La réalisation du principe élevé qui est en nous et non en dehors de nous !

Auteur:

J∴ M∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Dans ce degré, se poursuit la légende du Maître architecte Hiram tué par les mauvais compagnons, c’est-à-dire le drame de l’esprit et de l’intelligence créatrice aux prises avec l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Nous sommes au début des grades dits de « vengeance » qui évoluent dans le cadre du Livre des Rois.

La légende maçonnique de M Hiram est assez éloignée de la véritable histoire de ce M fondeur dont l’ancien testament nous raconte l’histoire tragique. Pourtant, ce que personnifie cet architecte imaginaire du rituel maçonnique du troisième grade est un formidable message. Oswald Wirth*, nous explique que pour l’initié, Hiram n’est autre que l’Esprit maçonnique.
C’est pourquoi, on découvre en lui les traits de l’Architecte. Le vieil homme est mort et le nouvel homme, se réveille. Nous travaillons à ramasser ce qui est épars et à rechercher la parole perdue. Que peut bien signifier ce charabia ?

Selon moi, le nouvel homme, l’initié véritable, celui qui est inspiré par l’Esprit de l’Architecte, est un homme qui a enfin découvert que la véritable connaissance et celle de soi. Être son soi véritable, être d’une manière authentique, sans mensonge et sans détours. Se servir de l’intuition, ce raccourci de l’intelligence, sans les fioritures du raisonnement et de la logique, de la rhétorique et du mensonge. La parole perdue, pour moi, est l’abandon de la « langue de bois », celle qui nous « déprogramme » en évacuant ces peurs, ces phobies qui nous incitent, en permanence, à mettre un masque sur notre personnalité véritable. Combien d’années avons-nous mis à nous forger ce masque pour tromper notre entourage et finalement, nous tromper nous-mêmes, pour faire croire ce que nous ne sommes pas ? Le monde, comme disait « La Fontaine », est un théâtre immense aux cent actes et aux cent visages. Mais la véritable question n’est pas de se dire qui est l’acteur qui joue le personnage, mais plutôt, qui est le comédien qui joue le rôle de l’acteur. Ramasser ce qui est épars, retrouver dans toutes les traditions, les points communs à la véritable Tradition commune à tous les hommes, réunir les hommes et non les diviser, travailler sans relâche à la construction du Temple de l’Humanité, faire don de soi pour se surpasser et donner le meilleur de soi pour être utile à ces semblables et pour faire en sorte de n’avoir pas gaspillé sa vie. C’est ainsi que j’ai compris la légende maçonnique de Maître Hiram.

Mais cette tâche peut être empêchée, parce que le vieil homme en nous vit encore et n’est pas tout à fait mort. Je veux parler de ce masque dont nous avons tant de peine à nous débarrasser car nous nous sentons si fragile et si vulnérable sans lui. Cette carapace est le fruit du conditionnement social et d’une auto – programmation dont il est difficile et parfois même dangereux de se débarrasser. C’est là qu’entrent en scène les meurtriers d’Hiram, les fameux « mauvais compagnons ». A mon élévation à la maîtrise, je me suis interrogé sur ce psychodrame des mauvais compagnons. Cela me paraissait quelque peu puéril sur le moment. Pourquoi cette mise en scène ? Cette suspicion à mon égard à l’entrée dans la Loge des Maîtres, cette allure de jugement allégorique, là encore, je me suis penché sur ce qu’a pu dire Wirth sur la question.

