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A0323-4 La cène : reconnaissance et transmission
Non communiqué
« Quel bonheur de se retrouver entre Frères », Psaumes 113, la Bible.
Le C.R.C. a ce bonheur de partager avec ses FF. , cet instant précieux et sacré, la cérémonie de la cène que nous célébrons après la suspension des travaux du Souverain Chapitre.
La cène des C.R.C. est un partage, une communion. Les initiés n’ont rien en propre. Entre les C.R.C., il y a une communauté de bien.
La cène est aussi le siège d’un égrégore nourri par l’énergie psychique de chacun des acteurs qui y participent, mais c’est encore, en plus le siège d’actions de reconnaissance et de transmission.
Historique :
Historiquement, on considère que les C.R.C. ont pour rôle de vivifier et régénérer spirituellement la F.M., et la cène constitue l’élément symbolique régénérateur.
La cène des C.R.C. pourrait trouver son origine dans les écoles de vie fondées sous Thoutmosis III et Aménophis IV, vers 1350 avant J.C. Ces écoles de vie qui se réunissaient autour du Pharaon, regroupaient des élèves soigneusement sélectionnés pour leurs aptitudes à nourrir spirituellement l’égrégore de leurs assemblées.
Cette évocation historique s’applique bien à la cène qui nourrit ceux qui y participent.
Le pain et le vin semblent être apparus en premier dans les rites funéraires de l’Egypte ancienne, au cours des banquets funéraires au cours desquels il était fait allusion à Osiris, dont on mangeait le corps (le pain) et dont on buvait le sang (le vin).
La reconstitution du corps d’Osiris s’opère à travers la nature et le travail des hommes.
Le modèle des banquets osirien a été repris par toutes les communautés à mystères du monde proche oriental.
L’usage de rompre ensemble le pain fraternel, de se passer tour à tour la coupe de vin et de se communiquer le baiser de paix était commun à tous les cultes à mystères.
En Perse et à Eleusis, la cérémonie de la cène était pratiquée lorsqu’on conférait un grade de perfection. Dans les mystères et initiations de Mithra, on se servait de pain et d’eau dans un calice. Les traditions incas et aztèques pratiquaient des cérémonies identiques aux banquets osiriens.
Le mot cène qui est appliqué à la cérémonie des C.R.C. semble appartenir au domaine protestant. En effet le partage entre tous les C.R.C. et les TT.III.FF., du pain et du vin peut être aisément rapproché de celui de la cène protestante, alors que la communion catholique réservait à l’époque de l’élaboration de notre rituel, la consommation de l’espèce vin et sang du christ qu’au seul Prêtre.
Dans leurs débats, les Philalèthes avaient d’ailleurs souligné que la cène des C.R.C. relevait de la liturgie luthérienne. Toutefois, l’analyse « théologique » de la cérémonie conduit certains historiens à dire que la cène maçonnique des C.R.C. parait plutôt inspiré par la théologie calviniste, le baron Tschoudy y voit même « le calvinisme mis en grade ».
Si la cène maçonnique présente des similitudes avec la démarche calviniste, c’est simplement parce que l’une comme l’autre sont marqués par la volonté d’un retour aux usages du christianisme ancien. Mais pas seulement, car on y observe aussi une volonté d’archaïsme emprunté semble-t-il à la pâque antique hébraïque, par le fait de jeter au feu les restes de l’agape.
Tout ceci signifie que les rédacteurs de notre rituel ont cherché à se rapprocher des sources de la tradition primordiale objet essentiel de notre volonté de transmettre une Vérité première.
Un lieu sacré :
La cène est une cérémonie où se rencontrent les influences célestes et terrestres, et les C.R.C. constituent des ponts entre deux mondes l’un visible, l’autre invisible.
Le décor est là, pour envelopper les acteurs de cet égrégore mystique. Les C.R.C. s’unissent en formant un cercle, emblème du monde visible.
L’encens purifie l’espace afin qu’il soit en état d’être sacralisé. La table carrée recouverte d’une nappe blanche et pure, le flambeau principiel, la Ménorah, sont les emblèmes de l’invisible.
