La Tolérance, Manifestation de l’Equilibre et de l’Harmonie

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A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
Deus Meumque Jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo Ab Chao
AU NOM ET SOUS LES AUSPICES DU SUPREME CONSEIL DE FRANCE
Liberté – Egalité – Fraternité

Lorsqu’il s’est agit d’envisager la manière dont j’allais traiter ce sujet à priori plus philosophique que symbolique, ma première pensée a été de considérer que la tolérance était une notion évidente, communément admise dans nos sociétés occidentales et que la tolérance manifestation de l’équilibre et de l’harmonie semblait aller de soi. Certes, nous vivons dans un univers qui se revendique de la tolérance. Toutefois, nous constatons chaque jour des attaques liées à l’intolérance, qu’elles émanent de groupes de pression ou d’individus isolés. En tout cas, c’est une notion qui, dans nos sociétés occidentales, est devenue une référence assimilable désormais à une norme, dont le contenu semble s’imposer à tous comme une sorte de pensée unique.      

Bien plus, il faut remarquer que tout un chacun entend se réclamer d’une attitude tolérante, et il ne viendrait à l’idée de personne de revendiquer ouvertement un comportement intolérant.

Pourtant, à y regarder de plus près, les évidences et postulats de départ ne résistent guère à l’analyse. Nous sommes loin d’un sujet de société, au cœur de notre démarche maçonnique. Et il y a loin de la coupe aux lèvres, loin d’une attitude affichée ou revendiquée à ses manifestations concrètes dans la vie de tous les jours. Moi-même, je finis par ne plus être sûr de rien dans ce domaine. Suis-je vraiment l’homme tolérant qu’il me semblait pourtant être ?

Précisément, il se trouve que dans huit mois, nous allons fêter le dixième anniversaire  de la déclaration de principes sur la tolérance, proclamée et signée le 16 novembre 1995 par les Etats membres de l’Unesco, organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture. Ces trois derniers termes ne sont à mon sens pas du tout indifférents à la problématique que pose la tolérance.

Je vais vous en lire le passage ayant trait à sa définition, qui me semble assez bien en poser la problématique :
« La tolérance est le respect, l’acceptation et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. Elle est encouragée par la connaissance, l’ouverture d’esprit, la communication et la liberté de pensée, de conscience et de croyance. La tolérance est l’harmonie dans la différence. Elle n’est pas seulement une obligation d’ordre éthique ; elle est également une nécessité politique et juridique. La tolérance est une vertu qui rend la paix possible et contribue à substituer une culture de la paix à la culture de la guerre.
La tolérance n’est ni concession, ni condescendance, ni complaisance. La tolérance est, avant tout, une attitude active animée par la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d’autrui. En aucun cas la tolérance ne saurait être invoquée pour justifier des atteintes à ces valeurs fondamentales. La tolérance doit être pratiquée par les individus, les groupes et les Etats.
La tolérance est la clé de voûte des droits de l’homme, du pluralisme (y compris le pluralisme culturel) de la démocratie et de l’état de droit. Elle implique le rejet du dogmatisme et de l’absolutisme et conforte les normes énoncées dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme.
Conformément au respect des droits de l’homme, pratiquer la tolérance ce n’est ni tolérer l’injustice sociale, ni renoncer à ses propres convictions, ni faire de concessions à cet égard. La pratique de la tolérance signifie que chacun a le libre choix de ses convictions et accepte que l’autre jouisse de la même liberté. Elle signifie l’acceptation du fait que les êtres humains, qui se caractérisent naturellement par la diversité de leur aspect physique, de leur situation, de leur mode d’expression, de leurs comportements et de leurs valeurs, ont le droit de vivre en paix et d’être tels qu’ils sont. Elle signifie également que nul ne doit imposer ses opinions à autrui. »

J’évoquerai dans ce travail la définition et l’évolution de la notion de tolérance, puis la tolérance manifestation de l’équilibre et de l’harmonie.

DEFINITION ET EVOLUTION DE L’IDEE DE TOLERANCE

Le terme de tolérance dans son acception actuelle est tout d’abord d’origine récente, puisqu’on en retrouve la trace chez Montaigne, qu’il est inusité avant le XVIIème siècle et que ce terme est surtout débattu à partir du XVIIIème siècle. A l’origine, le terme est strictement religieux et l’extension de son sens s’est faite progressivement.

