Le tableau de loge, l’axe, la spirale

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A La Gloire Du Grand Architecte De L’Univers


Ordo ab Chao
Deus Meumque Jus





Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères maîtres secrets,

C’est dans le cadre du plan de travail centré sur l’Idée et dans le thème plus particulier de l’idée mathématique que je vous présente ce travail sur un sujet que j’ai déjà en partie traité en septembre 2007. Je m’attacherai donc à rester centré sur l’aspect plus mathématique et géométrique du tableau de loge et sa liaison spatiale avec le tableau d’ordre. L’axe les reliant sera matérialisé à défaut d’être modélisé, l’hélice (et non la spirale) sera développée dans l’espace pour délimiter un espace particulier. L’approche scientifique n’est que le moyen d’atteindre une parcelle de connaissance supplémentaire, mais ne doit pas être une fin en soi. L’Idée doit prévaloir, elle doit donc être recherchée dans les réminiscences de la Tradition présentes dans nos loges.

Le tableau de loge représente « un grand cercle dans lequel est inscrit un triangle équilatéral bleu au centre duquel est l’étoile flamboyante. Au centre de l’étoile, la lettre G en caractères hébraïques (Guimel). Partent du triangle neufs rayons d’or avec sur chacun d’eux des caractères hébraïques correspondant à des noms de Dieu ».

Je vais reprendre ici les grandes lignes de mon exposé précédent pour décrire assez rapidement le tableau de loge. Il est placé verticalement, au-dessus et derrière le TFPM. Il est circulaire et particulièrement abstrait, si on se réfère à ceux des trois premiers degrés. Les symboles ne sont plus aussi figuratifs, et surtout n’ont plus de lien direct ni avec l’art de la construction, ni avec le temple de Salomon, ni avec la représentation de la loge.

Nous avons accès à un mode de représentation de l’Idée moins explicite qui nous demande de faire appel à un autre niveau de conscience et de connaissance. Placé verticalement, il va forcément nous faire changer d’espace, passer de la ligne de l’apprenti, du plan du compagnon, de l’espace tridimensionnel du maître, à celui multidimensionnel du Maître secret. Nous verrons les effets que cette transformation induit sur les formes traditionnelles connues.
Sa forme circulaire réintroduit un symbole solaire, quand celui des loges bleues est masqué. Elle nous incite à une circulation, une déambulation, un mouvement. Son apparence de mandala invite le maître secret à la méditation, à chercher à percer les liaisons secrètes entre ses éléments. Le cercle, représentation de l’espace dans lequel un maçon ne peut errer car il est alors sous la bienveillante influence du Créateur, est là pour nous rappeler la prévalence de l’esprit sur la matière. Il englobe tout, par lui tout est et hors de lui il n’y a rien.

Le triangle équilatéral bleu représente aussi l’esprit, l’immatérialité de l’énergie spirituelle, impliquant un retour à l’unité primordiale. Il est centré dans le cercle. Sa pointe, tournée vers le haut, en fait une représentation d’autorité psychique et physique, morale et affective. Sa couleur bleue symbolise la pensée, la réflexion, de polarité yin féminine passive. On voit donc la complémentarité génératrice de ce triangle bleu. Le bleu s’identifie aux spéculations psychiques libres et transcendantes dans lesquelles l’être peut s’élever ou se perdre. Bien évidemment, on peut rattacher au triangle toute la symbolique unificatrice du ternaire.
L’étoile flamboyante ou pentagramme, placée au centre du triangle, est une manifestation de l’énergie divine, mais aussi, symbole de l’homme si on se réfère à Vitruve ou à Léonard de Vinci. Cette apparente contradiction peut être levée par la puissance unificatrice du triangle support. Elle exprime la quintessence, la perfection réalisée. Symbole pythagoricien des cinq éléments (eau, terre, feu, air, éther), elle synthétise donc les énergies divines et humaines, psychiques et physiques.
En son centre est inscrit un Guimel. Guimel apporte l’équilibre entre deux forces opposées et les fusionne en une seule, stable et cohérente. Il désigne un pont qui unit deux espaces opposés. Sa valeur numérique est trois, il apporte la synthèse entre esprit, âme et corps dans un tout équilibré, libérant ainsi celui qui le lit.



Du triangle partent 9 rayons d’or correspondant à des noms de Dieu. C’est en effet un usage établi chez les juifs que de substituer des titres au nom divin lors des lectures publiques hors du temple. Le seul à connaître la vocalisation du nom de Dieu, transmise par Moïse qui l’avait reçue de l’Eternel sur le mont Sinaï, était le grand-prêtre. Ce dernier ne le prononçait que le jour du grand pardon, une fois seul dans le saint des saints. L’orchestre avait alors coutume de jouer plus fort pour que personne n’entende le nom ineffable. Ce tableau verticalisé engendre un axe, seule référence d’orientation de la loge de Maîtres secrets.