Selon lui, le premier des compagnons rebelles représente l’Ignorance, non pas celle des profanes, mais celle des Maçons qui auraient dû être instruits en leur qualité de Compagnon, initiés aux mystères de l’Étoile Flamboyante. Il arrive souvent, malheureusement que ces porteurs d’insignes ignorent tout de la Maçonnerie, qu’ils prétendent néanmoins comprendre, puisqu’ils ont été admis au nombre des ouvriers sachant travailler. Ramenant tout à leur petite personne, à la vision de leur vécu personnel et à ce qu’ils ont pu voir du comportement parfois déplorable de leurs frères. Il arrive alors qu’ils s’érigent en novateurs et critiquent les rituels poussiéreux et sont déçus par ce qu’ils ont put comprendre de la Maçonnerie. Ils tiennent pour certain qu’ils sont intelligents et se demandent ce qu’ils font dans cette galère où ils ne voient que des hommes et leurs travers. Ceux-là bien sûr, sont parfois bardés de diplômes et de connaissances scientifiques et doutent de ces pseudo-mystères de pacotille de cette Maçonnerie qui véhicule encore tant de clichés de la bourgeoisie du XIXème siècle alors que nous abordons le troisième millénaire. Ceux-là pensent qu’il faut se débarrasser de ces oripeaux de « mamamouchis » et descendre dans la rue pour parler un langage plus crédible ou transformer la Loge en un club de philosophes avant-gardistes. Mais c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas assez travaillé et qu’ils sont passés à côté de l’essentiel. C’est armés de leur Règle personnelle et inflexible qu’ils frappent le Maître, car ils n’ont pas assimilé l’Esprit véritable de la Règle.

Le deuxième meurtrier de l’Esprit Maçonnique est le Fanatisme. C’est l’ennemi intérieur de la Maçonnerie. Celui-là est terrible ! Il prétend tout savoir de la maçonnerie et de ses mystères. Il prend tout à la lettre et pratique assidûment la « politique Maçonnique », il condamne et il juge à tour de bras et fustige ses frères. Il se proclame juste et parfait et pratique la chasse aux hérétiques, aux « faux-frères ». C’est celui qui dit « Monsieur » à un « irrégulier » ou « Madame » à une sœur. Celui-là démesure l’Équerre en l’appliquant à autrui en oubliant de l’appliquer à lui-même. Malheur à ceux qui ne se conforment pas à sa norme, c’est un élitiste qui n’a que mépris pour ceux qui ne partagent pas ses points de vue. Celui-là, n’a pas remarqué que la Maçonnerie était basée sur un esprit de Fraternité et de Tolérance.
Mais le plus terrible de tous, celui qui a achevé le Maître de la Légende, c’est l’Ambition. C’est celui qui est épris de « cordonite ». Il figure l’ambition des exploiteurs de l’ignorance et du fanatisme. Ces pervers s’emparent du Maillet qui tue Hiram : ce sont les calculateurs qui ambitionnent d’asservir la Maçonnerie à leurs objectifs personnels ou doctrinaires.

L’Ignorance peut être corrigée par l’Instruction et c’est en ce sens que j’ai souvent plaidé pour des instructions au III. L’Intolérance est une infirmité guérissable par la Patience, le Dialogue et l’Amour. Mais l’Ambition et l’Égoïsme sont des tares indignes de l’Art Royal. N’est-ce pas en ce sens que l’image du Pélican qui s’ouvre la cour pour nourrir ses petits est le symbole de la Royauté, du suprême don de soi ? La Maîtrise ne convient me semble-t-il qu’à celui qui s’oublie lui-même et ne subit la fascination d’aucun mirage de vanité. L’Orgueil est le pire de tous les vices. Il incite à briller et à se mettre en valeur, à se servir d’autrui pour briguer le pouvoir et les postes et les titres. Celui qui est attiré par ces mirages, n’a pas compris que tout n’est qu’illusion et que le premier sera le dernier et que le dernier sera le premier. Celui-là, n’a pas remarqué que la poussière des chemins est faite de ce qui reste de la gloire des Empires et des Royaumes que les tourmentes de l’Histoire ont effacé. La Sagesse est ailleurs…

