Que cherchez-vous dans vos voyages ? La vérité et la parole perdue
G∴ O∴
Travail de passage au 4°
Résumé
Le quaternaire « Recherche / Voyages / Vérité et Parole perdue » accompagne constamment le franc maçon. Au premier degré c’est l’introspection qui met en valeur les voyages et la vérité, la parole perdue est plus hermétiquement citée dans le prologue et nous révèle que cette parole perdue est dans nos ténèbres, tout l’enjeu est de la saisir au plus profond de nous. Au 2ème degré nos voyages orientent nos recherches vers l’idéal de la connaissance « parfaite » qui n’est d’autre que la vérité. Au 3ème degré à travers un voyage mythique au-delà de l’espace et du temps, nous nous relevons plus glorieux que jamais pour chercher ce qui a été perdu…
En fait la Vérité et la parole perdue sont les mêmes attributs du divin qui animent notre recherche. Cette recherche est intérieure via nos voyages qui suivent un cycle de progression/transgression/régression. Notre processus d’individuation est lié au fait que nous incarnons la partie du symbole qui a été coupé du divin, la créature miroir du créateur qui a perdu la parole créatrice.
En fait la parole perdue est vérité et la vérité est la parole perdue. Le golem prenait vie par l’inscription du mot « Vérité » inscrit sur son front « EMET » (aleph, mem et tav), il meurt si on lui enlève une lettre : l’aleph (le divin) Mat = mort.
Enfin cette recherche ne peut se faire sans la transmission, qui est nécessaire pour que la connaissance puisse être. Cette transmission, lien vers l’autre, est comme un souffle qui donne sagesse force et beauté à notre quête pour peu que nous voulions promouvoir sa justice avec amour. « Aimez-vous les uns aux autres ».
Texte de la planche
« Wakan Tanka, O Grand Mystère, enseigne-moi à faire confiance, à mon cœur, à mon esprit, à mon intuition, à ma connaissance intérieure, aux sens de mon corps, aux bénédictions de mon esprit. Enseigne-moi à avoir confiance en eux, pour que je puisse habiter mon Espace Sacré, ainsi que l’amour au-delà de ma peur, Et marcher ainsi dans la Beauté, au passage de chaque soleil glorieux ». Prière Sioux
Au travers du quaternaire « Recherche / Voyages / Vérité / Parole Perdue » se place la « Materiae Prima », notre pierre brute fondatrice de Franc Maçon et plus généralement le mystère de la condition humaine. A ce titre un voyage au travers des 4 degrés me semble essentiel.
En revisitant le rituel du premier degré, nous pouvons voir que la notion de vérité, de connaissance, de voyage, de justice et de recherche sont déjà fort bien posés. En tant que M S nous pouvons revenir en spirale sur ces fondamentaux :
Le premier degré nous place dans une première étape d’introspection, on nous confirme notre intuition, notre condition de cherchant qui nous a poussé à entrer en Franc Maçonnerie. Nous étions dans les ténèbres et nous cherchions la lumière, la lumière et non pas « les lumières ».
De même et toujours au 1er degré cette recherche de lumière est liée à la recherche d’une vérité « Les Vérités essentielles y sont encore entourées d’ombres épaisses ». Le moyen pour y arriver y est aussi clairement défini : « Ces Épreuves ont consisté en Trois Voyages destinés à me montrer la route qui conduit à la Vérité » et notre règle vertueuse pour y arriver est de « Préférer à toute chose la justice et la vérité ».
La parole perdue est plus hermétique au premier degré mais elle est magnifiée dans le prologue de St Jean qui est une révélation qui ne nous quittera jamais. La parole perdue peut être traduite par le verbe primordial et créateur dévoilé par St Jean.
St Jean nous interpelle clairement quand il dit que les ténèbres n’ont pas reconnu la lumière, c’est aussi une façon de dire que nous portons en nous cette lumière mais que tout l’enjeu de la maitrise et d’arriver à appréhender, à saisir et à trouver cette lumière. Si à cela nous ajoutons notre devoir de transmission de cette lumière, de cette parole perdue, nous obtenons peut être l’essentiel de notre franc maçonnerie !
