du point de vue de l’homme libre, de bonnes moeurs devenu maçon que je suis ?
– Qu’est-ce que la fraternité du point de vue de l’homme libre, de bonnes moeurs maçon, maître secret âgé de trois fois vingt-sept ans accomplis ?
– Quel rôle joue l’émulation dans ma vie maçonnique de maître secret en quête de perfectionnement spirituel ?
– Qu’est-ce que la fraternité du point de vue de l’homme libre, de bonnes moeurs devenu maçon que je suis ?
T F P M, dans l’Antiquité, la Fraternité était considérée comme le sentiment le plus noble, le plus élevé. Même avant la Sagesse. Contrairement à l’amour, aux affections ou aux obligations morales, la Fraternité s’établit par une décision de volonté personnelle comme je l’ai déjà dit. Contrairement encore, la Fraternité n’inclut aucune passion, aucun sentiment de possession ou de domination. La Fraternité, c’est un souffle heureux qui fouette le coeur autant que la Raison ! Un « souffle » dégagé de toute autre notion de bien et de mal ; de droit, de devoir ; de comptabilité, de salaire en retour ; d’humeur versatile…
C’est cela la FRATERNITE HUMAINE,
et c’est sans doute pour la trouver plus vite, en la construisant de
toutes pièces, de mes propres mains et de mon propre coeur
que le profane que j’étais a voulu, un jour,
devenir le Franc-Maçon initié, passé,
élevé et reçu au 4ème grade
que je
suis aujourd’hui.
Il est important de savoir distinguer dans nos rapports leur nature fraternelle.
La fraternité est un
idéal relationnel qui demande un long cheminement. A la
question : « Etes-vous franc-maçon ? »,
la réponse est « mes frères
me reconnaissent comme tel ». Ce qui suppose que
la fraternité permet de vérifier notre
appartenance à la franc-maçonnerie. Je
déduis de ce
qui précède qu’un membre non fraternel
ne peut se considérer comme franc-maçon. La
Fraternité serait donc une condition de base.
Mais est-ce qu’on naît frère en même temps qu’on reçoit la Lumière ou le devient-on à force de travail sur soi ?
Plus que l’Amour de
l’autre, la Fraternité est respect de
l’homme. La Fraternité est d’essence
Initiatique et avant tout métaphysique dans une
spiritualité laïque, transmettant une
méthode de recherche de la Vérité,
hors des dogmes. Elle est un trait d’union entre les
Initiés. Combien
d’entre nous, au cours du temps onT oublié que la
Maçonnerie ne se cantonne pas à
l’application stricte d’un rituel, aussi beau
qu’il soit, une fois tous les quinze jours ? Que notre
quête de bâtisseur ne peut s’exprimer
qu’avec tous nos Frères. Je dis bien tous et pas
seulement ceux de notre grade ou ceux qu’on bade parce
qu’il paraîtrait qu’ils sont trente
troisième et que c’est bon de les
côtoyer pour notre « carrière
».
La Fraternité est une
mort : C’est la mort de soi-même dans son
Individualité égocentrique. Car la
découverte de la fraternité commence par
l’apprentissage du partage. La tolérance ne
commence-t-elle pas au moment où l’on accueille
l’autre avec toutes ses contradictions ? Si on
va jusqu’au bout d’une expérience de
relation humaine, la première impression devrait
naturellement s’émietter au fur et à
mesure que la réalité se construit. Ce passage
est douloureux car on doit renoncer à la première
impression qu’on prend souvent pour argent comptant, celle
à
laquelle on tient tant parfois et qui est notre jugement arbitraire,
subjectif et inconscient.
La fraternité n’exerce pas de pouvoirs magiques, en revanche elle propose à tous une vertu capable de la maintenir et cette vertu, c’est la Tolérance. A mi-chemin entre la justice et l’amour se situe le respect et la tolérance. On ne peut pas tolérer sans respecter, car le fondement de la tolérance est d’abord la compréhension de l’autre, de tous les autres.
