Que la Tempérance nous garde !

Auteur:

M∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué



C’est un fait, les rituels sont partagés : Tempérance ou Tolérance ? Pour d’aucuns la question s’est posée. Pourtant, depuis les tout premiers traités d’Éthique, la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force constituent quatre vertus tellement indissociables qu’elles sont appelées cardinales. Par conséquent, avec le terme de Tempérance, se trouve préservée la cohérence et l’unité sémantique de ce passage du rituel :



Mais allons plus loin :


Les quatre vertus cardinales constituent, en effet, un ensemble qui oriente,  l’homme vers une conduite en accord avec les principes de la vertu. C’est cette géographie du sens qui permet à l’homme de régler ses actions sur :


–         sa connaissance de la Vérité


–         et sa pratique du Devoir.


Il nous apparaît donc logique que le REAA reprenne à la lettre cette typologie ancestrale puisque le MS est invité à s’intéresser aux motifs des comportements humains à travers le prisme du Devoir qui commande à l’action vertueuse, et celui de la quête de la parole perdue qui commande à son élévation spirituelle.


L’adoption par les FF fondateurs de l’Arbre de Vie, au rang desquels notre F Jean-Paul Rondet qui avait une connaissance approfondie du REAA, l’adoption donc d’un rituel qui maintient la Tempérance, nous est ainsi apparue pleinement conforme aux objectifs de notre Rite.



La Tempérance est une notion particulièrement forte puisqu’elle recouvre la réalité existentielle en son entier. Bien plus : la Tempérance nous semble être la modalité d’existence que l’homme doit apprendre à privilégier, s’il veut vivre pleinement sa vie .



Cette vertu cardinale est à proprement parler : vitale. Nous voudrions donc d’emblée la rattacher au patrimoine humain… même si nous savons bien qu’une telle vertu ne se développe vraiment que chez les êtres soucieux d’élévation spirituelle, désireux de chercher des réponses aux mystères de l’Etre, du Vrai, du Bien, de la Beauté ou encore de l’Unité. En un mot, chez un homme concerné par sa relation au Monde et au Sens.



Comme vous le voyez, les MM SS de l’Arbre de Vie n’ont pas voulu confiner la Tempérance à de simples questions de moralisation, de limitation des désirs, d’éthique du juste milieu et encore moins à une philosophie du ni trop ni trop peu. Tout cela réduirait la Tempérance à une neutralité axiologique, à la perte des valeurs, au non engagement… alors qu’elle induit le contraire ! En effet, pour nous, la Tempérance concerne le champ entier de l’existence humaine et du sens qu’elle sait parfois revêtir : elle a son rôle à jouer aussi bien dans la moralité des actions, que dans la connaissance de la Vérité, ou du plaisir pris à la Beauté des êtres et du Monde, ou encore du vertige éprouvé face à tout ce qui nous dépasse et ce que nous ignorons.



Dans « Le Gorgias », Platon affirme «  vivre sans tempérance est le plus grand des maux ». C’est là un thème caractéristique de  toute la tradition philosophique :


Spinoza estime que la vertu nous pousse à agir sous la conduite de la raison et Kant parle d’impératifs catégoriques hors desquels l’homme renonce à son humanité.


 Pour la philosophie occidentale on peut dire que la Tempérance est une forme de vie obligée pour qui veut tendre vers la Sagesse.


La philosophie confucéenne , qui par ailleurs définit 9 vertus, considère que la tempérance est la forme de conduite d’un homme vertueux qui, en montrant l’exemple , mènera à terme la transformation bénéfique des hommes. Elle associe la pratique des vertus au sens du Devoir, ce qui demeure particulièrement évocateur pour un M S



La Tradition ne dit rien d’autre. C’est ce qu’illustre le  jeu de tarot, où la tempérance est le 14ième arcane ; étape que tout candidat devra passer s’il veut approfondir les mystères de la Gnose, de la Kabbale, de l’Alchimie et de toutes les transformations liées à la Tradition . On y trouve le plus souvent l’image d’un fluide circulant entre deux vases. Ce 14ième arcane est aussi associé à la lettre hébreu Noun, qui indique l’idée de transformation – force qui produit le mélange, mélange bien dosé, combinaison bien proportionnée, qui renvoie au mystère, puis au Myste, ce personnage qui, le doigt sur la bouche, fait le signe du silence. Cet arcane oriente le MS au cœur de la question et de la symbolique du 4ième degré.


