Le Signe du Secret et du Silence
Non communiqué
Le grade de Maître Secret est placé sous le signe du silence et du secret.
A travers l’histoire antique toutes les organisations initiatiques ont observé la loi du silenceet la discipline du secret. On trouve des l’antiquité trace de ce signe avec l’index et le médium de la main droite sur les lèvres, les autres doigts repliés. En Égypte il est associé à Harpocrate, fils d’Horus qui guérissait le corps et les âmes. Les grecs l’utilisaient pour représenter la Pythie de delphes.
A l’inverse dans les sociétés modernes et ouvertes, on aime les transparences, les commodités, les droits reconnus. L’époque déteste les secrets, les silences, les non-dits. Ainsi va la cité avec ses bruits, ses rumeurs, ses communiqués.
Aujourd’hui la communication est d’ailleurs devenue une science, une modalité de savoir, une détention du pouvoir sur les autres. Laisser croire que l’on sait est déjà un pouvoir en soi.
Ce qui est vrai doit être montré. C’est l’image et le discours recevables qui nourrissent le peuple. On ne cherche plus, on absorbe, on accepte. Le recevable devient pour tous le convenable.
Tant de transparences et d’étalages finissent par engendrer irrémédiablement, la rétention d’information, lesecret, la censure c’est-à-dire les conditions nécessaires à l’action d’une autorité. Les gens adeptes de ce type de pratiques se mettent sous les projecteurs ou s’en retirent au gré des opportunités de pouvoir. On pense que savoir c’est connaître. On pense que nommer c’est comprendre. Le pouvoir des hommes devient un enjeu de pouvoir, il permet de hiérarchiser les valeurs.
Et pourtant,
au dessus de nos têtes, des milliers
d’étoiles se perdent dans l’azur infini.
Ni Ptolémée, ni l’Almageste des arabes,
ni Copernic n’ont senti le besoin de
les nommer systématiquement. Sans doute par respect de
l’infini et du sacré.
Tant d’étoiles restent sans nom.
Au cœur de nos sociétés mais à l’abri des projecteurs à couvert de la loge, le maçon se reconstruit dans la réflexion, dans l’indicible, dans le partage. Le silence du maître secret est différent de celui de l’apprenti. Il ne lui est pas imposé, il se l’impose lui-même.
Le vrai secret est difficile à expliquer. Il est bien autre chose que la simple discrétion maçonnique. Même si les fenêtres occultées du temple étaient violées, l’observation éphémère de nos travaux ne pourrait en rien révéler la profondeur de notre réflexion, de notre action.
Parce que savoir, ce n’est pas reconnaître.
L’immédiatité de l’information ne transperce ni le secret ni le silence acquis en chacun de nous par l’initiation vécue. Le secret et le silence sont inviolables par essence car ils ont une dimension, un lien avec le sacré.
Lévi
Strauss
avait, comme anthropologue, compris que «
l’ouverture vers le sacré rendait
l’homme
capable de se connaître tout en comprenant le monde
».
Le travail en
loge nous y aide par les
voies du secret et du silence qui nous donnent la distanciation
nécessaire à
l’observation des choses de soi et de l’autre.
Nous avons du mal
à installer
le silence en soi. L’échange rituel de la parole
nous permet de
pratiquer le silence.
On apprend par le silence à ne pas parler n’importe quand. Méfions-nous des mouvements lyriques et des fausses certitudes. Le repli dans le silence est dans ce cas la seule issue qui paraisse digne. Se taire s’il s’avère qu’il n’y a rien à dire.
Quelques foisnous assistons en loge à un acte essentiel. Au lieu de poser cent questions, il est préférable de respecter le silence. Se taire s’il s’avère qu’il n’y a rien à ajouter .
Et graver alors au plus profond de soi chaque seconde de ce que l’on vient de vivre, d’entendre, de comprendre.
Le silence
prépare à la parole. A la mesure de la parole. Il
permet de dire l’essentiel simplement et
rend alors possible des
comportements efficaces.
Le silence en
soi permet le ressourcement de l’âme,
la recherche de la paix et de l’harmonie par le travail
intérieur….tout comme
la construction du temple de Salomon qui s’est
faite dans le silence, en paix, en harmonie.
Il estla souche de l’élévation spirituelle.
Le travail du temple intérieur a, pour le symbole, un lien au secret. Secret des non-dits, secret de la connaissance, secret des secrets.
