La Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail
A∴ C∴
Une première question se pose à moi : Quelle est cette Loi ? Dans l’immédiat je ne peux donner qu’une réponse liminaire : « Par opposition au chaos primordial, c’est la Loi à laquelle tout obéit, celle de la nature faisant tourner la terre autour du soleil ou qui fait que 1 + 1 en base dix font deux ou que les feuilles tombent en automne ».
Philosophiquement je répondrai « Connais toi toi-même et tu connaîtras Dieu et l’Univers », car ce sont effectivement les philosophes pré-socratiques qui ont fait apparaître les premiers la notion d’un principe originel, l’apeiron d’Anaximandre, pour assurer la bonne marche du Cosmos. Pour Syméon, le grand mystique byzantin du XIème siècle, « Dieu a créé le monde pour se faire connaître, pour être vue ». Dans le même style, « Dieu a fait l’Homme, comme la mer fait les continents : en se retirant » selon le poète Hölderlin. Pour le philosophe Elie Benamozeg« Chaque homme est un Univers devenu conscient ».L’entité divine semble être cette volonté consciente se trouvant derrière le « Tourné vers Un ».
Quant aux scientifiques, leur idée est tout autre. Copernic (1473-1543) démontra que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse, comme l’admettait jusqu’alors le vieux système géocentrique de Ptolémée (IIème siècle ap. J.C.) Reprise et confirmée par Galilée (1564-1642), puis suivie par Newton (1642-1727) cette démonstration provoqua en astronomie puis par voie de conséquence dans toutes les sciences physiques, une révolution considérable, sans laquelle les sciences modernes ne seraient pas concevables. Toutefois, ces scientifiques réfutent l’hypothèse d’une origine « divine », un phénomène faisant appel à autre chose que notre Univers pour la mise en œuvre de la gravitation universelle. S’il faut tenir compte de cet acte « extérieur », il l’est par rapport à l’Univers qui n’est donc pas tout, ce qui est contraire à la définition choisie.
J’allais oublier, le hasard (de l’arabe az-zahr « jeu de dés »). Aucune tradition ne l’admet en tant que cause ayant un rapport quelconque avec la réalité. La notion de « commencement » se suffit à elle-même pour nier le hasard tout comme le concept traditionnel de Dieu qui est lui aussi une négation du hasard. J’éviterai donc de m’engager dans les chemins conduisant à la section de Poincaré ou le mouvement brownien, outils d’étude du « chaos déterministe » relevant de la théorie des probabilités.
Pourquoi cette Loi régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ?
Après avoir organisé l’évolution de l’Univers, cette puissance extérieure fixe le cours des événements en commandant à l’infiniment grand, comme à l’infiniment petit. Une et diverse en même temps elle se développe partout ayant pour but de dominer non seulement l’Univers mais également l’Homme, puisqu’il y a une solidarité étroite entre la vie humaine et les manifestations de l’activité de la matière. Nous le voyons bien, les harmoniques sont extrêmement riches, tant il est vrai que le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, l’esprit et la matière, l’Homme et l’Univers sont profondément unis.
Si l’Homme et l’Univers sont profondément unis, quelle est donc l’origine de l’Homme ?
C’est la question ontologique par excellence. Pour les théologiens il y aurait deux théories : celle ex deo, l’homme « sortant de Dieu » et celle ex nihilo « sortant du néant »où Dieu est le créateur.
Dans la première théorie, il n’y a pas de dieu créateur. La matière du monde, la materia prima, est vue comme préexistence à l’avènement de ce monde. Chaque homme se préexiste à soi-même au sein même de la divinité soit parce qu’il en est l’enfant soit parce que son âme en est l’émanation.
Dans une telle conception, Dieu et l’homme sont donc de même nature, ce dernier « sortant de Dieu », est ex deo. De nature céleste, donc divine, il est achevé et parfait et mène la même vie que celle de Dieu. Etant au sommet, il ne peut plus s’élever. Il ne peut que tomber. Face à cette première conception ex deo, s’érige l’autre conception où, cette fois, l’impensable, le rien, le néant, préexiste au monde et à l’homme. Ici, tous deux sont crées ex nihilo et Dieu est le Créateur. Cet homme est un être terrestre c’est à dire imparfait, inachevé, auquel est proposé un devenir d’agrandissement et d’accomplissement. Sa vie lui est seulement prêtée pour mener à bien cette tâche car tiré du néant, son âme n’est pas éternelle étant différente de celle de la nature divine. Il a le choix. Comme Adam il est libre.
