La Grande Lumière commence à apparaître
F∴ L∴
A
la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les auspices
Du Suprême Conseil Féminin de France
Liberté, Egalité, Fraternité
La Grande Lumière commence à apparaître
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les auspices
Du Suprême Conseil Féminin de France
Liberté, Egalité, Fraternité
La Grande Lumière commence à apparaître
Trois
fois Puissant Maître:
Sœur Inspectrice, quelle heure est-il?
L’Inspectrice:
L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître
Trois fois Puissant Maître:
Puisqu’il en est ainsi et que nous sommes toutes Maîtres Secrets, Sœur Inspectrice, annoncez que je vais ouvrir les travaux au quatrième degré
Sœur Inspectrice, quelle heure est-il?
L’Inspectrice:
L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître
Trois fois Puissant Maître:
Puisqu’il en est ainsi et que nous sommes toutes Maîtres Secrets, Sœur Inspectrice, annoncez que je vais ouvrir les travaux au quatrième degré
Quelle ne fut pas ma surprise, lors de la première Tenue de Maître Secret à laquelle j’assistai, d’entendre ces propos! Durant tant d’années, aux trois premiers degrés, j’avais tant de fois travaillé de Midi à Minuit,que j’avais fini par ne même plus imaginer qu’il pût en être autrement!!! Des travaux maçonniques peuvent donc s’ouvrir à un autre moment que Midi plein? Voilà qui bouscula, pour ne pas dire bouleversa, mon petit ordre personnel bien établi!
Dès lors, les « pourquoi » se précipitèrent dans mon esprit. Alors que, de l’Apprentie à la Maîtresse Maçonne, on travaille symboliquement de Midi à Minuit, ce qui, il faut bien le dire,est assez éloigné de la « vraie vie », pourquoi revient-on soudainement à ce que je qualifierais de « temps profane », à savoir du lever au coucher du soleil? Pourquoi parle-t-on de grande Lumière? Pourquoi ouvrir au moment où cette grande lumière commence à paraître? Quel impact ce nouveau paradigme a-t-il sur notre psychisme, ou tout au moins quelle ouverture symbolique nous offre-t-il?
Toutes ces réflexions m’ont bien naturellement amenée à approfondir dans, un premier temps, l’ouverture aux trois premiers degrés, avant d’aborder le thème de la Grande Lumière à proprement parler.
Depuis Midi jusqu‘à Minuit
En Loge d’Apprentie, de Compagnonne ou de Maîtresse, l’ouverture des travaux est précédée par ces mots :
Vénérable
Maîtresse:
Soeur 1ère Surveillante, quelle heure est-il?
Première Surveillante:
Il est Midi plein, Vénérable Maîtresse.
Soeur 1ère Surveillante, quelle heure est-il?
Première Surveillante:
Il est Midi plein, Vénérable Maîtresse.
A ce moment précis du rituel, le temps profane s’estompe…
Quelle que soit leur durée, les travaux ouvrent à midi et ferment à minuit, entre le soleil et la lune immobiles.
Que l’événement dure une seconde, une minute, une heure ou plus, peu importe, sa valeur n’est pas dans la durée. L ‘Initiée bascule dans un monde sacré fondamentalement différent du monde ordinaire.
En annonçant qu’il est midi, le rituel ouvre un univers hors du temps ordinaire, un univers sacré placé entre midi et minuit, entre la pleine lumière et les pleines ténèbres.
Au zénith, le soleil est au maximum de sa lumière, puis 12 heures plus tard il passe au nadir, dans l’obscurité d’un noir minuit.
Le travail de la Maçonne aux trois premiers degrés est ainsi placé sous la lumière du soleil descendant, qui à peine après avoir montré le maximum de sa lumière, va diminuer d’intensité pour faire place aux ténèbres.
Dans le Temple, les initiées passent du monde trépidant au monde immuable, elles rompent le temps linéaire où passé et futur sont liés, où le passé se répète dans un présent qui devient immédiatement à son tour le reflet du passé.
Dans la vie profane, souvent la peur du futur, basée sur une expérience passée, nous coupe de la réalité présente.
Décider de travailler de midi à minuit, c’est donner aux F.: Maç.: le pouvoir d’organiser leur vie, et au lieu de participer passivement à l’écoulement du temps, de passer dans un temps sacré. Dans ce temps sacré les initiées peuvent regarder le présent sans jugement, sans référence au passé. Quelle que soit l’heure,il est l’heure de quitter le temps profane.
A midi, la F.: Maç.: devient responsable des paroles créatrices qu’elle sème dans la loge. A midi il est l’heure de prendre en main son destin, il est l’heure de la paix, de l’amour et de la liberté fraternelle.
A midi, il est temps d’être exigeante avec soi-même et tolérante avec les autres, pour créer l’Unité.
Cela est d’autant plus impératif qu’il est midi PLEIN. Il ne peut être ni ajouté ni retranché ne serait-ce qu’une fraction de temps sans que cela ne se gâche.