Ainsi la tolérance
devient un hommage à
l’impénétrable
vérité dont tout homme est porteur. Egalement,
cet effort qui nous est demandé pour traiter
l’autre comme soi-même se nomme la « justice
», car la justice consiste précisément
à se placer à la place de l’autre.
Cependant il faut
admettre que la tolérance a par définition une
limite, ainsi on ne pourrait admettre la liberté
d’un loup dans une bergerie. C’est seulement dans
cette limite de la liberté de l’autre que la
tolérance peut se muer en Amour, qu’elle devient
une communion qui dépasse celle de l’esprit pour
atteindre la communion des coeurs. Tel est le paradoxe de la
Fraternité : Intelligence du coeur qui transcende celle de
l’esprit. Je dirais que celui qui gesticule et parade le plus
est celui qui empêche la relation de personne à
personne. Il s’exclut de la fraternité. Si la
Fraternité est un
devoir pour le Maçon, elle n’est pas
innée. Elle se travaille. Il faut être
suffisamment pur et s’aimer soi-même pour pouvoir
Fraterniser avec son prochain sans jouer un jeu ridicule qui ne trompe
personne.
L’amitié
c’est un attachement, une affection mutuelle, qui a beaucoup
de points communs avec la fraternité. Mais le type de
relations est différent. Nous choisissons notre ami, mais
pas notre frère. Ce qui a pour conséquence
qu’en amitié, il y a souvent plus de similitudes
que de
différences. La fraternité ce n’est pas
l’abandon total et sans réserve de
l’amitié. Il y a en plus dans la notion de
fraternité, une notion de durée dans le temps,
qui ne se pose même pas : Nous sommes frères
à vie. La Fraternité reste indissociable de
l’honnêteté, qui impose parfois de
déplaire, de choquer, de heurter. Nous ne pouvons
être en fraternité qu’en
étant honnête vis à vis de nos
Frères, mais l’honnêteté
n’est pas à elle seule, la fraternité
qui a une portée supérieure. Bâtir ne
peut être qu’une oeuvre commune donc Fraternelle,
c’est comme ça !
C’est ALAIN qui fait dire quelque part à son « Misanthrope » : « Ce n’est pas que je méprise les hommes, mais, plutôt, que j’en cherche et que je ne trouve guère… »
Ici, en Maçonnerie, les
Hommes ont retrouvé les Hommes. Ce n’est pas qu’ils soient
tous semblables. Chercher son semblable ne signifie pas que l’Autre
soit semblable à soi ! Au contraire ! Comme
l’écrivait Paul VALERY : « Nous nous
enrichissons de nos mutuelles différences
», mais chacun est soi, exprimé,
réalisé ou en passe de l’être. Oui,
c’est en
Maçonnerie que des hommes sont devenus des Hommes et, dans
la Lumière, ont retrouvé d’autres Hommes, c’est
là, dans cette prise de conscience, qu’est le fondement de
la solidarité qui lie les Francs Maçons, cette
solidarité, partie intégrante et ciment de la
Fraternité Maçonnique.
T F P M, malgré tout ce que je viens de dire sur ce que devrait être la fraternité pour les maçons que nous sommes, le rituel d’initiation au 4ème degré nous rappel à l’ordre sec : « Nous savons qu’en obtenant les degrés de Compagnon et de Maître vous avez acquis deux degrés d’instruction. Mais cette instruction n’est pas complète, pas plus que n’est complète la perception de la lumière à travers le bandeau symbolique posé sur vos yeux. De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien ».
Qu’est-ce que la fraternité du point de vue de l’homme libre, de bonnes moeurs maçon, maître secret âgé de trois fois vingt-sept ans accomplis que je suis aujourd’hui ?
T F P M, après le serment lors de ma réception, il a été dit ceci : « Mes F F nous vous avons enlevé le bandeau qui obscurcissait votre vue et nous vous mettons sur le chemin du Devoir qui conduit à la vraie Lumière. Que cette équerre qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous devez marcher droit devant vous et ne pas vous laisser entraîner dans l’erreur. Qu’elle vous rappelle aussi que vous êtes passés de l’équerre au compas… ». Mais passer de l’équerre au compas c’est ce que nous faisons quand nous passons du premier degré, où l’équerre recouvre le compas, au 3ème degré où à l’inverse le compas est passé en totalité sur l’équerre.