Son étymologie se rattache à la racine indo-européenne tol, tel, tla, dont dérive tolerare en latin qui signifie soutenir, supporter, parfois combattre. Déjà, l’étymologie nous indique qu’il ne s’agit pas de quelque chose de naturel, qui va de soi, qu’il y a à la base un acte volontaire, un effort, et parfois une lutte.
Le Littré de 1882 définit la tolérance comme « condescendance, indulgence pour un péché… ; qu’on ne peut ou ne veut empêcher. Le Robert en donne l’acception actuelle : « elle admet chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même » qui respecte « la liberté d’autrui en matière de religion, d’opinions philosophiques, politiques. ».

Nous retrouvons également trace de ce terme de tolérance dans le langage commun, en matière monétaire, c’est l’écart admis au niveau du poids de métal avec la norme prédéfinie. En matière médicale, la tolérance d’un médicament est la faculté d’un organisme de supporter la prise de ce médicament, qui est une substance extérieure non produite par l’organisme. Ce phénomène est tout particulièrement surveillé s’agissant des greffes d’organes.

Nous voyons à ce niveau d’analyse que, face à une norme édictée, la tolérance correspond à l’idée d’un écart, écart qui est acceptable par l’autorité qui a défini cette norme.

Apparus tout d’abord au plan religieux, les concepts de tolérance et d’intolérance se dégagent spontanément face à la montée, non pas des églises, mais des dogmes. Dès lors que les églises ont le pouvoir d’édicter ces dogmes, d’en autoriser l’interprétation dans un cadre qu’elles définissent elles-mêmes, acceptant selon les époques et les nécessités du moment quelques écarts, elles sont amenées à se doter d’instruments de mesure de ces écarts, ce sera la création des tribunaux ecclésiastiques et d’un arsenal de sanctions, est-il besoin de rappeler les ravages de l’inquisition. Il est paradoxal de penser que c’est la tolérance qui a pu engendrer l’inquisition.        
On observe progressivement que les églises se divisent, selon le degré d’acceptation ou de refus de la différence de pensée, à l’intérieur de normes très étroites. Bossuet évoque ainsi « la condescendance, touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels ».

C’est le siècle des Lumières, qui va consacrer l’extension du champ du concept de tolérance du plan religieux au plan civil. La tolérance est octroyée par une autorité, non plus religieuse, mais civile, c’est-à-dire consacrant la permission  accordée de pratiquer d’autres cultes que le culte permis par l’Etat, ce pouvoir d’Etat, qui, en fixant la norme, s’autorise à condamner ceux qui la transgressent.

Dès lors, afin de défendre les principes de liberté auxquels ils adhèrent, les philosophes comme BAYLE qui préconise la plus grande liberté de conscience, élargiront le concept à celui de tolérance philosophique. La tolérance est dès lors entendue comme l’acceptation de la liberté de pensée. Si le domaine religieux est toujours au cœur du débat, le concept échappe désormais au pouvoir politique pour devenir un principe absolu, corollaire des droits fondamentaux qui sont attachés à la personne humaine.
Je citerai MIRABEAU : « je ne viens pas prêcher la tolérance ; la liberté la plus illimitée de religion est, à mes yeux, un  droit si sacré, que le mot de tolérance qui voudrait l’exprimer me paraît, en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque l’autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer. ».

Il n’est donc désormais plus question ici d’écart admis par rapport à une norme, mais d’une norme à part entière, et c’est un renversement complet du concept.

C’est la capacité d’un individu à accepter une chose avec laquelle il n’est pas d’accord, et l’attitude d’un individu face à ce qui est différent de ses propres valeurs.

Désormais, il s’agit du respect des personnes en tant qu’individus porteurs d’idées, de croyances et de convictions, même si cela n’implique en aucun cas l’adhésion automatique aux idées d’autrui. La tolérance n’implique qu’un devoir d’écoute active et d’ouverture d’esprit.

La montée des intégrismes en orient comme en occident a réactualisé le caractère religieux du débat sur la tolérance. Face aux totalitarismes et extrémismes de tous bords, elle est devenue au sein de nos institutions un concept politique, voire un symbole de la démocratie, en tant qu’acceptation du pluralisme. Elle suppose la laïcité, inévitable pour des communautés humaines confrontées à ce nouvel espace planétaire qui voit s’opérer un brassage des hommes, des cultures et des religions.
Ses adversaires la condamnent et la caricaturent, en arguant du fait que cette tolérance relèverait d’une attitude faible et laxiste, qui favoriserait l’expression des pluralismes et détruirait par là la cohésion du corps social. Nous observons actuellement au sein de nos sociétés, face à l’émergence de sociétés multi-ethniques, multi-culturelles, multi-confessionnelles, des réflexes de peur, la tentation du repli sur soi, qui peuvent conduire à des actes dictés par l’intolérance. Ainsi, la tolérance dans la cité serait accusée d’engendrer l’intolérance (par exemple création de ghettos).

