Nombre et Signe mystérieux

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Non communiqué

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A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté – Egalité – Fraternité

L’ordre du jour étant épuisé et le Premier Inspecteur ayant décelé la fin du jour, le Trois Fois Puissant Maître peut procéder à la fermeture de la Loge. Pour ce, il ordonne au Premier Inspecteur d’en informer les Maîtres Secrets par cette phrase :

« Mes Frères, le Trois Fois Puissant Maître va fermer la Loge par les Nombres et par le Signe mystérieux ».

Je ne sais pas pourquoi, cette phrase a toujours suscité en moi bien des interrogations. Je vais donc essayer, faute de certitudes, de vous faire partager mes pistes de réflexion. Peut-être pourrez-vous m’aider à l’issue de ma colonne gravée à y voir plus clair en me faisant profiter de votre Lumière.

Pourquoi donc est-il fait référence « aux Nombres » et non à la « Batterie du Grade », puis au « Signe mystérieux » et non au « Signe du Secret » comme le nomme l’instruction du Quatrième degré ?

Pourquoi le mot « Loge » a-t-il remplacé « les Travaux » figurant dans la phase d’ouverture et pourquoi l’ordre d’exécution de la batterie et le signe sont-ils inversés durant la phase de fermeture des Travaux ?

Je porterai également un éclairage particulier au mot « mystérieux » dont la présence en cette phrase revêt pour moi un caractère mystérieux, d’autant plus que contrairement aux termes auxquels il est associé, sa première lettre est en caractère minuscule.

Devant tant d’interrogations, je me sens confronté au choix du tailleur de pierre devant choisir l’endroit duquel il doit attaquer la pierre pour accomplir son œuvre !

L’adjectif « mystérieux », dont je ne peux me résoudre à la présence, m’apparaît être l’angle d’attaque le plus judicieux. C’est ici que je commencerai donc à dégrossir ma colonne.

Premier constat : Le mot « mystère » est écrit dans le rituel avec un « M » minuscule tandis que les mots auxquels il est associé, Nombres et Signes, comportent à leur entête des majuscules.

« Mystère », est issu du Grec « mystérion », faisait parti de la pharmacopée grecque et désignait un remède dont les effets fermaient la bouche afin de protéger contre la toux. (nous notons là une certaine similitude entre le signe du secret, signe propre au Quatrième degré). Ce terme signifiait également l’assemblée des mystes, « myste » signifiant lui-même « initié ».

Notons au passage, que bien que de racine identique, « mystère » et « mystique » empruntent des voies spirituelles différentes : mystère ressort de l’initiation, tandis que mystique est en lien avec la religion.

Ce mot au fil du temps s’est considérablement « adouci » et revêt de nos jours un caractère énigmatique voir obscure. Il est à rapprocher du « mystérium » latin qui signifiait : une doctrine secrète.

Pour nous, « Initiés », mystères employé au pluriel, conserve sa définition primitive en usage dans le langage littéraire comme défini dans la grande encyclopédie Larousse comme : « ensemble de doctrines ou de pratiques religieuses que doivent seuls connaître les initiés »ou encore par le Littré qui définit les mystères par « un culte secret avec initiations successives ».

A ce stade de ma Colonne Gravée, il m’est difficile, travaillant dans la Respectable Loge Symbolique « Déméter » de faire abstraction de la Tradition entourant le Culte des mystères d’Eleusis, dont les rituels demeurés secrets étaient accomplis par les prêtres de Déméter. Notons que c’est à cette époque du printemps que l’on célébrait les « Petits mystères », par opposition aux Grands mystères, qui eux, étaient célébrés à l’automne.

Pardon à notre Frère Gaston, passé Vénérable Maître de cette Respectable Loge de lui rappeler qu’en cette célébration printanière, les prêtres purifiaient les mystes et sacrifiaient un cochon.

L’association du mot mystère aux Nombres m’apparaît d’entrée plus emblématique, « mystérieux » communiquant un aspect particulier au mot Nombres :

D’après l’instruction du Quatrième degré, la batterie est formée de Sept coups par Six plus Un, tout en précisant qu’elle rappelle la désignation par Salomon d’Adonhiram. L’instruction précise également que le récipiendaire représente l’un des Six Maîtres assistant Adonhiram. Adonhiram, représente symboliquement, le Premier Inspecteur, le roi Salomon, le Trois Fois Puissant Maître de la Loge. La mission confiée par Salomon à ces Sept Maîtres Secrets étaient de terminer la construction du Temple dédié à l’Eternel.

Mes Frères, la partie consacrée aux nombres de ma Colonne Gravée pourrait s’arrêter là, ayant assimilé les mots communiqués par l’instruction du Quatrième degré. Mais pour prendre, c’est-à-dire s’accaparer et en tirer profit, il faut avant tout « Com-prendre ». C’est-à-dire « qu’on prend » ; dans le « langage des oiseaux » si cher à notre frère Jean.

