L’Obeissance à la loi est-elle un facteur de liberation ?

Auteur:

S∴ O∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao
Sous les Hospices du Suprème Conseil de France

Obéissance, Loi, libération, la 1ère chose qu’il vient à l’esprit est le paradoxe qu’il ressort entre les 2 premiers termes et le 3ème.

En effet, l’obéissance est l’acceptation d’une autorité distincte de soi. Ceci suppose une soumission, attitude contraire à la liberté quelle qu’elle soit. La réponse à la question posée doit-elle pour autant, être négative ? Oui, si la Loi est incompréhensible, si elle est tyrannique, contraire à notre volonté, donc à notre liberté.

Il me semble donc primordial de définir de quelle Loi il s’agit dans la question posée.

Lors de l’élévation au 4ème degré, le T F P M nous dit que : « il n’y a de réellement admirable que la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ». Mais de quelle Loi Universelle s’agit-il ?

Si c’est la Loi de la nature, nous avons l’obligation d’obéir et de nous soumettre, car c’est elle qui régit la « Grande Architecture du monde ». Mais cette obligation n’empêche pas d’être conscient.

Le progrès scientifique permet de pondérer cette obligation de soumission pour améliorer cette loi mais n’autorise nullement d’en transgresser les règles pour éviter les abus que nous connaissons (l’effet de serre par exemple). Nous appartenons au Cosmos et nous n’en sommes qu’une infime partie en pleine interaction avec les autres composantes. L’Homme a toujours craint cette puissance qui l’entoure, qu’il ne connaît pas et que la peur pousse à ignorer. La prise de conscience et l’acceptation d’un Ordre Universel, cosmique, qui nous dépasse, aide à nous libérer de cette peur.

Les religions donnent une réponse, souvent dogmatique, à cette angoisse. La démarche Maçonnique est différente et, dans notre rite en particulier, si nous reconnaissons le G A D L U, c’est parce que les « petits architectes » que nous sommes doivent agir avec prudence. Le progrès est nécessaire mais il ne doit pas porter atteinte aux grands équilibres de la Nature. L’obéissance à la Loi est, dans ce cas, une nécessité.

Si c’est d’une Loi humaine qu’il s’agit, ou plutôt de plusieurs, elles sont nécessaires pour toute vie en société.

Par définition, une loi humaine est dictée par l’homme, d’où le risque d’une mauvaise loi due à la déviance de celui qui la dicte, comme par exemple, une loi tyrannique. L’obéissance dans ce cas, est un facteur d’asservissement, d’autant plus condamnable qu’il est volontaire. Dans son « Discours de la servitude volontaire », LA BOETIE dit que l’oppresseur ne peut exister que parce que les opprimés le veulent bien. Qui est le plus critiquable dans ce cas, celui qui dicte ou celui qui obéit ?

FOUCAULT est même allé plus loin car, pour lui, la « monstruosité » dans le totalitarisme n’est pas chez le dictateur mais dans la soumission des dirigés. Dans un tel contexte, se révolter est un facteur de libération.

Il faut nous méfier de nos propres conditionnements. Une loi bien faite est une loi qui respecte tout le monde. Elle doit améliorer l’Homme sur le plan matériel et spirituel.

Si nous, F M du R E A A poursuivons le même but, les moyens d’y parvenir nous sont propres. En ce qui me concerne, chaque tenue en Loge Bleue ou de Perfection est un exercice pour ma propre spiritualité, très sommaire jusqu’à mon Initiation je l’avoue, il y a une dizaine d’années.

Le F M est un homme libre ; l’exercice de la spiritualité suppose la liberté. Le spirituel implique une indépendance qui permet de se libérer de ses propres impulsions. Il faut aménager son instinct par son esprit.

Lors de l’élévation au 4ème degré, à l’issue du 1er voyage, il est dit au récipiendaire : « Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion… Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et jugiez vraie ».

L’obéissance à la loi est un facteur de libération lorsqu’elle est comprise comme quelque chose de bon. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais point qu’ils te fissent mais au contraire, fais leur tout le bien que tu souhaiterais qu’ils te fassent ». Ce principe simple devrait inspirer tout législateur.

Si c’est de Loi Morale qu’il s’agit, celle-ci régit notre conscience. Elle nous permet de gérer nos actes. La notion de Bien et de Mal est personnelle et reste soumise à notre environnement (Les bonnes mœurs du F M n’ayant rien à voir avec la définition communément admise dans le monde profane).

Une Loi n’est véritablement morale que si nous l’éclairons par notre conscience, que si elle procède de notre libre choix. Toujours dans le Rituel du 4ème degré, il est dit que « Le M S doit être prêt à accomplir son devoir avec la seule satisfaction de l’approbation de sa conscience ».

Si c’est de la Loi Sacrée qu’il s’agit, à notre Rite, c’est la Loi du G A D L U, donc on ne peut la transgresser. Le volume de la Loi Sacrée est le symbole de la Tradition sur lequel nous prêtons serment, c’est à dire que nous acceptons de nous soumettre à la Loi Maçonnique. Pour cela, il faut l’intérioriser. Notre cheminement personnel doit nous permettre de tenir notre promesse, car prêter serment en est une. ORDO AB CHAO, ces 3 mots symbolisent l’élévation de la Matière vers l’Esprit. L’Ordre spirituel auquel nous aspirons et pour lequel nous empruntons la Voie Initiatique nécessite le respect de cette Loi sans laquelle toute émergence du chaos est vaine.

Pour certains, cette démarche peut être un facteur de reconnaissance sociale résultant de possibles frustrations diverses, pour d’autres, elle peut être une thérapie contre un mal être d’où une libération illusoire car la Voie Initiatique doit être une voie d’épanouissement personnel, dont le rayonnement doit profiter aux autres. L’obéissance, l’écoute à la Loi Sacrée doit être un facteur de libération de nos contraintes profanes, même drapées d’idéaux.

Pour essayer de répondre à la question posée, je dirai que l’obéissance à la Loi, qu’elle soit Naturelle, Humaine, Morale ou Sacrée ne pourra être un facteur de libération que dans un cadre de clarté, de simplicité et d’évidence pour qu’elle puisse s’imposer à notre logique dans toute son Universalité et dans une juste mesure pour éviter l’excès.

Conclure une planche est souvent pour moi, mettre une fin, provisoire, à un rêve qui m’a accompagné plusieurs semaines. Quoique… La clé qui orne mon cordon n’ouvre-t-elle pas également la porte qui conduit à la Liberté, indispensable au bonheur qui, s’il est dans le pré pour certains, n’empêche pas l’ascension spirituelle, fut-elle incomplète, de la « montagne » toute proche ?

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