Les défenseurs de l’idée de tolérance placent au contraire ce concept sur le plan de la morale, en l’érigeant comme règle de vie. C’est une façon de concevoir les rapports entre les hommes, sur la base d’un respect absolu des consciences, des idées, et des personnalités. Elle présuppose une appréciation positive de l’Homme, et elle est indissociable de la Foi en l’Homme et de sa perfectibilité.

En définitive, au-delà d’un concept qui a évolué à ce point en quelques siècles, il convient de ramener la tolérance à une stricte affaire de morale individuelle.

Ainsi placée sur le plan de la morale, la tolérance prend alors une valeur spécifiquement humaine.

LA TOLERANCE, MANIFESTATION D’EQUILIBRE ET D’HARMONIE

Est-on naturellement tolérant vis-à-vis des autres ? est-ce un trait de caractère inné ou acquis ?

Force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un mouvement spontané, la perception de l’autre, de l’inconnu, de la différence, vécue instinctivement sur la forme comme une agression intellectuelle, engendrant un déséquilibre, une déstabilisation et entraînant des rejets à priori et des réflexes d’auto-défense. Il y a en chacun de nous un côté intolérant, qui fonctionne un peu comme une carapace, un blindage qui nous sécurise en apparence.

L’éducation est souvent considérée comme un vecteur de tolérance. En particulier, c’est à l’école que se fait le premier apprentissage de la vie en collectivité et de la différence. On ne naît pas tolérant, on tente de le devenir.

Loin de l’indifférence, de la soumission ou de l’indulgence, la tolérance semble donc bien un acte volontaire, fruit d’un choix délibéré, conquête de soi et sur soi pour s’arracher au poids des idées-reçues, des préjugés et des dogmatismes, lutte permanente pour s’ouvrir et aller à la rencontre de l’autre dans sa différence-même. 

Denis DIDEROT, philosophe des Lumières, écrivait: « il y a dans les choses de goût, ainsi que dans les choses religieuses, une espèce d’intolérance que je blâme ».  Le goût des autres nous heurte en permanence, et c’est peut-être que nous n’avons en définitive pas assez de goût pour les autres.
Il ne s’agit pas ici de procéder d’une sorte de bienveillance générale et de consensus mou autour d’un pseudo-humanisme nourri de bonne conscience. Au nom du pluralisme d’opinions, notre société actuelle réclame en fait des gens lisses, devrais-je dire dociles. Pris dans les filets d’une pensée unique, pensée dominante et martelée par les médias avec valeur de vérité absolue, nous constatons qu’elle entraîne une sorte de sclérose, que n’alimente plus le foisonnement des idées, voire des refus, en définitive l’imagination et de la créativité.

Le moule dans lequel on essaie de nous faire entrer, négation même de l’idée de tolérance, conduit à l’uniformité. Aussi, seul le choc des individualités réclame et permet semble-t-il la manifestation de l’esprit de tolérance. 

Comme l’indiquent nos anciennes obligations : « ainsi la maçonnerie devient le centre d’union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement Eloignées ». Le respect de cette tradition assure ainsi le caractère universel de notre démarche et de l’ordre maçonnique.

Nous nous assemblons dans nos temples, après avoir laissé nos préjugés et nos idées reçues à la porte, sans abandonner au demeurant nos acquis, notre personnalité pour travailler ensemble à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, pour construire notre temple intérieur et participer en cela à la construction de celui de l’Humanité. C’est un effet de notre propre volonté, et personne ne peut nous obliger à le faire, sinon nous-mêmes. En effet, si on ne peut rien exiger des autres, on a le devoir de s’obliger soi-même à entreprendre le cheminement, et à le poursuivre en dépit des aspérités du chemin, des difficultés et aléas rencontrés. 

L’initiation est par essence individuelle, avec un processus toujours identique : déstabilisation – mort profane, renaissance à une vie nouvelle, reconstruction progressive.

Dès notre initiation, commence notre travail sur nous-mêmes, la connaissance de nos qualités, de nos défauts, ainsi que notre recherche de perfectionnement qui nous guidera tout au long de notre démarche: cet apprentissage, cette descente en nous-mêmes, ce face-à-face avec le miroir destiné à faire apparaître non pas un simple reflet, mais l’autre nous-même.

Comment connaître les autres si l’on ne se connaît pas soi-même ? Comment comprendre l’autre si l’on ne se comprend pas soi-même ? Comment accepter l’autre si l’on ne s’accepte pas soi-même ?  Bien plus, comment aimer les autres si l’on ne s’aime pas soi-même ?

Et qui appellent ces deux questions : y-a-t-il des degrés dans la tolérance et peut-on tolérer l’intolérable ?

Je répondrai tout de suite à ces deux dernières questions : la tolérance étant entendue comme une manifestation de la démarche et non la démarche elle-même, la modulation éventuelle de l’esprit de tolérance ne pourrait provenir à mon sens que du niveau d’avancement dans cette démarche.
Il en va de même pour l’intolérable, dont la qualification est déjà en soi une manifestation d’intolérance. Je préfère de beaucoup évoquer l’absence de réciprocité quant aux convictions de base à partager, notamment celles relatives au respect mutuel, qui seules rendent le dialogue possible et constructif.

C’est en se connaissant mieux soi-même que le maçon se met en situation de connaître ses Frères et de mieux les comprendre. Bien plus, il ne peut en définitive se connaître qu’à travers les autres, dès qu’il a assimilé que l’autre est constitué à son image, car mon Frère est en définitive un autre moi-même, assemblage différent de composants identiques qui fait que si nous ne sommes assurément pas des jumeaux, nous sommes indubitablement des Frères.

Ce travail sur soi qui, seul, peut nous libérer, est un combat permanent contre les ténèbres qui subsistent au fond de nous, et qui nous rappellent à chaque instant la vigilance nécessaire vis-à-vis de pulsions qui ne sont jamais véritablement domptées, et qui peuvent se réveiller en fonction des circonstances. Les passions qui nous animent ne sont-elles pas en définitive cet aiguillon qui nous pousse à avancer et à persévérer, dans un combat incessant qui représente celui de la Vie et qui constitue la seule véritable grandeur de l’Homme ? Ne dit-on pas : « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » ? La première caractéristique d’un maçon n’est-elle pas cette volonté lucide qui fait de chaque jour un nouveau défi pour son Humanité, avant que la fin du jour ne vienne apporter un repos réparateur des efforts déjà accomplis et préparateur des efforts du lendemain. Seule cette lucidité permet notre libération en tant qu’homme, assumant nos responsabilités au sein d’un monde que nous comprenons et acceptons, ayant su y déterminer notre place et notre rôle, nos forces et nos faiblesses.

Le travail symbolique est le moyen par excellence d’accéder à la tolérance. Le symbole se prête en effet à de multiples interprétations, en fonction de la sensibilité de chacun. Toutefois, au-delà des différences de vue exprimées, il montre que nous connaissons tous les mêmes interrogations et que nous réagissons, même de manière différente, aux archétypes qui constituent le fonds commun de l’Humanité. Loin d’être quelque chose qui divise, le symbole, dont le sens étymologique correspond à l’action de rassembler, est un lien entre les Frères. Car ce lien est vécu dans le partage des mêmes sources et dans une quête commune de la Lumière, quelle que soit la direction suivie.

Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. Cette prise de conscience du caractère relatif des choses, car il s’agit bien ici de conscience, naît à force, comme le dit Montaigne « de frotter sa cervelle à celle d’autrui », à l’image du compas, dont les branches à écartement variable nous rappelle au maçon qu’il peut élargir son plan de conscience autant qu’il le souhaite, autant que ses forces humaines le lui permettent. 

Cette relativité, il nous faut bien l’accepter car toute construction humaine est vouée tôt ou tard à disparaître, comme sont éphémères notre enveloppe charnelle, nos biens matériels, nos titres honorifiques. Je citerai Antoine de St-Exupéry : « il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre ».
Seul subsistera l’Esprit qui nous aura animé et aura présidé à l’Oeuvre. Il nous appartient donc de travailler ensemble sans relâche à notre idéal, c’est-à-dire à l’avènement d’une société humaine respectueuse de l’Homme, et lui permettant de pénétrer dans la compréhension des phénomènes qui le régissent en même temps qu’ils régissent l’Univers, à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand. Il nous appartient donc de donner du sens à notre bref passage sur cette terre. Donner du sens, c’est le but de notre engagement, c’est l’humilité nécessaire liée à l’acceptation de notre condition humaine, mais c’est en même temps une manifestation de sagesse, de force et de beauté.  