Comment mieux dire que le Maître secret ne fait que reprendre et approfondir le travail du passage du premier au 3ème degré, qui passe par la taille de sa pierre pour qu’elle s’insère au 2ème degré dans l’édifice, pour découvrir au 3ème, dans le dépouillement de la mort, que comme dans le poème de Kipling tout édifice doit être remis en cause et rebâti à chaque étape, dans le dépouillement et l’arrachement de chaque initiation. Je crois que c’est d’ailleurs l’expérience de chacun d’entre nous, que l’on commence à comprendre un degré seulement au moment où on est initié au suivant.
Par la suite, le rituel d’élévation au 4ème continue ainsi : « Vous êtes passés de l’équerre au compas, des lignes et des angles par lesquels les géomètres mesurent la surface de la Terre, aux courbes et aux cercles par lesquels l’astronome mesure le mouvement des astres. Vous commencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle ».
Qu’est-ce-que c’est que cette connaissance spirituelle présentée comme le lieu où nous pénétrons ? S ’applique-t-elle à aux principes initiaux qui nous ont été enseignés, dont la fraternité ?
Certes on voit bien qu’il s’agit d’un changement du regard par lequel, prenant un peu de recul, nous regardons de plus haut, plus largement. Nous constatons alors, comme Galilée, que la Terre est ronde. Ce que nous croyions être une surface plate est en fait une sphère, que notre pré-carré, que, le nez collé à la glèbe, nous pensions être un terrain de football, tracé avec des droites et des angles droits, est une surface courbe, tracée avec des arcs de cercle et des angles courbes, et dans un déclic du regard nous sommes passé ainsi de l’équerre au compas, en découvrant que la surface de la Terre, sur laquelle nous tentions de trouver notre chemin, et de construire un monde meilleur, n’est qu’en apparence le royaume de l’équerre, qu’il est en fait un reflet du royaume du compas.
Cette conversion du regard, objet à mon sens du travail en Loge de Perfection, nous permet de voir comment il y a en permanence derrière la matérialité apparente de la vie, symbolisée par le carré de la matérialité, un monde spirituel, symbolisé par le cercle. Cet effort permanent pour arriver à voir les événements de sa vie ou de celle des autres, ceux de sa ville, de son pays ou de son entreprise, avec les yeux de la spiritualité et non ceux de la matérialité, avec la vision d’en-haut et non celle d’en bas, en voyant en quelque sorte des courbes au lieu des droites, est à mon sens le vrai passage de l’équerre au compas.
Notre Fraternité de Maçon passés au-delà du 3ème grade que nous sommes vient du fait que nous avons tous une origine commune de par notre Initiation et que dans notre cheminement nous sommes ensemble parvenus dans cette enceinte sur les murs de laquelle perlent des larmes ! Nous sommes donc tous ensemble au milieu même de la tragédie maçonnique. Ya-t-il mieux pour rapprocher les hommes que la peine, la douleur? Nous avons tous vécu la même renaissance et nous restons tous sur le même chemin, celui de la recherche de la Lumière d’abord puis de la parole perdue aujourd’hui. Ensemble nous pleurons et donc ensemble nous devons traverser cette période d’incertitude. Le 4ème voyage initiatique lors de notre réception au grade, voyage par lequel nous sommes tous passés nous enseigne les enjeux de nous en tant que collectif. Nous devons vivre l’autre avec ses différences et nous en inspirer, sans flatterie, sans jugement et sans esprit de supériorité car elles ne sont pas rivalités mais partage et richesses.
Montaigne a dit dans les Essais : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». On retrouve encore ici les outils de travail, le ciseau et le maillet qui nous serviront à pratiquer la fraternité comme un art. Agir comme un frère, c’est savoir temporiser ses passions et c’est parfois quelque chose de compliqué car nous pouvons être parfois une marmite en ébullition, ou bien un lac de béatitude et le Franc-maçon n’a pas le droit de perdre son sang-froid et parfois se livrer à des attitudes, voir des comportements qui dépassent la fiction.