Au deuxième degré on nous incite à chercher à l’extérieur la connaissance et nous sommes interpellé à nous inscrire au niveau céleste. Le nombre d’or véritable ADN de l’étoile flamboyante est la clef/révélation du lien microcosme macrocosme. Lors des 5 voyages nous pouvons nous appuyer et nous guider avec la transmission qui nous a été faite via les arts et les sciences. Mais la problématique nous est encore définie : aucune de ces transmissions « peut nous aider à nous élever vers la connaissance parfaite, chacun étant un échelon qui lui permet d’apercevoir l’un des aspects de la vérité ».
Au troisième degré, l’allégorie dramatique que nous revivons nous fait faire un voyage dans le temps ou nous incarnons le maitre Hiram qui à l’égal de la lumière solaire, voyage, meurt et renait. Il nous est décrit que les 3 freins principaux à notre quête de la connaissance primordiale est l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. De même l’élévation est clairement liée à ce cycle mort/renaissance et au processus alchimique de putréfaction pour se parfaire.
Notre voyage de maitre a un but clairement défini : « Pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la lumière ». Nous sommes sensé porter et transmettre la connaissance lié à notre nombre 7, nombre clef qui lie la matière avec le spirituel. Ce niveau de connaissance est d’ailleurs défini comme incomplet puisque que l’on nous indique que cette connaissance doit s’accroitre indéfiniment.
D’autre part on nous tend une magnifique perche : si nous sommes perdus dans notre quête, nos voyages, nos embuches, nos chutes, nous sommes invités à nous mettre « Entre l’équerre et le compas » ou « Au centre du cercle », peut être est ce aussi une piste pour notre quête à la recherche de la parole primordiale.
Au 4ème degré, nous revenons encore plus précisément sur ces fondements « Recherche / Voyages / Vérité / Parole perdue ».
Tout d’abord il devient clair que la force qui anime notre recherche est liée à une quête résolument spirituelle, notre tableau de loge avec les 9 noms de Dieu placés à la verticale nous éclaire constamment. Nous sommes d’ailleurs inscrits au centre de grand cercle divin en tant qu’étoile flamboyante qui porte elle-même en son centre Dieu.
Cette quête vers l’absolu nous place même en Héros puisque nous sommes glorifiés en recevant la couronne de Laurier et d’Olivier.
Les voyages et les épreuves ont aussi transmutés pour tendre vers une dimension plus spirituelle, nous évoluons au-delà de l’espace et du temps, notre course n’est plus seulement solaire mais serpente autour d’un centre qui nous reste à trouver. Tout comme la course des constellations du Zodiaque qui semblent parfois reculer et serpenter.
Ces voyages sont ceux de la sagesse. Nous avons été mis en garde en tant que maître vis-à-vis de l’ignorance, de l’ambition et du fanatisme. Lors de nos 4 voyages au 4ème nous trouvons les axes qui déterminent notre quête : La recherche du sens et de l’idéal derrière les voiles humains, placer la vérité au plus haut niveau, promouvoir la justice, faire confiance à son centre en confirmant son propre jugement en paix avec notre intuition.
La 9ème arcane du Tarot est celle de l’Hermite, je pense qu’elle symbolise très bien la condition du Maître Secret. Le nombre 9, nombre divin et spirituel (3×3) est notre référentiel. Tel l’Hermite, nous sommes à l’égal du vieux sage qui chemine prudemment en quête de vérité en éclairant ses pas avec sa propre lanterne voilée. Cette sagesse est le magnifique miroir du divin qui est en nous et nous rappelle que notre recherche est intérieure, la vérité et la parole perdue qui sont les attributs de l’idéal divin (que nous avons perdu puisque nous le cherchons) sont à l’intérieur de nous, de notre centre. V I T R I O L.