Ainsi donc, il semble que ce catéchisme du troisième grade a pour but de révéler ces « péchés Capitaux » de la Maçonnerie. C’est un code moral pour avertir le nouveau Maître que la vérité n’est pas toujours celle qu’on croit et que tout ce qui brille n’est pas or.
Au 4ème grade, le signe du Maître secret est deux doigts sur les lèvres. Il se doit de s’astreindre à nouveau à la loi du silence. Il redevient Apprenti et retourne au Cabinet de Réflexion. « Tu ne prendras point les mots pour des idées et tu t’efforceras toujours de découvrir l’Idée sous le symbole. Tu n’accepteras aucune idée que tu ne comprennes et ne juges vraie. » dit le catéchisme de ce grade. Il signifie qu’il faut atteindre l’authenticité, la vraie Liberté de l’Être. Le Silence permet la découverte du moi profond pour atteindre la compréhension de l’Être essentiel. C’est là qu’est la double victoire du laurier et de l’olivier en permettant l’ouverture aux secrets de la structure intime de l’Univers, dont le moi fait partie intégrante. C’est là qu’il faut comprendre le message de Paolo Cuelo dans « l’Alchimiste » lorsqu’il nous dit : Chacun de nous est né pour réalisé sa légende personnelle. Si tu le désires vraiment, l’univers tout entier conspirera pour que cette légende s’accomplisse… C’est le devoir de transcendance !

Qui doit gouverner en toi ? Est-ce ton intelligence dont tu es si fier ? Est-ce tes valeurs que des générations t’ont transmises ? Est-ce ta sensiblerie ou ton émotivité ? Tes sentiments et tes passions ? Tes névroses que tu es le seul à ne pas voir ? Tout cela ne sont que des outils ou des fardeaux. Il ne faut pas confondre l’outil et celui que le dirige. Là est le lien direct avec la Jézabel biblique qui usurpe les pouvoirs du roi légitime et gouverne à sa place. A ce grade, le temple est décoré de tentures noires parsemées de larmes. Derrière le trône de Salomon, bien en vue, un grand cercle dans lequel est placé le Triangle portant au centre l’Étoile flamboyante avec en son centre la lettre Z. L’intérieur du Temple représente le Saint des Saints. Seul le Maître Secret a la clef permettant d’accéder à ce lieu sacré. C’est l’union de l’homme et de la divinité cachée en lui. Le symbole du grade est la Clé d’ivoire. Clé de pureté qui comporte une partie active : le panneton qui ouvre et ferme la salle secrète où est le coffre mystérieux. Ce panneton a la forme d’un Z.

Z comme ZIZA qui signifie en hébreu « balustrade » ou « origine » ou « splendeur ». Ziza, a pour valeur numérale** : 7 + 10 + 7 + 1 = 25, ce qui annonce la lumière et le principe fécondant. Dans la disposition d’une Rota, le mot circulaire, on peut découvrir « AZIZ » qui signifie « puissant » ; de l’origine, la splendeur à la puissance, un parallèle peut être fait avec les Colonnes J « il établira » et Booz « dans la force ». Ce symbolisme est cosmique, en recherchant notre propre origine et notre splendeur première, notre origine divine nous aboutirons par la transcendance à la puissance. Force vitale de l’Être intérieur qui reprend les commandes et qui est Kether « la Couronne », le roi légitime.

Cette allégorie des Séphirodes nous rappelle que « JOD » la première lettre du Tétragramme : « JOD HE VAV HE » est « le principe actif », la cause agissante sur trois niveaux : l’Être des êtres, l’Être en soi, l’Être étant. Cela peut aussi être mis en rapport avec la colonne J. Symbolisant en ce sens, le « Feu réalisateur », « Jakin » par sa traduction de l’hébreux : « il établira… ». C’est l’Archée (le Feu Central de la Terre, le Principe de Vie) ou le Soulphre des Philosophes (ou des Alchimistes) qui se manifeste en : l’Artiste, l’Ouvrier, l’Opérateur, le Créateur, l’engendreur. La deuxième lettre « HE », évoque un souffle qui sort de l’intérieur pour se répandre au dehors. C’est le souffle émanant de « Jod », pour se propager à travers l’espace sous forme de rayonnement vital. « Hé » est l’acte, il est le prolongement de « Jod », c’est l’aboutissement, à travers l’acte, du feu réalisateur pour aboutir à l’Oeuvre.

