Le Saint des Saints

Auteur:

P∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus meumque jus
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté égalité fraternité

Frère Premier Inspecteur, en quel lieu sommes-nous ? 
Trois Fois Puissant Maître, nous sommes dans le Temple du Roi Salomon devant le Saint des Saints.
C’est dans cet endroit seulement que vous pourrez prendre connaissance des mystères les plus secrets de la franc-maçonnerie.

Ca y est !
Enfin devant le Saint des Saints !
Qui n’a pas rêvé à un moment à ou un autre d’approcher le lieu où tout se joue, où tout se décide, où se tissent les secrets, se manigancent les intrigues.
Pourtant et pour ce qui nous concerne, ce n’est ni pour nous réjouir ni exercer quelque pouvoir occulte que nous sommes ici assemblés.

Le lieu où nous nous trouvons est un lieu de tristesse et de chagrin.
Nous y avons vu le tombeau de notre maître Hiram et comme Salomon le plus puissant des rois, nous avons versé des larmes.
Et certes il y a matière à pleurer, car le préjudice est immense, la lumière et la vérité ont été éclipsées, la vraie parole connue des anciens initiés a été perdue.

Mais nos lamentations ne doivent pas rester stériles ; la quête de cette parole perdue est désormais notre devoir, de jour comme de nuit, dans le tumulte de la cité comme dans la solitude du désert.
Ce devoir s’impose à nous inflexible comme la Fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée.
La route du devoir est longue, difficile, escarpée et la vie tellement brève.

Il faut marcher droit devant, vaincre nos passions, aimer la justice et la paix.
Nous sommes tous soumis à la grande loi universelle du Grand Architecte de l’Univers, cependant la Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain, le spectacle de l’Univers tout entier ne nous renvoie-t-il pas à notre faiblesse ?
Aussi n’y a t’il pas d’Oracles, nulle idée que nous devions accepter sans l’avoir examinée, comprise et jugée vraie.

Cependant une clef nous a été donnée, il est un endroit, un Saint de Saints dont nous restons séparés par une barrière qu’il nous est interdit de franchir pour l’instant ou l’on pourra prendre connaissance des mystères les plus secrets de la Franc-Maçonnerie.
Ce Saint des Saints est en l’homme : c’est la lumière que nous portons, ajoutent certains commentateurs du rite (1).

Ainsi se voit défini le paradigme du 4ème degré, comme un renoncement et un recommencement ; faire le deuil de la toute puissance et se remettre en chemin humblement vers une mystérieuse petite part de vérité et de lumière que tous nous portons, sans aucune certitude de jamais l’atteindre.
N’est ce pas là une poursuite de l’inutile, une quête de Don Quichotte ? J’imagine que des personnes de votre entourage n’hésitent pas à le formuler de telle manière, ma femme ne s’en prive pas.
C’est méconnaître l’utilité fondamentale de la spiritualité.

Chez l’homme, la culture identifie un groupe social et préserve sa cohérence ; elle s’impose à lui dans la satisfaction de ses besoins les plus élémentaires comme les plus sophistiques, elle l’inscrit dans le projet collectif.

Cela peut suffire à la plupart. Le conformisme est répandu, nous n’en sommes pas exempts. C’est peut-être même le secret des relations harmonieuses avec autrui, du bonheur qui sait ?
La spiritualité en revanche, même si elle s’exprime forcement avec le langage de la culture traduit la volonté, individuelle (répondant parfois à un besoin), de donner du sens, à son action au sein du projet collectif, que l’on peut dès lors faire sien, modifier ou refuser.

Pas de liberté sans spiritualité, les dictateurs de tout poil l’ont bien compris.
Et puis il y a cet au delà de la spiritualité, pour lequel nous n’avons aucun nom (parole perdue ?), ce voile, ce mystère.
« J’ai dans mon âme une puissance capable de Dieu ; Autant je suis
certain d’être homme, autant je suis certain que rien ne m’est aussi
proche que Dieu. Dieu est plus proche de moi que moi-même 
»(2)

Servir et témoigner (3) d’un mystère auquel nous n’avons pas accès (4) pour l’instant.
Servir, dans la continuité de notre cheminement intérieur.
Dans le même temps et paradoxalement, témoigner d’une extraterritorialité, d’un lieu où se manifeste un au-delà possible de l’être, la présence d’une Ç extériorité È, que mon moi, dans la solitude que suppose l’exercice de la connaissance ne peut qu’ignorer et qu’il ne saurait produire (5).

Avec Emmanuel Levinas, Je nomme Infini, cette Altérité qui me met en rapport avec plus que je ne saurais penser.
« Mais toi tu étais
Plus intérieur que l’intime de moi-même (6)
Et plus haut que le plus haut de moi-même. »
dit St Augustin (7).
En ce qui me concerne et à ce niveau de mystère, seul le silence me semble pertinent.

J’ai dit TFPM.

Notes :

(1) Roger Bongard ; manuel maçonnique du Rite Ecossais Ancien et Accepté ; p172. Editions Dervy 2004.
(2) Eckart ; Traités et sermons; GF Flammarion 703, 1995, p 364
(3) en quel lieu sommes-nous ?
(4) Pour l’instant il vous est interdit de franchir cette barrière ; mais vous avez la clé et quelque jour il vous sera permis d’ouvrir et passer. Rituel du 4ème degré ; p27.
(5) Emmanuel Levinas ; Totalité et infini ; La Haye, M Nijhoff, 1961, p38
(6) Interior intimo méo
(7) St Augustin, Les confessions ; Livre III, VI, 11 ; p 825. Pléiade ; Gallimard 1998

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