Ainsi, nos deux Adam sont séparés par leurs conditions originelles. Mais seul notre Adamex nihilo a compris que tout est réglé en vue d’un but qui tend à son perfectionnement continu, celui de réaliser en lui-même une véritable miniaturisation du Cosmos pour son agrandissement. Se retrouvant sur la Terre, il sait qu’il doit s’élever afin de collaborer à l’œuvre créatrice de Dieu.
Etant des êtres inachevés à la recherche du perfectionnement donc des Adams ex nihilo, quelle est donc cette Loi pour nous Maîtres Secrets ? Les livres ésotériques ou profanes précisent que « C’est la Grande Loi du Grand Architecte de l’Univers permettant aux Francs-Maçons avec les outils mis à leur portée et ce tout au long de leur aventure initiatique, d’exercer valablement et efficacement l’Art Royal ».
Pour le Maître Secret, cette Loi est orientée vers la recherche de la Parole perdue c’est à dire la voie à suivre pour notre quête spirituelle. Cette Parole est universelle car s’imposant à tous et intime puisque relative au questionnement spirituel de chacun. Mais cette quête, cette recherche au fond de sa conscience ne peut-être réelle que par l’impératif du Devoir « Aussi inflexible que la Fatalité, aussi exigeant que la Nécessité, toujours impératif comme la Destinée ». Il n’est pas question du simple devoir moral avec ses régles de conduite dans le monde profane, mais du Devoir obligataire du Maître Secret devant trouver un centre et un sens des êtres et des choses. Maître Secret, nous devons trouver la réponse sinon des réponses sur ce Centre, ce voussoir qui nous manque afin de sceller la clé de voûte du Saint des Saints.
Apprenant à avoir une nouvelle vision juste et centrée, sur la dimension de l’Homme et sa place dans cet Univers, l’initiation du 4ème degré a permis au Maître Secret de quitter l’Etoile flamboyante afin de passer des lignes et angles du Triangle sacré aux courbes du grand cercle puis, en passant du carré aux sphères de préparer les degrés à venir. Il s’est retrouvé alors au centre commun du Cercle et du Triangle, tous deux au cœur même de la compréhension du symbolisme du Devoir. Ce centre, c’est notre conscience, celle du Maître Secret, celle que l’on peut rapprocher de la connaissance de la Parole Perdue, cette clé de voûte qui nous manque.
Et ce rapprochement n’est possible que par la seule méditation sur le Grand Architecte de l’Univers, le Principe créateur, ce Centre identique. Ainsi, traçant la spirale du centre à la périphérie et de la périphérie au centre, le Maître Secret prend conscience que chaque homme est UN dans son identité par rapport à autrui et qu’il est tout avec les autres. Comme le Cosmos visible des scientifiques, il n’est rien, mais il condense toutes les lois de l’évolution et toute la nature dans son corps physique visible, comme ses corps subtils, invisibles, qui font de lui la synthèse vivante, le microcosme dans lequel l’Univers entier le macroscosme se projette.
Maîtres Secrets, par le travail sur nous-mêmes, aidés de notre clef d’ivoire, notre « arme divine » ouvrant notre « moi intérieur », sachons prendre conscience, interpréter et comprendre ces lois, ces témoignages afin de construire le Temple vivant capable d’accueillir les énergies cosmiques et les forces divines. Alors nous ne resterons pas telles des planètes ténébreuses dans l’ombre de l’ignorance et de l’égoïsme, car « L’éclat du jour a chassé les ténèbres, et la Grande Lumière commence à paraître ».
Je terminerai mon propos par cette pensée du sieur Schuré : « Prise à part, chaque religion est toujours étroite, superstitieuse et fausse, tandis que vue de la hauteur de l’Humanité on ne sent que la Loi Universelle et les courants célestes qui font le tour du globe ».
J’ai tracé.