Les lieux de l’élévation au REAA
B∴ G∴
A.L.G.D.G.A.D.L.U.
TFPM et vous tous mes frères en vos degrés et qualités.
TFPM et vous tous mes frères en vos degrés et qualités.
Je dois tout d’abord reconnaître qu’il m’a laissé quelque peu perplexe. Puis les idées ont germé, les mots se sont assemblés, et la lecture du rituel du troisième degré aidant, un plan à peu près cohérent de présentation s’est imposé. Je vous parlerai bien évidemment dans un premier temps des lieux explicitement évoqués durant la cérémonie d’élévation. Ils sont au nombre de trois. Puis dans un second temps, j’y ajouterai les lieux évoqués de manière implicite, enfin j’essaierai de montrer que ces lieux peuvent se réduire, se concentrer en un seul, que la notion même de lieu peut être remise en question, tout comme celle de temps.
La lecture attentive du rituel de la cérémonie d’élévation nous amène à considérer une succession de tableaux ou de saynètes se déroulant en différents lieux. Nous sommes loin du classique « unité de lieu, unité de temps, unité d’action ». En effet, nous trouvons des mouvements, des passages d’une scène à l’autre, des voyages spatiaux et temporels. En tout sept tableaux se succèdent en trois lieux différents : la chambre du milieu, le temple de Salomon, la tombe d’Hiram. Nous entrons à reculons dans la chambre du milieu, face à l’étoile flamboyante qui se trouve alors à l’occident. Cette assemblée, présidée par le roi Salomon, est réunie autour de la dépouille du RM Hiram. Le récit de sa mort nous est alors conté, nous nous trouvons dans le temple, le soir après que les ouvriers ont quitté le chantier, trois compagnons en embuscade attendent Hiram pour lui arracher, par la force, le mot de passe qui leur permettrait de toucher un salaire plus élévé. Sans bouger, nous sommes sortis de la chambre du Milieu, tout comme Hiram, par la porte d’Orient pour nous retrouver assaillis par un coup de règle, de la porte du Midi viendra un coup de pince, de celle d’Occident le coup de maillet fatal. Nous tombons alors à la renverse, directement ensevelis dans la tombe qui est désormais la nôtre, grain de blé destiné à pourrir pour renaître aussi radieux que jamais. Le récit reprend dans la chambre du milieu. Le roi Salomon demande aux maîtres de voyager pour essayer de retrouver le corps d’Hiram. Neuf frères font alors trois tours autour de la tombe avant d’apercevoir la branche d’acacia désignant une terre impure, souillée, selon la tradition juive, par la présence d’un corps en terre. Trois frères restent garder le corps supposé être celui d’Hiram (certains signes sont évocateurs), les autres rentrent avertir le roi . Nous revenons dans la chambre du Milieu. Puis les maîtres repartent, accompagnant le roi lui-même, vers la tombe d’Hiram. Là, ils essaient successivement de le relever avant de conjuguer leurs efforts. Le nouveau maître renaît dans Hiram, Hiram ressuscite dans le nouveau maître. Il est accueilli par les cinq points parfaits de la Maîtrise. La cérémonie rituelle s’achève là. Le rideau séparant le Débir de l’Hékal, véritable voile cosmique qui dissimule le trône et le delta rayonnant, est rouvert, la lumière est rétablie dans le temple.
Par cette description chronologique de la cérémonie, nous avons pu mettre en évidence les sept saynètes et les trois lieux évidents dans lesquels elle nous plonge. Cependant, des lieux moins évidents restent en suspens, juste suggérés, comme intentionnellement dissimulés. D’abord, nous commençons cette cérémonie de manière peu commune, à reculons. D’ou venons-nous? D’après le rituel, le compagnon a été « surpris près d’ici aux abords du Temple et … semblait en méditation ».
On peut aussi y voir, l’entrée à reculons nous le suggère, une réflexion sur notre vie maçonnique, un rappel des étapes déjà parcourues, des degrés de l’escalier tournant de 3 et 5 marches séparées par un palier qui nous a conduit de l’état de profane à celui d’initié, aspirant, en récompense de son travail, aux mystères de la maîtrise.
