Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines

Auteur:

M∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué



Le sujet que vous avez proposé à ma réflexion me semble au cœur de ma démarche initiatique et de mon engagement maçonnique. Pour montrer le bien fondé de cette assertion au cours du développement qui va suivre, je vais m’attacher à partager ma vision de la finalité de la recherche de la Véritéet de la parole perdue dans notre démarche, puis à relever les limites humaines qui entravent cette finalité et risquent de nous amener à la profaner.Mais avant cela, revenons un moment sur le rituel.


Lors de l’initiation au 4e degré, à la fin des quatre voyages, le TFPM demande : « Que cherchiez-vous dans vos voyages » ? La MC répond : « La Vérité et la Parole perdue ».

Ainsi, l’objet de notre recherche, en tant que Franc Maçonne, dans notre loge de perfection est de continuer ce travail entrepris au grade de maîtresse.


Tentons donc dans un premier temps d’approcher ce terme de Vérité. Sur notre chemin initiatique, je ne pense pas qu’il faille s’attarder à rechercher une vérité objective, extérieure. Il ne s’agit pas de vérité scientifique ou mathématique. Il ne s’agit pas non plus d’une connaissance conforme à la réalité, ni ce qui s’oppose à l’erreur ou au mensonge. Je ne crois pas non plus qu’il faille sombrer dans des jeux intellectuels remettant en cause nos sens en doutant d’un monde apparent qui cacherait un monde réel. La Véritédont il s’agit ici est celle vers laquelle nous guide le rituel. « …La Vérité est une lumière que l’Homme perçoit plus au moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder… » 



Vouloir Ouvrir les yeux et regarder, c’est se mettre en position de réceptivité de la lumière : on a donc préalablement pris conscience qu’une présence intime en nous, était à même de vibrer à l’approche d’une idée,d’une personne, d’un fait.


Forte de ce qui précède, on peut dire que la Vérité serait à rapprocher de notre capacité à faire vibrer notre être à l’unisson du Monde manifesté. Il s’agirait de désapprendre nos petites vérités, pour faire vibrer une Vérité dans la profondeur de notre cœur.


Au-delà donc du vrai et du faux, la Vérité que l’on cherche est synonyme du vécu intérieur, de perception intime. Il s’agit de percevoir, de comprendre,d’intérioriser le multiple apparent. La vérité est doncà notre portée lorsque nous sentons que ce multiple est en phase avec notre centre ; lorsque nous avons rassemblé ce qui est épars.


Cependant, du fait de notre conscience, du fait de notre existence, nous sommes coupés à jamais de cette relation intermédiaire et durable avec le Centre ; ce travail de recherche de Vérité, c’est-à-dire de descente au plus profond de nous-mêmes est un travail de chaque instant pour toucher du doigt une totalité. Appartenant au monde manifesté, notre quête est permanente.


D’ailleurs, la Bible ouverte au premier chapitre du livre des Rois à ce degré, nous rappelle ce mythe fondateur de construction d’un temple, de NOTRE Temple Intérieur. J’ai remarqué par ailleurs qu’une clé nous a été remise, celle-là mêmequi est posée sur levolume de la Loi sacrée. Elle induit qu’une clé est nécessaire à la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue. C’est avec elle que promesse nous est faite d’ouvrir et de passer, si l’on veut.


Je crois comprendre que comme la clé tourne dans la serrure afin que l’on puisse changer de lieu, de même notre être doit se mettre en mouvement pour que nous accédions à un autre niveau de conscience. La clé est symbole de cette prise de conscience de notre être et des changements d’état qu’elle peut induire.J’en déduis qu’afin que ce passage puisse se réaliser, il nous faut au préalable constituer, ciseler cette clé. Symboliquement, il faut plonger au plus profond de nous-mêmes.  C’est au tréfonds de nous mêmes que nous trouverons le moyen de toucher notre parcelle lumineuse.


Après avoir clairement identifié cette nouvelle dimension de nous mêmes, il s’agira sans doute de la réveiller, de la faire croître. On comprend la nécessité d’accoucher de nous-mêmes  cette libération progressive et cette longue voie de la recherche de la Vérité et de la Parole perdue.


Mais alors quel est le lien entre la Vérité et la Parole perdue ?