Armés de la baguette du pèlerin, miroir vers la terre de l’épée tournée vers le ciel, les C.R.C. parcourent les vallées. Seul le pèlerinage compte : le chemin et non le but.
Apres ce pèlerinage propice à l’introspection, les C.R.C., emblèmes du monde visible tourneront 3 fois autour de la table sacrée, afin de procéder à la reconstruction de l’espace sacré, ce lieu où l’on peut envisager de régénérer l’état primordial.
C’est à l’issue de ce pèlerinage permettant à chacun d’atteindre un état de plénitude, que les C.R.C. vont procéder à la phase de reconnaissance et de transmission propre à la cérémonie de la cène.
Que se cache-t-il donc derrière cette cérémonie de la cène ?
La cène, qui nous réunit après chaque suspension des travaux, constitue un mode de transmission basé sur une reconnaissance.
Il se cache derrière ces termes de reconnaissance et transmission plusieurs interrogations :
– qu’avons-nous à reconnaître ?
– et qu’allons-nous transmettre au cours du déroulement de la cérémonie ?
La Reconnaissance :
Signes, mots et attouchements ponctuent la cérémonie. Chacun de ces actes symboliques pris séparément sont des actes de reconnaissance, voire des preuves de filiation.
La reconnaissance se définit comme une action de reconnaître, de se rappeler comme connue antérieurement, une personne ou une chose. Par extension on parle aussi de reconnaissance de filiation, de filiation vis-à-vis de la tradition, tradition initiatique, et bien entendu de la tradition primordiale, voire des traditions primordiales.
Les processus de reconnaissance propre à la cérémonie de la cène sont intimement liés à l’objectif principal, qui est de transmettre.
Il ne peut y avoir de transmission sans reconnaissance préalable afin de s’assurer de la solidité de la chaine continue de transmission du savoir.
La tradition maçonnique se transmet de génération en génération par l’initiation et par les réceptions dans les degrés supérieurs de l’écossisme.
A chaque étape, le F.M. renait à une vie nouvelle. Il entre dans le groupe où il est reconnu comme tel par ses FF..
Cette reconnaissance allie gestuelle et langage symboliques. L’écossisme est un véritable système de reconnaissance et la cène est un élément vivant du processus initiatique, ou chaque participant est un acteur.
« Mangez ce pain, Buvez ce vin ». Cet ordre donné à son Frère, de mangez et boire souligne bien que le C.R.C. a reconnu son Frère capable de recevoir et capable ensuite de transmettre.
Signe et contresigne sont la reconnaissance de la complémentarité du ciel et de la terre. C’est aussi l’affirmation que le C.R.C. est le pont entre deux mondes, l’un visible, l’autre invisible.
Signe et contre signe sont la reconnaissance d’une filiation entre le ciel et la terre, entre le macrocosme et le microcosme.
Le signe d’ordre du bon pasteur souligne notre appartenance à ceux qui prônent la charité, le partage de l’agneau dont nous sommes le porteur. En se saluant de cette manière les C.R.C. se reconnaissent comme les vecteurs de cette vertu pastorale divine. En serrant dans ses mains l’agneau sacré, le bon pasteur pose sa main droite sur son cœur, d’où émerge le feu sacré de l’amour.
Le mot de passe « Emmanuel » est l’affirmation que le Divin est en nous. C’est la reconnaissance d’une filiation divine auquel nous croyons quand nous prononçons ce mot, auquel il nous est répondu « Pax Vobis ».
« La paix soit avec vous », en quelle sorte la reconnaissance de l’existence du divin en nous.
Tous ces signes, mots et attouchements sont les éléments de reconnaissance propre à la première phase de la cérémonie de la cène dont le but est de transmettre.
La Transmission :
D’un point de vue traditionnel, tout édifice quel qu’il soit, était toujours construit suivant un modèle cosmique.
La cérémonie de la cène est en quelque sorte, la construction traditionnelle d’une image cosmique.
La manifestation du divin dont nous sommes l’ « état d’être humain pensant », est le reflet de l’unité primordiale devenue la multitude en ce monde.
