Un Océan de larmes
P∴ P∴
Trois fois Puissant Maître et vous tous mes Sœurs et Frères Maîtres Secrets :
Nous avons tous été amenés à un moment ou un autre de notre vie maçonnique à nous interroger sur ces symboles à priori anodins, qui participent au décorum des Loges.
Ainsi, il en est du particularismedes larmes enveloppant dans un noir océan laLoge au 4ème degré.
Les cherchant que nous sommes se sont parfois interrogés sur l’origine des larmes à travers l’histoire et sur ses diverses formes émotionnelles, apanage de l’être humain et privilège qu’il revendique rarement.
Dans l’ancienne Égypte, un mythe fait naître les hommes des larmes de Rê, le Soleil ; pour les Incas, Vicarocha, l’astre solaire, pleure aussi et donne naissance car « l’eau fertiledes larmes est à l’origine de tout, l’immense réservoir où le ciel, les arbres et les visages se mirent. »
Mais, nous n’oublierons pas également que c’est par l’EAU, la mer immense, traité comme le liquide amniotique que tout commence et c’est par elle que tout finit.
En tout premier lieu, ce dont il est question ici, c’est des pleurs des hommes car les larmes ne sont pas une particularité féminine. Au cours de l’histoire, pleurer ne fut pas toujours un signe de faiblesse ou un manque de virilité : Citons en autres héros, Achille qui pleure parce qu’il sait que jamais il ne reverra son pays natal, Ulysse qui a réchappé à la guerre de Troie, mais répand aussi des larmes de nostalgie, Énée qui, lors de sa descente dans les Enfers, parvient au sinistre Champ des Pleurs et se met à l’unisson des larmes.
La Bible n’est pas non plus à l’abri des lamentations : le prophète Jérémie verse des torrents de larmes qui s’en iront grossir les fleuves de Babylone, David gémit dans nombre des psaumes et pleure en serrant dans ses bras son ami Jonathan, sans oublier les larmes des disciples du Christ, renvoyant la Passion/résurrection de Jésus de Nazareth condamné à mort par trois hommes, à un mythe bien connu des Francs-Maçons de l’Univers.
Il est également notable de remarquer que ces larmes sont argentées et dans la mythologie Égyptienne, elles remplissent une fonction fondamentale puisqu’elles symbolisent la déesse Isis. Dans les mystères égyptiens, le rôle des « deux pleureuses d’Osiris » – Isis et sa sœur Nephtys – est très important car leurs larmes ont pour effet d’écarter le mal du dieu embaumé afin de pouvoir réunir ses membres dispersés. Dans le rite osirien, Isis et sa sœur Nephtys affirment :
« Nous t’avons donné puissance et nous avons rassemblé pour toi tes membres de la corruption, cherchant d’affermir de nouveau ton corps. »
Les larmes d’Isis et de sa sœur représentent le don céleste qui permet à Osiris de ressusciter, de se redresser et de reverdir. Neuf dieux unissent leurs pleurs aux lamentations d’Isis et de sa sœur. Les dieux pleureurs, tournent autour du cadavre d’Osiris dans un rite de circumnavigation ; Isis partie à sa recherche, tourne aussi autour d’Osiris, jusqu’à le trouver. Cela même se retrouve en maçonnerie, les neuf maîtres accomplissant exactement le même rituel, à l’instar d’Isis et des pleureurs du rituel égyptien.
Ces mythes ne feront rire que ceux qui n’ont jamais pleuré de beauté, de reconnaissance et de ferveur. Les mystiques qui ont connu la grâce des larmes et tous ceux qui ont le cœur endeuillé savent bien que ces gouttes d’eau, apparemment banales, recèlent le plus précieux d’une existence humaine parce que c’est une eau d’amour.
Il est des larmes de douleur et de tristesse, comme il est des larmes de bonheur et d’ivresse. N’essayons pas d’opposer larmes et rire, car il y a une osmose entre les deux, et une oscillation permanente souvent imprévisible.
Les larmes sont un don en soi et, comme elles ne nous appartiennent pas, autant en faire don à notre tour, autant les offrir comme des ponts fraternels, comme des remerciements.
Les plus douces émotions, comme les plus violentes jaillissent par les yeux et les larmes se fraient un chemin inédit où tout peut se dire, où tout demeure secret. Elles coulent, elles s’effacent aussi, rappelant que le plus précieux de l’être ne peut être capturé et que la douleur et le bonheur sont fugaces.
Pleurer, c’est reconnaître et aimer en soi cette source mystérieuse et intarissable. L’amour ne sèche pas les larmes, il les invite, il n’apaise pas, il exalte.
Si « tout coule » comme l’assurait le philosophe d’Éphèse, rien ne demeure stable, mais seul survit ce qui se joint au flot, ce qui se baigne dans l’océan jusqu’à s’y fondre.
Et puisque nous en avons l’âge et que nous baignons dans un noir océan, je voudrais ce soir vous apporter un autre biais de réflexion, celui que l’alchimiste, le psychanalyste ou encore l’écrivain ont appelé « l’œuvre au noir ».
Le terme « œuvre au noir » désigne en alchimie la première des trois ou quatre phases, selon les cas, dont l’accomplissement est nécessaire pour achever le « Magnum Opus ». En effet, selon la tradition, l’œuvre au noir, désigne dans les traités alchimiques la phase de séparation et de dissolution de la substance qui était, diton, la part la plus difficile du Grand Œuvre.
Considérons notre environnement, prenons le prisme de l’alchimiste, considérons l’ensemble et non plus le seul symbole des larmes.
Nous sommes mes Sœurs et mes Frères enveloppés dans un réceptacle sombre contenant « les pleurs d’Aurore » ; Cette rosée du matin dûment protégée afin de na pas altérer ses qualités qui par leurs actions enrichiront le sel, corps de toutes choses, élément purificateur attirant les énergies de la vie.
« Tressaillez de joie, vous qui dormez dans la poussière ! Pareille à une rosée de lumière est ta rosée, et la terre redonnera vie aux ombres (Isaïe 26-19) »
L’alchimie est avant tout la science et l’art des transmutations, elle aborde les phénomènes de l’intérieur vers l’extérieur, donc de l’essence vers l’apparence formelle.
Son langage peut paraître déroutant car il est une poétique faisant essentiellement appel à l’imagination. Comprendre de l’intérieur implique donc que son propre monde intérieur soit suffisamment riche d’images symboliques, prêtes à entrer en résonance avec les suggestions du texte. On ne pourra comprendre si on ne voit pas ce qui est suggéré.
C’est l’art de l’amour, l’art royal comme disaient les alchimistes du Moyen-âge et son caractère hermétique n’est autre que la marque du respect pour le vivant.
L’alchimie propose une initiation, une vision de l’individu en harmonie avec les Lois de la Nature et de la Vie. Cette initiation devient réelle lorsque les obstacles à la Lumière se lèvent, que le bandeau tombe, et que l’Homme se transforme.
Le Grand Œuvre préfigurant le chemin de développement de l’âme humaine au sein des mondes de matière, l’œuvre alchimique est inséparable de la propre transmutation de l’opérant.L’alchimie est est une discipline de travail intérieur, d’extraction et de sublimation des mercure, soufre et sel pour les réunir et que l’opérant lui devienne cette pierre philosophale et cet élixir de longue vie permettant aux autres âmes de devenir « de l’or », symbole de l’esprit accomplit.
Alors comme disait le poète, « Il reste à se faire larme pour devenir océan », mais ne cherchons pas dans l’océan ce que l’on peut trouver dans une goutte d’eau !
J’ai dit.