C’est ainsi que le Maître Secret, dans le Saint des Saints, le Naös, la Kàaba, doit accomplir son devoir de transcendance, dans le silence, à travers le tumulte de la cité. Tant que l’homme ne fournit pas les efforts requis pour se relier à son Être véritable, il ne remplit pas son Devoir d’Homme. Le Franc-Maçon qui progresse vers son Être authentique découvre en son prochain, un compagnon avec qui partager l’amour de la Vie. Quand le Devoir est accompli, une autre vie peut alors commencer…

A ce degré, la Franc-Maçonnerie ne demande pas au Maître Secret de suivre les chemins du dogme mais la voie de l’initié. En pratiquant la Maçonnerie, l’Homme est sa propre Règle, il s’identifie à l’Équerre, il devient celle-ci. C’est pourquoi, les trois modes d’enlacement de la dite Équerre (image de l’Homme) et du Compas (symbole du Grand Architecte) ne font qu’exprimer la triple étape de l’identification du premier au second. Nous retrouvons cette image dans diverses traditions et notamment dans la théologie catholique qui évoque une divinisation progressive de l’Homme. Ainsi l’Équerre symbolise l’Homme, le microcosme et le Compas, le Grand Architecte, le macrocosme. L’Équerre étant la Terre, le Compas étant le Ciel.

La Gnose s’oppose à la notion de Révélation. C’est la raison pour laquelle les grandes religions comme le catholicisme ont toujours considéré les gnostiques comme des hérétiques. Pour l’Église de Rome, la parole de l’Évangile est Révélation. L’Église, c’est la Foi du charbonnier, c’est du « prêt-à-porter » elle révèle au fidèle l’existence d’un Dieu et hors de l’Église point de Salut ! C’est la voie de l’exotérisme. En Maçonnerie, c’est à chacun de découvrir sa vérité et sa notion de la divinité dont une étincelle infime est enfouie en soi. La Maçonnerie nous donne des outils, une « lampe de poche » pour sonder les ténèbres de notre Être le plus profond pour trouver la Voie Royale, cette Quête qui nous éveillera. C’est la voie de l’ésotérisme. C’est l’allégorie des cathédrales du « Livre ouvert » et du « Livre fermé ».

La Gnose, selon Oswald Wirth***, c’est l’illumination, c’est-à-dire la connaissance caractéristique de tout esprit ayant pénétré les mystères de l’Initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu’ils sont strictement incommunicables en ce sens qu’ils sont un vécu : il faut les découvrir par soi-même, les vivre, pour les posséder. Ce sont des secrets qui échappent à toutes divulgations, car ils portent sur des vérités d’un ordre philosophique si élevé, que la parole est impuissante à les traduire. Aussi la philosophie initiatique n’a-t-elle jamais été formulée en un langage s’adressant à l’oreille. La Gnose ne s’acquiert qu’à force de méditations personnelles, portant sur les symboles multiples qui sollicitent l’esprit à deviner leur sens caché. En possédant la Gnose, il nous sera permis
d’affirmer que nous connaissons la lettre « G » et ensuite la lettre « Z ». Souvenons-nous de l’épitaphe inscrite au fronton du temple de Delphes qui a été la devise de Socrate : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux ! »

La Gnose Maçonnique réside dans le rejet de toutes formes de dogmatisme. Dans toutes les religions il existe une forme de Gnose qui consiste à dire que l’âme humaine s’est dégradée et qu’elle doit retrouver son origine première, C’est « la faute originelle » de l’Homme qui a perdu sa candeur originelle en ayant mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance et a ainsi péché par orgueil en voulant égaler son créateur. En Maçonnerie il n’y a pas de faute originelle, ni de révélation, chacun doit chercher sa vérité qu’il doit créer lui-même. On peut admettre que la Gnose Maçonnique considère l’Homme Profane comme l’aboutissement d’une quête et que devant un seuil, il a buté contre une porte à laquelle il a frappé. C’est peut-être le sens de cette phrase du rituel d’initiation de l’Apprenti qui fait dire au Vénérable Maître : « Je vous crée, reçois et constitue Apprenti Franc-Maçon… ».

