Le symbolisme, langage du sacré
M∴ D∴
Deus Meumque jus,
Rite Ecossais Ancien et Accepté,
Ordo Ab Chao,
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Le travail qu’il m’a été demandé de présenter ce midi devant vous s’intitule : « le symbolisme, langage du sacré ». Pour démarrer ce travail, je n’échapperai pas à la tradition qui consiste à proposer une définition des termes du sujet :
Le mot « symbolisme » est formé à partir du terme « symbole » qui vient du latin symbolum, « symbole de foi », symbolus, « signe de reconnaissance », du grec sumbolon, « objet coupé en deux constituant un signe de reconnaissance quand les porteurs pouvaient assembler (sumballein) les deux morceaux ». Dans la Grèce antique, le « symbolon » était un morceau de poterie qui était brisé en deux et qu’on donnait à deux ambassadeurs de cités alliées pour se reconnaître. Le symbole sépare et rassemble, il comporte les deux idées de séparation et de réunion.
Le symbolisme est la science des symboles qui permet l’interprétation des symboles et leur rôle dans le monde. C’est une école philosophique appréciant la capacité qu’a une image ou une réalité à servir de symbole, ce dernier représentant les paroles ou signes auxquels les initiés se reconnaissent. René GUENON précise : « tout geste rituel est un symbole agi ». D’ailleurs, dès le début de l’initiation, le nouveau postulant est prévenu à son entrée dans le temple : « Sachez qu’ici tout est symbole ». De plus, est-il nécessaire de rappeler que le Rite Ecossais Ancien et Accepté est un ensemble de symboles, porteurs de sens, qu’il appartient à chaque initié de découvrir, ce qu’il fait tout au long de sa vie maçonnique.
Le langage est un système articulé de signes, destiné à l’expression de la pensée et à sa communication. Son origine se confond avec celui de l’humanité en distinguant l’homme de l’espèce animale : il n’y a pas de société sans langage ni de langage sans société.
Le langage caractérise l’activité consciente de l’être humain, il véhicule l’expression de ses désirs, de ses réactions face aux événements, de sa vie spirituelle. A la différence de la langue qui évoque le caractère parlé d’un langage, celui-ci peut être non verbal ; il pourra alors être en contradiction avec l’expression verbale de son auteur, et refléter l’expression de son inconscient.
Le symbolisme est un langage spécifique : l’utilisation des symboles permet d’en assurer le secret et de ne le rendre compréhensible que par l’initié. Elle permet la communication entre initiés qui parlent un même langage qui devient alors universel. Pourtant, le symbolisme est aussi un langage personnel : chacun garde la liberté d’interpréter le symbole qu’il découvre, en fonction de sa propre histoire, de sa culture et de son cheminement. Le symbole permet au franc-maçon d’être libre dans sa recherche, puisqu’il permet de choisir son propre chemin, mais dans un cadre défini qui est celui de la pratique du rituel.
C’est donc aussi une ouverture à l’autre puisqu’il impose de le comprendre à travers sa propre lecture du symbole. Il permet de trouver son propre chemin tout en cherchant à comprendre le chemin de l’autre, ce qui donne à la franc-maçonnerie son caractère d’exception : une démarche individuelle et collective.
Etymologiquement, sacré s’oppose à profane. Sacré désigne ce qui est à la fois séparé et circonscrit (sandre = délimiter, entourer, sacraliser, sanctifier), tandis que profane indique ce qui se trouve devant l’enceinte réservée. Il y a donc deux domaines : l’un qui est réglé de manière transcendante, le sacré, et un autre où l’homme a la possibilité de penser et d’agir, dans une relative liberté. La vie est constituée par l’équilibre entre ces deux domaines.
Si le sacré renvoie au religieux, en franc-maçonnerie, il renvoie surtout à la définition d’un espace : celui du Temple, espace sacré en opposition à l’espace profane, Temple intérieur ou il s’agit pour l’initié de construire sa propre spiritualité, à travers la pratique régulière du rituel et l’étude des symboles.
Le chemin vers le sacré est avant tout un chemin intérieur, où le franc-maçon va à la recherche de lui-même et de la transcendance, chemin qui l’ouvre au divin, à la recherche de la vérité. L’entrée dans l’univers du sacré nous impose de laisser nos métaux à la porte du Temple et de nous consacrer à cette tâche.
