Quelle clé fait percevoir le Cercle avec, en son centre, le Triangle sacré ?
Non communiqué
Introduction
A l’Or de notre Loge de Perfection, trône le cartouche du Grade: un cercle incluant un triangle et une étoile flamboyante!
Disparus les deux grands astres sur lesquels nous avons exercé si longtemps nos réflexions! nous quittons le monde des apparences physiques, le monde manifesté,pour aborder, comme le dit notre rituel d’Initiation au 4ème degré, » les hautes régions de la connaissance spirituelle » ; ce cartouche du Maître secret me parait contenir l’essence de l’enseignement réservé au MS
Trois symboles en un, et pourtant, ce soir, mes Très Chers Frères MMSS et pour les besoins de la cause, je me contenterai de livrer à votre réflexion ce que j’ai pu comprendre, de deux symboles du Cartouche, à savoir: le cercle et son triangle en y ajoutant l’élément qui leur donne toute leur signification: la clé. J’ai trouvé dans cette dernière l’instrument principal qui permet d’ouvrir les portes d’un nouveau monde de perception.
LECERCLE
Reprenant les rituels de la GLDF, j’ai retrouvé ceci:Q: si un maître était perdu, où le retrouverait-on?
R: « Entre l’équerre et le compas » ou « au centre du cercle » (Catéchisme du Maître, 3ème degré).
Puis celle-ci, dans le Rituel du 4ème degré(rituel du Rite de Perfection 1760-1770):
Q: Que signifie le Cercle qui entoure le Triangle ?
R :Il représente l’immensité de la puissance divine, qui n’a ni commencement ni fin.
Nos textes me semblent très clairs, si j’en reste à leur sens premier: le cercle contient la totalité et nous renvoie à l’immensité de la divinité, c.a.d. la totalité des choses visibles et invisibles;
Ainsi, nos illustres prédécesseurs ont voulu plonger d’emblée le MSdans la méditation des choses supérieures de l’existence que sont la spiritualité et la recherche en soi-même; cela est certain car il nous est bien dit « …les hautes régions de la connaissance spirituelle »; en tant que Maîtres Secrets, nous quittons les 2 premiers degrés de la Maçonnerie avec son symbolisme de construction physique, pour nous livrer à notre découverte, à notre édification intérieure (« passer aux courbes et aux cercles, etc. » – Initiation au 4ème degré)
Le cercle est donc l’emblème de l’action de la Divinité, du GADLU , parce que ce qui est au centre est la source invisible, fixe et spirituelle, tandis que ce qui est à la périphérie est dans le mouvement, matériel et impermanent. Comme image, je figure cette idée par le centre immobile d’une des branches du compas, tandis que l’autre dessine la périphérie; tout le monde connaît cette gravure de William Blake, où l’on voit Dieu au centre d’un cercle, penché sur l’abîme et tenant en main gauche un compas, ; je ne connais pas d’autre image plus parlante de l’action divine, hormis celle de la contemplation d’un ciel étoilé par une belle nuit d’été !
LETRIANGLE
Reprenons les rituels de la GLDF:D : que représente le Delta rayonnant ?
R : le GADLU(instruction du 1er degré)[1]
On peut se rendre compte de l’impression saisissante du triangle si l’on observe dans certaines circonstances les rayons du soleil, lorsque ce dernier est en partie caché derrière un nuage; à cet instant, l’on aperçoit de nombreux rayons semblant sortir de ce nuage et formant distinctement un magnifique triangle descendant jusqu’à terre.
René Descartes a écrit: » Lorsque j’imagine un triangle, encore qu’il n’y ait peut-être en aucun lieu du monde hors de ma pensée une telle figure, et qu’il n’y en ait jamais eu, il ne laisse pas néanmoins d’y avoir une certaine nature ou forme(…), laquelle est immuable et éternelle, que je n’ai point inventée et qui ne dépend en aucune façon de mon esprit « .
Pour lui, l’essence de la forme triangulaire préexiste peut-être en-dehors de notre esprit, et il en est probablement de même pour toutes les formes qui nous entourent, mais Platon nous l’avait déjà dit : toutes les formes principales existent en-dehors de notre pensée et de nos sens ; entre les tenants du « réalisme » (Platon et l’École alexandrine, contre Aristote) et ceux du « nominalisme » (Roscelin, Abélard contre St Anselme) , , il y eut plusieurs siècles pendant lesquels des philosophes se disputèrentau sujet de ce qu’ils nommèrent les « universaux »; les formes (exactement les « idées générales ») existent-elles hors de notre pensée et de nos sens ou bien ne sont-elles que purs produits de notre esprit? Ces querelles intellectuelles ne sont pas d’un autre monde, puisque, nous, Maçons, les perpétuons.
Concernant nos rituels, et particulièrement celui du 1er degré du REAA, juste avant l’ouverture des Travaux, la première action du VM est d’allumer le Delta! C’est le premier symbole qui éclaire la Loge, un peu comme le Dieu de la Genèse préside à la création.
