La route du devoir mène sûrement à la vérité
J∴ V∴
Deus Meumque Jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté EgalitéFraternité.

« La route du devoir mène sûrement à la vérité. Mais cette route est longue et difficile et, parce qu’il tente de l’abréger en prenant des raccourcis, l’homme s’égare dans le labyrinthe de l’erreur ». Tel est le sujet de ma planche de ce soir.
J’ai essayer de traiter ce travail en 2 parties, un petit peu à l’envers, en commençant par les erreurs,naturelles si j’ose dire, de l’homme, puis en poursuivant dans une deuxième partie par l’espérance que nous apporte la maçonnerie en générale et le 4ème degré en particulier, de pouvoir avancer sur la route du devoir pour nous approcher de la vérité..
La phrase du sujet est prononcée par le TFPM dans la première partie de la cérémonie de passage au 4ème degré, alors que les néophytes ont encore le voile devant leurs yeux , quelques instants avant qu’ils prêtent serment.
Lorsque le TFPM crée, institue et reçoit les nouveaux M S, il leur dit : « Que cette équerre qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous devez marcher droit devant vous et ne pas vous laisser entraîner dans les entiers de l’erreur ».
Cette évocation de l’erreur de l’homme reviendra une nouvelle fois en fin de cérémonie : « Les préjugés, les passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la vérité ; mais il n’est point de difficultés que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter ».
Ce risque de s’égarer dans l’erreur est donc évoquée à plusieurs reprises au cours de cettecérémonie et montre bien que l’homme est pressé, qu’il veut aller vite, et que les possibilités de s’égarer dans l’erreur et de se laisser distraire sur le chemin sont nombreuses.
On entend souvent dire : « L’erreur est humaine ».
Selon
le dictionnaire une erreur est le résultat
de l’action de se tromper. Le fait d’être
humain ou humaine est ce qui est
propre à l’homme, à sa nature.Donc
dire que l’erreur est humaine c’est dire que
l’erreur est le propre de l’homme.
L’erreur est humaine car l’homme n’est
pas parfait, il est un être faillible
qui, bien qu’ayant souvent trop de certitudes, ne
détient aucune vérité
absolue.
Les erreurs de l’homme sont souvent une conséquence de son irresponsabilité et de son inconstance. Son égarement est souvent le résultat d’une démarche sans réflexion, où l’humain n’a pas assez procédé avec méthode pour parvenir à la vérité et s’est égaré dans le labyrinthe de l’erreur.
L’erreur est la marque de notre imperfection. Elle provient de la faiblesse de nos sens; elle est due à nos préjugés, à notre précipitation.
Contrairement aux errements ou à l’errance, l’erreur ne peut se produire qu’au cours d’une action destinée à atteindre un objectif. Le parcours qui mène à cet objectif est semé d’embûches qui sont autant d’obstacles potentiellement provocateurs d’erreurs.
Cet écart qui éloigne du chemin tracé mentalement vers l’objectif peut avoir de nombreuses causes. La tentation, l’ambition, la précipitation en sont queques unes. Accidents porteurs d’inattendus, ils participent pourtant au processus d’enrichissement et de découverte propre à toute évolution vers un but. L’erreur est essentielle à l’humain, elle peut servir de point de départ à une réflexion sur soi même ou tout simplement sur son propre raisonnement. L’assimilation de nos erreurs nous permet de réfuter intérieurement nos défauts ou nos croyances pour nous conduire à une prise de conscience. A deux conditions : la prise de conscience rapide de cet état d’erreur et la capacité à retrouver cet objectif.
Le cherchant doit-il s’être d’abord trompé pour pouvoir parvenir à la vérité?
L’homme en quête de vérité n’avance-t-il pas d’erreurs en erreurs?
Il y a donc un bon usage possible de l’erreur; l’erreur ne serait pas manque de savoir, contraire de la vérité, mais un moment de la vérité.
