Où allons-nous ?

Auteur:

B∴ P∴

GLDF
Loge:
NP 04/2001
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté


Ordo Ab Chao


Au Nom et Sous les Auspices de la Grande Loge de France


Liberté-Egalité-Fraternité
VM,


et vous tous mes TCFF, en vos grades et qualités





Dans le cadre de notre réflexion sur le thème « L’Homme et l’Univers », il nous est imparti ce soir de soumettre à votre sagacité le troisième volet d’une trilogie existentielle pour l’homme et plus particulièrement pour le Franc-Maçon : « D’où venons-nous, Qui sommes-nous, Où allons nous » ? Nonobstant notre idéalisme, il ne nous a pas semblé inutile de vous préciser que nos réflexions vous paraîtrons pessimistes quant à notre société et surtout sans complaisance quant à la Franc-Maçonnerie car si nous ne pouvons prédire l’avenir, nous sommes à même de pouvoir l’inventer et le bâtir ….

I)
La notion de destinée humaine



Il n’est guère de notion plus ample et plus essentielle que celle du devenir. Ainsi, chaque être a sa manière propre de naître, de se développer et de périr. L’homme moderne est fasciné par le spectacle de la diversité et du changement dans la nature, dans la pensée, dans la vie humaine, et l’accélération de l’histoire rend plus sensible cette fluidité du réel au détriment de ses aspects relativement stables ; ainsi une civilisation ne meurt que parce qu’elle a d’abord duré. L’activité humaine parvient à fixer provisoirement des systèmes artificiels, clos et protégés ; à la longue, le devenir universel les dissout ou les emporte. Si Héraclite proclamait : « Tout coule, l’homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », plus près de nous, Fontenelle nous rappelle : « De mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir un jardinier » ; Hegel constate également : « Les montagnes impérissables ne sont pas supérieures à la rose vite effeuillée dans sa vie qui s’exhale »..



Ainsi le devenir de l’individu comme celui de la société est intimement associé à celui du monde et de l’univers au sein d’une même Unité, celle que nous recherchons tous, « désespérément » ; seuls d’abord, au fond de nous même, puis, au fil de la Voie Initiatique, et qui nous portera progressivement à espérer en confiance et en sérénité dans l’unité du Monde, ce qui caractérise la Foi du Franc-Maçon.




II) Où allons-nous ? : Constat sur la Société et sur la Franc-Maçonnerie.



a) Où allons nous, en tant que citoyen du XXIème siècle ?



Bien plus qu’une interrogation, c’est une exclamation ! Ainsi, à la question « Où allons-nous » ? nous répondrons sans hésitation aucune : « Misère » !



Le bilan actuel en est effectivement inquiétant. On clame partout le désir de paix alors que les hommes persistent à s’exterminer … Ou allons-nous ! C’est désespérant ! En raccourci :



Perte de la spiritualité au profit du sectarisme et du dogmatisme, aliénation des minorités au profit de la tyrannie ( qu’elle soit d’ordre militaire, administratifintellectuel ou pécuniaire ), montée en puissance du racisme, de la xénophobie et du fanatisme.
Détournement de la recherche scientifique vers les intérêts militaires ou les enjeux économiques ; décalage entre les percées scientifiques et technologiques d’une part et d’autre part les progrès de la conscience humaine. Plus que jamais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ( comme si à l’instar du 19ème siècle on pouvait encore penser que cela résolve les angoisses existentielles de l’homme )


Perte des valeurs éducatives, civiques et morales ( Démission parentale, laxisme faute de temps et de discernement ; décalage également de l’Education Nationale faute de soutien et de moyens ).


Perte du sens du devoir au profit de celui de droits, ( garantis à priori par la Loi et non plus par la Morale ; déresponsabilisation de l’individu et, en dépit d’un certain renouveau associatif, substitution de l’Etat au vide et à l’indifférence individuels.


Perte du sens de l’altérité, manque d’amour et de solidarité ; isolement paradoxal de plus en plus important face à un accroissement des moyens de communications ( médias, Internet … etc ).


Enfin, si l’on regarde un peu plus loin, on constate toujours : Guerres, tortures et misères, non respect des Droits de l’Homme, aliénation des libertés, corruptions, famine, épidémies, pollutions … etc.


Est-ce cela la spiritualité du XXIème siècle dont parlait Malraux ?



Cet affrontement entre les hommes justifiés par une forme de morale que Bergson a qualifié de « morale close », parce qu’imposée par la pression sociale et le conformisme, est aliénation de la liberté et étouffement de l’être sous le poids des obligations qu’elle comporte ; elle dépersonnalise tous les êtres et les met donc en conformité. Morale qui divise et assoit le règne des Césars. Mais le symbolisme peut-il améliorer la situation au travers de ce qui est corollaire : l’Ordre d’une part et d’autre part la quête de la vérité ? La maladie contient elle son remède ? Pourquoi ne le pas penser ! Le pessimisme n’est-il pas la source de nouvelles floraisons... ?



Au demeurant, tout n’est certes pas si négatif, mais si peu ! : ……


Les progrès de la technologie et de la médecine ? Oui, lorsqu’ils sont bien utilisés.


– Les moyens de communications ? Oui, lorsqu’ils servent à rapprocher les hommes, à transmettre la connaissance ou à dénoncer les abus et iniquités de toutes sortes.


La mondialisation ? Si elle est bien comprise, elle pourrait aboutir d’ici à quelques générations vers la paix et la prospérité de tous.



Aussi, avant que de faire remarquer à notre voisin la paille qui est dans son œil, n’ayons pas peur d’ôter la poutre qui pourrait aveugler le nôtre !



b) Où allons nous, en tant que Franc-Maçons ?



Le bilan n’est guère plus enviable :



Une Fraternité souvent absente ou plus précisément une notion d’Amour mal comprise, c’est à dire déviant vers le « copinage » et débouchant inévitablement sur des clans, des déceptions ou des ambitions inappropriées, voire encore de l’absentéisme ou des démissions ( Confusion faites souvent entre ce qui est de la Tradition et les mauvaises habitudes ou usages locaux ).


Une multiplication des Ateliersqui, pour survivre, sont dans la nécessité d’initier dans la quantité et non dans la qualité. ( Un prosélytisme subséquent : ce n’est plus de l’élitisme du cœur fondé sur les qualités morales de l’impétrant ni sur ses facultés à se perfectionner mais du « remplissage » ).


Une perte progressive de la Tradition par défaut de transmission dans la mesure où, à long terme, ce n’est plus la compréhension du sens initiatique qui se transmet mais l’expression toute extérieure d’un simple « cordon ».


Une diminution croissante des frères participant au Agapes : ( Ce qui est pour le moins la continuité essentielle de nos travaux ! Hormis certains cas dus à des impératifs de travail, de famille ou de santé, faut-il y voir de façon générale tant la durée excessive de certaines Tenues entachées de lourdeurs administratives que le manque d’enthousiasme à partager un simple plat de pâtes à « cents sous » ? ).La preuve a été faite depuis longtemps que c’est la motivation qui fait le plus défaut … Manquerions-nous réellement d’enthousiasme ?



Est-ce cela la Franc-Maçonnerie du XXIème siècle ? Certes non, mais cela pourrait l’être si nous n’étions conscients de nos devoirs et surtout respectueux de nos serments et engagements présents et passés … !



Celui qui donne et « se donne » par son besoin de dépassement, sans songer à une récompense ( c.a.d.l’initié réel ), fait partie de l’élite qui sait que se distinguer au sein d’un groupe social ( et à fortiori en Maçonnerie )  est une affirmation de sa personnalité et un moyen de se faire reconnaître de ses Frères car il est projeté dans la Chaîne d’Union, génératrice d’Amour.



III) Où voulons-nous aller ? : Une notion volitive et non expectative …



a)Au niveau de l’Ordre en général et du Franc-Maçon en particulier :



Charité bien ordonnée commençant par soi-même, balayons devant notre porte :



L’Amour a des exigences : Il s’agit d’un juste équilibre entre l’amour de l’Ordre et celui des Frères ; On ne doit pas confondre la tolérance d’avec la permissivité.


