La recherche de la Parole Perdue de Maître Maçon
P∴ R∴
Philon, philosophe juif est né à Alexandrie en 16 avant J.C. Il a cherché à démontrer la complémentarité de la Bible et de la pensée platonicienne. Il est mort à Alexandrie en 50.
Pour quelqu’un qui n’est pas encore initié à l’Ecossisme au-delà du 3eme degré,le sujet semble bien hermétique. Il m’a imposé une solide phase de recherche et de réflexion alors même que cette quête de La parole Perdue me paraît sans fin pour tout Maître Maçon. Mais après tout, n’est-il pas dit qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ?
Ou, quand, comment cette parole a-t-elle été perdue par le Maître Maçon
Quelle est cette Parole et comment espérer retrouver une Parole qu’on ne connaît pas ? On peut l’imaginer certes mais la retrouver ?
Ces interrogations m’amènent obligatoirement à la relecture du Rituel, point de passage obligé de tout travail de réflexion pour tout frère Maçon occupé à tailler sa pierre.
Un constat s’impose: en première lecture, on ne trouve aucune mention de cette parole perdue dans le Rituel avant le3eme degré.
Avant ce grade, que recherche-t-on en Maçonnerie : la Lumière assimilée à la Connaissance en travaillant sur soi-même. A ce stade, on se transforme en profondeur de l’intérieur en restructurant sa psyché.
Au grade de Maitre,on affine ce travail en précisant que c’est la Parole Perdue qui est recherchée et que dans l’attente de sa connaissance, on se contente de la parole substituée.
Nous, Francs-Maçons, nous appartenons tous à une Loge dite de Saint Jean. Au rituel 1802, nous ouvrons nos travaux en Loge par la lecture du Prologue de Saint Jean inscrit dans le Volume de la Loi Sacrée. Au rituel Hiram, nous ne lisons pas le Prologue, le VLS est seulement ouvert à cette page, laissant de fait, à chaque Frère, la possibilité de commencer son travail de recherche de cette Parole.
Mais que dit ce Prologue ? Il parle du Verbe qui est apparu au commencement et qui a permis aux hommesqui l’ont reconnu de sortir des ténèbres et d’entrer dans la Lumière.
Ce Verbe c’est la Parole.
C’est le pouvoir de désigner chaque chose et chaque être de l’univers. C’est donc le seul moyen pour tous d’accéder à la Connaissance.
Nous pouvons assimiler la Parole (ou Logos) à la Connaissance, ou en d’autres termesà la Gnose, dont il me semble qu’on peut retrouver le symbole dans le G de l’étoile flamboyante.
La Gnose,qui a inspirébeaucoup de doctrines comme la Kabbale et l’Hermétisme notamment, est définie dans le monde profane comme le salut de l’âme (ou sa libération du monde matériel) passant par une connaissance directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi.
La Gnose ne doit surtout pas être confondue avec le gnosticisme qui est une doctrine opposée. En effet, le gnosticisme considère que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais.
La Gnose pose au contraire comme principe que la Lumière est une métaphore désignant l’Infini et le Divin et c’est cette notion de connaissance directe du Divin associée à la connaissance de soi qui trouve pour moi, tout son sens en Maçonnerie.
Je pense qu’il y a bien une étincelle de Divin présente au sein de chacun des hommes. Elle est, si j’ose dire, génétiquement implantée en moi par le GADLU au sein de mon propre Axis Mundi. Il m’appartient de me construire un espace sacré afin de pouvoir l’entretenir et m’élever au-dessus de la condition de simple être vivant. En Maçonnerie, nous devons travailler sur nous même, sans cesse, afin que la pierre brutequi est en nous devienne une pierre cubique avec son pyramidion pour nous orienter. C’est cette étincelle de Divin que nous recherchons.
La maçonneriespéculative dite de tradition nous fournit une méthode pour travailler sur nous-même afin de nous approcher de la Connaissance et de la Lumière symbolisées par le Verbe.
De récents progrès scientifiques prouvent que tous les atomes constituants les êtres vivants sur terre et donc les Hommes sont directement issus des étoiles, générateurs de lumière dans l’Univers.
Le penseur et astrophysicien Hubert Reeves le démontre dans son excellent livre « Poussières d’étoiles ».
Ces atomes qui nous constituentretourneront obligatoirement au sein de nouvelles étoiles après la disparition de notre soleil. Et le cycle recommencera avec la genèse de nouvelles étoiles.
Bien sûr, cette comparaison a ses propres limites car il y manque précisément la dimension métaphysique que nous apporte notre spiritualité etqui sublime le simple aspect astrophysique traité par l’auteur.
Le rituel l’indique clairement : cette Parole est perdue avec la mort d’Hiram l’Architecte.
Plus précisément, dans le Rituel, à l’ouverture des travaux, le TVMù demande au 1er Surveillant : qu’est-ce qui a été perdu ?