L’homme ignorant n’est pas un cherchant mais un errant. L’ignorance qui s’ignore elle-même, celle de qui croit savoir, entraîne les fautes successives, les abus, l’intolérance. S’en délivrer, c’est apprendre à connaître sa propre ignorance.
L’ignorance dont il s’agit ici n’est pas la méconnaissance intellectuelle. La véritable ignorance est l’absence de l’intelligence du cœur, pas l’absence de savoir. C’est ce que l’on sait ou croit savoir qui peut se transformer en convictions bornées entravant le chemin de la connaissance et de la recherche de la vérité. Un des drames de l’humanité, c’est lorsque l’idéaliste veut imposer à tous son modèle sous forme de dogme absolu.
Dans le sujet, il est question de s’égarer dans le « labyrinthe de l’erreur ».
Le labyrinthe s’associe au temps qui s’écoule et au chemin à parcourir. À cause de la complication de son plan, des difficultés de son parcours, il semble qu’il représente bien l’être humain en train de cheminer. On ne peut pas dire qu’on chemine d’un point à un autre car la ligne droite ne rend pas du tout l’idée d’un cheminement dans le temps. On chemine plutôt d’une façon sinueuse : quand on va quelque part, on recule, on revient, on va d’un côté et si ce n’est pas là, on va de l’autre côté. Aller ailleurs, se déplacer, toujours à la recherche de quelque chose qui est peut-être au centre du labyrinthe.
Dans cette démarche de recherche de vérité, les étapes sont nombreuses et long le circuit. L’homme est double: il est d’abord un homme animal instinct qui suit ses pulsions, il est aussi un être doté d’une âme et d’une conscience. Et c’est le combat entre ces 2 êtres qui va se dérouler tout au long du chemin. Le cherchant tourne parfois en rond, se lasse, désespère devant les obstacles et tente de les contourner. Il se laisse distraire et risque d’oublier le but de son voyage. La distance qui le sépare de la vérité et de la lumière lui apparaît infranchissable et par compensation il s’arrête sur tout ce qui brille au bord du chemin. Longtemps il risque de s’égarer en prenant les reflets miroitant pour des réalités.
L’homme doit s’efforcer de chercher et trouver ce qui fait obstacle à la réception de la lumière. L’ombre est l’effet de l’interception de la lumière par un corps opaque. Pour approcher la vérité, il faut donc s’élever au-dessus des phénomènes immédiats perçus par les sens. L’ombre s’oppose à la lumière comme un espace d’ignorance. Chacun doit combattre l’ombre en luipour faire vivre et croître la parcelle de lumière dont il est porteur.
Dans cette dualité permanente, le maçon en général et le MS en particulier, se situe sur le chemin intermédiaire: même si la tentation de l’erreur subsiste, la route du devoir le mènera sûrement à la vérité.
Un proverbe chinois dit : « Le chemin du devoir est toujours proche, mais l’homme le cherche loin de lui ».
Augrade de MS, pratiquement tout le rituel est axé sur une notion du devoir qui mène au devoir fondamental.
Avant de devenir MS, le Maître voyage. C’est dans ce contexte une sorte de pèlerinage intérieur, une quête qui doit permettre d’accéder à la libération optimale de soi-même.
Le premier voyage enseigne à rechercher la connaissance, libérée des entraves et des illusions.
Le deuxième voyage incite à la méfiance et à la prudence.
Le troisième est un appel à relativiser toutes choses.
Le quatrième rappelle que rien ne peut être entrepris sans l’amour de la justice.
Ces voyages donnent au futur MS les moyens de démystifier toutes formes d’idoles ou de tabous qu’un homme sans discernement,influençable et faible peut se forger.
La réalisation du devoir est présentée comme une phase essentielle et incontournable à toute progression initiatique. C’est par l’accomplissement de ce devoir que chacun peut partir à la recherche du maître qu’il est virtuellement, afin de se rapprocher de la vraie lumière incarnée en la personne de MHiram, qui représente l’initié parfait, le modèle idéal pour tout M.M.
