Sous le Laurier et l’Olivier
R∴ D∴ V∴
Suprême Conseil de France
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Liberté – Égalité – Fraternité
Les références au laurier et à l’olivier me rappellent d’entrée de jeu la cérémonie d’initiation au quatrième degré du R E A A. Ce n’est qu’à cette occasion que je suis rentré symboliquement en contact avec ces deux plantes.
Mais avant de m’y intéresser pour dégager ma modeste interprétation du symbolisme qui y est associé, en explorant notamment les aspects de notre rituel qui y sont consacrés, j’aimerais avant tout placer ces deux plantes au cœur de la spiritualité en général, question de sonder l’universalisme des caractéristiques qui leur sont associées.
En effet, le laurier et l’olivier, comme toutes les plantes ainsi que tous les végétaux, ont généralement été rattachés à des divinités et ont joué un rôle considérable dans les mythes, les sacrifices et toutes sortes de rites. Raison pour laquelle, je vais tour à tour explorer le symbolisme rattaché à chacune de ces plantes, avant de revenir à la découverte de leurs spécificités sur le plan strictement maçonnique.
La symbolique du Laurier :
Le laurier est lié, comme toutes les plantes qui demeurent vertes en hiver, au symbolisme de l’immortalité ; symbolisme qui n’était sans doute pas perdu de vue par les Romains lorsqu’ils en firent l’emblème de la gloire, aussi bien des armes que de l’esprit. Le laurier passait en outre, autrefois, pour protéger de la foudre : qualité corrélative à l’immortalité. Ce symbolisme d’immortalité est également connu en Chine : la lune, assure-t-on, contient un laurier et un immortel. C’est au pied du laurier (plante médicinale) que le lièvre de la lune broie les simples, dont il extrait la drogue d’immortalité.
Arbuste consacré à Apollon, il symbolise l’immortalité acquise par la victoire. C’est pourquoi son feuillage sert à couronner les héros, les génies et les sages. Arbre Apollonien donc, il signifie aussi les conditions spirituelles de la victoire, la sagesse unie à l’héroïsme.
En Grèce, avant de
prophétiser, la Pythie (sorte d’Oracle) et les
devins mâchaient ou brûlaient du laurier qui,
consacré à Apollon, possédait des
qualités divinatoires. Ceux qui avaient obtenu de la
Pythie une réponse favorable s’en retournaient
chez eux avec une couronne de laurier sur la tête. Le laurier
symbolisait ainsi les vertus apolloniennes, la participation
à ces vertus par le contact avec la plante
consacrée et, en conséquence, une relation
particulière avec le dieu, qui assurait sa protection et
communiquait une partie de ses pouvoirs. Comme le lait, il manifeste
l’association symbolique : immortalité,
connaissance secrète.
Chez les Beni Snus, d’Afrique du Nord, une baguette de laurier rose est portée par les hommes masqués, lors des cérémonies saisonnières. Une fois consacrés par le sang d’une victime, les rameaux de laurier rose deviennent le signe du contrat entre les hommes et les invisibles. Ainsi, ils sont des talismans protégeant des forces malfaisantes.
La symbolique de l’olivier :
De nombreuses civilisations depuis la Grèce Antique ont incorporé des symboles qui se rattachent à l’olivier. L’arbre est entré dans une dimension universelle, alors qu’il est rattaché à des spécifications régionales fortes.
Dans la Grèce Antique, l’olivier entre dans la mythologie lorsqu’Athéna, déesse de la Sagesse, affronte Poséidon pour la possession de l’Attique (Athènes aujourd’hui). Zeus, en tant que médiateur, propose à Poséidon et Athéna de choisir une offrande à l’Acropole. Celui qui proposera l’offrande la plus utile au peuple sera déterminé vainqueur. Poséidon choisit d’offrir une source d’eau salée tandis qu’Athéna propose un olivier. Zeus choisit l’olivier comme offrande qui sera la plus utile au peuple, scellant la victoire d’Athéna. Cet épisode mythologique introduit pour l’olivier les symboliques de victoire, paix et richesse.
Plus tard, les représentations des divinités étaient sculptées dans le bois d’olivier.
Les vainqueurs des Jeux Olympiques étaient récompensés avec des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olive, en plus de la couronne de laurier.
Homère utilise à de nombreuses reprises l’olivier dans ses récits de l’Iliade et l’Odyssée. Par exemple, la massue d’Hercule est taillée dans cet arbre, ainsi que le pieu qu’utilise Ulysse pour vaincre le Cyclope.
La symbolique de fidélité s’ajoute aux autres car Ulysse et Pénélope dorment dans un lit en bois d’olivier. Puisque Pénélope patienta fidèlement pendant les 20 années d’absence d’Ulysse, le lit en bois d’olivier symbolise la fidélité.