Réponse de celui-ci : Les Secrets Véritables du Maître Maçon.
Nous pouvons en déduire que cette Parole Perdue correspond bien aux Secrets Véritables.
Il est de plus précisé dans quelles circonstances les Secrets Véritables ont été perdus : par la Mort du Maître Hiram. Nous avons donc un élément dans la quête de cette Parole Perdue: La Légende de la Mort de Maître Hiram, l’architecte du Temple du roi Salomon.
Arrêtons-nous un instant sur la légende et tirons quelques conclusions.
Maître Hiram a organisé le chantier en séparant en 3 classes distinctes les ouvriers, chaque classe correspondante à un niveau de connaissance et de maîtrise des outils qui leur sont attribués. Il prouve par là que pour réussir la construction du Templequi symbolise l’acquisition de laConnaissance,
il faut que le travail soitmené en bon ordre et en respectant les étapes que la Maçonnerie a définies.
Le cheminement graduel, tel qu’il est pratiqué dans notre rite, vers l’approfondissement des connaissances ou vers la recherche de la vérité,rythme la construction de notre temple intérieur. Tant que le poids denos désirs et de nos opinions altère notre jugement, précise Platon dans son allégorie de la Caverne, nous ne pouvons qu’errer dans l’illusion.
Ce découpage en classe est donc en quelque sorte notre garde-fou dans la recherche de la Parole Perdue.
Chacune de ces étapes ne peut être franchie que par un Maçon qui aime son travail, maîtrise son art et est reconnu par ses Maîtres.
Les mauvais compagnons, dégoûtés par le Travail et ne maîtrisant pas leurs outils ne peuvent prétendre, quoi qu’ils fassent, à être dignes d’être reconnus comme Maîtres par les autres Maîtres.
Les armes qu’ils utilisent pour frapper et tuer Hiram sont d’ailleurs symboliquement leurs outils de travail détournés de leur usage professionnel et qu’ils ne maîtrisent maçonniquement.
Rabelais, en son temps n’a-t-il pas dit: science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Le savoir dont nous bénéficions n’est pas la Connaissance.
Le narrateur encourage les frères après leur deuil à reprendre la quête du corps de Maître Hiram.
Le TVM ù déplore, en parlant de Maître Hiram, que lui seul possédait le secret de l’Œuvre en cours d’exécution par sa connaissance du Mot Sacré.
Le TVM ù néanmoins espère recueillir quelques traces de sa science en retrouvant la dépouille de Maître Hiram. Ayant perdu cette connaissance du Mot Sacré, ces traces seront les Mots de Substitution.
Pour récupérer ces traces, le TVM ù établit une procédure que devront suivre les Frères pour poursuivre l’œuvre entreprise :
Voyager pour retrouver le lieu sacré ou reposent les restes de la dépouille et les reprendre aux meurtriers.
Comment les Maîtres retrouvent-ils la sépulture ? En cherchant mais pas n’importe comment. En suivant les prescriptions du TVMù,c’est-à-dire en voyageant de l’Occident à l’Orient par le Septentrion et de l’Orient à l’Occident par le midi. Cela revient à parcourir un cercle dont le milieu est précisément l’endroit où est enterré symboliquement Maître Hiramet où les Frères pourront retrouver les traces de sa science.
Cela signifie aussi que si ce voyage est nécessaire pour chercher la Connaissance, c’est à l’intérieur de soi que le Frère la trouvera en se dépouillant de ses préjugés par sa mort symbolique.
En Egypte l’acacia était le symbole solaire, évoquant également la renaissance, l’immortalité et l’initiation.
Acacia en hébreux (se dit shitim) et signifie: imputrescible. C’était le bois sacré dont est fait le tabernacle. Cela symbolise l’immortalité.
Prononcer la formule rituelle : « L’Acacia m’est connu » revient à proclamer : L’immortalité m’est connueque je traduis par le Créateur m’est connu.
Or La dépouille de Maître Hiram a été enfouie sous terre et est protégée par des branches d’acacia. Cela signifie symboliquement que l’Esprit est immortel. Quel que soit le chemin que l’on emprunte pour le chercher, il est immuablement présent sur notre parcours et on en retrouve forcément ses traces quand on le recherche vraiment.
Comment renait Hiram ?
Ni par la connaissance du mot des apprentis, ni par la connaissance du mot des compagnons (tentatives successivement infructueuses) mais par l’utilisation des 5 Points Parfaits de la Maîtrise connus uniquement par les autres Maîtres pour relever le corps et par la communication par syllabe du Mot Sacré des Maîtres au Récipiendaire.
Les cinq Point Parfaits de la maîtrise concernent :
·Les mains, synonyme d’union et de connaissance,
·Les pieds qui symbolisent le fait de marcher vers l’autre,
·Les genoux qui symbolisent l’humilité,
·La poitrine qui symbolise la beauté,
·et les Epaules qui symbolisent la force et la Fraternité
Que symbolise cette scène ?