Le rituel d’initiation incite le Maître Secret « à ne pas prendre les mots pour des idées et à s’efforcer toujours de découvrir l’idée sous le symbole », je m’efforcerai donc à rechercher le sens profond de ces Nombres mystérieux.

Pythagore disaient que « les nombres gouvernent le monde » et que « toute chose est nombre ».

Pour sa part, le Livre de la Sagesse, l’un des Livres de l’ancien Testament, également appelé en Grec « Sagesse de Salomon », site dans l’un de ses versets (V.15-20) que « Dieu de sa main toute puissante a créé le monde à partir d’une matière informe… Elle a tout réglé avec Nombre, Poids et Mesure ». Le Nombre incarne donc « L’ordre du monde », ceci nous ramenant de toute évidence à la devise du Rite Écossais Ancien et Accepté « Ordo ad chao ».

Nous pouvons ainsi voir l’importance du Nombre dans la création et dans le fonctionnement de l’Univers. Nous comprenons maintenant mieux pourquoi le mot Nombre est doté d’une majuscule appelant au respect dans le rituel du Quatrième degré.

Nous avons vu précédemment que le nombre « Sept » de la batterie est la somme du nombre Six et du nombre Un. Il diffère donc du nombre « Sept » connu dans le degré précédent : l’attention étant attirée par le Sixième et Septième coup qui se voient séparés.

Cette singularité n’est pas sans rappeler le Sceau de Salomon formé de deux Triangles inversés et entrelacés et ayant en leur centre un Point. Ces triangles représentent l’Univers dans sa totalité, comprenant le monde d’en haut et le monde d’en bas. L’addition de l’Unité que marque le point au centre de ces deux triangles, expression du nombre SIX, revient à placer le Principe Créateur au centre de la création.

Le « Un » domine tous les autres Nombres. Comme le disait Pythagore : « il est à leur origine ». Tout comme Adonhiram est à l’origine du Maître Secret, car sans sa connaissance, le Temple ne pourrait être construit. Tout comme Hiram dont la mort est à l’origine du Maître, car sans sa mort, Hiram ne pourrait donner vie à un nouveau Maître au Troisième degré.

Le Un est source d’unité et le Nombre qu’il forme est déterminé par sa quantité.

La Genèse nous indique que Dieu créa le monde en six jours et que le septième jour il se reposa : c’est le jour du Shabbat dans la Kabbale Juive. De nombreux exemples issues de la Kabbale nous dévoilent la perfection du nombre Six indiquant l’importance des Nombres dans des l’écritures hébraïques : Cette dernière est composée de vingt deux lettres, chaque lettre étant à la fois une lettre et un chiffre. Chaque association de lettres étant à la fois un Mot et un Nombre permettant ainsi de multiples interprétations.

Nous retrouvons cette perfection du Nombre Six dans la composition du nombre lui-même.

Selon Pythagore, la perfection numérique dépendait des diviseurs d’un nombre, certains nombres se divisant parfaitement en un nombre originel.

Un, Deux et Trois divisent Six. Or l’addition de ces diviseurs donne Six.

Ces nombres, dits « parfaits », sont rares. Entre zéro et mille, il n’en existe que trois qui sont : Six, Vingt huit et Quatre cent quatre vingt seize.

Le quatrième étant Huit mille cent vingt huit et le cinquième Trente trois millions cinq cent cinquante mille trois cent trente six. Nous noterons au passage le caractère « en spiral » de ce déroulement en direction de l’infini numérique.

Cette perfection du nombre « Six » n’est pas passée inaperçue aux yeux des théologiens, Saint Augustin a écrit dans « La Cité des Dieux » que « bien qu’il eût pu créer le monde en un instant, Dieu avait décidé de lui consacrer Six jours afin de refléter la perfection de l’Univers ».

Au premier degré, l’Apprenti est amené à apprendre l’usage de la perpendiculaire pour apprendre à se connaître. Dans le pas de l’apprenti, l’extrémité du fil à plomb lui indique le point de départ, point marquant l’entrée de la Loge. Puis, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, partant du pied gauche, il fait trois pas glissants en direction de l’Orient, marquant ainsi au sol « le trait ».

Étant passé de la perpendiculaire au niveau, le compagnon d’un pas glissant à droite marque ainsi l’élargissement de sa connaissance, c’est-à-dire « le plan ».

Au troisième degré, le Maître de sa jambe droite « enjambant le cercueil » en un mouvement circulaire, découvre ainsi l’usage du compas.

Ce déplacement dans l’espace le projette dans le volume représenté par « le Cube ». Nous retrouvons dans le monde profane l’expression de ce symbole dans le jeu de dés. Notons au passage que la somme des faces opposées du dé fait toujours Sept.

La Bible ouverte au Livre des Rois 1, Volume de la Loi Sacrée à notre degré, relate dans son chapitre « 6 », la construction du temple. Celui-ci avait la forme d’un carré long de Trente mètres de long, Dix de large et Quinze de haut. En son milieu se trouvait le Sanctuaire, le lieu très Saint renfermant l’Arche d’Alliance.

Nommé « Saint des Saints », ce dernier avait dix mètres de long, dix de large, dix de haut. Nous noterons que ce sanctuaire avait donc la forme d’un « Cube » de dix mètres de côté. Le nombre Dix en numérologie est le nombre ramenant à l’Unité, c’est la Tétractys de Pythagore. Le rituel d’Initiation au Quatrième degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, indique l’importance de ce lieu « Très Saint » : il est le seul endroit où je pourrai prendre connaissance des mystères les plus secrets de la Franc-Maçonnerie.

L’enseignement du Quatrième degré, indique également qu’Adonhiram et les Six Maîtres ayant participé à la réalisation des Travaux, furent élevés par le roi Salomon au rang de « Lévites », tout en précisant que le roi exigea d’eux le secret le plus absolu sur leur mission.

Ces Sept Maîtres sont symboliquement considérés comme les premiers Maîtres Secrets.

A son origine, le Lévite, membre de la tribu de Lévi, avait été choisi pour porter l’Arche d’Alliance pendant l’Exode. (Deutéronome X, 8)

Dans la Guemetria, la lettre « Z », nommée Zahin dans l’écriture hébraïque, a pour valeur Sept. Cette lettre est l’emblème de la discrétion à notre degré. Elle est représentée sur le tablier du Maître Secret et sur le paneton de la Clé, bijou de ce degré, bijou placé sur le Volume de la Loi Sacrée.

Cette lettre « Z », est l’initiale du mot Ziza. Elle signifie « resplendeur » et « balustrade ». Le rituel d’initiation nous indique que « cette balustrade est une véritable Barrière » séparant le Débire, dans lequel se trouve le Maître Secret, du Saint des Saints situé à l’Orient du temple. Le rituel précise qu’il est interdit au nouveau Maître Secret de franchir cette barrière ; mais que toutefois il en a la clé, et que dans quelques jours, il lui sera permis de l’ouvrir et de passer.

Par ailleurs, nous retrouvons également cette notion symbolique de « Cube » dans l’âge du Maître Secret : « trois fois vingt sept ans accomplis » signifie trois fois le cube de Trois soit Trois fois Vingt Sept, et non quatre vingt un ans comme il aurait été dit dans le monde profane.

Enfin, comme indiqué au début de ma colonne gravée, j’évoquerai les différents « termes en miroir » exprimés durant la phase d’ouverture et de fermeture des Travaux du Quatrième degré.

Tout d’abord le mot « Travaux » employé durant l’ouverture, est remplacé ici par le mot « Loge ».

A mon sens, cette différence signifie que les Maîtres Secrets, amenés à se séparer vont continuer, chacun de leur côté, à réfléchir sur les travaux menés afin d’en tirer le maximum de profit. Le Travail ne s’interrompt donc jamais quand on est Maître Secret, car il est un Devoir.

D’autre part, durant la phase d’ouverture, le Premier Inspecteur précise que « l’éclat du jour a chassé les ténèbres » et que « la grande Lumière commence à paraître » tandis qu’à la clôture des Travaux « nous sommes à la fin du jour ». Ceci me laisse à penser que « la grande Lumière » perdure en nous afin de nous éclairer symboliquement dans la réflexion que j’ai évoqué précédemment.

Nous pouvons constater que contrairement aux rituels des Trois Premiers Degré orchestrés par « midi » et « minuit » délimitant la période de travail et de repos, nous ne trouvons plus dans un espace délimité par le temps, mais par un rythme solaire, dont le jour marque symboliquement l’étape de la vie humaine. Seul l’œil expert du Premier Inspecteur peut percevoir l’éclat du jour perçant les ténèbres à l’ouverture des travaux et disparaissant en leur fin.

Ceci n’est pas sans me rappeler la déesse Egyptienne Nout symbolisant la courbe du ciel. Le Soleil se levant à l’Est et se couchant dans sa bouche à l’Ouest, avant de disparaître dans son corps. Le jour laissant place à la nuit et la nuit laissant place au jour en renaissant le lendemain matin.

Nous comprenons ainsi mieux pourquoi, en phase d’ouverture ou de fermeture de nos travaux, l’ordre dans lequel s’effectue le signe du secret et la batterie se voit inversé telle la couverture d’un livre précédant les pages et leurs succédant en sa fin.

Trois Fois Puissant Maître et vous tous Maîtres Secrets,

J’ai dit.

Ph V

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