Si la Vérité qui peut se saisir probablement dans l’instant, et qui peut être à la portée des yeux relève du domaine de l’humain, du relatif, du spatio-temporel, dans la vie profane, la parole agit, elle profère le nom, elle nomme. Mais cela relève simplement de la désignation


Dans le langage symbolique, nommer est synonyme de connaître dans le sens où on saisit, on comprend, on prend possession. Nommer est un acte de création dans la mesure où simultanément à l’acte, ce qui est nommé est rendu présent et vivant à notre esprit. Or la parole a été perdue lorsque l’Architecte a été assassiné. L’architecte avait la clé pour passer du Un au Tout et du Tout au Un.


Connaître cette parole, reviendrait à « rassembler ce qui est épars », réunir en esprit le multiple, et saisir l’intentionnalité mystérieuse et inaccessible. Incapable d’avoir cette compréhension globale, on nous propose des mots de substitution qu’il s’agit d’interroger pour nous faire saisir que nous ne sommes pas en mesure de prononcer la parole ; que nous ne sommes pas en mesure de saisir en esprit ce qu’elle renferme.


Ce qui unit donc la Vérité et la Parole perdue serait la Recherche qui est liée au dépassement du multiple pour saisir la globalité. Il s’agit de trouver la Voie qui nous permet de nous relier à un monde des origines, à une source de Vie.


Mais le rituel précise aussi :


« Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines. La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain, il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais ». Si le rituel affirme que la Vérité est inaccessible à l’esprit humain, c’est bien parce qu’il ne s’agit pas de raison, mais d’une saveur vivant en vibrant au plus profond de nous-mêmes.


La difficulté va résider dans notre capacité à rester sur le chemin sans être distraites. De nombreux pièges existent inhérents à notre nature humaine et à l’imperfection des systèmes dans lesquels nous vivons. Le danger principal est la difficulté d’appréhender la réalité sans se laisser prendre aux pièges des illusions qui nous gardent prisonnières dans la Caverne.


Dans mes questionnement sur la profanation du mot de vérité, je me suis souvent posée la question de l’efficacité du discours par rapport au travail qui se fait en silence, pour la plus grande gloire du « connais-toi toi-même socratique ». Un sage oriental nous rappelle : «plus tu deviens silencieux, plus tu entends ».


Notre outil de travail demeure le langage ésotérique. L’extérioriser par des discours oiseux ne risquerait-il pas de le désacraliser, de le profaner ? Ne prend on pas ce qui doit rester des approches pourl’ériger en dogmes ?


Ne faut-il pas aussi réfléchir aux syndromes qui peuvent trahir la transmission et la réception de nos rituels ? Profaner la vérité pourrait aussi advenir lorsque la transmission prend un aspect dogmatique de la part du transmetteur comme de celui du récepteur.


La légende d’Hiram, sous l’angle moral peut exprimer la lutte entre la Vérité et ses trois ennemis, l’ignorance, le fanatisme et l’ambition déréglée.


Nous savons que l’ignorance s’oppose à la connaissance. Nous n’ignorons pas que le fanatisme est une conséquence d’une trop grande confiance en soi issue de la conscience exacerbée de posséder la vérité et d’être la seule. L’ambition déréglée quant à elle relève des mêmes causes et de la quête du pouvoir que peut procurer une soi-disant connaissance de type totalitaire.

Tout l’intérêt de la Franc-maçonnerie est de nous aider dans la quête, de nous faire sortir du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions ; de nous tirer de la servitude de l’erreur. Ce qui peut s’interpréter par le constat que si nous échappons à l’erreur c’est que nous sommes mis sur le chemin de la Vérité par la conception du travail qu’offre la Franc Maçonnerie.


On pourrait dire finalement que notre Vérité à construire et qui ne doit point être profanée est d’éviter d’idolâtrer ni idéaux, qu’ils soient politiques, scientifiques, sociaux, spirituels, ni Homme, si valeureux soit-il. La Franc- maçonne ne peut pas admirer ce qui est à l’extérieur, mais elle doit se concentrer sur l’intérieur. Et c’est bien dans ces principes de vie que réside son Devoir qui mène sans nul doute à la Vérité.


Je fais mienne l’assertion du rituel selon laquelle,  il n’ y aurait de réellement admirable que la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail.


C’est une des choses dont je suis convaincue  au bout de ce travail non exhaustif.  Il apparait donc que la recherche de la Vérité ne devrait pas souffrir de renoncement. Elle nous est clairement affirmée comme objectif dans le rituel. Elle imprègne notre discours. L’initiée sait qu’elle a des limites de par son humanité. C’est son ignorance ontologique et eschatologique. Mais cette limitation, si elle oblige une recherche personnelleest aussi une injonction vers le refus de tout dogmatisme profanant la Vérité absolue.


J’ai dit,  Trois Fois Puissant Maître

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