Du sanctuaire au Saint des Saints
P∴ A∴
Trois fois Puissant Maître et vous tous Maîtres Secret, mes frères,
Le 24 avril dernier je pénétrais au petit matin à peine levée, dans le grand temple de RAMSES II à ABOU SIMBEL.
J’ai parcouru avec les premiers rayons du soleil, la grande salle de 18 mètres de long ornée de8 colosses représentant le Pharaon en Osiris etmarquant le triomphe de l’ordre sur le chaos, de l’unité sur la multiplicité.
Je poursuis mon chemin et traversais deux autres salles, l’uneà quatre puissants piliers, consacré aux offrandes, aux barques sacrées et à la rencontre du roi avec les dieux, puis l’autreplus petite ou Pharaon présente Maât, l’esprit de Ramsès IIà Thôt, la sagesse.
Enfin je pénètreau Saint des Saints, au cœur de la montagne.
Devant 4 statues sculptées à même la roche, et qui représente Amon Râ, souverain de Thèbes, Râ Horakhty, souverain d’Héliopolis , Ptah, souverain de Memphis et Pharaon exprimée par son kâ, se trouve un autel servant sur lequel était certainement posée la barque sacrée qui accompagnera le pharaon dans l’au-delà.
Cet autelsymbolise la pierre fondamentale du temple.
Et, devant ce chef d’œuvre réalisé par l’homme et pour l’homme,je me suis souvenu que j’avais une planche à faire sur cet étrange voyage qui me conduit d’un sanctuaire vers le Saint des Saints et qui débuta auprès de vous un certain 17 mars 2003.
Il n’y a pas de hasard dans tout cela, ce voyage à la source de l’humanité, rend à la fois modeste et ambitieux.
Mais revenons à notre sujet .
Profane, j’étais noyé dans l’activité quotidienne, inconscient des mécanismes qui me broyait. Amputé d’une partie de moi-même, la découverte de mon autreidentité était dès lors impossible, car seul l’atteinte du plaisir matériel m’importait.
Avec le travail maçonnique, je me suis ouvert sur ma souffrance intérieure, sans la fuir, en l’intégrantaux émotions naturelles de ma vie. J’ai d’abord étudié la connaissance de soi, de mon corps, de mesémotions,seules pensées au premier degré.
Le second degré m’a amené la connaissance des lois de l’harmonie physique, artistique et cosmique.
Le troisième la connaissance de l’ordre économique, social et familial qui conduit le maçon progressivement du plan moral et intellectuel à un plan spirituel.
Par mon initiation au quatrième degré, je vais approcher la connaissance du monde encore inconnu de mon Etre essentiel. Celui qui m’appartient, que j’ai le pouvoir de développer et à qui je peux donner vie.
C’est dans ce 4em degré que se poursuit la légende du Maître Architecte Hiram tué par les mauvais compagnons, c’est à dire le drame de l’esprit et de l’intelligence créatrice aux prises avec l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.
Que nous dit cette légende : « Hiram est mort, mais l’acacia nous reste. Il faut en secret continuer son œuvre, en poursuivant ces meurtriers. C’est la recherche par l’étude de la bible, la connaissance et la méditation, car il y a sur la terre et sous le soleil, plus de choses que notre imagination en saurait concevoir. » Résume ainsi Roger BONGARD ;
A l’aide du sceau du Secret, on m’a scellé les lèvres et passé au cou une corde pour me faire faire quatre voyages symboliques représentés par quatre sentences, quatre règles que le maître secret doit savoir accomplir comme étant son devoir.
Au cours de ces voyages, j’ai cherché la Vérité et la Parole Perdue. L’équerre posée sur mon front m’a rappelé une dernière fois l’asservissement de l’esprit à la matière.
« Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » m’a-t-on dit
Le 4eme gradeenseigne ce qu’est le Devoir, conception métaphysique, et le rituelm’indique que je commence à m’élever au dessus de la surface de la terre et à pénétrer dans les hautes sphères de la Connaissance spirituelle.
Tout le symbolisme du grade tourneautour de la recherche de la Connaissance, qui est l’objectif des grades de perfection.
C’est pourquoi le bijou du grade est une clé d’ivoire, clé ésotérique, qui ouvre le chemin de la longue et harmonieuse échelle initiatique du rite, clé d’accession à ce Saint des Saints dans lequel le rituel dit au néophyte qu’il vine d’entrer, en même temps qu’il invite à la recherche de la Parole perdue et de la Vérité.
Ce Saint des Saints est en l’homme ; c’est la lumière que je porte en moi me dit le rituel ;
Ce dernier m’invite à décider par moi-même de mes opinions et de mes actions.
C’est en ce sens et dans ce but que maître secret, je suis convié à l’accomplissement inflexible du devoir complet, devoir qui est plus qu’une valeur
morale, mais a une portée philosophique et métaphysique que je devrais assimiler aux travers des nouveaux symboles portés à ma connaissance et sur lesquels je dois travailler pour avancer.
Avec l’age de 3 fois 27 ans accomplis, je quitte le monde linéaire, mais aussi celui à deux dimensions pour entrer dans le monde de l’espace avec le Cube. Et ainsi je rattache le monde terrestre (3 fois 27 ou 81 ) auSaint des Saints (27) en passant par le cercle dArbred (27)
La couronne de laurier et d’olivier peut suggérer la présence du chapeau, du voile, du rite de la tonsure, c’est à dire de la communication de l’esprit humain avec la puissance supérieure.
Cette guirlande estfaite de laurier, symbole de gloire et de soleilet qui a couronné tous les conquérants de la terre et aussi d’olivier,symbole de lumière et de feu, defécondité intérieure puisque la colombe revint à l’arche en portant un rameau d’olivier en signe de paix et d’espérance.
La lettre Z signifie ZIZA. La signification de ce mot s’éclaire par son étymologie. Ce mot d’origine chaldéenne a deux sens : l’éclat et ce qui se meut. En associant ces deux idées, la lumière est mouvement. Ce sens lui confère une valeur dynamique, de mouvement mais aussi de transmission, de ce qui assure la circulation des choses et des idées.
C’est aussi le nom d’un personnage de la bible, et il se traduit aussi par balustrade (zizon) qui est le symbole originel du 4eme degré.
Le maître secret doit s’efforcer de mettre en action tous les moyens dont il dispose pour acquérir la connaissance et l’approfondissement du rituel et des symboles en ai la première étape.
C’est ce que je suis venu chercher en franchissant les portes de cet atelier de perfection.
L’ouvrage du Maître Secret est donc de rechercher la double victoire du laurier et de l’olivier.
Cela consiste à vivre en harmonie avec l’existentiel, sans vouloir modifier ce qui ne l’est pas, et sans m’identifier aux apparences trompeuse.
Le maître secret que je suis devient libre de mes passions pour remplir mon Devoir tout en gardant en mon cœur la volonté d’œuvrer à l’éveil de mon être et à celui de toutes personnes en quête de perfectionnement.
Alain POZARNIK dit que « le Maître Secret a le privilège de s’ouvrir l’accès aux secrets de la structure intime de l’univers, dont il fait partie, par une méthode expérimentale progressive supérieure à celle du raisonnement philosophique et de développer petit à petit la voie de l’intuition »
Qu’a-t-il voulu dire ?
Maître maçon j’ai essayé d’améliorer l’existence de mon Être dans un quotidien qui s’avère pourtant chargé de conservatisme, de peur de changement. Et mon ego en a pris un coup car il est difficile pourl’homme d’accepter une remise en question de son être.
Maître maçon, j’ai très souvent eu des doutes sur mon appréhension du monde. J’ai essayé et j’essaie encore d’améliorer ce quotidien mais l’énergie conservatrice, l’orgueil d’avoir raison, m’ont poussé à adapter mon chemin maçonnique à mon égo.
Mon bonheur ne venait pas de celui des autres, mais de ma prétention à être meilleur que les autres parce qu’initié.
Opposer le noir et le blanc du pavé mosaïque, le bien et le mal, l’homme ordinaire au Maître Maçon que je suis devenu, m’a permis de polir mon ego mais pas encore à m’en délivrer .
Devant ce constat, que je n’ai pas fait tout seul, des frères m’ont conseillé de poursuivre mon chemin maçonnique au-delà des trois premiers degrés pour découvrir une nouvelle orientation.
La Loge de perfection précise Alain Pozarnik, met fin « à la domination des mécanismes de l’ego perçus du premier au troisième degré, pour construire un état intérieur, un temple vivant capable ».
Le travail du franc maçonconsiste en fait à prendre concrètement contact avec son Etre intérieur dont il avait pressentit l’existence en oeuvrant à la connaissance de soi en loge bleue, pour apprendre à en manifester la présence dans sa vie quotidienne.
Le franc-maçon entame une deuxième grande étape sur son chemin initiatique et expérimente la conscience de l’unité de l’Etre comme une présence claire en lui et se prépare à poursuivre son voyage au-delà de ce qu’il avait pu entrevoir le jour ou il a frappé à la porte du temple.
Le rituel d’initiation au 4 éme degré parle de cette nouvelle orientation et offre un panorama du travail à venir. C’est un véritable éclairement pour le cœur, qui comprend alors la direction générale du chemin qu’il va parcourir.
En prenant le temps de communiquer avec soi-même, le Maître Secret se dépouille de toutes ses identifications, y compris celle acquises en tant que Maître. Et ce pour permettre une ouverturevers une communication existentielle, expérimentale, réelle entre son egoet ses sens.
Se dépouiller une nouvelle fois de ces convictions, de son savoir, est la seule manière d’arrêter le mensonge dans lequel nous vivons, que sontles affirmations de convictions acquises et répétées indéfiniment..
Ce que propose le 4eme degré est bien de se dépouiller de ces décors de Maîtres pour accomplir un nouvel apprentissage et découvrir comment appliquer les méthodes initiatiques rigoureuses et s’engager sur le chemin de la connaissance de son Etre intérieur, fondement de nous-même, qui est plus nous-mêmes que nos pensées, nos émotions, notre corps.
Le rituel vient saisir le récipiendaire dans ses états habituels de vie biologique et émotionnelle, qui sont épars autour de son Etre inconscient.
Il nous invite à ne pasprendre les mots pour des idées et évoque un phénomène encore plus fondamental de la connaissance de soi dans la perspective initiatique.
C’est pourtant par les mots que nous échangeons et que nous avons échangés depuis notre initiation.
C’est par les mots que nous ont été transmis les rituels d’apprenti, de compagnon et de maîtres.
Il y a distorsion cependant entre le mot et l’idée. La pensée naît au contact de l’expérience vécue et donc est déjà déformée par rapport au vécu réel. On mesure mieux la distance qu’il y a entre le mot, l’idée, la résonance en soi d’un vécu.
Cette difficulté, en loge de perfection, doit se surmonter soit par la méditation, soit avec le langage symbolique, à condition d’aller chercher l’idée sous le symbole.
Il est différent de parler avec les symboles en loge de perfection. Le travail du Maître Secret consiste à opérer un retournement de son attention, à s’intérioriser et à activer le corps de son Etre, comme le mouvement d’une clé en action.
L’actionest plus importante que la finalité de l’action.
Cette nouvelle symbolique exclut toute interprétation de l’idée pour toucher directement l’Etre.
Le langage symbolique est, nous dit-on, l’expression analogique qui transmet le continu d’un vécu, inexprimable autrement.
