La marche à reculons
M∴ E∴
Très Vénérable maître et vous tous Vénérables Maîtres en vos grades et qualités, l’honneur me revient aujourd’hui dans cette Respectable loge de traiter d’un sujet particulier qui est « La marche à Reculons ». Pour ce faire, je vais commencer par donner une brève définition de ce thème dans le monde profane, puis l’exposer symboliquement.
La marche : Le dictionnaire Petit Larousse édition 2005 défini la marche comme l’action ou le fait de marcher, comme un mode de locomotion de l’homme. C’est ainsi qu’on peut y associer les thèmes comme être en marche, qui est une action de fonctionner en parlant d’un mécanisme ou d’une machine ; Mettre en marche, qui est l’action de déclencher le fonctionnement ou de faire marcher.
Reculer : Le même dictionnaire défini reculer comme déplacer vers l’arrière, reporter plus loin, remettre plus tard. On peut y associer les expressions comme reculons ou à reculons qui signifie en allant en arrière.
En résumé, la marche à reculons signifie : l’action d’aller en arrière.
Symboliquement, le propre du franc-maçon est de progresser vers la lumière, cette marche volontaire est ritualisée à tous les grades et elle est porteuse de sens. Ce qui nous intéresse ici c’est la signification à donner à la marche à reculons.
L’entrée en loge en reculant du futur maître marque l’abandon. Cet univers du passé, microcosmique marqué par l’étoile flamboyante, cette vénus du système solaire sera abandonnée au profit de la polaire du système stellaire. Les lumières du passé éclairent notre avenir comme le précise le rituel. La marche à reculons qui en fait est une entrée dans un nouveau monde inconnu signifie que la mémoire récapitulative est agissante.
Pour la réception au 3ème degré, muni du mot de passe des maîtres, le compagnon est introduit dans la chambre du milieu par la marche à reculons ; la loge est tendue de noir, l’orient est fermé par un rideau, le temple est plongé dans une atmosphère lourde de ténèbres et de désolation ; seuls le Delta de l’orient et l’Etoile flamboyante à l’occident restent éclairés. Le compagnon qui demande à être admis en chambre du milieu est surpris d’apprendre qu’il est soupçonné d’avoir commis le pire forfait, un assassinat.
Un frère Maître est étendu dans un cercueil, les pieds étendus vers l’Est, le visage recouvert d’un drap blanc tâché de sang. A sa tête, l’équerre est ouverte vers l’Est et à ses pieds le compas est ouvert vers le cercueil ; entre la règle et le levier, une branche d’acacia placée en tête du cercueil. Le récipiendaire est alors introduit dans le temple à reculons.
L’explication la plus évidente, confortée par le rituel, de cette entrée à reculons du futur maître est de lui permettre de voir l’Etoile Flamboyante là où elle ne lui a jamais apparue. Les premiers mots du Très Vénérable Maître invitent en effet, le récipiendaire à contempler cette Etoile Flamboyante afin, qu’avec les lumières du passé, de se diriger dans l’obscurité de l’avenir. Cette marche à reculons peut éveiller en lui comme des échos de ses précédentes initiations. Devant l’Etoile Flamboyante, il peut se souvenir des cinq voyages du futur compagnon et des outils qui l’accompagnent. Il peut se demander s’il les a bien utilisés, et en retrouvera quelques-uns plus tard dans un usage qu’il n’avait pas imaginé.
La marche à reculons marque aussi la phase de transition entre le travail accompli et le travail à faire : C’est avec les lumières du passé qu’on se dirige vers l’obscurité de l’avenir, souvenez-vous. Après que le Vénérable Maître se soit assuré que les mains du récipiendaire sont pures et que son tablier est sans tâche, le compagnon effectue la marche à reculons vers le cercueil d’HIRAM en se remémorant l’enseignement reçu, en effectuant par introspection un véritable examen de conscience. Cette marche en arrière le rend aveugle, comme le profane avec son bandeau et, le récipiendaire peut alors se souvenir des voyages de l’initiation au premier degré, particulièrement du premier qui symbolise l’état d’ignorance du profane, qui le conduit à la chute après l’ascension. Il réalise qu’un cycle de vie s’achève et prépare à quitter son enveloppe corporelle pour libérer ses forces spirituelles. La marche à reculons évite alors au récipiendaire d’être confronté trop brusquement, sans préparation à la mort ; elle lui fournit un palier, un temps de réflexion, de récapitulation sur le passé vécu, sur les épreuves traversées et sur l’œuvre accomplie. La marche à reculons permet d’avancer, pour comprendre ce que l’on a réalisé et percevoir ce qui reste à faire.
Dans la marche à reculons lors de l’entrée dans le temple, il s’agit de garder les yeux sur toutes les connaissances maçonniques des grades qui précédaient car il conviendra maintenant de les transmettre à notre tour. Regarder en arrière n’est pas du passéisme si l’on continue toujours de progresser si l’on construit sur les fondations des acquis passé. Le passé nous arme pour faire face aux difficultés du présent et à la peur de l’avenir. Derrière nous se trouve la tradition, le guide, à l’instar de Maître HIRAM, nous serons prêts à ne pas manquer à nos engagements.
La marche à reculons peut aussi symboliser l’état du compagnon qui n’a point encore atteint la maîtrise : il est tourné vers le passé et ne peut voir l’avenir en face. Cette marche laisse même supposer que cet avenir lui est redoutable. Et de même qu’à l’initiation au premier degré, les épreuves de l’Eau et du feu montrent le trajet de l’initié progressant dans la connaissance, de même le futur maître, le jour de son exaltation, se retourne et affronte en face la mort. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté le fait suivre d’une résurrection qui peut être interprétée de différentes manières. Mais, avec la prise de conscience de ce passage obligé qu’est notre mort terrestre, le maître se doit de la regarder en face, et s’y préparer.
Hiram revit en nous, il y a bien une notion de continuité. Le progrès s’accomplit grâce au travail des sages disparus et peut – être, grâce à l’infime petite part que nous avons ajoutée. C’est pourquoi nous ne devons rien oublier de la totalité de l’enseignement qui nous a été donné pour apprendre à devenir nous-même. Ne pas oublier de tenir compte des leçons de l’expérience pour continuer la route : Travail, Tolérance, Loyauté, Persévérance ; pour arriver à pratiquer ces qualités, l’enseignement des deux premiers degrés ne suffit pas. Il fallait après avoir enjambé le corps d’HIRAM gisant sous le linceul ou premiers pas qui quittent le sol, qui créent un cercle dans l’espace, vivre la mort d’HIRAM.
Pour ma part, la marche à reculons marque le point de transition entre les deux phases de vie et de mort, indiquant que le maître passe le seuil en sens opposé à celui emprunté par le profane, l’apprenti et le compagnon. On peut considérer qu’il s’agit en fait d’une marche en avant puisque l’on se dirige vers la lumière, vers la spiritualité, vers le centre du cercle.
Très Vénérable maître et vous tous Vénérables maîtres,
J’ai dit,