La route du devoir est jalonnée de nombreux devoirs que la voie impose au maçon.
Elle développe en lui une éthique de vie et de comportements qui est une préparation intérieure au grand devoir, objectif final de l’initié. Il consiste essentiellement en la recherche de la vérité et de la justice en toutes choses, autant qu’à rassembler ce qui est épars en vue de retrouver la parole perdue, symbole de l’unité.
Dans sa démarche la Mn’affirme pas de Vérité. Elle propose au contraire de douter. L’école du doute, c’est la voie de la sagesse, c’est une école de l’interrogation, c’est une école de la construction permanente de soi.
Ce n’est pas une initiation à un savoir établi, à une vérité révélée. La Mn’est pas accrochée à des dogmes. L’initiation, ce n’est pas une révélation, c’est un chemin. C’est la rencontre de chaque individu avec lui-même, c’est la rencontre avec la vie, c’est le mouvement de la pensée, le mouvement du sentiment, le mouvement de la raison. Le M est à la fois celui qui modifie et l’objet de la modification.
Le problème qui se pose sur la route du devoir est celui de savoir si la spiritualité et l’humanisme sont compatibles avec les agressions et les contingences de la vie profane. Les tentations sont grandes, les appels nombreux à s’arrêter en chemin ou s’en détourner.
Mais les Mpensent que l’homme est perfectible, et qu’il est perfectible par la connaissance du monde et par la connaissance de soi, car on ne libère pas les autres sans se libérer soi-même.
Au 4ème degré, le virage est pris pour aller vers la recherche spirituelle. Le temple intérieur devient l’édification de la spiritualité en l’homme. Sa progression dans les voies de la spiritualité va lui donner plus de clairvoyance, plus de bienveillance, plus de tolérance.
Mêmes’il n’est jamais totalement un homme sage, il doit s’y employer pour le devenir. La sagesse c’est un cheminement vers soi. C’est non pas le point d’arrivée mais le chemin qui y mène, qui n’est jamais préalablement dessiné et qui est semé d’embûches. Mais le MS cultive avec une grande exigence le sens du devoir.
Il promet dans son serment alliance, allégeance et fidélité. Depuis son initiation il n’est déjà plus un homme ordinaire, mais désormais il est sur la route du devoir. Tout homme porte une lumière, mais peu la voient. Le MS a compris lui que l’étoile est en lui, que la quête est intérieure.Il a compris que ses sens extérieurs sont incapables de voir la lumière, de la toucher et de percevoir son appel. Par la connaissance de lui-même il perçoit son obscurité, sa noirceur, ses ténèbres. Il ne s’agit pas de les nier mais d’assumer leur transmutation. C’est seulement à force de plonger dans sa dimension de profondeur, dans son fond sans fond, qu’il pourra découvrir en lui-même cette parcelle de vérité.
En s’engageant à remplir les devoirs du 4ème degré, il s’engage à refuser de se laisser entraîner dans les pièges des pulsions, des désirs, ou tout au moins à mieux les assumer.
Pour cela, il s’engage aussi à travailler. La loge bleue au grade de compagnon glorifie le travail. La loge de perfection est aussi l’école du travail : « Malheur à ceux qui veulent assumer une charge qu’ils ne peuvent pas porter », « Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent ». Il n’est pas de parcours spirituel qui ne demande un investissement de soi important. Le MS est passé de l’équerre au compas, et « commence à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ».
Même si l’homme s’égare dans le labyrinthe de l’erreur, s’il a la chance de rencontrer la maçonnerie, elle l’aidera à cheminer et lui montrera la lueur au bout du chemin. A lui, et à lui seul, appartiendra la responsabilité d’aller jusqu’au bout. Le parcours maçonnique nous apprend à devenir libre et à oser faire face à notre chaos intérieur pour avancer vers la vérité et lumière.
Trois Fois Puissant Maître, Très Illustre(s) Frère(s) et vous tous mes Frères Maîtres Secrets, j’ai dit.