Pour les Grecs, les symboliques principales en rapport avec l’olivier comprennent donc force et sagesse, longévité et espérance, victoire et gloire, richesse et abondance, mais aussi fidélité.
Dans les jardins de l’école Académos d’Athènes, en 400 av. J C, durant les chaudes journées, c’est à l’ombre d’un olivier que Platon enseignait la philosophie à ses disciples. L’arbre de Platon devint un lieu de culte, puis disparu avec la destruction de l’école lors d’une guerre. En 1931, des fouilles mirent à jour les vestiges de l’arbre de Platon, qui fait désormais partie des vestiges les plus importants du patrimoine de la Grèce Antique.
Dans la mythologie romaine,
l’olivier est un attribut de Minerve, symbole de victoire et
de paix.
Lors des fêtes annuelles de Minerve, le vainqueur de la
grande course à pied était
récompensé symboliquement par une couronne de
rameaux d’olivier et une jarre d’huile d’olive.
L’olivier est un pilier de la trilogie de base qui comporte le blé, la vigne et l’olivier. Ce sont des symboles de santé et de prospérité pour les légionnaires romains qui plantaient du blé, des vignes et des oliviers durant leurs conquêtes. Après la victoire, les soldats portaient des branches de l’arbre de Minerve afin de symboliser le retour de la paix.
Dans la Bible, l’olivier est souvent cité. L’épisode le plus connu concerne le rameau d’olivier que la colombe de Noé tient dans son bec, marquant la fin du déluge et symbolisant le pardon de Dieu et la paix. C’est un olivier, accompagné d’un cyprès et d’un cèdre, qui surgit des cendres d’Adam. Après sa vision de l’échelle céleste, Jacob enduisit d’huile d’olive la pierre de Beith-El. Par ailleurs, dans la nuit qui précéda son arrestation, Jésus choisit le Mont des Oliviers pour se recueillir et prier. Le sacrifice est ainsi une notion symbolique de l’olivier. Les notions symboliques de l’olivier dans la religion chrétienne sont ainsi la paix, la réconciliation, la bénédiction et le sacrifice.
L’olivier a ainsi une présence universelle. En effet, l’onction à l’huile d’olive, dans une fonction sacralisante, est souvent utilisée dans les rites de diverses religions, dont le catholicisme et le judaïsme. Dans le Coran, l’olivier est un arbre béni, symbole de l’homme universel. Il est l’axe du monde, mais aussi, associé au figuier, il tient le rôle d’arbre sacré du Paradis. L’huile d’olive est la divine source de lumière, servant de guide aux hommes. Au Japon, c’est l’arbre de l’amabilité et de la victoire morale, mais aussi de la réussite professionnelle. Tandis qu’en Chine il joue un rôle protecteur contre le poison.
L’olivier symbolise enfin la paix universelle au travers du drapeau de l’ONU qui représente le monde entouré d’une couronne de rameaux d’olivier.
Qu’en est-il alors de ma propre approche symbolique du M S sous le laurier et de l’olivier ?
Conformément à notre rituel au 4ème degré, le Laurier et l’Olivier symbolisent le Maît Sec. Ce dernier a été notamment reçu à ce grade « sous le Laurier et l’Olivier », en passant de l’Equerre au Compas…dans la perspective de rechercher la vérité et la parole perdue. Mieux, lors de la cérémonie d’initiation, le T F P M présente une couronne aux récipiendaires. Dans cette couronne, le Laurier est présenté comme l’emblème de la victoire qui doit être remportée sur les passions.
En effet, le Laurier est dédié au Soleil et couronne les conquérants de la terre ; l’Olivier, celui de la paix et de l’union qui doivent toujours régner entre des FF. Dans cette logique, ceux qui dans l’Antiquité, allaient consulter l’Oracle de Delphes portaient de semblables couronnes, comme en portaient aussi les prêtres romains dans les grandes solennités. En progressant dans les voies de la Franc Maç, il s’agit surtout de ne pas attendre un oracle dont les réponses pourraient nous égarer ou nous décevoir, mais de commencer maintenant la marche ascendante qui fera de nous les adeptes et les apôtres de la vérité. Nous sommes ainsi couronnés de Laurier et d’Olivier, comme nous précise le rituel, dans l’espérance de nos succès futurs et de notre ultime victoire. On nous couronne ainsi pour nos victoires futures sur nous même. De même que nous accomplirons au passage tous nos devoirs. Il n’y a aucun doute sur cette perspective, car le Maît Sec a reçu la Lumière. C’est un Initié, donc un homme placé sur la trajectoire de la recherche de la Vérité et à ce titre, il va remporter beaucoup de victoires. En voyageant de l’Orient vers l’Occident, il va apporter notamment la Lumière là où il y a les ténèbres. Il va également ramener l’ordre là où le chaos règne. Mais, il va revenir pour remporter la victoire dans le Saint des Saints.