Le secret est multiple. Il se découvre progressivement, emboîté dans les grades d’instruction. On porte sur soi la clef d’ivoire, mais le chemin est encorelong vers la sérénité, vers la sagesse qui consiste «à ne pas chercher au-delà de nous-mêmes une réponse à notre vie ».
Mais faut-il
se connaître ? C’est une victoire à
remporter. Une quête d’une
perfectibilité qui nécessite la clairvoyance de
ses
propres défauts, de ses erreurs, des chemins malheureux
empruntés. Car la porte
est étroite qui, mène à la
plénitude de l’homme, et à vouloir trop
porter comme
disait Sénèque, on se brise les reins. Il faut
donc savoir discerner.
La connaissance doit se
vivre
à travers soi. En s’élevant dans le
silence intérieur on touche à la
connaissance sans révélation spectaculaire ; par
efforts sans cesse réitérés on
franchit les paliers de la connaissance et de la sagesse.
C’est l’éveil de
l’Etre, le Salut. Cette connaissance là est
orthogonale à l’immédiatité
du
savoir, de l’information qui perturbe la maîtrise
du Moi. L’initiation n’est
pas une entreprise diligente ; c’est une course de fond
où toutes les
ressources en soi doivent être sollicitées tour
à tour, sans engagement
excessif, sans exaltation, mais aussi sans découragement
prématuré. C’est
pourquoi l’initiation nécessite une certaine
humilité dans la quête sans se
sentir torturé par le désir de reconnaissance.
Chaque étape franchie nécessite
un retour sur nous-mêmes, une reprise de souffle,
jusqu’à ce que l’on sente à
nouveau le poids de son esprit tiré vers tant
d’autres choses. Alors on
continue la quête sans fin, car le travail en soi
révèle des vertus enfouies
oblitérées par la vie profane. Se découvrir,
se connaître.
Chaque lecture de soi est une nouvelle rencontre. Et cette introspection au plus profond de ce qu l’on est, nul ne peut la découvrir pour nous. Elle tend vers l’équilibre de l’Etre.
L’équilibre acquis de soi même précède l’équilibre entre soi et l’autre. Car une victoire n’est jamais complète si elle ne doit pas servir l’humanité. « La découverte du temple intérieur est l’étape première qui précède la construction de temple de l’humanité » disait en substance Jean Mourgues.
Est-ce à penser à que le seul travail sur soi suffise à aborder cette dimension ? Je ne le crois pas. Cela ne peut se faire qu’avec l’appui de la communauté des frères. La loge est à la fois une rencontre avec soi même et avec les autres. C’est consubstantiel et complémentaire comme l’avers et le revers d’une médaille.
Le travail en loge est la promesse du partage et pour cela l’harmonie et la paix doivent y régner sous peine de voir les frères s’en éloigner.
L’harmonie communautaire, à couvert des bruits de la cité, a toujours développé une force collective, une communion des énergies propice à la découverte de la connaissance. La vie maçonnique est une voie parmi d’autres, à l’exemple de l’académie platonicienne de Florence où autour de Ficin, de Fortuna et de Pic de la Mirandole se reconstruisait la liberté de penser et de connaître.
La Renaissance porte beaucoup d’autres exemples. Mais à l’origine elle n’était qu’une clarté secrète assise sur la contrainte du dogme catholique dont la meilleure illustration est l’histoire des Marranes. Leur épopée concerne tous les hommes.
Elle est le symbole de la force et de l’énergie communautaire. Tout en se soumettant à une exigence ostentatoire, ils ont, en secret et le silence travaillé sous le carcan et transmis leur culture et amélioré leurs idées. C’est un symbole qui court les ages, immarcescible et immanent à la fois. Le secret des Marranes reste un espace de dignité et de liberté, c’est en ce sens qu’il rejoint celui des maçons ;
Les maîtres travaillent sous le signe du secret et du silence, ensemble où chacun devient ce qu’il est pour le bien de soi et des autres. La loge doit faire partager le désir d’aller plus loin sue le chemin de la connaissance et du devoir. La connaissance est un syncrétisme de toutes les connaissances acquises par chacun d’entre nous. Car à chacun de s’y promener et d’y puiser sa plénitude puis de la partager, de l’additionner. C’est L’Union dans la diversité et le respect des Frères.
Voilà ce que j’ai cru percevoir sous le signe du secret et du silence ;
J’ai dit