Aussi il est essentiel pour
mériter sans honte notre place au 4ème
degré en nous élevant pour regarder les choses
d’en haut. C’est seulement en passant au niveau
supérieur que nous arriverons à
maîtriser nos passions en général, mais
en particulier celles de la possession, du
pouvoir, de la vanité et de l’hypocrisie. La Franc
Maçonnerie au-delà du 3ème
degré ne devrait pas être une entreprise de cadres
à la recherche de pouvoir ou de places à
convoiter dans l’échelle de notre organisation.
Nos travaux ne devraient avoir
pour unique ambition de pour pouvoir participer à la
construction commune que de refléter notre
personnalité, dépourvus d’inutiles
compilations ou de citations voulant montrer notre petit savoir ou
encore de langage technique propre à à notre
cheminement en loge bleu.
Etre fraternel à ce niveau, de notre cheminement maçonnique c’est aussi être à même de parler le même langage que ces Frères tant on est arrivé à créer une symbiose des esprits. Nos égrégores, nos ateliers ne devraient être faits que d’hommes emprunts d’humilité, de sincérité, et de volonté à faire progresser leur savoir maçonnique. Il me semble évident que pour aider les autres, on doit commencer par s’aider soimême. D’autre part, il est important que la parole circule et que nous puissions en notre âme et conscience nous exprimer avec humilité et fraternité envers le frère, ou toute personne à qui l’on s’adresse. Si notre plus cher désir est de progresser vers la découverte de la parole perdue acceptons de recevoir ce qui doit nous être donné et donnons sans compter tout ce que nous pouvons donner.
La mystique du REAA est profonde et s’ancre dans une longue tradition maçonnique de perfectionnement progressif car il met graduellement des hommes qualifiés, des initiés, sur la voie de leur réalisation spirituelle. Elle se réfère à toutes les sources initiatiques ancestrales, maintenant vivant la chaîne initiatique, support du cheminement vers la Connaissance. Les mythes, et les symboles véhiculés par la Tradition au niveau du 4ème grade, permettent à chaque maître maçon d’accéder à de nouveaux niveaux de conscience. Ainsi, à ce niveau, Il accorde encore une fois de l’importance aux messages d’en Haut en cherchant à comprendre leurs sens symboliques.
La fraternité naît comme nous l’avons dit plus haut de l’amour des autres, mais elle est aussi étroitement liée aux concepts de liberté et d’égalité. Ces trois mots forment un ternaire. Les deux premiers termes liberté et égalité sont en fait opposés et signifie que la liberté sans limite crée le désordre et l’égalité crée l’injustice. Nous voyons qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre ces deux forces, lequel est réalisé grâce à la fraternité.
Ainsi, une relation duale trouve sa résolution naturelle et harmonique dans un troisième terme qui n’exclut pas les deux premiers mais qui les associe en formant un ternaire. La représentation symbolique du ternaire est souvent le triangle dont la surface est inscrit dans un cercle. Le cercle symbolise l’Unité qui inclut le Tout et le Rien, car son tracé est lié au nombre pi, irrationnel et transcendantal. La règle qui définit l’Harmonie primordiale du ternaire est une vieille connaissance de la géométrie. En effet à partir de n’importe quel point à l’intérieur d’un triangle équilatéral, la somme de la longueur des perpendiculaires abaissée sur chacun des côtés est égale à la hauteur du triangle et quel que soit l’endroit où est situé le point.
Cette relation remarquable montre à quel point la représentation ternaire des trois concepts de liberté, d’égalité et de fraternité sous la forme d’un triangle équilatérale suppose de celui qui l’accepte une attitude humaniste, une capacité au renoncement et au sacrifice et enfin, une éducation civique. Nous voyons bien là les bases structurelles ésotériques des sociétés démocratiques que les francs-maçons de l’époque ont mises en oeuvre en participant à la rédaction de plusieurs constitutions.
