La Vérité et la Parole perdue
G∴ O∴
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chaos
Au nom et sous les auspices du suprême conseil du Gabon
Deus Meumque Jus
Ma colonne gravée de ce soir s’intitule « la Vérité et la Parole perdue ». En Loge de Perfection, c’est dans le Rituel d’initiation au 4ème degré, que nous découvrons cette expression. Aux interrogations marquées par le « Que cherchez-vous? » du Trois Fois Puissant Maître sur l’objet des voyages du récipiendaire, les Frères Premier Inspecteur et Maître des Cérémonies répondent : « la Vérité et la Parole perdue ».
L’emprunt du terme « chercher » présuppose la difficulté de la tâche : il ne s’agit donc pas d’une action continue, mais d’assauts répétés vers un idéal bien lointain. Chercher peut sous-tendre aussi l’idée qu’en des temps reculés, cette Vérité et cette Parole perdue nous étaient connues : les a-t-on perdues ? Sont-t-elles voilées ?
Pour comprendre la recherche de celles-ci, il faut remonter au mythe qui vit dans la mort d’Hiram la perte de secrets véritables. De cette légende, il ressort que « le Maître réapparaît aussi radieux que jamais…et qu’il renaît dans la personne du nouveau Frère ».
Si la « Parole, la Lumière qui nous éclairait » est retrouvée, pourquoi le Maître maçon devrait-t-il la rechercher encore ? Pour lever ce paradoxe, nous dit-on, il faudrait voir Hiram non plus comme un homme mais comme un état initiatique qu’il nous faut retrouver, afin de poursuivre les travaux.
Admis en loge de Perfection, le Maître Secret s’est engagé à remplir des devoirs précis, nombreux et exigeants. Il est le symbole d’une ascèse intérieure qui doit provoquer une évolution spirituelle. Il s’agit de rechercher le « Devoir » avec la ferme volonté de l’accomplir pour la seule satisfaction de la conscience. Ce « Devoir » se rapporte à la Vérité et à la Parole perdue.
De quelles « Vérité et Parole perdue » le Maître secret est-il astreint à la recherche ? A notre avis, il ne s’agirait pas ici de vérité objective, extérieure, ni de vérité scientifique, ni de ce qui s’oppose à l’erreur ou au mensonge. Il s’agirait plutôt d’une vérité intérieure. Le rituel nous révèle que : « la Vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux » mais, il précise également : « ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant à des conceptions humaines. La vérité est inaccessible à l’esprit humain ».
Ouvrir les yeux, c’est se mettre en position de réceptivité de la Lumière. C’est prendre conscience qu’une présence intime en nous, était capable de nous faire vibrer à l’unisson. Si le rituel précise que la Vérité est inaccessible à l’esprit humain, c’est bien parce qu’il ne s’agit pas de raison, mais d’une saveur vivante, vibrant au plus profond de nous même. Par ailleurs, « la lumière n’éclaire l’esprit humain que lorsque rien ne s’oppose à son rayonnement. Tant que l’illusion et les préjugés nous aveuglent, l’obscurité règne en nous et nous rend insensibles à la splendeur du vrai…»
Du fait de notre état d’humain, cette recherche est une quête permanente. Pour l’entreprendre, une clé est nécessaire nous précise le rituel. Symboliquement, il faut plonger au plus profond de nous-mêmes, c’est ainsi que nous trouverons le moyen de toucher à notre parcelle lumineuse.
Dans cette quête, il faut retenir que la Vérité et la Parole perdue sont indissolublement liées, car l’une et l’autre permettent de s’approcher d’une conception globale du Principe et de retrouver cette Unité intrinsèque. Les cérémonies initiatiques, qui nous projettent dans un « autre » temps, un « autre » lieu, doivent nous ramener à l’état « adamique » qui fut le nôtre avant la chute.
Rechercher la Parole perdue consisterait donc à trouver la voie qui permet de nous relier à un monde des origines, au monde de la Création, à une source de vie. Comme la Parole, le nom est ineffable et, il ne faut pas le profaner. C’est pourquoi, il nous est proposé des mots substitués. Connaître cette Parole, reviendrait à réunir en esprit le multiple et saisir ce qui est mystérieux et inaccessible.
Conclusion
Le caractère inaccessible à l’Homme de la Vraie Lumière (Vérité absolue) n’interdit pas pour autant la recherche de la Parole perdue ni son « approche » par une tentative permanente de rassembler en nous ce qui est épars.
Si nous devons approcher un jour la Parole perdue, ce sera le fruit d’un Travail incessant d’Unification, car si notre marge de manœuvre paraît faible, nous ne devons jamais pour autant rester inactifs, face à un déterminisme redoutable. Forts des Règles que nous impose notre Rite, de l’élévation de pensée que nous apporte la Tradition, forts de cette sublimation que nous confère l’Initiation, continuons sans désemparer l’effort de réflexion que nous avons entrepris dans nos Loges. Même si nous n’en percevons pas encore les prémices, même s‘il nous faudra encore patienter peut-être longtemps avant de recueillir la Vraie Parole, travaillons et persévérons car : « il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».
Trois Puissant Maître,
J’ai dit
G O
Version 2
En définitive, nous pouvons retenir que la Parole perdue est liée à l’instant originel ; elle est intemporelle. Elle est ce point limite entre l’incréé et le manifesté. Elle est ce point dont tout émane et où tout doit retourner.
Rechercher la Vérité pourrait consister à saisir intimement et profondément l’instant ; il s’agit de faire vibrer cet instant avec une partie de nous-mêmes qui ne nous appartient déjà plus, pour que cet instant se reconnaisse une part d’intemporel.
C’est dans ce mouvement entre le multiple et le un, entre l’instant et l’éternité, entre le manifesté et l’invisible que s’accomplit peut-être notre recherche de la Vérité et de la Parole perdue.
Mais la Parole perdue ne peut être prononcée : elle appartient à un autre monde ; on ne peut saisir cette Parole qu’en esprit, dans le silence intérieur. Cette parole perdue est peut-être une parole de silence.
Trois Puissant Maître,
J’ai dit