Cet axe, reliant le tableau de loge et le tableau d’ordre, relie en fait le TFPM et le frère Inspecteur, le roi Salomon et Adoniram. Tous les éléments symboliques de la loge sont répartis sur son trajet (tablier, couronne de laurier et d’olivier, la Bible, la clé d’ivoire). Cette loge semble être, en apparence, revenue à la connaissance d’une seule dimension. Mais c’est sans compter sur la capacité du maître secret à conceptualiser un autre mode de représentation, un changement de coordonnées. L’axe est alors la materia prima. Il va engendrer notre nouvelle vision du monde. Cet axe peut être rapproché de l’axe du monde liant la terre au ciel, le monde matériel au monde spirituel. On retrouvera cet axe dans le paragraphe suivant consacré à la spirale, plus particulièrement à la double hélice.



Du tableau de loge, est générée une hélice plutôt qu’une spirale. En effet, la spirale est plane, et son rayon évolue en fonction de l’angle que fait ce dernier avec l’axe de référence. Son étymologie confirme ce sens, speira en grec signifiant enroulement. Plusieurs types de spirales ont été étudiés. On citera pour mémoire celle d’Archimède dont l’écartement entre les spires est constant, ou la spirale logarithmique dont celle de Fibonacci est un cas particulier. Les spires sont en nombre infini et peuvent s’écarter indéfiniment ou tendre vers un cercle, voir même vers une droite. La spirale logarithmique possède des propriétés d’invariance qui l’on fait nommer par Jacques Bernoulli Spira Mirabilis, ce dernier ayant demandé que l’on grave sur sa tombe une telle spirale et la devise « eadem mutata resurgo » « Je renais changé à l’identique », ce qui m’a paru assez pertinent pour un maître secret. Symbole du mouvement permanent de la vie et de l’impermanence des choses, la spirale figure la vie éternelle ou l’accomplissement de soi.

La spirale résulte d’un phénomène naturel. Elle est un symbole d’évolution. Toutefois cette évolution peut être positive si la spirale est centrifuge, qui part du centre vers l’extérieur, ou négative si la spirale est centripète, qui part de l’extérieur vers le centre. En cela la spirale est bien en analogie avec toute la symbolique se rapportant au cercle, mais aussi au labyrinthe. On peut, par exemple, superposer de manière très surprenante une spirale d’Archimède au labyrinthe crétois.



Ainsi lorsqu’au paléolithique supérieur (35000 à 9500 avant JC) les hommes sculptaient des femmes avec sur le ventre une spirale ou une vulve en forme de spirale, ils représentaient le symbole de la fécondité et de la vie. La spirale évoque donc le cercle et le centre, mais du fait qu’elle sort du cercle de la vie, elle révèle un mouvement qui va au-delà du monde visible vers le monde invisible. Ainsi dans l’esprit de nos ancêtres, la vie et la mort ou la vie au-delà de la vie, finirent par former un tout relevant d’un même processus, idéalement symbolisé par la spirale. Ce tout est aussi représenté par le symbole du Yin et du Yang, évoquant aussi une spirale ou les éléments sont non pas opposés mais complémentaires, intimement imbriqués pour ne former qu’un, et n’exister que l’un par l’autre. On retrouve l’unification des puissances contraires liées au Guimel.

La spirale est issue d’un mouvement de révolution. Dans quelle acception faut –il entendre ce mot ? Un mouvement rotatif, ou un mouvement de transformation profonde de notre fonctionnement, mettant à plat le système de valeurs et de gouvernement établi pour lui en substituer un autre plus approprié ? Le travail en loge de perfection nous amène à cette mutation profonde, à cette nécessaire évolution pour nous libérer de la mort d’Hiram, pour aller au-delà de la simple perte de la Parole, vers une recherche, une quête incessante du sens profond de la vie.



Cette spirale est-elle simple ou double ? Dans ce dernier cas, on peut y voir l’équilibre entre les forces centrifuge et centripète, celle qui amène l’individu à se recentrer, celle qui l’amène au contraire à répandre au dehors l’œuvre commencée en dedans.



La double spirale symbolise la polarité et l’équilibre de ces deux courants inverses, les opérations de coagulation-dissolution de la tradition hermétiste :



Un mouvement de sortie du Centre ou du Principe vers le monde manifesté. Associé à l’influence terrestre ou yin, il signifie fondamentalement la mort de l’Esprit et la naissance du corps.



Un mouvement de retour du monde manifesté vers le Centre ou le Principe. Sujet à l’influence céleste ou yang, il exprime la mort du corps dans un sens symbolique et la re-naissance de l’Esprit par l’intermédiaire de l’initiation donnant accès au monde supra-sensible.


Cette symbolique de la double spirale s’est muée dans la tradition chrétienne en la symbolique des clés d’or et d’argent qui ont le pouvoir de lier et délier.



