Pourquoi ne peut-on entrer dans le saint des saints ?

Auteur:

P∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« Un lieu sacré où se retrouvent les seuls initiés,où règnent l’amour et la fraternité » : lors de la lecture du tracé des derniers tracés de nos travaux au premier degré, ces mots constituent la fin de la phrase que lit le secrétaire. Bien que nos travaux soient ouverts dans un lieu clos et sacré, le rappel de cette formule est là pour renforcer la notion de lieu sacré.

Décrivons sommairement le temple de Salomon.

Le temple proprement dit comprenait trois salles :

Le ULAM (ou porche, vestibule), 20 coudées de large, sur 10 de profondeur.
Le HEKAL (ou Saint), 20 coudées de large sur 40 de profondeur.
Le DEBHIR (ou Saint des Saints), 20 coudées de large sur 20 de profondeur et 20 de hauteur, clos par une porte double. L’arche d’alliance y reposait.

Le Débhir, tapissé d’or sur les murs, le plafond et le sol, prolonge le Hékal. L’Arche d’Alliance y est placée. Le Saint des Saints était ainsi la pièce la plus retirée. Entièrement vide, rien ne pouvant symboliser la présence de YAHVE, elle était séparée du Hékal par un double rideau. YAHVE habite dans l’obscurité. Il se rend présent dans le temple grâce à l’Arche d’Alliance, qui lui servait, en quelque sorte, de trône.

Dans le Saint des Saints, la pierre shethiyah servait de support à l’Arche d’Alliance et une tradition rabbinique rapporte que cette pierre n’était autre que celle sur laquelle Jacob avait appuyé sa tête. Considérée comme le véritable centre du monde, c’est à partir d’elle que le salut va rayonner sur la terre.

Ce lieu clos n’est pénétré que par le grand prêtre d’Israël, une fois par an à Yom Kippour. Il est un cube parfait de 20 coudées d’arêtes, qui fait également penser à la Ka’aba, gigantesque cube de pierre vénérée par les musulmans à La Mecque. La Ka’aba est tombée du ciel par une ouverture qui coïncide avec l’étoile polaire. Elle met en communication 3 mondes : céleste, terrestre et infernal, qui renvoient à La triple enceinte, évoquée également par la Jérusalem céleste.

Revenons à la symbolique du temple : héritage si fondamental et si universel que toute réflexion conduira à n’évoquer qu’une seule intentionnalité, dans sa structure et sa finalité, à savoir matérialiser l’intuition religieuse de l’humanité, cette image étant la seule convenue dans l’histoire des hommes pour permettre de garantir périodiquement, et la transmettre, l’alliance du ciel et de la terre, celle de Dieu avec les hommes. Les architectes-constructeurs, tantôt opératifs, tantôt spéculatifs, depuis l’aube des temps et partout sur terre, ont toujours édifié des temples pour y installer et y fixer à leur manière, suivant leurs concepts propres, « la Présence du surnaturel ».

De la caverne néolithique à la plus récente basilique africaine, l’architecture du temple a toujours été intentionnellement définie, calculée, mise en projet, et matérialisée en observant certaines constantes :

selon une structure traditionnelle souvent conçue sur une base cubique ou double cubique, tripartite ou à triple enceinte, surmontée d’une coupole centrée autour d’un axe vertical et orientée vers le soleil levant aux équinoxes.

Selon des nombres également, des proportions, et des rythmes en résonance et en harmonie avec les structures mentales et sensorielles des hommes amenés à construire la liturgie.

Cette architecture du temple, dont la norme a parfois été dictée par l’Eternel (Noé, Moïse, Ezéquiel), a toujours été conçue pour constituer en son cœur un espace à part, séparé du vulgaire et du profane, limité, réservé, consacré et sacralisé par un rituel. Espace donc de spiritualité, ayant une double finalité :

d’une part, hisser l’initié à la qualification requise pour apprendre et accéder aux mystères du divin. De l’autre, abriter la Présence du dieu et en protéger le culte contre les voleurs de secrets et de trésors.

Espace sacré, donc, « le lieu de mon trône » dit Yahvé, « la tente sacrée préparée des origines » dira Salomon.

L’art cathédral, celto-gothique, occidental et médiéval, au fait des meilleurs développements mathématiques et alchimiques, fera du temple un véritable accomplissement où la matière, l’humble pierre en tension vers sa clé de voûte, et le verre, éclatant la symphonie de la lumière, seront portés en assomption vers le ciel, par le génie de l’architecte. Principe d’unité. La présence du surnaturel sera alors vécue en de pures sensations, selon le jeu de rapports invisibles induits par les corrélations entre les proportions et les progressions rythmiques et harmoniques issues de la section dorée, et de la plus achevée des figures platoniciennes, le pentagramme étoilé, étoile à cinq branches, modèle de l’homme rayonnant sa transcendance.

De même ici, en loge, le trois fois puissant maître officie selon la magie du rituel pour constituer, au cœur de la loge, un temps et un espace sacré, limité, orienté, séparé et protégé, condition nécessaire pour hâter la réédification mentale du temple de Salomon.

S’agissant du fait à accomplir à l’intérieur de l’espace sacré, « l’édifice spirituel à construire » par analogie est l’âme de l’homme.

Ce lieu sacré, qui est créé par le rituel, doit tendre à ouvrir les yeux intérieurs, afin de chasser de soi-même toutes les impuretés contenues dans l’âme de tout un chacun.

Aujourd’hui les dieux et les idoles sont au stade, à Bercy ou d’autres lieux de spectacle. Le temps s’est écroulé de l’intérieur, la cathédrale s’est endormie, l’architecture sacrée a perdu sa lisibilité, son sens et sa mesure. La philosophie a proclamé la mort du divin en même temps que celle de l’homme, et corrélativement l’âme a disparu. La modernité, dans son entreprise de désacralisation, a réduit l’homme, sinon à une dimension unique, du moins à une opposition matière-esprit, sans trop rien savoir de la finalité de cette matière.

En analogie directe avec les structures traditionnelles, sera retenue ici en loge la figure tri-unitaire de l’homme intégral, corps-âme-esprit, où justement l’âme est vécue comme jonction entre le corps et l’esprit, reliant les faits et les événements qui se produisent, entre la conscience du passé et la prescience du devenir, entre l’inné qui se manifeste et l’acquis de l’expérience quotidienne. Elle est la médiatrice entre le matériel et le spirituel, entre terre et ciel, entre le moi primitif et le soi à devenir.

Or l’âme est à l’homme dans le même rapport que l’est l’espace sacré à l’édifice de pierre : elle est le sanctuaire intérieur de l’homme. Aussi y a-t-il urgence à reconstruire ce Temple dans l’homme, c’est-à-dire l’âme de l’initié en tant qu’espace sacré, unique, où la communication avec le Divin peut avoir lieu, le visible révélant alors l’invisible. L’image du Temple servant de révélateur dans notre quête en nous-même.

Comment opérer la construction du Temple dans l’homme ?

Il convient en premier lieu de faire une retour sur soi-même, au plus profond de son être, pour y chercher et y retrouver la trace de son intériorité foncière, véritable quête de sa vérité intérieure, quête à faire dans l’esprit des sentences bien connues :

la règle hermétique ; « Visite l’intérieur de la terre… »
l’adage gréco-coranique : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras ton Seigneur »…
la parole de Mahomet : « J’étais un trésor caché, je t’ai créé pour me connaître moi-même »…
le verset évangéliste : « Dieu, nul ne l’a vu et nul ne peut le voir s’il n’est déjà mort »…

Ensuite il faut alors se dépasser, s’élever par un travail de méditation active et de réflexion sur le rituel. L’agencement symbolique de la loge aide à cette démarche. Il s’agit de trouver la sensation métaphysique de ce symbolisme, ce qui aura pour effet d’augmenter chez le franc-maçon la capacité d’accueil de la lumière entrevue le premier jour. C’est ainsi un travail de lente transformation de l’invisible, qui amène à la découverte de sa vérité intérieure, qui est non seulement celle de son âme, « sa pierre cachée ». Poursuivre la construction de son âme par un travail de rectification sur « la pierre brute » pour la rendre cubique et polie. Intégrer enfin ce symbolisme et en intérioriser toutes les ramifications ultimes, qui convergeront inéluctablement vers la lumière. L’âme, d’éparse qu’elle était, se rassemble et peut, par l’amour et la pensée créatrice qui l’habite, communiquer avec son environnement, tant naturel que spirituel. Ces relations seront de proximité, de solidarité, d’échange et de partage.

En conclusion, disons que c’est la mission de notre ordre que de transmettre cette mystique du temple dans l’homme en tant que construction initiatique, où l’adepte se doit de bâtir sa véritable spiritualité, s’expérimenter à trouver « sa pierre » et s’exercer à son façonnage, guidé par le souci de sa perfectibilité, faire croître sa lumière du premier jour qui le conduira vers ce que symbolise la Lumière.

La reconstruction symbolique du Temple dans l’homme sera donc la construction initiatique de son âme. Certes, le franc-maçon avant de pénétrer dans le temple se doit de laisser tous ses métaux à la porte. Mais les laisse-t-il bien ? Son âme n’est jamais d’une pureté inaltérable. Sa pierre brute a toujours des aspérités et il doit chaque jour se remettre en question. Cette quête de pureté est sa propre « quête du Graal » ; elle lui est comparable. Il sait qu’il n’atteindra jamais cette perfection mais il garde l’espoir indéfectible de parvenir à une plénitude intérieure, de tendre à la pureté des actes et des pensées qui feront que, sans rentrer dans le Saint des Saints, il puisse s’en approcher.

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