L’idée de la mort au 3ème et au 4ème degré

Auteur:

C∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP
ALGDGADLU


DEUS MEUMQUE JUS


RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE


Ordo ab Chao


Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France


LIBERTE EGALITE FRATERNITE

La mort, fait partie intégrante de la vie et a toujours été la grande énigme de l’homme.

Comme rien ne se crée, la mort est interprétée comme un changement de plan, une transition d’un état à un autre. Le corps physique étant soumis à une disparition naturelle, c’est l’âme, son existence et ses caractéristiques qui font l’objet des plus grandes interrogations et spéculations.

L’homme tel que nous le connaissons existe probablement depuis qu’il a pris conscience de la mort, de la mort des autres et de la certitude de sa propre mort.

En Franc-maçonnerie, la mort plane depuis notre première initiation.

L’épreuve de la terre nous rappelle d’où nous sommes issus.

Dès son entrée, le profane qui vit son initiation est invité à se dépouiller du vieil homme qui est en lui pour renaître à une nouvelle vie. Dans le silence et la solitude du cabinet de réflexion, il verra l’image de la mort sous la forme d’une faux, d’un sablier, d’un squelette, d’un crâne, où il lui sera demandé de rédiger son testament philosophique, véritable bilan de sa vie, véritable travail de deuil également.

Moment privilégié : il meurt, il apprend à mourir symboliquement.

La franc-maçonnerie propose une simulation de la mort, fait rare dans nos sociétés qui tentent d’occulter la mort

Le maçon devrait, mieux que d’autres peut-être, être préparé à la mort.

Son propre départ naturellement…

La mort au 3ème degré.

Au 3ème degré, on se trouve confronté à toute une symbolique de la mort : cercueil, drap noir, cérémonie se déroulant dans les ténèbres.

Mais elle est toujours accompagnée de symboles d’immortalité et de renaissance : présence de l’acacia, relèvement du compagnon représentant Hiram, et surtout sa réapparition radieuse dans l’espace de la lumière éternelle.

L’idée qui se dégage de ce symbolisme contradictoire est que la mort est une réalité, une épreuve inhérente à l’existence humaine mais qu’elle n’est en fait qu’une simple apparence puisque après un bref passage dans un lieu nocturne symbolisée en Maçonnerie par l’épreuve de la terre, l’âme renaît à la lumière et poursuit son existence dans le processus de la renaissance.

Donc nous avons bien dans le rituel du 3ème degré une référence symbolique très nette à l’immortalité de l’âme, même si en l’occurrence il ne s’agit pas d’une mort commune mais celle d’un personnage qui incarne l’idéal, le plus parfait du Maçon : notre Maître Hiram.

Car cette mort n’est ni naturelle, ni accidentelle, Hiram assailli par les trois mauvais compagnons aurait pu sauver sa vie en trahissant le secret maçonnique. Il ne l’a pas fait pour rester fidèle à la grande loi des initiés, c’est pourquoi cet architecte mythique est devenu le héros suprême de notre ordre.

Dans ce mystère de la mort, les trois compagnons tiennent le rôle capital.

En maçonnerie, quand un Compagnon devient Maître, il apprend que trois Compagnons ont commis un crime irréparable en blessant à mort le Maître Hiram.

Nous les désignons symboliquement comme étant l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition.

Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l’Homme pour qu’il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.

Ces trois acteurs du drame qui sont à l’origine du meurtre sont aussi, paradoxalement, ceux qui le ressuscitent.

Le cadavre ne se relève pas de lui-même, il ne répond pas à l’appel de Boaz, il n’est pas stimulé par Jakin, on doit lui impulser un nouveau souffle.

Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. Ce mot magique qui rappelle au Fils qu’il est issu de la Putréfaction.

Les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d’Hiram, tout comme Judas, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l’accès à un plan de conscience supérieur, n’aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d’alchimie spirituelle.

Donc le 3ème degré évoque bien le mystère de la mort et de la renaissance dans un au-delà spirituel mais à travers une mort exceptionnelle, celle du héros assassiné.

La mort ne l’a pas anéanti mais l’a glorifié et projeté dans le ciel de l’éternité où il est « plus radieux que jamais » parce qu’il demeure à jamais vivant dans la mémoire maçonnique comme modèle des vertus du Maçon.

La mort au 4ème degré.

C’est encore la mort d’Hiram qui est évoquée dans la seconde partie du rituel d’initiation au degré (p.25) mais là encore il est d’abord question « de la douleur provoquée par la perte de ceux que nous aimons » donc du deuil qui est le lot commun à tous les humains face à la disparition des êtres qui leur sont chers.

Vous voyez notre Loge en deuil et les Frères encore plongés dans la douleur que leur a causé la mort de notre Maître Hiram-Abif.

On rappelle un aspect ordinaire et universel de la mort mais c’est pour revenir au cas exceptionnel de la mort d’Hiram.