Pour moi, il s’agit en fait d’une double substitution :
Le futur Maître est substitué dans le cercueil au cadavre d’Hiram. Comme lui, il se retrouve entre le compas et l’équerre. Comme pour la dépouille de Maître Hiram, tout est désuni.
Lorsqu’en lieu et place d’Hiram, il est finalement relevé à l’aide des cinq points parfaits de la Maîtrise, il entend la phrase mystérieuse(je traduis) : « Il vit dans le fils ». Ils’agit de la seconde substitution, celle de la Parole Perdue. De même que selon le Prologue de Saint Jean, au commencement était le Verbe, à ce nouveau commencementqu’est la renaissance du corps, est associé la Parole Substituée.
L’ensemble fait symboliquement renaître le nouveau Maître connaissant le sens de l’Œuvre afin que lui aussi participe avec les autres maîtres, vivants et morts à l’Œuvre entreprise.
Seul Hiram connaissait le vrai secret de cette Œuvre. Ce secreta été perdu irrémédiablement avec sa disparition, aussile Mot communiqué ne peut être qu’un Mot de Substitution comme la Connaissance retrouvée ne peutêtre que traces de la Science du Maître.
Le rite RE2A nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram.
La Parole en maçonnerie est considérée comme perdue parce que Maître Hiram a emporté son secret dans la tombe. Et pourtant cette Parole ne peut être complètement perdue puisqu’il est dit que trois maîtres la connaissent pour qu’une loge puisse être opérative.
Lors de la fermeture des travaux au 3eme degré, il est indiqué que la parole perdue n’est pas retrouvée en bout du compte mais qu’il s’agit bien d’une parole de substitution.
Selon la légende, le roi Salomon correspond au Très Vénérable Maître en chaire, Hiram de Tyr au premier surveillant et Hiram Abi au second surveillant.
Chacun connaissait le Mot Sacré, mais il leur était impossible de le transmettre séparément. Avec cette disparition, c’est cette impossibilité de transmettre la Parole d’origine qui en a condamné la Connaissance.
Quelle est cette Parole de Substitution ?
Mù Bùqui est bien connu des Maîtres Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Une des traductions que je retiensest « le fils du Père ». Pour moi cela signifie que, ne pouvant retrouver la Parole d’origine que connaissait Hiram, nous pouvons nous, Maîtres Maçons, la remplacer par une Parole de Substitution qui en reprend le sens pour poursuivre nos travaux vers la recherche de la Connaissance. Nous avons la certitude de ne jamais l’atteindre mais nous nous efforcerons d’y tendre sans jamais l’atteindre. L’expression « Il est inutile d’espérer pour entreprendre …. » trouve ici tout son sens.
CONCLUSIONS
Je terminerai mon travail en constatant que, dans tous les cas, quand la Parole est perdue, quand le Secret nous échappe, nous devons nous mettre à l’écoute de notre conscience et travailler sans relâche pour nous perfectionner. Les 3 mauvais Compagnons ont fait l’inverse, ils ont cherché à voler à l’extérieur d’eux-mêmesle Secret de la Connaissance. Ce n’est qu’à l’intérieur d’eux-mêmes qu’ils pouvaient le découvrir.
Le drame initiatique du meurtre d’HIRAM nous le démontre par sa conclusion.Le Maître est retrouvé et il reparait aussi radieux que jamais grâce aux 5 points parfaits de la Maîtrise employés pour le relever et par la communication des Mots Substituésau nouveau Maître qui symbolise Hiram.
On pourrait par analogie comparer l’histoire de La Parole Perdue à la légende de la Tour de Babel. Dieu voulant punir les hommes de leur prétention à vouloir être son Egal en montant jusqu’à Lui par le biais de cet édifice leur fit parler une multitude de langagesau lieu d’une seule langue accessible à tous, créant la Zizanie. Qu’est-ce que cette Zizanie sinon la conséquence de la Parole Perdue, la perte du sens de l’œuvre originelle, la multiplication des savoirs au détriment de la Connaissance ?
La Parole de substitution permet de rendre la parole accessible à tous car elle s’affranchit des mots en s’adressant directement à l’âme. Cette parole vraie permet à l’Homme en se transcendant de communiquer avec le Divin.
Elle nous permet de rassembler en nous ce qui est épars. De rendre un sens à notre vie.
C’est au travers ses Rites et ses Mythes que la Tradition Maçonnique nous fait parvenir les images symboliques de la Vérité qu’elle s’efforce de nous transmettre. C’est à travers eux que la tradition balise notre travail.
La Tradition est le propre de notre Ordre qui donne la primauté à la recherche de la Connaissance Métaphysique et qui propose aux Maçons de les aider à gravir les degrés successifs de l’Initiation.
Cette recherche de la Parole Perdue nous permettra de quitter cette simple condition humaine figée par le déterminisme.
J’ai dit TFPM