Midi plein est une limite juste, complète. A midi plein, la lumière est maximale, la lumière est pleine, opulente, rayonnante….encore un instant et elle va régresser… A midi plein, le feu du soleil symbolique entre dans les recoins des âmes, consume le doute, purifie pour régénérer, insuffle une force vitale qui pousse à construire….
De midi à minuit, c’est aussi un demi-jour et une demi-nuit de travail, c’est l’union du jour et de la nuit, de la lumière et des ténèbres, c’est le pavé mosaïque vaincu, c’est un temps qui comprend la clarté et le noir, c’est l’unité dans l’alternance.
Car le soleil s’enfonce inexorablement sous l’horizon; sa lumière s’éteint, cédant place à l’obscurité. Ces ténèbres qui s’installent viennent pour rappeler, comme dit Goethe, que « le monde visible est fait delumières et ténèbres, mêlés avec le plus bel art ».Ces ténèbres nous questionnent sur le sens de notre existence, sur notre liberté de choix entre les contraires présents en nous.
Et voici qu’apparaît la lune, renvoyant la lumière solaire qu’on croyait disparue, la lune qui reçoit et réfléchit.
La lune absorbe la pensée discursive, logique, et la mêle à l’imagination, l’intuition, la sensibilité, la nuance, le rêve, la poésie.
La lune, est la matrice dans laquelle le germe se développe,elle dissout ce que le feu a laissé.
Les travaux sont alors baignés par la lumière de l’intérieur, celle qui indique que toute connaissance passe par l’absorption, la dissolution, le silence….
Lorsqu’il est Minuit PLEIN, entre le passé, figé, immobile, sur lequel nous ne pouvons plus rien, et le futur encore non advenu, existe la plénitude du présent. C’est cette réalité du présent qui ouvre le champ de l’action. Présent et action, indissociables complémentaires, liés par Bergson dans cette définition: « mon présent, c’est mon attitude vis à vis del’avenir immédiat, c’est mon action imminente »
« Que la Lumière qui a éclairé nos travaux continue à brilleren nous pour que nous poursuivions au dehors l’oeuvre commencée dans le Temple,…».C’est ainsi que, fortes de l’action de la Lumière qui a éclairé leurs travaux depuis midi jusqu’à minuit, lumière double du soleil et de la lune, les Maçonnes quittent le temps sacré et retrouvent leur présent profane, celui de l’action et de la projection continuelle de la pensée vers le futur….
La grande Lumière commence à paraître
Depuis que l’homme existe, le temps qu’il consacre à sa vie active, à son travail, à ses déplacements,s’étend ordinairement du lever au coucher du soleil.
Ainsi en est-il du temps que le Maître Secret consacre à ses travaux. L’ouverture des travaux au quatrième degré se fait au moment où « l’éclat dujour a chassé les ténèbres et la grande Lumière commence à paraître » et la fermeture lorsque « nous sommes à la fin du jour ».
A ce degré, les travaux ne sont plus éclairés alternativement par la lumière active du soleil et passive de la lune, mais sont placés sous le signe exclusif de l’astre solaire.
C’est comme si le Maître Secret était extirpé du petit cocon douillet constitué par l »espace-temps » sacré des trois premiers degrés pour être de nouveau catapulté dans la « vraie » vie, en pleine lumière, en pleine réalité ….
L’imaginaire, le rêve, la passivité ne sont plus à l’ordre du jour, le Maître Secret est maintenant dans la lumière de la Raison. Elle sait qu’elle ne doit accepter aucune idée qu’elle ne comprenne et ne juge vraie.
Elle ne travaille plus dans un temps conventionnel, accepté comme tel,virtuel, mais dans un temps réel, concret, que sa propre perception lui permet de déterminer.
Elle a appris au second degré que ses sens, « pour imparfaits qu’ils soient,(….)sont les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur ».C’est grâce à la pertinence de ses sens qu’elle appréhende le moment précis où « l’éclat du jour a chassé les ténèbres « et où « la grande lumière commence à paraître ».
L’heure à laquelle ce phénomène se produit, à laquelle l’aurore commence à poindre, est éminemment variable entre les deux solstices et les deux équinoxes,en fonction de la localisation géographique où l’on se situe. Est-ce pour cette raison que l’ on consigne avec précision la localisation de la Loge,dans la colonne gravée des travaux du quatrième degré?
Ce moment où « la grande lumière commence à paraître », le Maître Secret le saisit, à l’instant précis où il se présente, et sans tergiverser, elle se met au travail.
Elle est censée être rompue à la discipline du « savoir- pouvoir » basculer dans le tempssacré, absolu, immuable…elle peut donc désormais se mettre à travailler dans le temps réel, relatif et terrien…sans perdre de précieuses minutes, car elle a conscience de » la brièveté de la vie humaine, et qu’à chacune de nos respirations, la mort se rapproche de nous ».Tout ce qu’elle a appris aux trois premiers degrés lui permet de s’atteler au travail sans une longue préparation rituélique.