Nos 4 voyages peuvent se schématiser dans une course à trois dimensions qui peut être représenté par une sphère et nos chemins des spirales. D’ailleurs notre nombre est 3X3X3 soit 3 au cube qui est en soit une vérité, la sphère peut être le symbole de la création divine. Ceci montre aussi que notre progression et notre transmission n’est pas seulement une histoire d’étapes.
Il y a une notion de cycle et d’élévation vers le divin avec des passages et épreuves passant par différents états de consciences ou d’éveils, mais ce n’est pas linéaire. Notre élévation ne se fait pas sans heurts et malheurs (mort/renaissance), il nous faut accepter le ternaire « Progression, Trangression, Regression ». Et c’est là que le symbole de voyage est magnifique car c’est le voyage lui-même qui devient notre outil d’élévation. Tout comme la course Zodiacale ou les épreuves des mythes héroïques fondateurs.
Les allégories héroïques des voyages et épreuves telles que celles de Gilgamesh / Enkidu, Heracles et Homère peuvent nous aider à mieux appréhender ce quaternaire Recherche / Voyage / Vérité / Parole Perdue. En effet tout comme ces héros nous sommes des êtres qui portons une parcelle divine et c’est le propre de la condition et du Mystère humain, et des dualités s’affrontent en nous, des dualités qui nous font chuter ou reculer. Mais nous trouvons souvent la force pour nous relever ou continuer cette quête, cette force est plus forte que nous. C’est comme si, dans notre processus d’individuation, nous incarnions la partie du symbole qui a été coupé du divin lors de notre création.
Pour animer le Golem, le nom de Vérité « EMET » était inscrit sur son front avec les trois lettres : Aleph Mem et Tav, si l’on enlevait l’Aleph le Golem mourait. Hors Aleph est la lettre attribut de Dieu, ce qui prouve bien que sans Dieu la vérité ultime n’existe pas. On peut donc lier la Vérité comme un idéal divin et sans cet idéal, tel le golem nous sommes sans vie et sans parole. Et c’est là, je le pense que la notion de vérité et de parole perdue prend tous son sens, cette vérité est la parole perdue, c’est-à-dire que la parole est vérité primordiale, celle du divin que nous portons en notre sein et qui est si difficile à dévoiler à trouver et à transmettre.
Cette difficulté est liée à la notion d’intérieur et d’extérieur, cette zone dynamique qui est notre véritable espace sacré où tout se joue. Le magnifique paradoxe de cette quête vers l’idéal de la vérité et de la parole primordiale et divine perdue ne peut s’accomplir que par la respiration du souffle intérieur et extérieur. Sans transmission il ne peut y avoir connaissance, pour trouver notre centre, nous sommes obligé d’aller voir ailleurs, de partager, de donner donc d’aimer. Et c’est là encore que St Jean devient plus clair, n’a t’il point dit que tout pouvait être résumé en la parole « Aimez-vous les uns aux autres ».
Ceci n’est certes pas facile à accomplir, nous sommes Maitres secrets, notre signe place deux de nos 5 doigts de la main sur notre bouche, place notre dualité comme difficulté à la transmission de la parole, mais les trois autres doigts sont aussi là pour nous donner confiance en nous, pour nous rappeler aussi notre condition divine.
Est-ce pour mieux nous faire prendre conscience que nous devons être très vigilant avant de transmettre cette connaissance et ne pas la galvauder ?
Est-ce une façon de marquer un pas intérieur avant de s’harmoniser avec l’extérieur ? Je pense que si cette parole est amour et harmonie, donc juste et vraie alors nous pouvons la promouvoir sans crainte.
J’ai dit.
E N
Contributions apportées par les F F de la loge
La réponse à la question posée est double. Mais les deux parties ne désignent-elles pas la même chose ?
La parole n’est-elle pas un enseignement vivant ? Et, selon nos possibilités, nous allons le vivre différemment : c’est l’initiation. La parole perdue, c’est la recherche de son Dieu, de son idéal de vie. la vérité n’est pas la vérité humaine, elle procède de la connaissance spirituelle.
