Les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise
Non communiqué
Au nom
et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains
Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
T F P M et vous tous mes FF MM SS
Généraux du 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
T F P M et vous tous mes FF MM SS
Les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise font partis de ces quelques représentations physiques dont la gestuelle n’est pas formulée explicitement, de nos jours, dans notre rituel du REAA
Lors de la cérémonie d’élévation, l’Expert se contente uniquement d’en enseigner la « gesticulation »:
1°) – se prendre mutuellement la main droite, en formant la griffe ;
2°) – s’approcher réciproquement du pied droit, par le côté intérieur ;
3°) –se toucher réciproquement le genou droit ;
4°) – rapprocher les poitrines du côté droit ;
5°) – poser réciproquement la main gauche sur l’épaule droite, vers le dos, pour se tenir plus étroitement et s’attirer l’un à l’autre ;
pour préciser, ensuite : « c’est dans cette position seulement qu’on se communique le M :. S :.».
Sans doute juge-t-on, maintenant, que le nouveau maître est mature pour cheminer par lui-même dans la connaissance et la compréhension absolue des symboles, les plus complexes soient-ils.
Pour y parvenir, dans sa réflexion sur nos Cinq Points Parfaits de la Maîtrise,tout cherchant est à même de se poser quelques questions:
–sur leurs origines,
–comment ont-ils pris place et se justifient-ils dans notre rituel du troisième degré
–le processus d’intégration au troisième degré,
–pour, enfin, leur donner sens et signification.
I – Origine
Avant d’entreprendre toute recherche, il faut souligner que l’expression LesCinq Points Parfaits de la Maîtrise est une transcription française tardive (18ème siècle) de l’appellation anglaise « Five Points of Fellowship » (les Cinq Points de Compagnon) toujours employée, tradition oblige,dans le monde anglo-saxon au grade de maître.
Sans vouloir en refaire un historique complet, les Cinq Points de Compagnon apparaissent en 1696 dans le manuscrit d’Edimbourg, à l’époque de la maçonnerie « bigradiale ». Dansla période transitoire, entre 1696 et 1730, sur 17 textes recensés 3 n’en parlent pas, dit-on.
A quelques variantes près, la désignation des points est respectée : le nombre 5 (1) reste acquis, et l’interprétation de l’ensemble demeure homogène.
Attribués à l’époque « compagnonnique », les 5 Points n’étant pas apparus ex nihilo, devaient remonter plus avant dans le temps. Certains historiens, faisant état des premiers règlements, sur les accidents de travail, dus aux risques des échafaudages,promulgués par William Schaw (2) nommé, par James VI, Maître d’œuvre de la Couronne d’Ecosse et Surveillant Général des Bâtiments, les font remonter au 15ème siècle. Ces règlements prévoyaient des sanctions très graves envers les Maîtres, pouvant aller jusqu’à l’exclusion du métier, en cas d’accident mortel d’un ouvrier.
Selon eux, les Cinq Points de Compagnon résulteraient d’un enseignement pratique de « secouriste », en somme une méthode, selon les connaissances physiologiques de l’époque, sur l’art et la manière, de relever dans les meilleures conditions une personne tombée d’un échafaudage. Tout bon compagnon devant être apte à porter secours à un collègue, sur le chantier,devait en connaître obligatoirement la pratique (3).
Le temps aidant, l’usage en aurait fait un signe de reconnaissance des gens dumétier et, en rapport avec l’acte, lui donner un sens moral significatif avec les devoirs de solidarité et d’entre – aide que chacun est en droit d’attendre de l’autre.
D’où l’explication concordante, généralement formulée encore de nos jours :
1 –Main contre main, que nous tendrons toujours la main à nos frères ;
2 –Pied contre-pied, que nous sommes toujours prêts à marcher au secours de nos frères ;
3 –Genou contre genou, que nous saurons rester humbles et nous plier devant l’Eternel ;
4 –Poitrine contre poitrine, que nous saurons garder les secrets de nos frères ;
5 –la main gauche sur l’épaule droite, vers le dos, que nous serons toujours prêts à soutenir nos frères.
Courir au secours d’un frère, lui prodiguer conseil, le préserver de toute chute, etc…des thèmes récurrents en adéquation avec les anciens usages et principes du compagnonnage opératif dont on retrouve l’esprit dans les Old Charges.
Une explication qui présente, toujours, l’avantage d’être en accord avec l’idéal maçonnique de fraternité et de solidarité. En somme, à ce niveau, les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise seraient l’expression d’une philosophie comportementale maçonnique, pour ne pas dire « de groupe ».