Ne craignons point de nous censurer les uns les autres dans la mesure où, si nous sommes seuls sur la Voie Initiatique, nous cheminons tous ensembles : chacun d’entre-nous se doit d’être ainsi le gardien de son Frère … de ses Frères … ( FM ou non !Comme l’exemple doit toujours venir d’en haut, donnons-nous donc les moyens de nos ambitions en ayant une conduite exemplaire en Loges ).


N’ayons pas peur des mots : Toute société Initiatique est forcément « élitiste » par essence même ; ainsi la sélectivité et l’élitisme ( dans leurs acceptions philosophiques et non discriminatoires ) doivent-ils se substituer au prosélytisme. En misant sur la « Qualité » nous intéresseront des profanes comme plus tard des Frères véritablement « Initiés », et ce dans l’intérêt même de l’Ordre en général et des Frères en particulier.


Si certains se posent encore la question suivante : De quel droit jugeons-nous, et qui sommes-nous pour ce faire ? La réponse est claire même si nous devons toujours nous remettre en question :  Parce que nous sommes des Francs-Maçonset que nous sommes censés avoir compris le rôle et l’initiation des 3 premiers degrés « en passant de l’équerre au compas ». Nous rajouterons : Il faut savoir donner sa fraternité à tous et n’exiger celle de personne …



Pour conclure ce paragraphe, mes Frères, nous pouvons affirmer avec Oswald WIRTH : «  La Franc-Maçonnerie est appelée à refaire le monde … oui, à la seule condition qu’elle soit ce qu’elle doit être » !



b) Au niveau de la Société et du monde profane :



La réponse est d’autant plus courte et lapidaire que, je cite Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et que les mots pour le dire viennent aisément » :



De toute évidence, c’est la manifestation de notre Foi Maçonnique… Foi en l’Homme et en son devenir, avec toutes les réserves exprimées en introduction ; Foi qui ne peut se traduire que par une « tension » vers l’acte, d’autant que la principale de nos chances, c’est la responsabilité que nous portons en nous et que l’enfantement d’un monde nouveau ne peut se faire sans déclarer, avec Paul Valéry : « Nous sommes tous solidaires » !



Mais le symbolisme doit nous rappeler que le Franc-Maçon n’agit pas collectivement et que la

démarche de l’Initié est individuelle ; il appartient donc à chacun d’agir selon sa conscience, ses moyens et ses compétences personnelles. Il ne s’agit point ici d’un vœu pieux ni d’un quelque espoir futur mais bien d’une action réelle et immédiate, jusque dans nos actes les plus quotidiens.


Il ne peut en effet exister de décalage entre nos paroles, nos souhaits, nos pensées et nos actions.


Un vaste chantier est à entretenir en permanence ; il n’y a donc pour nous aucune place à l’oisiveté ou à la négligence dont nous connaissons les conséquences.


Plus particulièrement, le Franc-Maçon se doit d’être un exemple pour les profanes en

conformant ses actes à son idéal tourné au service du Bien, du Beau et du Juste.



Faut il une révolution pour changer le monde ? Non il suffit d’être un observateur lucide et posséder en soi l’Espérance qui devra animer une ferme volonté et faire éclore une énergie qui, même faible, sera toujours facteur de démarche vers l’Absolu et donc pilier de la Tradition.



IV) Conclusions :



L’initié fonde son espérance sur le besoin de dépassement qu’il ressent en

lui-même … Et cette joie, mes Frères, ce ne peut être que l’accomplissement de nos actes effectués pour eux mêmes et non dans l’espoir vain d’une quelque récompense !



Alors, bien au delà de nous désoler de ne pouvoir changer le monde ( quoique ? ), sachons déjà partager ce que nous avons c’est à dire nous enrichir de nos mutuelles différences, nécessaires mais fécondes ; apprenons tous simplement à nous aimer – voire nous supporter dans certains cas ( en appréciant les autres tels qu’ils sont et non comme nous aurions désiré qu’ils fussent … ) – et à en donner l’exemple ! Ce que la Franc-Maçonnerie nous enseigne, c’est que la conversion du désir, à quoi se ramène la Sagesse, est conversion de l’Amour. Ainsi, au prix de cette première action seulement, chacun trouvera dans les cœurs sa proprejoie, comme dans les regards de l’autre trouvera-t-il ses raisons d’espérer …



Car en fait, la véritable réponse se situe au départ de l’interrogation existentielle :



« D’où venons nous et qui sommes-nous » ?



Le jour de son Initiation le postulant réalise qu’il a un long chemin à parcourir jusqu’au grade de Compagnon où le Travail est glorifié, puis il accède au grade de Maître où il devra rassembler ce qui est épars pour répandre la Lumière. Mais il lui reste à parachever son perfectionnement et se lancer à la quête de la Vérité.



« Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » !



Cet aspect du Binaire nous est indiqué dès le grade d’Apprenti sous le graphisme symbolique d’une femme noire dont les mains font le signe de « l’Esotérisme » : La main droite est dirigée vers le Ciel et la gauche vers la Terre. C’est le principe de l’analogie universelle, base de l’interprétation de tous les symboles ( O.Wirth, La FM rendue intelligible à ses adeptes, T1 : l’App).



Le Signe par lequel est montré le Ciel à l’aide de l’index de la main droite indique qu’il y a une puissance supérieure à l’Homme, celle du Grand Architecte de l’Univers ; le contre Signe montrant la Terre du même doigt rappelle que l’Homme est né de la Terre et devra y retourner : Une symbolique qui situe l’Homme comme le seul lien entre l’univers matériel et l’univers spirituel, à mi­-chemin donc entre le monde du chaos et celui de la perfection.



Cette symbolique verticale ne saurait ignorer la composante indissociable de l’espace et du Temps, nous invitant par là même à faire le lien entre le passé et l’avenir… Il y a là un trait d’union entre la matière et l’esprit qui incite à recherche de la connaissance et de la spiritualité, à l’image de la réflexion contenue dans le Zohar ( Livre des Splendeurs, qui décrit les ciels composés de sept palais dont six seulement sont accessibles à l’entendement de l’homme, le septième contenant les mystères suprêmes ) qui indique, en correspondance, un monde d’en bas dans lequel l’Homme doit tenter d’atteindre à la perfection.



Une autre réflexion symbolique se retrouve dans les religions d’extrême Orient, notamment dans le Bouddhisme, où il est demandé à l’homme de se souvenir que notre mère la Terre nous à tous enfantés et qu’elle nous recevra à nouveau un jour dans son sein, mais que l’espace d’un souffle elle nous donne l’espoir d’accéder au divin et aux plus hautes spiritualités.



Enfin cette symbolique se retrouve dans l’arbre Séphirotique de la Kabale : Le Signe qui désigne également Kéther : cause et point de départ de toute chose qui renferme tout, puissance en germe ou en semence, et le contre Signe qui désigne Malkuth : synthétiseur de l’individualisation de l’être parfait en puissance et en devenir parce qu’il peut penser, voir, et agir.



Ces quelques réflexions mettent l’accent sur le rôle primordial de l’Homme, être spirituel, pour être ce trait d’union entre l’univers de la matière et celui de l’esprit, sous la forme d’un échange permanent du bas vers le haut et du Ciel vers la Terre, d’un modelage de la pierre brute, univers réel et matériel, pour en faire une pièce parfaite.



Notre propos a visé à mettre en évidence que l’Homme était tenu d’inscrire son élévation spirituelle dans le réel qui l’entourait : Pour le Franc‑Maçon, la symbolique du signe et du contre signe est donc aussi celle de l’action ; action qui, en bâtissant le présent, crée le passé et prépare l’avenir.



Ce premier pas franchi, tout peut être à réinventer et à bâtir …. C’est là notre seule espérance ; Non une espérance béate et passive mais lucide et volitive, c’est à dire « Hic et Nunc » ( soit « Ici et Maintenant » ), non pour nous-même mais bien pour l’Autre, le « Tout Autre »  !



Mes TCFF, VM, j’ai dit …

et nous ferons ensemble !.



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