Un parallèle étroit peut être fait avec le symbole de Janus (de “janua” qui signifie porte), le dieu romain de l’initiation aux deux visages. Ici, la clé d’argent (ou le sceptre) et la clé d’or ont chacune le double pouvoir “d’ouvrir” et de “fermer” les portes d’accès respectivement aux “petits mystères” et aux “grands mystères” :



Les “petits mystères” consistent en une ré-génération psychique produisant un individu centré. Comme il appartient toujours à l’ordre temporel, cette initiation ne peut être associée qu’à la double spirale horizontale. Nous retrouvons ici l’axe et la spirale décrits dans la loge du 4ème degré.



Les “grands mystères” donnent accès au monde spirituel, domaine des possibilités supra-individuelles. N’impliquant aucun retour vers le l’état humain, cette initiation ne peut être liée qu’à la double spirale verticale, elle-même liée à l’axe du monde vertical.


Le système de coordonnées nécessaire pour avancer dans la loge de Maîtres Secrets n’est plus cartésien (x,y,z tridimensionnel) mais cylindrique, généré par le cercle du tableau de loge : une position le long d’un axe, puis une distance à cet axe, suivant un angle donné. Dans cette représentation, l’espace est décrit par deux longueurs et un angle. Ce nouveau système permet de développer une hélice partant du tableau de loge vers le tableau d’ordre. Cette hélice aura pour projection un cercle sur le tableau de loge et une sinusoïde sur le plancher de la loge. N’avons-nous pas parcouru cette sinusoïde alors qu’un voile léger couvrait nos yeux, guidés par le Maître de Cérémonies lors de notre initiation au 4ème degré ? Cette hélice délimite un cylindre autour duquel elle s’entoure, partageant l’espace en deux, l’intérieur du cylindre et l’extérieur. Ou sommes –nous ? Devant le Saint des Saints. Par quoi est-il délimité ? Par une balustrade. Cette transformation, ce changement de repère, de coordonnées aurait-il tordu l’espace à ce point que le Saint des saints serait à l’intérieur du cylindre, et nous, maîtres secrets à l’extérieur ? La balustrade pourrait elle être matérialisée par l’hélicoïde s’appuyant sur l’axe et l’hélice ? Un hélicoïde est une surface décrite par un segment de droite tournant autour d’un axe et se déplaçant perpendiculairement à cet axe. C’est une surface très particulière dite minimale (C’est, avec le plan, la seule surface minimale réglée). C’est un état d’équilibre qui fait qu’une telle surface nécessite une énergie minimale pour exister.



La plongée dans la description symbolique et géométrique de l’atelier de perfection nous a permis de retrouver des éléments des degrés inférieurs, et sûrement de mettre en évidence des éléments liés à la poursuite de notre quête. Partant du tableau de loge, dont la symbolique a été analysée, se développent des éléments géométriques d’orientation, d’une part (l’axe) et de mouvements (la spirale, la double hélice), nous donnant des pistes de travail pour une évolution future. Forts de l’ancrage millénaire des symboles évoqués, nous pouvons alors nous appliquer à chercher l’Idée sous le symbole. Que nous apprend cette géométrie sacrée ? Vers quelle nouvelle recherche nous entraîne la spirale ? Une galaxie géante ? Un trou noir ? La remontée à la conscience de la signification profonde de ces symboles devrait nous permettre un nouvel éclairage sur le chemin de la Connaissance. Nous avons vu que, outre les transformations déjà importantes que demande le travail en loge de perfection, il semble qu’un axe doive encore se verticaliser pour nous donner accès aux mystères les plus importants.

J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.

B G

Résumé :


Le tableau de loge du 4ème degré par sa forme de mandala géométrique invite à la réflexion sur l’idée sous jacente à cette construction, tout en gardant sa fonction de détachement de la vie matérielle pour accéder à un niveau de conscience « supérieur ». Sa description en termes géométriques permet de rappeler la symbolique mathématique des trois premiers degrés, (triangle, étoile flamboyante, cercle, 9 rayons) et de s’interroger sur leur conjonction qui amène à un niveau de lecture différent. Ce tableau, verticalisé comme le maître à son élévation, engendre un axe horizontal dans la loge, seul repère d’orientation de l’atelier du 4ème degré. Cet axe relie les tableaux de loge et d’ordre, le Trois Fois Puissant Maître et le frère Inspecteur, les fonctions matérielles et spirituelles de l’Ordre. Cet axe et le cercle du tableau de loge génèrent une spirale ou plus exactement une hélice qui délimite alors un cylindre à l’extérieur duquel nous sommes. Sommes-nous alors devant le Saint des Saints ou autour ? De part sa forme à la fois involutive et évolutive, cette hélice, éventuellement double, nous invite à ce perpétuel va-et-vient entre notre être profond et l’extérieur, à la recherche de notre propre vérité. Le retour au Principe (involution) et son expression au travers de nos actes et de notre mode de vie (évolution) doit donc permettre à nos frères de nous reconnaître pour maçon, et à la Lumière de continuer à briller en nous afin de poursuivre au dehors l’œuvre commencée en dedans.

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