Mais, enfin, mettre en œuvre une gestuelle complexe,monter toute une dramatique théâtrale, pour interpréter une philosophie de comportement,pourrait sembler inapproprié de nos jours, quand les premiers textes de la maçonnerie spéculative ou, ceux – mêmes de la G.L.N.F. renseignentbien mieux, simplement et sans équivoque sur la conduite maçonnique à tenir.
N’y aurait-t-il, donc,pas derrière l’exécution des Cinq Points Parfaits de la Maîtrise une autre vérité, cachée celle-ci, dont il faudrait casser l’os pour goûter à la substantifique moelle ? Cela n’aurait rien d’étonnant lorsque l’on sait que la maçonnerie, école de tradition et de transmission, plonge ses racines dans les temps et les mythes anciens et qu’elle fut parcourue par divers courants hermétiques et ésotériques, notamment dans sa période dite de transition ; sachant qu’une période de transition peut être plus ou moins longue dans le temps.
Textes, messages, symboles archétypaux enfouis au plus profond des hommes, qui auraient permis de créer une herméneutique (4) syncrétique (5) maçonnique dont la Vérité, hors des apparences, n’apparaît qu’aux initiés.
En somme, d’un premier geste d’entre – aide et de secours porté à un frèredu métier en difficulté,nous serions parvenu, autravers de l’activation d’une pensée ésotérique (16 / 17ème), à l’émanation d’une spiritualité propre à lamaçonnerie spéculative (18ème siècle).
Nous serions passés, à ce moment, de l’équerre, territoire du compagnon, à la verticale « spéculative », par l’apport d’acteurs ésotériques.
II – Comment ont-ils intégré le 3ème degré ?
Une recherche que je n’exclurai pas, à prime abord, au regard de mon vécu lors de mon élévation au Sublime Grade de Maître où je n’ai jamais pu dissocier la scène de l’élévation de celle qui précède la mise au tombeau.
Après avoir reçu trois grands coups, je fus jeté dans un cercueil et recouvert d’un épais drap de velours, sous lequel je suffoquais bientôt et commençais à mariner dans mon jus compte tenu de la chaleur ambiante.
Facile, dans cet état, pour qui a parcouru quelques traités d’alchimie, de faire le rapprochement, après avoir entendu les mots :
–à l’Attouchement d’Apprenti tenté par le 2èmeSurveillant « La chair quitte les os (putréfaction) »,
–à l’Attouchement de Compagnon exécuté par le1er Surveillant « Tout se désunit (séparation)»,
de revoir en image la « Septième Clé » de Basile Valentin : le vieil homme qui, selon l’antique tradition,se dépouille de sa tunique de peau qui gratte les os. Cette pensée, fortement ancrée dans la philosophie alchimique, nous ramène sur les traces des anciennes cosmogonies pour lesquelles le squelette sacré porte témoignage de l’homme passé, celui qui re-naîtra paré d’un nouvel habit de lumière.
A partir de là, tout le travail des alchimistes, dans la lignée de TUBALCAIN, qui feront fondre, dans le creuset, les métaux. Il faut faire fondre et refondre le mercure pour délivrer le corps subtil imputrescible. Pour résumer et simplifier à l’extrême, on parle de Transpiration, faire transpirer la matière, la Sublimer à l’aide du feu igné de l’Amour Divin, dans l’athanor lieu métaphysique secret et privilégié où va s’opérer la grande Restitution.
Lorsque je fus agrippé par la main, poussé par les deux surveillants (Boaz et Jakin, les deux colonnes du Temple), et plaqué contre le T.V.M., face à l’est, selon les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise, je ressentis ce contact corporel, dont je ne pouvais me libérer, comme une fusion. Dans cette étreinte chaleureuse, je pus lire la joie qu’éprouvait le T.V.M. d’avoir fondu en Tubalcaïn une troisième colonne ETABLIE en FORCE.
Dans cette position, me fut communiqué le mot sacré.
![]() | La septième clef de BasileValentin. Elle illustre éloquemment la première parmi les opérations du mystère philosophique, l’œuvre au noir ou la Pierre au noir. Le vieillard parle : « Je suis vieux, faible et malade (…). Le Feu me tourmente trop et la Mort déchire mes chairs et rompt mes os (…). Mon Ame et mon Esprit m’abandonnent. Cruel poison, je suis égal au Corbeau noir (…). Dans mon Corps se trouventle Sel, le Soufre et le Mercure. Que ceux-ci soient comme il convient sublimés, distillés, séparés, putréfiés, coagulés, fixés, cuits et lavés, afin qu’ils soient bien nets de leurs déchets et de leurs saletés. » |
Le myste purifié, vivifié, sublimé, re-naissant, re-vient parmiles siens dans l’aspect dela Pierre au blanc
Ma première impression, la plus forte, fut donc, sur fond de « discours hermétique », l’évocation de lafusion complète entre le nouveau maître et son T.V.M. représentant de l’Ordre. Mais, dans cette évocation et ce ressenti immédiat n’entraient pas explicitement les « 5 Points » dont la signification restait à découvrir.