Si je m’en tiens aux nombreuses lectures que j’ai faites, partout, que cela soit chez les Egyptiens, les Mayas, les Indous, les Tibétains, partout je retrouve le Triangle comme représentation de la Divinité ; dans nos contrées Catholiques, ce symbole est très souvent présent à l’Est des Eglises, au sommet du chœur.
LACLÉ
Le
blason du 4ème degré,
peint par un Frère nommé Loth (qui n’a,
bien
sûr, rien à voir avec celui de la
Bible !) montre la clé ENTRE la Menora
et les Tables de la Loi. Elle y occupe, sinon une place centrale, du
moins une
place privilégiée, à l’aplomb de
l’œil et juste au-dessous du cercle contenant
l’Étoile Flamb ; il faut savoir que la clé,
à une époque, était à la
place de l’Étoile Flamb : cartouches
ms Bonseigneur, ms C. Gagne, Tabl. de Loge du MS des « cayers
maçonniques « ); mieux encore, avant même l’apparition des
Rituels dits « de Francken », la lettre « J », « initiale
du nom sacré de l’Eternel », figurait au centre du
Cercle (ms de St
Domingue, 1764). On peut penser qu’il y a eu un glissement
pictural partant
du « J », passant par la clé et, enfin se fixant par
l’Étoile Flamb. Cette clé, entend-on
communément, est
censée ouvrir la Balustrade, je pense que l’on s’initie
soi-même en passant la
Balustrade; dans ce cas précis, le mouvement propre de
l’opérateur est
la clé; le désir de
pénétrer les mystères
Sacrés est la clé.
Cette clé est
posée sur le plus précieux de nos
symboles, puisqu’il est la base de notre REAA : il
est posé sur LA BIBLE,
et pas n’importe où puisque c’est au
Livre des Rois ; ce Livre décrivant
l’établissement du règne ainsi que la
construction du Temple de Salomon le
Sage.
La Clé sur la Bible: voilà
l’indice principal
à relever pour apporter une réponse, MA
réponse:
Connaître les Écritures n’est pas suffisant, il faut aussi pratiquer sur ce qui est enseigné ; au Livre des Rois, il m’est enjoint de préférer la Sagesse à toute autre chose (I Rois, 3); pour atteindre celle-ci, me semble-t-il, il faut « garder le secret, être obéissant et rester fidèle » (Clôture des Tx au 4ème degré)
Garder pour moi ce que je ne peux communiquer avec exactitude, être obéissant aux injonctions de ma conscience et rester fidèle aux engagements pris envers mes Frères les humains.
Ces 3 qualités me permettent de m’intérioriser, de trouver le fil d’Ariane, ma perpendiculaire, afin de ressentir, par le silence et l’intuition, la Sagesse dont est animée toute le création (« l’Amour qui meut le soleil et les autres étoiles » chant du Paradis, Dante)
Le silence et l’intuition nous ouvrent la porte intérieure de notre mystère personnel, nous amenant à une sorte de conscience de l’infini.
L’initiation vise à élever l’homme vers une conscience supérieure. La clé, outil et guide du MS, m’indique que c’est en grande partie à travers le texte biblique pris dans le sens anagogique (le sens le plus spirituel possible, après les sens littéral, allégorique et tropologique – ou moral), que je trouve une explication à la disparition d’Hiram: il ne s’agit aucunement de revenir à l’état antérieur, du vivant d’Hiram, mais au contraire de continuer son œuvre en se l’appropriant et en continuant de construire ce temple vivant sur le modèle de celui de Salomon le Sage.
Conclusion:
Je reçois, devant le Saint des Saints[1], la promesse de « trouver la vraie Lumière et la parole Perdue ». Cette clé, me dit-on, permet de passer la balustrade et elle est également l’emblème de la discrétion.
Tout tourne autour de la recherche de la Connaissance; connaissance de la Lumière, Connaissance de la Parole Perdue. Ce bijou du MS estune clef ésotérique qui ouvre le chemin vers la Sagesse, c’est la clef pour accéder à ce Saint des Saints qui est, dit le Rituel, « en nous ».
La FM sans le GADLU et les symboles qui le représente, le Delta lumineux, l’oeil et la Bible, perdrait une grande part de sa valeur, puisque l’Initiation que nous recherchons est la prise de conscience de ce qui est au-delà de nos perceptions. Quel message la Maçonnerie ne met-elle pas entre mes mains quand elle me confie la clé de la balustrade qui , comme un sésame, me permettra peut-être d’ouvrir les portes de « la Sagesse et de la Connaissance » (Ouverture des Tx au 2ème degré), de la même manière que Janus ouvre les portes des solstices, en annonçant une lumière plus grande que lui?
Peut-être alors pourrais-je pénétrer le mystère du cercle de l’infini, et, en lui, percevoir dans une sorte de révélation, celui du triangle mystérieux ? Ainsi, plutôt que de « passer des angles aux courbes », je dirai maintenant « passer de la construction à la contemplation ».
Le but du MS ne serait-il pas de pénétrer la réalité profonde de ce Triangle sacré , grâce à la clé du Silence, de la réflexion et de la méditation, en un mot, de la Sagesse?
P L T