Conclusion maçonnique

Il nous faut « rassembler ce qui est épars ». Au de-là de toutes les Traditions, de l’hermétisme à la voie royale, du Soufre des philosophes à l’Équerre, il y a le principe unique de l’Initiation. La voie ésotérique qui s’oppose ou complète la voie exotérique. L’une se nourrie de l’autre et il ne peut y avoir d’ésotérisme sans exotérisme. La seule divinité à comprendre est celle qui est cachée au plus profond de nous. Qu’importe le nom qu’on lui donne. Seul la Foi peut te sauver ! La Foi en Soi, la Foi en l’Homme, la Foi en un « principe premier », celui qui est le Feu qui régénère entièrement la Nature… Rabelais n’a-t-il pas dit que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ?

Le grade d’apprenti nous a permis d’aller au plus profond de nous même chercher la « Pierre Occulte », c’est le grade de l’introspection. Le grade de Compagnon est le grade du voyage et de la Quête sur le chemin de l’Étoile. C’est le grade de l’ouverture au monde extérieur après avoir analysé le monde intérieur. L’illumination par l’assimilation de la Gnose initiatique nous a permis d’approcher le mystère de la lettre « G ». Par les vertus du Soulphre des Philosophes ; de l’Équerre, le Compagnon a vu l’Étoile Flamboyante et a commencé à polir sa Pierre Brute qui est sa propre personne pour en faire une Pierre Cubique, lisse et sans aspérités qui pourra s’insérer facilement dans le mur du Temple de l’Humanité. Le grade de Maître permet dans le quotidien de s’améliorer, de tailler sa pierre, de polir sa personnalité, en une vigilance permanente face aux roueries de l’Ego. C’est à ce niveau que commence la véritable instruction du jeune Maître, dans l’accomplissement des charges de la Loge. C’est bien facile de se gloser de bonnes intentions théoriques, mais combien de nos FF osent affronter la signification du don de soi ? Il est peut-être un quatrième mauvais Compagnon à rajouter au rituel, je veux parler de la Paresse et de l’Indifférence qui se rattache bien sûr à l’Égoïsme. Le Maître Maçon qui devient Maître Secret accepte de passer du degré le plus élevé de sa loge mère au degré le plus bas des loges de perfection. Il redevient ignorant et apprenti dans tout ce qui concerne la réalisation de son Être intime, le Saint des Saints. Il doit accepter d’abandonner l’honneur d’être celui qui sait, pour participer sans déshonneur à la dimension d’un univers qu’il répugnait peut-être à imaginer.