Le tumulte des passions doit être assagi, la vertu doit avoir pris le pas sur le vice, l’étude des 5 sens, de l’architecture, des 7 arts libéraux, des sphères céleste et terrestre doit nous avoir conduit au seuil de la chambre du milieu, près à réfléchir sur l’éclat nouveau que doit prendre notre vie. Cet éclat venant de l’intérieur, nous éclaire et nous guide sur notre chemin aussi bien maçonnique que profane. Car que serait cette initiation qui ne changerait les hommes que quelques heures par mois?
Il est alors temps de se poser la question du lieu central de cette cérémonie : Nous. Qui sommes -nous? C’est bien pour nous aider à répondre à cette question fondamentale que nos cérémonies sont faites. Progressivement, par degrés, nous progressons vers plus de lucidité et de compréhension de nos pensées, nos agissements, nos comportements, puis les soumettant à l’équerre de la Parole de Dieu et au compas de notre propre conscience, nous sommes à même de pouvoir les modifier et les améliorer. L’espoir est placé en nous car nous ne formons plus qu’un avec Hiram, celui qui a su descendre dans la profondeur de la terre pour reparaître aussi radieux que jamais. La communauté des maîtres nous accueille en son sein par les 5 points parfaits de la maîtrise. Nous ne recevons plus la lumière comme au premier degré, nous ne portons plus la lumière, nous sommes la lumière, du moins nos frères nous reconnaissent-ils pour tel. Nous portons les espoirs de la loge et sommes alors honorés, placés à la droite du TVM. Une fois relevés et reçus par le TVM, le Maître des cérémonies ouvre le rideau séparant le Débir de l’Hékal. Surprenant, la chambre du milieu ne se tient elle pas dans le saint des saints (Débir)? La cérémonie rituelle proprement dite laisse le nouveau maître seul face à l’Orient, brusquement, sans explications. La question vient alors à l’esprit : « Ou allons-nous? ». Peut-être inexorablement vers le Débir, le saint des saints, le lieu oùmême le prêtre n’entre qu’une fois par an, lieu où doit reposer l’Arche d’alliance avec l’Eternel. D’ailleurs le Maître ne s’appelle – t’il pas Gabaon, lieu ou les Israélites déposèrent l’Arche d’alliance en temps de trouble.
On commence à percevoir des imbrications de lieux, de temps, de personnes. En effet, il devient, au bout d’un moment de réflexion, difficile de séparer et énumérer les lieux de l’élévation. Beaucoup de phrases du rituel et de l’instruction nous amènent à penser que les lieux matériels ne sont là que pour évoquer l’unique lieu d’élévation, le Débir, Gabaon, le coeur pur du maçon, temple du GADLU. Le but des voyages de maîtres n’est il pas de chercher ce qui est perdu, de rassembler ce qui est épars et répandre partout la lumière? Lumière que nous portons en nous, étincelle divine que nous multiplions par notre vie exemplaire, nos actes de courage et de dévouement, le temps que nous consacrons à nos frères. Point au milieu du cercle, à l’intérieur duquel un maçon ne peut faillir, source de tout ce qui est. Nous sommes passés de l’équerre au compas, d’un espace limité par trois dimensions rectilignes perpendiculaires entre elles et une dimension temporelle elle aussi rectiligne, à un espace courbe où les lieux se répètent, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est à l’extérieur comme ce qui est à l’intérieur, l’infiniment grand comme l’infiniment petit. Le temps lui-même est devenu cyclique et non plus linéaire, la régénération, la réincarnation est possible, l’initiation cyclique, le grain condamné à mourir pour renaître à chaque printemps, la vie perpétuelle. De ce fait, l’initiation est aspatiale et intemporelle car immatérielle donc universelle.
Voilà TFPM où mes réflexions m’ont amené à propos des lieux de l’élévation. Même si certains sont évoqués de manière explicite ou implicite, il me semble que le seul lieu d’élévation est nous-même, transfiguré après la cérémonie proprement dite. Ce temple que nous tâchons d’éléver à la vertu, ce Gabaon, gardien de l’arche d’alliance, ce coeur pur du maçon pleinement conscient de sa maîtrise, c’est là que se situe la seule élévation, bien loin des décors et des honneurs, dans notre intimité, pour que nous puissions un jour rejoindre les Maîtres inconnus passés à l’O. Éternel qui continuent à diriger nos travaux grâce à la tradition fidèlement suivie, dans l’état de pureté absolue du nouveau-né, immaculé comme notre tablier d’apprenti.
J’ai dit TFPM.