Il s’ensuit que les actes sociaux qui ne sont que l’étage supérieur de notre force créatrice sont réglés dans des équilibres respectant, comme nous le verrons plus tard à la fois la vie sous toute ses formes et surtout l’homme vivant symbole du Haut sur cette terre. Par l’utilisation du langage symbolique et de la loi d’analogie, il est permis d’associer tous les ternaires à celui du triangle équilatéral ainsi, apprendre, comprendre et vivre ou sur un autre plan Force, Sagesse et Beauté, ou encore Ame, Corps et Esprit sont analogiquement semblables.
Tous les termes d’un
ternaire sont aussi homologues entre eux, ce qui revient à
dire qu’il n’est pas absolument
nécessaire d’étudier leur
historicité. Ainsi Force, Ame et apprendre sont homologues
entre eux. Il suffit simplement de savoir qu’ils sont tous le
premier terme d’une
relation d’opposition et de dégager le sens du
triangle. Nous voyons qu’il est possible de comprendre
analytiquement le langage symbolique, mais cela n’est pas
suffisant, il faut qu’il soit vécu et
intégrer dans la personnalité afin que la
volonté permettant l’action puise ses racines dans le coeur,
source évidente de l’harmonie.
L’élévation au 4ème
degré est une clé importante de ce processus, car
tout ce qui s’accomplit dans ce grade est symbolique et
totalement interdépendant des autres étapes du
cheminement maçonnique.
C’est par la découverte du rapport des valeurs symboliques que le niveau de conscience s’élève. Si à son initiation, le maçon comprend le triangle comme une figure géométrique utile à la trigonométrie et à la construction, à partir du jour de son élévation au 4ème, sa capacité de lecture transcendantale doit lui permettre de percevoir le triangle en ternaire, c’est à dire que les rapports des côtés, angles et sommets seront lié à son sens de gravité, lieu magique où l’Unité est la clé de l’informulé. La pointe du compas pourra alors dessiner le cercle qui ouvre la voie de la transcendance. Du monde des idées, le ternaire mutera en trinité et symbolisera le G A D L U. Le processus de connaissance est maintenant vivant et il enchaîne les coeurs de tous ceux qui boivent à la même source d’amour, lieu géométrique de l’harmonie universelle sur cette terre.
Quel rôle joue l’émulation dans ma vie maçonnique de maître secret en quête de perfectionnement spirituel ?
Souvenons-nous de
l’épreuve du miroir. La
révélation ne se vérifie que si celui
qui tient le miroir ne se détourne pas de son
rôle. Si vous le confiez à quelqu’un qui
ne supporte pas le rôle du miroir, il y a de fortes chances
qu’il se détourne pour reprendre la parole. Savoir
pratiquer ces deux fonctions me semble important pour garantir la
fraternité, l’une est de savoir se poser en tant
que miroir, et l’autre de savoir s’exposer en toute
nudité. La mystique du miroir, si nous la regardons de
près, nous apprends à entamer notre
élévation vers un autre niveau de perception
des réalités d’ici-bas.
En me regardant dans le miroir, je confirme ma ressemblance avec les autres. Je m’identifie à l’espèce humaine. Le miroir agit donc comme un révélateur de ma personnalité et sa contemplation me permettra de me connaître. Or pour me connaître il faut que je sois capable de me transcender moi-même. A partir de là, à travers une introspection profonde, il s’agira d’aller chercher au fond de moi-même les énergies nécessaires pour transcender « le vulgaire » moi, m’inspirer des autres et chercher à « mieux faire », à « mieux être ». Là commence l’émulation. Mais celle-ci nécessite une démarche bien précise.
Il est essentiel d’accepter le regard des autres et en particulier de nos Frères car c’est lui qui nous apprend à connaître nos limites, à les repousser pour offrir le meilleur de nous-mêmes. C’est par ce regard objectif que les autres doivent porter sur moi que se manifeste la notion de fraternité. Pour être réellement pratiquée la fraternité nécessite que celui qui en use soit libre. Libre de quoi ou de qui ? Libéré de tout jugement qui ne serait pas de lui, libéré de réflexes conditionnés, libéré de l’autorité parentale, de toute représentation du pouvoir humain qui romprait la fraternité maçonnique. Sa pérennité n’est-elle pas assurée par le dépassement de tout dogme ?
