L’œil de l’univers

Auteur:

F∴ P∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
TFPM,


et vous tous mes FF MM SEC en vos degrés et qualités





« Le Temps est l’Architecte – l’Homme est le Maçon »


V.Hugo



Chacun de ces deux mots ferait un beau sujet de réflexion : les réunir en une seule expression leur donne une nouvelle dimension, puisqu’on a attribué à l’Univers – à la fois matériel et immatériel, un sens animal : la vision.


On en fait un concept – d’après Isaïe (11-1) – un concept vivant, intelligent, porteur de tolérance :


« Il ne jugera pas d’après ce que voient ses yeux »


-en clair- il jugera- mais non sur l’apparence.
Nous travaillons dans nos temples à la gloire du GADL’U.


Il est le point focal de l’orient, œil rayonnant, dans un triangle sacré, qui éclaire nos travaux et notre conscience, mais qui aussi reçoit symboliquement nos messages et nos espoirs.



Mais qu’en est-il de l’univers ?



Des montages vidéo peuvent nous faire voyager virtuellement, grâce à des représentations tridimensionnelles de notre monde quotidien, du cœur de la cellule ou de l’atome, à l’infiniment grand, les grands espaces intergalactiques.


Vus de Poitiers (Espace Mendès-France – Futuroscope) ou de Paris (Cité des Sciences) ces voyages restent virtuels mais nous montrent que l’Homme est au milieu du monde, à mi-chemin entre le macrocosme et le microcosme.


Mais cet univers, que nous égratignons avec nos fusées, navettes et sondes spatiales, qui l’a vu ?


Je reprends quelques infos de Sciences et Avenir n° 104 :


Nul n’a vu l’Univers. Nul ne le verra jamais. L’univers, objet de la physique, résiste à toute représentation figurative. On ne saurait montrer le « tout ».


Pourtant, physiciens, astrophysiciens, disposent aujourd’hui de représentations abstraites. Face à l’impossibilité d’adopter un point de vue externe, ils en sont réduits à spéculer. Les grands télescopes, Hubble, Cobe, confrontent leurs hypothèses aux observations.



Toutes représentations de l’univers et de sa structure, témoignent d’une certaine conception du monde, lesquels supposent de négliger ou valoriser certains aspects du réel.


Ceci est particulièrement frappant au Moyen-Age.


Admirons dans les Très Riches Heures du Duc de Berry « L’Univers – un grand vivant animé »- Une femme au milieu d’une mandorle, où sont figurés les douze signes du zodiaque.


Le ciel est représenté par ses constellations, mises en correspondance avec les parties du corps humain : le monde est alors pensé comme un gigantesque organisme, en harmonie avec le corps de l’homme. Un tel caractère symbolique ne demeure-t-il pas dans les représentations du monde proposées plus tard par l’histoire de la physique, et toujours exploitées par l’astrologie.



La physique contemporaine s’est forgée à l’époque de Galilée et de Newton, avec l’éclatement de la vision d’Aristote d’un monde clos en deux parties, aux propriétés inconciliables :


-celles d’ici bas sub-lunaire : composée de quatre éléments, en combinaisons diverses, où tout est corruptible,


-l’autre, le monde supra-lunaire : c’est à dire le cosmos, séjour de l’ordre et de l’harmonie, du Divin.



C’est vers la fin de la Renaissance que le concept d’Univers, avec l’espace physique homogène et isotrope émerge véritablement. Les cieux, comme la région terrestre, ne sont plus que des régions, d’un même univers, lequel garantit l’existence des lois universelles, sans laquelle aucune démarche scientifique ne serait possible.


En même temps, la révolution de Copernic s’oppose au système de Ptolémée en vigueur depuis l’Antiquité grecque : chassant la terre de sa position centrale, elle y place le soleil.


Au XVIIème siècle, le monde se réduit encore au système solaire. L’astronome Képler résout le problème de l’agencement des orbites planétaires, de nature elliptique ; les observations de Tycho Brahé, puis les calculs de Képler, le télescope de Newton élargissent les limites de l’univers. Tout le monde comprend que nous ne sommes plus dans un monde clos, limité par la dernière sphère, sur laquelle seraient peintes des étoiles fixes…


Au XIXème siècle, des télescopes puissants puis des appareils photographiques et spectrographiques repoussent les limites de l’Univers dans un nouveau concept : la voie lactée ou galaxie.



Le XXème siècle repousse l’univers bien au dehors de notre galaxie (Observations de Hubble, travaux d’Enstein) il y a des quantités de galaxies, regroupées en amas, ou super-amas, voire en structures encore plus vastes, tandis que d’immenses zones se révèlent vides de matière.



L’Univers devient, selon les savants de la fin du siècle, une structure géométrique, remplie de matière.



Ce mot « géométrique » prend un sens nouveau puisqu’il s’agit de la géométrie non seulement de l’espace, mais aussi du Temps, tous deux regroupés dans une entité plus générale baptisée Espace-Temps.


Cette géométrie n’étant plus euclidienne, mais munie d’une courbure –


non pas sphérique : l’expansion serait suivie d’une contraction,


mais hyperbolique : [en forme de selle de cheval, son image ressemblerait aux lemniscates (passage du carré au cercle-représentation de l’infini), les lacs d’amour, de notre houppe dentelée( quelle prémonition de nos anciens…)], dans cette courbure hyperbolique, donc, l’expansion se ralentirait dans le temps, mais sans jamais s’arrêter…



Ainsi en un siècle, l’image de l’univers a changé : d’un monde confiné à la voix lactée, on est passé à une immensité remplie de galaxies.