Et c’est bien au sein de notre loge, que le Maître Secret doit saisir cette réalité voilée à travers l’écho des mots de chacun de ces frères Maîtres Secrets.
Comment interpréter la symbolique de ce voyage particulier ?
En revenant au rituel et à sa légende : le 4eme degré est le premier des degrés pratiqués dans les hauts grades du REAA
Il rappelle celui que le roi Salomoninstitua à la mort de notre Maître Hiram, qui fut assassiné par trois indignes compagnons qui voulaient lui arracher le mot de passe des Maîtres.
Salomon créa un corps spécial de 6 maîtres et désigna Adoniram comme inspecteur, chargé de la garde du cercueil et de la construction du tombeau, car il souhaitait qu’Hiram, dés que son corps fût retrouvé,soit enseveli dignement.
La dépouille d’Hiram, les attributs de son grade, les lois secrètes et le triangle d’or sur lequel est gravée la parole sacrée furent provisoirement déposée dans un local à part construit à cet effet dans le temple et séparé de la grande salle par une balustrade (Zizon).
Ce lieu est le Sacto Sancturum ou Saint des Saintsqui fut fermée à tous et confié à la garde du corps spécial qui en détenait la clé.
En tant que Maître secret, membre de ce corps spécial, j’ai comme devoir la poursuite de l’œuvre,la garde du cercueil et le respect du secret absolu sur tout ce qui concernaitHiram.
Maître Secret, je prends conscience, dans le survol de ce qui deviendra un chemin précis, de mes insuffisances spirituelles, de mes manques, qui seules sont capables de susciter en moi l’énergie suffisante pour me conduire sur la voie de l’amélioration.
Cela veut dire que je ne pourrai franchir Zizon, que lorsque j’aurais accepté de reconnaître comme mon devoir, la recherche de la vérité, de la lumière et de la parole perdue :
Je m’en vais rejoindre mon Etre,présent au saint des saints, et je pars à la découverte dela vérité. Celle-ci n’a rien à voir avec un savoir, une culture, une réflexion rationnelle ou pieuse.
Mon chemin, dans le secret contraint de mon grade, sera un expérience silencieuse derrière des lèvres closes et une conscience modifiées et bien réelles.
Cette rencontre nesera possible que lorsque je serais à même de l’accueillir et que j’aurais pris conscience des limites de ma vérité par l’existence d’une vérité au delà du sens commun, vérité que j’espère un jour approcher par mon travail.
La lumière, celle de l’absolu à contempler est remplacée par la descriptionde la construction active du temple de Salomon, invitant le Maître Secret à devenir le véritable bâtisseur de son temple intérieur, afin que la lumière de l’Etre l’habite et qu’il devienne intérieurement vivant.
Enfin la recherche de la Parole Perdue, ou plus exactement la recherchedu sens de la vie absolue, est une recherche métaphysique ou le cherchant que je suis devient le cherché. Une telle connaissance utilise certes celles acquises aux trois premiers degrés, mais les dépasse dans une expérience objective et rigoureuse d’un contact intime avec mon Etre.
Sans renier ni abandonner la réalisation des devoirs ordinaires, qui nous forcent à dépasser nos pulsions, qui forgent notre volonté et notre rigueur, nous intégrons à notre démarche l’acceptation du Devoir.
Le 4eme degré réactualise la recherche passée mais développe surtout la conscience du changement de plan dans lequel nous allons évoluer au sein de cet atelier de perfection.
En progressant vers mon Etre, je découvre et partage une lumière identique à chacun d’entre nous, mais aussi une même souffrance. Seul le partage qui unit sera le signe qu’un authentique retour à la Source illumine nos cœurs et que le Devoir sera accompli.
Mais en attendant, apprenons à construire le temple qui permet l’accomplissement.
Trois fois Puissant Maître et vous tous Maîtres Secrets mes frères, j’ai dit