« J’ai été reçu sous le laurier et l’olivier, en passant de l’Equerre au Compas; j’ai vu le tombeau de notre Respectable Maître Hiram-Abif et j’ai, avec mes Frères, et le Plus Puissant et le Plus Sage des Rois, versé des larmes sur ce tombeau. »

« Ce n’est pas seulement la disparition d’un ami et d’un bienfaiteur qui nous afflige. »

Au 3ème degré on exaltait surtout l’exemplarité d’Hiram, son esprit de sacrifice, son héroïsme, sa fidélité à la loi, au 4ème on met l’accent sur la vraie signification initiatique de cette mort et son caractère catastrophique pour notre Ordre, nous déplorons la perte de la vraie Parole dont nous sommes maintenant privés.

Le 4ème degré dévoile la dimension la plus tragique de la mort d’Hiram : c’est le premier moment dans l’histoire mythique de la maçonnerie où la Parole, jusque là conservée et cachée par les initiés du peuple Hébreu, a été perdue.

« La douleur que provoque la perte de ceux que nous aimons est naturelle; mais nous déplorons plus encore la perte de la Vraie Parole dont nous sommes maintenant privés et que nous devons constamment rechercher jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée. »

Mon opinion est qu’elle devait être contenue dans les plans du Temple de Jérusalem dont on sait qu’il reproduisait l’Ordre du Cosmos, comme nous le croyons de nos temples.

Nous sommes par notre renaissance au 3ème degré, les héritiers de Maître Hiram et tout notre travail est de rechercher ce qu’il n’a pas voulu léguer au prix de sa vie.

Mots substitués, mots véritables, parole perdue, autant d’éléments d’un puzzle qui peut-être faisaient référence à des secrets touchant la création et à la nature de la divinité.

La parole a donc été perdue avec les plans du Temple que l’Architecte avait reçu de Salomon, et avait mission de construire.

Lorsque je pense que cette parole perdue faisait partie des plans du Temple, c’est que ces plans faisaient partis de l’esprit de Maître Hiram et que sa mort prématurée n’a pas permis de nous transmettre.

Le Temple dans sa globalité est donc inachevé.

Mais lorsque nous nous substituons à Maître Hiram, nous héritons de cette mémoire enfouie en nous, de ces plans qui nous servirons à construire notre propre Temple.

Le rituel nous dit que « Nous devons inlassablement la rechercher, jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée »

A travers les symboles qui nous restent, les mots substitués, les légendes reconstruites, il nous faut rassembler les fragments de Connaissance pour tenter de rebâtir une vision globale du principe créateur, de l’Ordre Sacré, et le rôle de l’homme dans cet Ordre en sachant cependant que la Vérité totale sera toujours hors de notre portée en raison des limites de notre compréhension.

Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît Maç nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la FM et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maçonnique.

Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit !

A tort ou à raison, je dis cette soi-disant perte, car je pense profondément que ces secrets véritables et cette parole perdue, nous les avons inconsciemment en nous.

La Franc-maçonnerie nous donne des outils pour construire notre propre temple intérieur et donc chercher les plans pour nous édifier.

Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ?

Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

Au cours du quatrième voyage le Premier Inspecteur  nous précise le devoir qui sera désormais notre seul et unique compagnon : 

« Vos travauxpeuvent ne pas être récompensés…Etes-vous prêts à accomplir votre devoir parce qu’il est votre devoir… et à être satisfaits de l’approbation de votre seule conscience ? et de vous remettre en mémoire la maxime de Taciturne : Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »

« Vous entendez, Vénérable Maître. Reconnaissez-vous que le Devoir est la grande Loi de la Maçonnerie, inflexible comme la Fatalité, exigeant comme la Nécessité, impératif comme le Destin ? »

Notre devoir est désormais d’aspirer à s’élever  dans les hautes sphères de  la connaissance spirituelle, de chercher à pénétrer les mystères de la Loi universelle, de donner enfin un sens à l’authentique quête de la Vérité. . : . «  …Il n’y a de réellement admirable que la Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail. »

Une autre dimension se profile que, nos yeux à peine dessillés entrevoient avec peine, au milieu de toutes les recommandations qui nous sont proférées au cours des voyages. Un regard élargi s’ouvre sur un ciel intérieur, chemin vers l’âme que, seule une incommensurable soif de connaître, peut révéler :

« Nous vous mettons sur le chemin du devoir qui conduit à la vraie Lumière…Vous commencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance Spirituelle. » et plus loin :
« Que cherchiez-vous au cours de vos voyages ?
« La Vérité et la Parole perdue. »
« Que signifient ces mots ? »
« …La Parole perdue est la connaissance du Devoir complet des anciens initiés. »
Mort et renaissance font partie intégrante de l’initiation. Ayant pris la place de l’Architecte, la première mission qui nous est assignée est de poursuivre la construction du Temple et donc de nous apprendre à nous connaître en connaissant le monde. Nous passons donc du cercle à la sphère, de la surface au volume, à la réflexion approfondie. Tout devient possible désormais que notre liberté d’investigation est illimitée, à l’image du Cosmos – nous sommes en possession de la clé – qui nous ouvrira les portes de la connaissance.

A l’aide des mots substitués nous devrons découvrir les chemins de la vérité qui  nous conduiront à travers le dédale de nos tâtonnements, vers la vraie Lumière.

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