Des diverses lectures et recherches qui s’ensuivirent, le mythe Osirien paraissait le mieux se confondre à la légende hiramique où l’on voit Isis, la Veuve, partir à la recherche du corps de son époux dépecé, dont les membres furent dispersés, et lui rendre la vie, par ouverture de la bouche pour recevoir la Parole, après avoir « réuni ce qui est épars ».
Le redressement de la colonne Djed assimilée à la colonne vertébrale d’Osirisévoque le passage de la position horizontale, le niveau terrestre, à la position verticale, l’Axis Mundi dans lequel réside la moelle, source de vie, reliant le Ciel et le Terre.
En effet, nous trouvons beaucoup de similitudes en Osiris – Hiram, dans l’herméneutique maçonnique spirituel. A l’horizontal, l’idée du squelette disloqué, le rassemblement de ce qui est épars, recomposition du squelette, le relèvement du corps d’un seul tenant en position rectiligne, sans flexion, décrivant un arc de cercle et le mot sacré qui redonne vie.
Similitudes, certes, mais non analogies. Osiris est le Dieu ressuscité de l’ancienne Vérité retrouvée qui fut perdue après son démembrement et avec elle l’oubli de la tradition originelle. Osiris est un Dieu et la Parole est retrouvée.
Hiram, l’Architecte, quant à lui, ne ressuscite pas. Il est mort en emportant Le Grand Secret que les maîtres devront retrouver. Le nouvel Hiram ne dispose que d’un mot substitué ; àlui de savoir se servir de cette clé pour retrouver la Parole Perdue de l’ancienne Tradition qui ouvre la porte de la co-naissance.
A la suite de ce long développement, nous comprenons mieux que dans le monde « compagnonnique » moribond, les visiteurs ésotériques, plus savants, qui prirent place dans les loges, se soient satisfaits des cinq points d’attouchements physiques qui n’étaient pas si éloignés de la conception corporelle imagée de leurs mystères : mort et résurrection. Une approche métaphysique des « 5 Points ».
Il ne restait plus qu’à construire un troisième grade, plus subtil et intellectuel sur le thème de la palingénésie (6) , en rapport avec les idées philosophiques du siècle des Lumières naissant. Hiram en devient l’argument élaboré pour orner ce nouveau grade. (Lorsqu’en 1691, un pasteur écossais, Robert Kirk définit la maçonnerie, il écrit simplement : « C’est une sorte de tradition rabbinique en forme de commentaire sur Jackin et Boaz, le nom des colonnesdu temple de Salomon ».
Avec la mort du R. M. Hiram, la Parole est perdue mais, la Parole Substituée n’est pas, pour autant, transmissible à tous, et ne peut être donnée et reçue, qu’à certaines conditions et attitudes définies.
III – Sens et signification
Cet aller / retour, entre Osiris et Hiram, nous amène inévitablement à reconsidérer les définitions données précédemment sur les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise à partir de la géographie osseuse donnée : pieds, genoux, mains, bras évoquent des articulations du squelette autour du tronc, des points d’attache et/ou de démembrement, donc de force ou de faiblesse qui peuventêtre interprétés, de manière allégorique, diversement.
« Réunir ce qui est épars », c’est aussi, à présent, vouloir redonner vie au nouvel aspirant Hiram, en le créant d’un seul tenant, en lui redonnant force et vigueur, sans points de faiblesse.
Cette vision m’amène à analyser différemment l’attribution donnée à chacun des Cinq Points Parfaits de la Maîtrisepour leur donner sens et signification à partir de ces mêmespoints clés du squelette humain :
- Main contre main ; c’est le premier attouchement cité. Cette main qui identifie l’homme et le classe hors du monde animal. Tubalcaïn aurait-il pris possession du monde sans la main ? Mais, attention à elle, sans jeu de mots, elle a exécuté l’Architecte, mais, elle peut également exécuter de grandes choses, dans l’ordre du bien et du mal. Cette main meurtrière donne, aussi, la vie en allantchercher, dans la terre, le nouvel Hiram. C’est l’outil incomparable de l’artisan qui lui permettra de poursuivre l’œuvre : celle du temple resté inachevé.