La couronne de Laurier et d’Olivier marque ainsi le caractère transcendant d’un accomplissement ; elle consacre et honore une personnalité ou un être dont le comportement est digne d’honneur. Cette distinction est le symbole le plus répandu du pouvoir temporel et spirituel. La couronne concilie conjointement le symbolisme du cercle qui correspond à la perfection et de celui de l’anneau qui correspond à l’éternité et l’alliance. Il s’agit ici d’une anticipation de récompense et de promesse d’immortalité par la primauté de la vie de l’Esprit de l’initié qui arrive symboliquement au sommet de la montagne, à l’instar de la montagne de Sion qui symbolise dans la Bible l’accomplissement spirituel. Cette couronne relie le couronné qui est en dessous, à ce qui est au dessus, ou encore l’humain au spirituel. La matière de la couronne précise le sens de cette forme de consécration. Aussi, Paix, Sagesse et Victoire sont-ils des messages contenus dans le tissage de la couronne du Laurier de l’Olivier.
La couronne est ouverte, assimilable au compas. Elle est donnée par anticipation et montre ce à quoi l’initié peut espérer s’il persévère sur le chemin du Devoir. Promesse d’immortalité, elle conduit à l’espérance d’atteindre un jour la Sagesse, la Lumière et la Vérité. Le couronnement est une anticipation en prévision au perfectionnement individuel qui reste à réaliser. C’est une couronne de gloire récompensant le travail initiatique à venir. Elle peut être considérée comme des prémices symboliques. Le rayonnement du visage était symbolisé dans l’Antiquité par le couronnement de laurier. Le Laurier avec l’Olivier reste toujours vert et triomphent de la mort en se multipliant indéfiniment.
On peut noter ainsi une
continuité des symboles végétaux aux
quatre premiers grades. De la Grenade rouge avec ses grains
enfermés qui font corps avec la matière, avec
l’Acacia dont la verdure persistante témoigne de
la pérennité de l’esprit, au Laurier et
à l’Olivier, associés en couronne
ouverte, symboles à la fois de victoire et de paix comme de
richesse spirituelle. Le
Maît Sec bénéficie ainsi du
couronnement d’un état potentiel qui reste
à acquérir par un travail initiatique actif.
En tant que Maît Sec et conformément à l’instruction au 4ème degré, le Laurier est l’emblème de la victoire que je dois remporter sur mes passions dans la poursuite du Devoir. Car la vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir qui y conduit sûrement. La « Parole perdue » étant dans cette logique la connaissance du Devoir complet des anciens initiés. En effet, placé sur le chemin du Devoir, le Maît Sec poursuit inlassablement sa quête exigeante. Il recherche la Connaissance du Devoir complet pour retrouver par cette « Parole perdue », la Vraie Lumière du Saint des Saints. La « Parole est perdue », mais le Maît Sec dispose des outils pour la rechercher. Il dispose notamment de la Clé d’Ivoire. Il est donc potentiellement capable de traverser la balustrade qui le sépare de la vérité. Mais pour cela, il faut qu’il travaille avec persévérance et détermination. Aussi nous a-t-on couronnés parce que nous retrouverons cette vérité, parce que nous remporterons la victoire de cette découverte. Quant-à l’Olivier, il symbolise la fécondité de cette victoire, ainsi que la paix et l’union qui doivent toujours régner entre les FF.
Dans cette perspective, la couronne est ainsi symbole d’espérance et d’immortalité. Elle est surtout une marque de confiance qui remonte dans le temps, notamment depuis le jour où j’ai été admis par l’initiation à découvrir les mystères de la Fran Maç. Cette confiance que la Fran Maç nous confère en nous acceptant en son sein, par l’initiation, comme futurs dépositaires de ses enseignements est exceptionnelle et puissante, tant elle préfigure toutes ces victoires futures que nous remporterons dans la recherche de la vérité.
La couronne de Laurier et d’Olivier m’interpelle ainsi personnellement à comprendre que ceux qui persévèrent, ceux qui travaillent avec détermination dans la recherche de la vérité, ceux qui s’imposent le Devoir de travailler sans condition finissent toujours par remporter la victoire. Aussi, le travail et la persévérance dans le Devoir sont-ils un prélude à la victoire. Je me dois ainsi, en tant que Maît Sec, de me rappeler toujours la maxime du Taciturne : « nul n’est besoin d’espérer pour entreprendre ou de réussir pour persévérer ! »
T F P M, J’ai dit !