La pierre cubique à pointe

Auteur:

R∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le sens symbolique donné à la pierre cubique à pointe est de tendre vers un idéal, vers une spiritualité, vers la transcendance.

Si on se penche vers les sources, qui nous parlent de l’histoire de ce symbole, il apparaît que, selon l’instruction du grade de Compagnon au Rite Français Moderne de 1788 (1) : « La planche sert aux maîtres pour tracer leurs plans et dessins, la pierre cubique à pointe sert aux Compagnons pour aiguiser leurs outils, et la pierre brute sert aux apprentis pour apprendre à travailler ».

Dit de façon schématique, pour tailler la pierre brute, il nous faut un ciseau et un maillet. Cette démarche, associée au travail du fil à plomb permet : une meilleure connaissance de soi même, un approfondissement de la personnalité qui s’enrichit de cette façon, et une expression du moi profond libéré. Mais on peut dire aussi que c’est un certain formatage ou même un formatage certain, puisque chacun devient une pierre cubique, carrée comme une prison, et en retournant la proposition, on peut dire aussi que la pierre brute est la liberté, cette liberté spontanée, qui a aussi son idéal de « liberté chérie ».

Au 2ème degré, nous trouvons la pierre cubique à pointe, dont la symbolique est plus difficile à pénétrer. En effet, ceux qui se sont penchés sur l’histoire de la Maçonnerie, s’accordent à reconnaître que l’origine symbolique est multiple, parfois hasardeuse, et même parfois méconnue, comme Oswald Wirth, qui a intentionnellement retiré la pierre cubique à pointe du tapis de loge du Compagnon, parce que selon lui, ce bijou immobile, serait un attribut du 3ème degré. C’est ainsi qu’il faut comprendre que la pierre cubique à pointe est en quelque sorte, « le symbole oublié ou incompris » des Compagnons. Une étude récente de Jeanne Leroy a examiné les sources de manière exhaustive et elle conclut que le symbolisme jusqu’au 18ème siècle, ignorait la pierre cubique, on passait de pierre brute à pierre cubique à pointe. La pierre cubique est donc en Franc-maçonnerie une invention moderne.

Selon les anciens catéchismes, pour tailler la pierre cubique à pointe, il fallait utiliser le compas, l’équerre, le niveau, le fil à plomb, i.e. les outils du Compagnon.

Son symbole est attribué pour le Rite Français, au 1er surveillant (tandis qu’au Rite Ecossais Ancien et Accepté il est sur le marches, près du Véné). On la représente parfois sur le tableau de loge avec une hache qui fend la pyramide de la pointe.

Le fait d’avoir une pointe peut être interprété symboliquement comme le développement de la vie spirituelle. C’est l’élévation vers l’idéal.

Mais c’est aussi l’inverse : c’est la recherche intérieure du centre de gravité en soi. C’est l’appel à ce qu’il y a de précieux, ce qui a de la valeur et qui mérite d’être projeté vers la réalisation d’un idéal extérieur à soir.

En considérant le cube, on peut représenter un autre cube à l’intérieur qui a précisément la moitié du volume extérieur, en le construisant sur base des diagonales.

Il est symbole de la stabilité, par sa base carrée et son volume. Il est symbole d’ouverture vers le spirituel, le divin, l’idéal, par sa pointe. Il est symbole de recherche, par la hache qui le fend pour laisser apparaître d’autres réalités plus secrètes, qui peuvent par ce coup de hache, s’extérioriser.

Deux symboles sont ici empruntés à la religion chrétienne : la pierre angulaire et la clé de voûte.

La pierre angulaire signifie, comme on le sait « la base de l’élaboration ». On dit dans les Constitutions d’Anderson que l’amour fraternel est la pierre angulaire de l’édification de la Franc-maçonnerie, c’est-à-dire que la Franc-maçonnerie est bâtie sur une valeur morale.

Clé de voûte est la pierre qui rassemble les parties d’édifice dans le cœur de l’église.Ce symbolisme rappelle aussi celui de la pyramide, qui dans sa verticalité va de la mort à la vie et puis de nouveau à la mort.

En somme, la pierre cubique à pointe apparaît un symbole plus achevé, plus entier et plus riche que la pierre cubique. Comme on le voit dans la clé de voûte, la pierre cubique à pointe peut être seule. Elle a une action de premier plan, une action de meneur et donc d’individu indépendant, c’est-à-dire de Maître et non plus de Compagnon. Ce symbole permet aussi de se pencher sur l’intériorité : la vie et la mort, les ténèbres et la lumière, la base et le transcendant indiquant ainsi une direction, un mouvement, une dialectique de renaissance.

Note :
(1) Pierre MOLLIER (éd.) Recueil des trois premiers grades de la maçonnerie au rite français, 1788, édité en 2001, 236p.

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