Par ce travail persévérant comme il est indiqué au futur initié de le faire dès le cabinet de réflexion, l’Homme peut alors se sentir en totale harmonie avec ce qui l’environne, de vivre enfin en paix avec lui-même et l’être avec les autres. S’inscrivant délibérément dans le mouvement permanent de la matière dont il est issu, qui préside à la Vie et à l’évolution de l’Univers, l’homme, limité dans l’espace et dans le temps, prisonnier de ses limites, s’ouvre à l’infini et à l’éternité, en définitive à la transcendance.   

Je citerai de nouveau Antoine de St-Exupéry : « On s’élargit par la découverte d’autres consciences. On se regarde avec un grand sourire. On est semblable à ce prisonnier délivré qui s’émerveille de l’immensité de la mer ».

La tolérance envers nos Frères que nous manifestons dans le temple comme hors du temple, est donc la manifestation à la fois d’un équilibre jamais acquis définitivement, et qui reste à conquérir chaque matin, et à la fois de l’harmonie née de la compréhension des lois cosmiques qui nous régissent et de l’acceptation de notre condition humaine, du macrocosme au microcosme.

Loin d’être une tolérance passive qui permet uniquement de supporter l’autre, le maçon est un homme qui pratique une tolérance active. En ce sens l’homme tolérant est celui qui se connaît suffisamment pour s’ouvrir à ses Frères et les écouter. La force de la diversité qui nous féconde et nous enrichit les uns les autres, nous renforce dans une tolérance active, qui est non seulement capacité à intégrer ce qui nous est étranger sans en être totalement déstabilisé, mais également reconnaissance et recherche de l’autre. Alors se développe en chacun de nous le sens du prochain, ainsi que le rapport privilégié qui nous unit à lui.

Nous passons ainsi du plan de la tolérance à celui de la Fraternité, l’autre étant, avec ses différences, ses qualités et ses défauts qui nous « hérissent » parfois, et par cette prise de conscience progressive, reconnu comme partie d’un Tout dont nous faisons aussi partie.   

Ainsi, une loge maçonnique est sans doute constituée de pierres différentes, mais qui au terme d’un travail incessant, ont su trouver leur place dans l’édifice, passant de l’un au multiple et du multiple à l’unité par l’amour fraternel.

Ne pourrait-on pas définir en définitive l’esprit de tolérance comme « l’art d’être heureux en compagnie des autres » ?

Cette tolérance, manifestation de l’équilibre et de l’harmonie, née de la prise de conscience d’un rapport au monde et aux autres plus fraternel, ne serait-elle pas le fil invisible qui relie la voûte étoilée aux éléments manifestés, le visible à l’invisible, cet « axis mundi » autour duquel nous sommes invités à construire notre temple intérieur, après en avoir tracé symboliquement le plan à l’aide des outils (1) contenus dans l’étui de mathématiques mis à notre disposition au 12ème degré.    

CONCLUSION

Ce sujet étant particulièrement vaste, et l’exhaustivité impossible à atteindre dans le délai qui m’est imparti, je conclurai mon propos en indiquant que la tolérance va bien plus loin pour un initié que pour un profane, car il n’est plus seulement question de permettre à des hommes de vivre en paix leur individualité, mais bien plus de les réunir au sein du Tout et de les relier, acte religieux par excellence au sens étymologique du terme.  

La voie initiatique qu’il nous est proposé de suivre en maçonnerie nous permet de devenir des hommes libres et lucides, conscients de ce qu’ils sont et de leur place dans l’Univers, de leurs responsabilités et de leur Devoir. Cette voie nous propose de travailler à l’amélioration de l’Humanité en nous changeant nous-mêmes, par cette maturation progressive induite par le travail initiatique. C’est cette conscience qui nous permet désormais de vivre une tolérance active et d’avoir un rapport au monde et aux autres plus fraternel, par l’effet d’une volonté pensée et réfléchie. Le temple n’est-il pas appelé au 12ème degré boulomie ou archiloge, c’est-à-dire le lieu où l’on veut ?  

Comment ne pas citer KANT et son principe d’autonomie de la volonté : « agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours comme une fin et jamais un moyen ».

Enfin, j’en terminerai par un extrait du « traité sur la tolérance », écrit en 1763 par notre Frère François-Marie Arouet, dit Voltaire :« Puissent les hommes se souvenir qu’ils sont Frères ! qu’ils  aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

J’ai dit, 

(1) équerre, règle, compas simple, compas à quatre pointes, compas de proportion, aplomb et demi-cercle.

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