- Pied contre-pied ; le pied du nouveau maître contre le pied du V.M. montrant que nos racines sont sur cette terre. C’est sur ce pré – carré que nous devons établir notre temple;
- Genou contre genou, devient un signe de stabilité dans la ligne verticale et non de génuflexion ou d’humilité. N’oublions pas que selon certains textes hiramiques, le Maître chancelle sous les coups, plie des genoux avant de s’effondreret de trouver la mort, d’où l’irréparable perte du Mot Sacré. Le Maître doit être capable de regarder la Vérité en face, sans défaillance, afin d’établir son temple intérieur avec rectitude ;
- Poitrine contre poitrine, le côté droit symbolise la force. L’Axis Mundi, la verticale dans laquelle monte, vers les hauteurs, la sève puisée au sol. Nous retrouvons, ici, notre rituel du second degré, lors du 2ème voyage : Soyez vous-même une Colonne Vivante, qui, solidement appuyée sur la terre, qui vous a donné naissance, s’élève vers les hauteurs ;
- La main dans le dos ; le bras gauche du jeune maîtreindique le midi, le bras droit du V.M. le septentrion. Une nouvelle direction nord / sud où va s’exercerégalement l’action du Maître. Qui plus est, dans la fusion verticale (zénith / nadir), le jeune Maître porte son regard à l’est, le V.M à l’ouest, là où il est allé chercher Hiram.

Pour les nostalgiques du nombre 7, qui auraient aimé voir les « Sept Points Parfaits de la Maîtrise » se substituer aux « 5 Points », nous pouvons suggérer que dans le rituel, nous disposons de deux autres Petits Mystères, avec les attouchements au 1er et 2ème qui précédèrent l’élévation.
IV – Conclusion
Ce travail « spéculatif » ne laisse pas place à une philosophie comportementale et/ou morale, comme définie au début, ou que laisse suggérer, encore, l’expression des « Five Points of Fellowship » toujours employéedans le monde anglo-saxon au grade de maître.
Mais, il paraît plus cohérent et en harmonie avec le grade de Maître et le mythe de la re-naissance qu’il sous-tend. Son interprétation épouse, beaucoup plus fidèlement, le rituel et son esprit.
Les « Five Points of Fellowship » gravés surl’Equerre de la maçonnerie opérativeont fini par rejoindre la Verticale spirituelle du troisième degré, sous le ferment d’une pensée ésotérique qui parcourait les esprits pendant notre Période dite de transition et relayé par la pensée du 18ème siècle. Du tangible, nous sommes passés à l’idée.
Vu sous cet angle, la traduction des « Five Points of Fellowship » en « Cinq Points Parfaits de la Maîtrise » tient au génie et àl’espritde la maçonnerie française qui a su, par là, de ce vieux symbole de reconnaissance du compagnonnage,en le renommant, lui donner tout son sens et plus de vigueur dans sa nouvelle destination.
En effet, dans ce rébus, si le mot « parfait » est appréhendé comme un substantif et non comme adjectif, nous retrouvons dans sa racine latine « perfectus » les mots d’accomplissement, achèvement, régénérescence que nous pourrions traduire par les « Cinq Points de l’Accomplissement du Maître».
A présent, celui-ci, parachevé est prêt à accueillir le Mot Substitué qui le conduira, solidement établi sur la terre, avec force, droiture, sagesse àretrouver la Parole perdue de la co-naissance.
J’ai dit T.F.P.M.
R K
[1]
Assez
exceptionnellement, l’ « Examen
d’un Maçon » (1723) en compte
6.
[2] William Shaw, Master of Works
to
the Crown of Scotland and Warden of the Mason Trade.
[3]
Il existe de
nombreuses références dans la Bible et autres
livres sacrés sur la manière de
s’y prendre pour secourir. Voir aussi les fiches de
secouriste dans l’armée et
aussi le scoutisme…
[4]
Herméneutique : qui interprète les
textes sacrés et en général tous les
textes anciens. Théorie de
l’interprétation des symboles en action dans
l’inconscient, dans le rêve, dans tout discours
humain, écrit ou non.
[5]
Syncrétisme : combinaison de plusieurs
systèmes de pensée ?
Syncrétisme religieux. Ethnologie : fusion de
plusieurs éléments culturels
hétérogènes. Psychologie :
perception globale dont les éléments
hétérogènes ne sont pas ressentis
comme tels.
[6]
Palingénésie :
régénération universelle cyclique du
monde et des êtres.