La vérité est à la portée de celui qui le veut. Mais ce n’est pas si simple, chaque philosophe a sa propre conception. Personne ne peut prétendre connaître sans aucun doute la Vérité. Ce qui est vrai pour les uns ne l’est pas pour les autres.
Il y a une notion de parcelle divine. on peut essayer de tendre et de s’unir vers un idéal. On ne peut pas y arriver seul, ni incarner à soi-même la totalité. En groupe, on peut arriver à quelque chose, mais pas seul.
C’est la démarche qui donne du sens. La vérité que l’on cherche se trouve dans le mouvement. Deux doigts sur la bouche symbolisent la dualité de la parole humaine.
L’étoile va réapparaître à l’envers. La particularité du Maître est de s’élever. Cette étoile nous donne une indication : il y a recherche, mais aussi spiritualisation. L’éveil de ses sens est causé par le voyage. On se reconstruit quand on se relève : on passe à un autre niveau de conscience. On peut penser au chemin de croix de Jésus, qui tombe et va vers la croix. Nous ne tombons pas, mais le chemin que nous parcourons est par paliers. On sort de l’inertie et on veut aller vers le mouvement. On va vers quelque chose, vers l’au-delà. Le voyage sert de pèlerinage.
La Vérité est l’absolu, sans début ni fin, la parole perdue est le mouvement. La parole est fugace, le Principe éternel. L’essentiel est dans la démarche, ce n’est pas de trouver Dieu, mais de le chercher.
L’homme est un grand voyageur, les mots sont des symboles. Les voyages renforcent l’homme. Il est important de chercher l’impossible, c’est une manière de progresser.
On doit séparer « parole », expression de l’esprit, et « perdue », qui nous rappelle le drame d’Hiram, et notre humilité, qui doit nous empêcher d’aller plus vite que permis.
Peut-on faire un parallèle entre parole perdue et mot substitué ? C’est une étape qui est moindre. Au commencement était la Parole, c’est ce qui donne vie. Puis il y a eu la chute. Guénon pense qu’il y a une analogie entre ces deux termes. La connaissance, c’est ce que nous appelons la parole perdue.
Le serpent nous a amené à chercher un sens à notre vie. Dans le voyage, qui est l’allégorie de la vie, on trouve la vérité, l’essence, et derrière la parole perdue l’existence. Sartre s’est demandé si on mettait en premier l’existence ou l’essence. Cette double opposition est le sens de la vie.
Le maçon est sur un chemin, qui amène jusqu’au bout. C’est en mourant et en renaissant qu’il découvre la parole perdue. Le mot substitué ne serait-il pas un palliatif ? Si le chemin arrivait à un but, il n’y aurait pas de chemin individuel.
Il n’y a pas de vérité statique, ni absolue. Elle est relative, et il y a une recherche de ce que fait l’homme. Il y a beaucoup à dire dans ce travail. Les voyages que nous avons faits sont à la fois physiques (découverte) et symboliques (fil d’Ariane pour plonger en nous directement).
Il n’y a pas comparaison entre Vérité (horizontal) et parole perdue (vertical). On revient à V I T R I O L : chercher la pierre cachée.
Quand on prive EMET d’Aleph, on trouve MET, soit mort.
Conclusions du F Orateur
Je vais conserver le quaternaire. La recherche est un mouvement. C’est une individuation collective : on essaie de s’approcher du centre commun. C’est la quête initiatique. Les voyages ont une fonction commune, mais diffèrent : alchimiques au 1er degré, au 3ème degré dessinant cercle et compas, au 4ème découverte de ce que sera le travail en esprit, mais dessinant également un serpent, qui va explorer tout ce qui est explorable. Recherche à Voyage à Vérité à Parole perdue. La vérité est le principe lui-même. La parole a-t-elle été égarée, ou bien est-elle imperceptible à nos yeux modernes ? On doit revoir les choses avec un œil différent.
On doit penser à l’homo viator : on se met en chemin, et le moteur est peut-être l’espérance.