Nous ne sommes plus ici dans le binaire mais bien au-delà, dans un Ternaire qui, outre  le ‘’Thèse, Antithèse et Synthèse’’ se met à l’écoute d’un 3ième terme qui n’est jamais donné par avance, d’une relation entre les termes, d’une médiation entre les opposés. Sur ce chapitre, l’appellation de Trois fois puissant maître est d’une grande richesse symbolique : triple maîtrise, équilibre des opposés. Tout y est : le pavé mosaïque, soleil et  lune, actif et passif,  masculin et  féminin, or et argent, négatif et positif, cette communication permanente entre nos deux tendances et qui nous mène à l’équilibre. Ce que les alchimistes appellent la coïncidence des opposés ou l’harmonie des contraires.( Document distribué avec les 3 figures du Tarot de Wirth, du Tarot  maçonnique et du Tarot de Marseille).


La loge de perfection est la matérialisation de cet équilibre : elle est une véritable praxis de la Tempérance.



Devoir, vertu, alchimie, kabbale, on l’aura compris : la Tempérance, étroitement liée au REAA au sein des ateliers de perfection, concerne donc la connaissance de soi-même. Ce retour à soi auquel est convié le MS, comme au plus essentiel : passage obligé pour qui veut comprendre les hommes et les dieux  comme l’évoquait déjà le fronton du temple de Delphes.


Pour remédier aux effets ravageurs de la démesure : il faut filtrer. Le cheminement maçonnique nous permet d’apprécier ce que devrait être la mesure ; la tempérance nous aide à trouver cette mesure en toute chose, cet ingrédient essentiel dans notre quête de la sagesse.


Il est dans la grandeur du FM de pouvoir concilier l’ardeur des désirs légitimes et la nécessité de les maîtriser.


Au delà de cette modération, la tempérance est la vertu qui donne le sens de la précaution à l’égard d’autrui, un vrai sens humaniste, fait de respect et d’amour fraternel.



Que la tempérance nous garde, mais nous garde de quoi ? de quel danger ? de quel risque ?


Tout semble ici venir de nous-même, car, qui pourrait, à notre place, nous maintenir dans le juste milieu, loin des excès, des extrémismes de toutes sortes en pensées, en paroles et trop souvent en actes. C’est bien au sujet de ces manifestations irréfléchies que la Tempérance doit nous garder? Pour encore et  toujours plus d’harmonie : celle qui concourt à l’œuvre inachevé du sens.



Le futur M. S.  est invité, tout au long de son initiation au 4ième degré, à se dépouiller de l’avoir s’il souhaite poursuivre sa quête de l‘être et donc de la Vérité, cette interrogation philosophique permanente. Mais quelle vérité ?


Homme affranchi, défenseur de la liberté absolue de conscience et d’expression, dont l’esprit n’est inféodé à aucune idéologie totalitaire et n’est plus la proie des émotions et des passions, il sait que rassembler ce qui est épars, c’est faire un avec soi même et , c’est aussi être loyal envers soi même ; faute de quoi, se perd ainsi, chemin faisant, l’être et le rapport possible à l’être, c’est à dire la vérité. Nous sommes donc bien à la recherche de la vérité de l’être, racine fondamentale de toutes choses.



Pour le M. S. , homme de devoir, il DOIT donc il PEUT, bien éloigné du ‘’ Tu peux si tu veux’’. Cette redoutable affirmation, ‘’Tu dois donc tu peux’’ est modulée par les paroles que prononce le T.F.P.M. «  Que la tempérance nous garde ». Il nous faut , pour trouver cette vérité de l’être, consentir à nous dépouiller du vieil homme. Ainsi, en se connaissant mieux soi même, on connaîtra mieux sa part de préjugés, de passions, d’émotions, voire aussi sa part d’indignité.


Les mythes et rituels relèvent de la mémoire culturelle des groupes humains ; ils se transmettent par l’affect et s’enracinent profondément dans le système des émotions.


Puisse alors le M. S. ,  en toute conscience et par la pratique de la tempérance, choisir d’être et non d’avoir.


Cette pratique  s’exerce de façon qualitative, et requiert patience, mesure, temps , méditation ; elle est une éthique à l’égard de soi même, un retour permanent à la devise ‘’VITRIOL’’ du Cabinet de réflexion.



En conclusion, il s’agit bien, avec l’évocation des vertus cardinales dans notre rituel, du rappel de valeurs indispensables à l’exercice du travail en loge de perfection, fait de mesure, de réflexion, de perfectionnement progressif et volontaire dans la connaissance de soi .


La Tempérance est pour le MS un apprentissage du choix « en connaissance de cause », choix qui peut, parfois , mener à la transgression ; un choix qui permet d’avancer sans tomber dans l’excès : la Tempérance est ainsi notre garde fou, notre balustrade intime, notre Z.


Elle est un jalon essentiel sur la route de l’Unité de soi et du monde. C’est donc bien une appréciation destinée à chacun, selon ses possibilités, et qui relève de notre réflexion la plus intime -la modalité progressive à laquelle le MS doit s’exercer s’il veut élever son esprit  vers, comme le souligne notre rituel,  la « grande Lumière  qui commence à paraître ».



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