La cène va consister à procéder à une tentative collective de reconstruction de l’unité, par le rassemblement de la multiplicité, autrement dit par le rassemblement de ce qui est épars. La cène est un processus de retour à l’unité principielle.
Toutes les phases de cette cérémonie vont conduire à transmettre aux uns et aux autres, les éléments nécessaires au rassemblement des énergies pour conduire à l’acte du sacrifice, qui va consister à consommer toutes les nourritures dispersées, échangées puis regroupées.
Il s’agit de désintégrer tout ce qui a été distribué, par le feu, le feu de l’amour, le feu du sacrifice, afin que puisse à son tour s’accomplir la reconstruction, et la réintégration de l’état primordial.
L’essentiel de la cène, comme du sacrifice, est en premier lieu de diviser, puis en second lieu de réunir.
Il y a transmission entre les C.R.C. des éléments séparés pour ensuite les réunir.
Comme le processus cosmique auquel il appartient, la cène comporte bien ces deux phases de désintégration et de réintégration.
Le C.R.C. repart avec dans son cœur, l’unité primordiale, régénérée par les actes de transmission de la cérémonie de la cène.
Pour mieux saisir le sens de la transmission dans cette cérémonie de la cène, nous pouvons l’expliciter comme suit :
-Chacun d’entre nous transmet ce que sa propre sensibilité lui offre, à savoir des éléments palpables et des éléments impalpables.
C’est avec la diversité spirituelle de tous nos FF. que nous pouvons progresser dans cette recherche, en se transmettant l’un à l’autre, ce que nous ressentons de divin en nous.
Le pain et le vin sont deux manières de symboliser l’indicible. L’un est solide, l’autre est liquide.
Ils sont tous deux partagés et transmis.
Ils représentent deux aspects de l’incommensurable.
L’un d’aspect palpable à l’aide de nos sens, le pain ; « qu’il nous maintienne en force et en santé ».
L’autre élément impalpable, que nous croyons exister mais que nous n’arrivons pas à toucher, à cerner, est de nature liquide, le vin qui nous permet de découvrir les vibrations qui résonnent en nous, sans que nous puissions les appréhender avec nos sens habituels. « Que ce vin symbole de l’esprit, élève notre intelligence ».
L’attouchement:
La gestuelle particulière de l’attouchement, les mains croisées apposées réciproquement sur la poitrine de chaque frère renforce l’idée du don de soi.
Confier au cœur de l’autre, ce que nous avons de plus précieux dans notre propre cœur. Ce geste symbolise bien le partage de la spiritualité qui est en nous.
Il y a dans ce geste la transmission du feu de l’amour, de la rose de feu que nous portons en nous.
C’est par le feu de l’amour qui nous anime que la nature de l’homme se trouve renouvelée par une mutation de la vie au feu alchimique et hermétique.
C’est par cet attouchement entrelacé, acte de transmission vécu individuellement et collectivement lors de la cérémonie de la Cène, que nous renouvelons nos forces spirituelles dans un acte d’amour fraternel qui nous conduit à chuchoter à l’oreille de notre Frère, le mot sacré « I.N.R.I. ». « Par le feu, la nature entière sera régénérée ».
Ecoutons Gaston Bachelard qui nous dit ceci à propos du feu : « Le feu est l’ultra vivant, intime, universel. Il vit dans notre cœur, il vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, … ».
Chacun ayant transmis à l’assemblée tout ce qu’il possédait d’amour dans son cœur, le T.S.A. va procéder au sacrifice par le feu des énergies collectées. Le feu, cet être intermédiaire entre le ciel et la terre, le feu, ce transmetteur de la parole divine, ce feu qui permet au T.S.A. d’affirmer que tout est consommé.
En consommant nos énergies fraternelles, en transmettant le feu de l’amour, nous transmettons ce qui est juste en nous, c’est-à-dire la parcelle de divin que nous tentons de régénérer à chaque instant de notre existence.
« Tout est consommé » :
Les nourritures ont été partagées, la lumière a été transmise, les C.R.C. ont partagés et transmis ce qu’ils avaient de plus précieux dans leur cœur, ils vont se séparer momentanément.
