Vous ne confondrez point les mots et les idées
A∴ F∴ P∴ I∴
Me voilà au 4ème degré…M S…et plongez dans l’étude de ce rituel, je m’arrête sur cette sentence prononcée par le T F P M, et notamment ce cœur de phrase : « …Vous ne confondrez point les mots et les idées… »
Aujourd’hui, en prenant la parole devant vous, je vais tenter de démontrer et d’exprimer le fait qu’il ne faut pas prendre des mots pour des idées, ni des idées pour des mots. Car comment pourrait-on avancer des idées sans utiliser de mots, sans placer des mots sur des idées, ou coucher des idées sur des mots ? Tout d’abord, je commencerai par proposer une définition du mot et de l’idée, puis je les ramènerai au travail maçonnique que nous devons réaliser.
Les mots sont des sons ou groupe de sons qui servent à exprimer des actions, des sensations, des sentiments, des idées ainsi que leur rapport. Les mots sont des éléments d’une langue donnée, ce sont des outils que nous utilisons en prenant la parole.
L’idée se définit comme la représentation qui se fait de quelque chose dans l’esprit soit que cette chose existe physiquement (par exemple : un objet) ou qu’elle soit purement intellectuelle, et par là même qui découle d’un ensemble de mots (par exemple : j’ai froid, j’ai faim…) et je citerai PASCAL : « Quelle idée attachez-vous à ce mot ? »
Dans cette sentence prononcée lors du premier voyage symbolique, le Maître Secret va devoir travailler sur son expression afin qu’elle représente la justesse de sa pensée. Après le silence de l’Apprenti, le Maître Secret rentre dans une phase d’introspection, de réflexion, de détachement, d’élévation afin de sortir du pays d’ignorance, de préjugés et de superstitions. Il est temps de décider, par lui-même, de ses propres pensées et de ses propres actions. Son expression doit être le reflet de sa pensée et de ses actes. Il utilisera essentiellement le bon mot, celui qui exprimera avec plus de justesse et d’exactitude que tout autre mot l’idée que l’on veut faire entendre.
Mais comment être assuré que l’idée est bien comprise ? Notre entendement n’est-il pas limité ? Certes, nous nous rappelons la fameuse phrase : « le poids des mots, le choc des photos… » comme si l’opposition et l’association entre mots et photos créaient un déclic intellectuel et visuel…pour éveiller une curiosité…plus qu’une prise de conscience, et encore, beaucoup plus qu’une élévation spirituelle de notre pensée.
Outre l’entendement, le langage employé peut donc créer une limitation à la compréhension. Heureusement, comme le dit la sentence « la Maçonnerie nous aide à sortir du pays de l’ignorance, de préjugés et de superstitions et nous éloigne de la servitude et de l’erreur. Elle nous invite à ne plus forger, ni accepter d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur incitation. Mais à décider nous-mêmes de nos pensées et de nos actions et à ne point confondre les mots et les idées » et ceci, vraisemblablement, grâce à l’utilisation comme base de réflexion du symbole. Car, le langage des symboles est générateur d’idées, et il permet de maitriser le sens de l’image dans une perception globale de l’idée. En effet, la symbolique parle à nos sens, élargit notre pensée, permet une progression et une élévation de notre propre réflexion.
Alors si le symbole a une signification projective, il nous permet de découvrir l’idée, celle-ci ne pouvant être exprimé que par des mots, car sans mots, il ne peut y avoir d’idée. D’où l’importance du choix des mots et de l’utilisation du bon mot au sens propre, au sens originel. L’esprit du mot qui nomme le symbole découlera de sa racine, et traduira au plus juste la pensée. C’est l’idée sous le mot, et non un mot à mot qui dénature le sens de la chose nommée.
D’ailleurs, en continuant la lecture du rituel, le T F P M dés le début du deuxième voyage confirme : « ne vous payez pas de mots ». Le Maître Secret ne doit pas s’abreuver de mots comme de paroles vaines car ce ne sont que des mots…des paroles vides de sens…qui ne seront suivies d’aucun effet.
Ainsi, le grade de M S nous invite à une réflexion personnelle en vue d’une évolution spirituelle qui favoriserait une compréhension élargie des notions de devoir, de secret, de silence, et de leur application. Dans la sentence prononcée, le maitre Secret pratique une ascèse strictement individuelle, faite d’intelligence, et d’émotion non communicable. La recherche, la découverte de sa propre lumière intérieure, ou vérité, est inexprimable et intransmissible, et c’est ce qui voue le maître secret au secret et au silence.
Or, le chemin initiatique du devoir, nous amène à transmettre les mots de passe, les mots sacrés qui nous permettent d’accéder à des idées rattachées elles-mêmes à la connaissance traditionnelle que les anciens M et les S de tout temps nous ont tracée. N’oublions pas que la Franc Maçonnerie est une tradition orale, et à ce titre, nous pouvons dire que les idées peuvent être formulées par des mots et les mots peuvent formulés des idées.
Mais, l’être pensant est-il en mesure et possède-t-il la capacité de communiquer sa pensée, son message, son idée en sa qualité d’émetteur oral ou scriptural ? Quant aux récepteurs, sont-ils en mesure ou possèdent-ils la capacité de recevoir le message, sans altérer l’idée première véhiculée par l’émetteur, du fait d’une interprétation erronée ou d’une écoute imparfaite ? Alors comment l’idée s’est-elle formée à partir de l’écoute des mots de l’autre ? Existe-t-il une science des idées ?
L’idée n’est pas une copie des choses, mais le résultat d’un acte à penser, ayant ses exigences propres, en quête de vérité plutôt que de ressemblance. En formant un ensemble d’idées, ou de représentations (valeurs, principes, croyances…) nous n’expliquons pas un processus de connaissances, mais les conditions de leur production, à un instant T, dans un contexte donné, en références à quelques particularités, et suivant les mots entendus.
Alors en un mot comme en cent, ou comme en mille, et, pour conclure sur un bon mot, je dirai que si le Maître Secret ne dit mot, il n’en pense pas moins, car T F P M et vous tous mes SS et mes FF M S, nous nous sommes, tous, donnés le mot afin d’œuvrer, chacun, en intelligence ici et dans ce Temple.