Exister par les actions et interactions que provoquent des liens fraternels suppose que nos chaînes soient rompues. A mon sens, la démarche fraternelle prospère dans l’effacement des attentes individuelles comme des intentions dogmatiques. Elle permet à chacun de trouver sa place et non de s’apporter des réponses. Car qui sait à l’avance quel enseignement lui sera profitable ?
La première question
que nous devrions poser à un postulant profane lors de nos
enquêtes, et plus encore si nous souhaitons le parrainer,
devrait être : « Est-il en possession de
ce petit supplément d’âme qui va lui
permettre un jour de tout donner pour ses futurs F F et ainsi de
progresser sur le chemin Initiatique
» ?
Mais avons-nous nous-mêmes ce petit supplément d’âme pour pouvoir en avoir une idée ? Et c’est quelquefois un intérêt personnel qui nous anime ou bien nous sommes éblouis par la face visible de l’iceberg, la face qui intéresse la vie profane, celle des apparences. Qu’il soit professeur de faculté, vendeur de gaufres, policier, transformiste, catholique, musulman ou agnostique, quelle importance ? Comme dit le proverbe : « C’est au pied du mur qu’on voit le Maçon ». En tout état de cause, seule l’émulation sera à mesure de me donner les ressources pour continuer avec zèle et remplir mes devoirs tels que l’enseigne le rituel du 4ème grade.
Conclusion
T F P M, vu de là
ou je suis, c’est-à-dire au 4ème grade
du REAA, maître secret qui s’en glorifie,
reçu en passant de l’équerre au compas
sous le laurier et l’olivier, âgé de
trois fois vingt-sept ans accomplis, la fraternité vraie,
c’est me semble-t-il vivre l’autre avec ses
différences, sans
flatterie, sans préjugé, sans jugement.
T F P M, vivre en fraternité c’est offrir : chacun fait don de ses forces, mais aussi de ses faiblesses. Les différences ne sont pas rivalités mais partage. La fraternité c’est la notion de partage aussi bien intellectuel que matériel, c’est faire don de sa vie pour l’entraide. La fraternité ou quand l’homme est le miroir de l’homme.
T F P M, le jour de notre
réception au 4ème grade, une clé nous
a été présentée. Mais cette
clé qui nous été donnée, et
qui nous servira pour être le ferment de nos Loges
symboliques à travers l’émulation ne
nous a jamais été donnée comme
étant de l’ordre de la
préséance ou du pouvoir, mais bien du cheminement
personnel : « Vous avez la clé et
quelque jour il vous sera permis de passer ». Et
le rituel continue : « Les
préjugés, les passions et l’erreur
placent de nombreux obstacles entre l’homme et la
Vérité. Mais il n’est point de
difficultés que l’énergie, la
persévérance et
l’intention droite ne puissent surmonter
». Cette clé nous donne accès au Saint
des Saint de notre Temple intérieur, celle qui nous permet
de trouver au creux de notre coeur, en ce lieu sûr et
sacré, les secrets du maître-maçon et
la perception, si infime soit-elle, de
l’importance et des enjeux du principe de la
fraternité. C’est tout simplement notre ouverture
à cette connaissance, symbolisée par la
clé, notre progression vers cette connaissance, qui nous
rend responsables de nos F F, car comme le dit l’Orateur au
cours de l’initiation au 4ème
degré, et je conclurai là-dessus : « La
Connaissance est un bien héréditaire que chaque
génération de Francs-Maçons augmente
et qu’elle transmet à celle qui suit. Ainsi en
a-t-il été dans les temps passés,
ainsi en sera-t-il dans les Temps à venir
».
T F P M, pour nous qui sommes dans cet atelier au 4ème grade du REAA, nous devons au moins retenir ce que dit l’évangéliste dans son épître (1, 9-11) « celui qui prétend être dans la Lumière tout en haïssant son Frère est encore dans les ténèbres, mais celui qui aime son frère est dans la Lumière ».
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.