Avant de quitter cette chaîne d’union il s’agit d’enfermer dans un lieu sur et sacré les restes de nourriture qui n’ont pas été partagés, celles-ci même que les C+R espèrent retrouver lorsqu’ils reprendront leurs travaux.
Le lieu le plus sacré est celui qui est détenu par le créateur.
Quoi de plus symbolique que de rendre au créateur le ferment de la création, les cendres fertiles, essence même de toute création.
Ce qui n’a pas été partagé, les restes de ce festin initiatique sont réduits en cendre et transmis au créateur, comme l’acte symbolique de l’espoir d’une infinie transmission, et espoir de retrouver à la prochaine tenue, de nouvelles étincelles de la lumière divine, plus brillantes que jamais.
La Transmission d’une Tradition vivante.
La tradition est le vecteur unique de la prise de conscience de l’indicible, de l’incommensurable.
La tradition du rite de la cène prône un amour universel et agit en vue d’une solidarité cosmique.
La pratique de la Cène est la pratique d’une tradition vivante qui réveille en nous la face cachée de notre être.
Ce rituel vécu, riche de symboles interrogateurs possède plus de valeurs à nos yeux qu’une parole perdue retrouvée grâce à la volonté des acteurs unis dans l’art de tout consommer.
La force de la Franc-maçonnerie réside dans la tradition et donc dans la force de ses acteurs à la transmettre.
La tradition se rattache au passé vivant de l’initiation et prépare la revivification de ce qui peut vivre en plus complète conscience que juste qu’à présent.
On peut parler de tradition vivante dans le sens que celle-ci est transmise et enrichi par les acteurs mêmes qui participent aux travaux des ateliers, transmettant aux uns et aux autres leurs apports intellectuels et s’unissant spirituellement lors des cérémonies rituéliques.
L’histoire de l’humanité montre à l’évidence qu’il ne suffit pas de prêcher la fraternité, l’amour fraternel pour amener les hommes à s’aimer réellement les uns les autres.
La doctrine généreuse « Aimez-vous les uns les autres », universellement répandue, produit assurément son effet pour le moins théorique, mais si louable soit-elle, elle ne parvient à éclairer l’humanité, que d’une lumière froide, insuffisamment vivifiante.
Le procédé reste d’ordre profane.
Pour faire briller les étincelles de la lumière divine qui se cache dans tout initié, les Francs-Maçons mettent en œuvre des moyens qui sont propres à la tradition transmise depuis la nuit des temps.
Les anciens n’avaient –ils pas déjà constaté que la pensée vivante pouvait se transmettre de cerveau à cerveau sans intermédiaire, en des lieux où des penseurs s’exercent à travailler en commun afin de penser en cœur, chacun donnant sa note personnelle dans l’harmonie de l’ensemble.
De la collectivité se dégage ainsi une pensée symphonique, beaucoup plus puissante que la pensée individuelle, car elle est nécessairement faite de notes justes.
C’est une pensée tonalisée, dont les ondes trouvent de l’écho en tout cerveau réceptif, c’est-à-dire accordées pour vibrer avec justesse.
Cette pensée n’est, ni prononcée, ni écrite, ni même formulée mentalement, car loin d’être arrêtée, retenue ou fixée, elle doit vibrer en toute sa liberté vivante, dans son ampleur échappant à toute personnification restrictive.
La cène a pour but de conduire les C.R.C. à penser juste, afin qu’ils fassent rayonner à travers le monde une lumière mystérieuse, celle-là même qui les conduit dans un acte d’amour à éclairer les esprits de ceux qui les entourent.
Les C.R.C. sauront émouvoir les cœurs par la transmission d’ondes d’une sentimentalité vigoureuse visant à accomplir le Grand Œuvre d’harmonie et d’universelle fraternisation.
La Cène, cette chaine initiatique vivante, assure d’une manière ininterrompue, la transmission effective et la conservation dans un subconscient collectif de l’existence d’un état primordial à régénérer.
Mes Très Chers Frères, reconnaissons les forces spirituelles qui nous animent et ayons ce bonheur de transmettre ce qu’il y a de plus sacré en nous, le feu de l’amour que la cérémonie de la cène nous permet de partager.
J’ai dit