Tous ceux qui voient le soleil se lever savent que l’aurore est un moment plein d’une énergie toute particulière, un moment rempli de force et de joie,…Lorsque le Maître Secret commence ses travaux sous le signe du soleil ascendant, elle s’emplit symboliquement de force et de joie. Comme les plantes se déploient, toutes froissées encore du sommeil de la nuit, toutes humides de la fraîche rosée matinale, la Maçonne ouvre son esprit, déploie tout son être, concentre toutes ses forces…. et se met en chemin.
Car, à mon sens, le rituel du quatrième degré indique clairement qu’un des principaux objectifs du Maître Secret consiste à cheminer,à partir à la quête de la Vérité.
Lors de la cérémonie d’initiation au quatrième degré, nombreuses sont les allusions au cheminement pour approcher au plus près la Vérité:
-« La route du Devoir mène sûrement à la Vérité… »
- « Nous vous rendons la Lumière et plaçons vos pieds sur le chemin du Devoir qui conduit à la Vraie Lumière »
- « …vous devez marcher droit devant vous et ne pas vous laisser entraîner dans les sentiers fleuris de l’erreur… »
- « …vous commencez maintenant à vous élever au -dessus de la terre… »
- « …ne vous attardez (donc) pas dans les sentiers, mais hâtez-vous de gravir les pentes de la montagne… »
- « En marchant dans les voies de la Franc-Maçonnerie, vous allez (vous aussi), vers un oracle…)
- « Vous commencez maintenant la marche ascendante qui fera de vous les ministres et les apôtres de la Vérité »
« Tout se défait dans la lumière. Comprendre, c’est fracasser la nuit originelle » Dit Pierre Turgeon, écrivain québécois.
La lumière physique du soleil rend les objets visibles. La plupart des choses sont opaques, projetant ainsi une ombre lorsqu’elles sont éclairées. Il peut être tentant de prendre l’ombre pour la chose. Novalis, poète et philosophe allemand du 18ème siècle sait bien nous mettre en garde : « Si vous apercevez un géant, regardez d’abord la position du soleil, et voyez si le
géant n’est pas l’ombre d’un pigmée » . De même, Victor Hugo dit:« Lorsque le soleil décline à l’horizon, le moindrecaillou fait une grande ombre et se croit quelque chose »…C’est pourquoi le Maître Secret chemine, observe et étudie le monde qui l’entoure à la lumière du soleil ascendant d’abord, à la lumière sans ombre du zénith ensuite, et enfin à la lumière descendante du soleil couchant. Elle peut ainsi prendre la juste mesure de l’univers, se débarrasser définitivement de ses préjugés, de ses erreurs d’appréciation, et prendre conscience avec Parménide, que « toutes les réalités sont mouvantes et fugitives »
Sa recherche de la Vérité l’amène alors à « prendre de la hauteur », à entrer dans un monde où il n’est plus utile de mesurer et de quantifier, mais où il s’agit de relier les multiples conceptions humaines, de rassembler ce qui épars en vue de retrouver, par la Parole perdue,la Vraie Lumière du Saint des Saints. Le Saint des Saints est un espace clos, sans fenêtre, sans lumière extérieure, seulement éclairé par la Vraie Lumière, la lumière intérieure, la lumière principielle.
Le Maître Secret a prêté serment de suivre le chemin du Devoir, qui le conduira à la Vraie Lumière.
Elle porte sur son tablier l’oeil, l’oeil de la conscience, de la clairvoyance. Elle dépasse la dualité du regard en lumière ascendante, porté vers le futur et du regard en lumière descendante, tourné vers le passé, pour acquérir un regard synthétique avec l’oeil frontal, qui implique la vision simultanée, la vision sans ombre. La réalisation de la véritable nature de l’esprit, non duelle, universelle et éternelle, ne peut s’accomplir que par la conscience originelle, à laquelle le Maître Secret doit s’éveiller, à cette étape du chemin,si elle veut parcourir les étapes suivantes. C’est cette conscience universelle qui s’épanouira dans le corps de lumière, le corps solaire, et non la conscience parcellaire et conceptuelle qui n’a servi jusque là que de coque.
Pour conclure, je laisserai la parole à Abd Al Haqq, astrophysicien, directeur de l’observatoire de Lyon et de l’institut des hautes études islamiques, dans un court texte qu’il a nommé Angelus matinal.
La brume baigne les vallons, le soleil émerge sur le sommet des collines. En bas les hommes vont à leurs occupations ; les bruits qui montent disent l’activité fébrile. En haut, le chevreuil hume la tiédeur à venir et l’alouette s’élance pour son adoration du soleil. Deux mondes côte à côte, deux vies. La station du monde d’en bas n’est pas le lieu de la prise de conscience véritable, ni celui de la perception de la Réalité telle qu’elle est en Elle-même. Cette conscience et cette perception ne seront possibles qu’en escaladant les monts, en s’élevant. La brume te voile le soleil et tes occupations te distraient du désir, en toi, de devenir alouette face à Lui.