« Et le big-bang serait l’origine de l’Univers et le GADL’U en serait l’ordonnateur » dixit Pierre Simon



Et l’Œil de l’Univers, derrière tout cela ?


« Tout a commencé par le regard… »


« Au commencement était le verbe (Ev. Saint Jean)


« J’ai entendu parler de toi, maintenant mon œil te voit (Job XLII 5)



L’œil est le principal organe de la connaissance.


La Genèse nous rappelle qu’après avoir goûté la pomme, les yeux d’Adam se sont ouverts et il a eu la Connaissance, du Bonheur et du Malheur.


Pour Saint Jean, « Voir c’est ouvrir son esprit à la connaissance ».



L’œil est sensible à la Lumière et permet la Connaissance.


Je rappellerai le moment où on nous a enlevé le bandeau lors de notre initiation de maçon, nous cherchons :

  • La vérité, cette lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir.

  • La parole perdue, (encore plus difficile) : la Connaissance du Devoir complet des Grands Initiés…


ØPatrick Négrier nous dit que la présence de l’œil, dans le delta lumineux s’explique par le fait que le Delta entouré de rayons est la représentation de la constellation du triangle, symbole traditionnel de l’exercice de l’intelligence.


Œil et Delta se complètent en synergie : intelligence et conscience.


ØEzechiel (1.4.5.6.7.16.22) évoque cet œil de la conscience en disant :


« La Conscience symbolisée par l’œil, réside dans l’ensemble des éléments décrits.


-les quatre vivants associés aux quatre éléments


-les deux rouages : les deux roues zodiacales dont les 24 constellations possèdent leur propre symbolisme. »



L’Egypte ancienne nous avait déjà donné cet œil de la Conscience et de la Sagesse, sous la forme de l’œil d’Horus ? L’Oudjat, symbole du disque solaire, d’Amon, Osiris.


A l’image d’Osiris démembré en 14 morceaux, puis réuni, l’œil d’Horus, dans la légende des fractions égyptiennes, reconstituera son unité après avoir été divisé en 64 morceaux (1/2+1/4+1/8+1/16+1/32+1/64 @ 1).


L’œil droit, chez les Egyptiens, n’avait pas les mêmes vertus que le gauche.



Les orientalistes ont vu, dans l’œil droit, le Soleil : (Yang actif) et dans le gauche, la Lune : (Yang passif).



Les deux yeux symboliseraient notre dualité, alors qu’un seul œil serait considéré comme le Créateur, le principe central actif, l’unité divine, le GADL’U…


C’est cet œil que je porte sur mon tablier…


Principe créateur, Conscience universelle, je ne peux passer sous silence le magnifique poème de Hugo, tiré des Châtiments : l’œil de la conscience poursuivant Caïn pour son crime…


Mais l’œil est aussi un symbole d’échange spirituel, voire religieux, entre le GADL’U ou Dieu et l’Homme :



Maître Eckart
, au début du XIVème siècle, écrit :


« L’œil qui me sert à voir Dieu, est cet œil, là-même par quoi Dieu me voit ». Il ajoute ensuite : « Mon œil et l’œil de Dieu ne font qu’un. De même en est-il de la Vision, de la Conscience, de l’Amour »


Le double chemin, ascendant et descendant, cette unité réalisée, cette « Unité dansl’Etre », il l’exprime aussi par une autre image : « La réflexion du miroir dans le Soleil est, en tant qu’appartenant au Soleil, elle est Soleil elle-même… »


Jacob Böhme, 250 ans plus tard, écrit dans ses travaux théosophiques, à Amsterdam :


« L’Insondable divin, en tant qu’œil magique de l’éternité », est révélé par le miroir de la sagesse (Sophia)… « Il est semblable à un œil qui voit, mais qui ne voit pas afin de voir, car la vue est son existence… »-« C’est en lui-même qu’il voit ».


Sachons que c’est l’œil de Dieu qui confère la vie à l’Ame.



L’Ame est un œil de feu, ou un miroir de feu, en quoi Dieu se révèle…

Ainsi cet œil rayonnant, messager de Lumière sur un monde physique et un monde spirituel, amalgames de Lumière et de Ténèbres, cet œil vigilant, porteur d’unité et de conscience, nous rappelle cette volonté créatrice d’un univers, qui ne laisse rien au hasard.


De l’infiniment grand, à l’infiniment petit, du Macrocosme au Microcosme, tout est organisé, structuré, commandé par l’Espace-Temps.


L’Homme rationnel met toute l’intelligence de ses meilleurs chercheurs, ou astrophysiciens, toute son énergie à travers les âges, pour en découvrir les mystères et les mécanismes.


L’Homme sensible, angoissé devant l’Infini, la Vie, la Mort, essaie de trouver une réponse aux besoins de son âme, de sa foi, de sa spiritualité.



Dans l’immortelle Chaîne d’Union, que nous pérennisons en Loge, nos cœurs et notre foi rejoignent ce grand concept universel.


Et cet Œil du monde, symboliquement au-dessus de nous, qui nous voit – et que nous voyons incarne ce double mouvement, de l’Univers vers l’Homme et de l’Homme vers l’Univers, et nous fait espérer que ce qui est en Bas, nous pauvres terriens, doit être comme ce qui est en Haut…



J’ai dit, T

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