Le symbolisme langage du sacré: en quoi le symbolisme, à travers le langage qu’il propose, permet d’accéder au sacré ? Autrement dit, en quoi l’étude des différents symboles et la signification qu’ils prennent pour chacun d’entre nous, nous permet l’accès à la spiritualité, à la transcendance, c’est-à-dire au divin ?
Premier point, comme le précise Sam KERNBEISER, ce qui fait la spécificité du symbolisme maçonnique, c’est qu’il s’agit d’un symbolisme ouvert. En effet, contrairement aux symboles profanes ou religieux, nos symboles n’ont pas de signification définie, ils ne font que suggérer, que nous ouvrir une voie de réflexion à leur interprétation. Ces symboles sont en fait des métaphores qui nous incitent à les méditer pour en retrouver le sens profond afin de concevoir celui qui convient à une démarche spirituelle pouvant admettre la notion de GADLU non comme une abstraction mais comme le symbole d’une spiritualité maçonnique. Ainsi se construit une spiritualité qui est le fruit d’un travail que la démarche initiatique permet d’accomplir par une libération de la pensée des idées reçues pour laisser place à celle des idées comprises.
La spiritualité maçonnique requiert une éthique qui ne rejette la prise en considération d’aucune forme de pensée ; c’est en ce sens qu’elle se doit d’être laïque afin de s’ouvrir à la compréhension de ce qui motive le comportement d’autrui. A la GLDF, peu importe si chacun a sa propre conception de la spiritualité pourvu qu’il accepte que celle d’autrui soit différente et que dans la Loge, elle a sa place au même titre que la sienne.
Deuxièmement, dans un article sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté, un rite spiritualiste pour une obédience traditionnelle, José BARTOMEUF affirme que la première spécificité de ce rite, c’est qu’il est essentiellement spiritualiste, c’est-à-dire qu’il prône la primauté de l’esprit sur la matière, qu’il croit en la perfectibilité de l’homme et met à sa disposition une méthode de perfectionnement individuel, le symbolisme et que la progression initiatique qu’il propose apporte à l’initié une connaissance spirituelle de plus en plus élevée, qui lui permettra de conduire une action de plus en plus éclairée dans le monde et de participer à l’amélioration constante de l’humanité.
Il ajoute que la spiritualité du REAA, telle que la définit Jean ERCEAU est non dogmatique parce qu’elle ne fait appel à aucune théologie et que chacun peut interpréter librement le principe créateur, laïque puisqu’elle est indépendante des religions existantes, œcuménique puisqu’elle n’exclut aucune religion, humaniste car elle se vit dans une dynamique de développement de la nature humaine.
Enfin, dans « spiritualité maçonnique », Henri ROCHAIS affirme que la franc-maçonnerie est spiritualiste parce ce qu’elle est initiation, parce qu’elle se nourrit de la tradition, parce qu’elle se veut universelle, et parce que son langage est celui des symboles : par définition, le symbole renvoie à un signifié ; il est lui aussi vecteur de sens ; il est toujours l’expression, le langage de la tradition. Il nous dit pour l’essentiel d’où nous venons, ce que nous sommes, où nous allons. Il est un jalon sur notre chemin vers l’être.
Pour terminer sur une note personnelle, lorsque je tente de réfléchir à ce que m’a apporté la maçonnerie pendant ces quelques années, je dirais plusieurs choses.
D’abord la rencontre et l’écoute de l’autre, et à travers cette rencontre et cette écoute, le chemin de la tolérance et de la fraternité. La franc-maçonnerie est le seul endroit dans le monde moderne caractérisé par l’individualisme et la compétition où on prend le temps d’écouter respectueusement le point de vue de l’autre et d’apporter sa pierre à un édifice plutôt qu’à chercher à avoir raison et prétendre détenir la vérité. Il s’agit d’élaborer ensemble une vérité collective, avec des outils et un langage commun.
Ensuite, le sens d’un engagement au service de la Loge : à travers les différents postes que j’ai pu occuper au sein de mon atelier, il était et il est toujours essentiel pour moi de respecter le serment contracté à l’initiation et de travailler au service de mes Frères.
Enfin, grâce au travail au sein de la Loge mais aussi en dehors, le travail sur les symboles m’a apporté une liberté, liberté de pensée et d’expression, mais aussi un accès au sacré à travers la construction de mon Temple intérieur, en constante recherche et évolution, ce qui est le thème de cette planche, et le sens de ma demande à partager vos travaux.
Très cher Frère Président, j’ai dit.