Pour comprendre le symbolisme, il faut penser au langage de la poésie. Il peut sembler aux esprits scientifiques comme insipide et inutile et pourtant, si l’on prend la peine d’écouter la magie d’un poème, on s’aperçoit que chaque rime est l’évocation d’une image que plus de mille mots n’arriveront pas à traduire et qu’il faudrait un livre entier pour décortiquer à fond la signification d’un simple poème. C’est une forme analogique du verbe, similaire à la rhétorique qui est nécessaire à traduire ou à trahir la logique à l’oreille. Il en est de même pour le symbolisme qui est une forme de raisonnement analogique qui s’adresse à notre intelligence primitive, celle qui comprend le langage des Arts, des Rites et de la Magie.
Là, demeure aussi un danger, car la Magie est un piège que pourrait nous faire miroiter la face ténébreuse de l’inversion des symboles. N’est-ce pas une forme d’Orgueil et de Folie que de se croire doté, par la puissance d’un talisman, d’une force occulte qui nous permettrait d’être un élu supérieur aux autres ? C’est là que l’Intelligence doit faire son office. Notre intelligence analytique, est celle qui est gérée par le néo-cortex, elle est allergique à toutes formes de dogmes ou de superstition et nous permet d’accéder à l’analyse scientifique et logique. Les deux formes d’intelligence ont leur forme de mémoire qui constitue le principe de base de l’authenticité initiatique. Les excès de l’Intelligence et de la Connaissance peuvent aussi conduire à l’Orgueil et le Coq dans le Cabinet de Réflexion nous incite à la vigilance contre la fausse connaissance, ce leurre de l’intelligence qui nous incite à croire que nous pourrions être exceptionnels et que de ce fait nous pourrions avoir un droit quelconque de mépriser ou d’exploiter nos semblables. Ainsi ces deux formes de logique se contrebalancent et sont les deux jambes du Franc-Maçon. Celui qui se contente que d’une de ces formes de logique est un unijambiste et il aura beaucoup de peine à avancer sur le chemin de l’Initiation véritable.

Il est illusoire de vouloir croire en un avenir possible de l’Humanité si nous ne pouvons pas croire une seule seconde que l’Homme est un être perfectible et qu’il est possible de le corriger et de l’amener à une éthique qui lui permettra de s’élever au-dessus de ses instincts animaux qui sont gouvernés par la forme la plus primaire de notre esprit. Le cerveau reptilien, celui qui ne pense qu’à se nourrir et à se reproduire. Cette libido qui nous vient du fond des âges et qui gèrent les passions et les instincts de base. Croire en ce postulat de départ c’est avoir la Foi. Foi en l’Homme et en l’Avenir, Foi en l’Univers et parfois, en un principe premier. C’est probablement en ce sens qu’il est écrit dans les Constitutions d’Anderson qu’un Franc-Maçon ne sera jamais ni un athée, ni un libertin irréligieux. C’est ce sentiment de transcendance qui permet d’approcher la lettre « G » et d’entrer en communion avec le Cosmos avec la lettre « Z ». C’est le principe de base de la Gnose et de l’Illumination. Ce principe amène le Compagnon à la Maîtrise et à un objectif suprême, par la suite, qui est le don de soi. La compréhension que sans les autres on est rien et qu’après le verbe « Aimer », le plus beau verbe du monde est « Aider ». C’est là tout le symbolisme Rosicrucien du Pélican qui se sacrifie et s’ouvre le coeur pour nourrir ses petits.

La Franc-Maçonnerie est aux antipodes de la Misanthropie, elle préconise la Fraternité. Elle nous apprend à accepter la société dans laquelle nous vivons pour vivre, en harmonie avec nos semblables, en nous demandant de porter à l’extérieur, la flamme qui a brillé dans le Temple. Cela, sans pour autant dévoiler nos secrets, mais ces secrets, sont en fait, incommunicables aux profanes. Car, pour comprendre vraiment la Franc-Maçonnerie, il faut la vivre et se faire initier Franc-Maçon. La Loge est un microcosme qui préfigure et nous donne l’image de ce que pourrait être une société idéale.
Avec cette image allégorique et vécue, incrustée au plus profond de nous-mêmes, nous pouvons ouvrer dans le monde profane et faire en sorte que la « magie » de l’Étoile nous guide et nous oblige à être vis-à-vis des autres ce que nous aurions toujours espéré qu’ils fussent pour nous.

Bibliographie
* « Les Mystères de l’Art Royal », 1860-1943, Rituel de l’Adepte, Nouvelle édition.
** Jean-Pierre Bayard « Symbolisme Maçonnique Traditionnel », II, Haut grades et rites anglo-saxons.
*** Oswald Wirth, « La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes » Livre II, « Le Compagnon », DERVY, p.69.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter