Les larmes d’argent
C∴ M∴
Depuis toujours, mais c’est un phénomène qui s’est accentué depuis quelques années, je pleure facilement. Je ne pleure pas sur moi. Pour cela je suis une dure. Non…je pleure sur les autres. Sur ce que vivent les autres. Sur ce que j’imagine que vivent les autres.
Je suis une grande émotive. Certaines diront que je le cache bien…d’autres s’en seront rendu compte. Les larmes montent que ce soit pour les évènements tristes ou les évènements heureux. Même quelque chose qui peut paraitre petit ou anodin pour d’autres, suffit parfois à faire monter une émotion que je sais incontrôlable.
Mes larmes coulent par empathie. Voir quelqu’un en larmes me fait pleurer. Imaginer le chagrin et la détresse que quelqu’un peut ressentir suffit même parfois. Voir quelqu’un pleurer…me fait pleurer !
Je sens bien intuitivement qu’il ne faut pas lutter contre ce phénomène. Pourquoi lutter d’ailleurs ? Puisque c’est moi et que je cultive maintenant le « sois toi-même » plutôt que le « sois comme tu crois que les autres voudraient que tu sois ». Pour accepter d’être moi-même, il m’a fallu du temps… Avant j’étais plus dans la perception, lourd héritage laissé en moi par une vie professionnelle dans une grosse boite privée.
Mais comment faire une force de cet était de fait ? Comment interpréter mes larmes pour qu’elles me renforcent plutôt que m’affaiblir ? Comment effacer ce sentiment de faiblesse qui perdure malgré tout quand je me surprend à verser quelques larmes ?
La réflexion que j’ai menée sur les « larmes d’argent » du tapis de Maitre m’y a aidée. Présentes sur tous les tapis de loge du 3ème degré, elles représentent les larmes versées par les M M suites à la perte de leur architecte.
C’est quoi des larmes ? C’est de l’eau et du sel. Quand les larmes perlent, l’eau et sel retournent symboliquement à la terre.
L’eau est indispensable à la vie, mais elle est aussi indispensable à la putréfaction, au renouveau, à la transformation. Dans un milieu sec un corps ne se putréfie pas, il ne retourne pas à la terre : il se momifie. Ce corps sec est un témoin de ce qui a été, et pas de ce qui sera. Pour devenir un être nouveau, il faut de l’eau. Pour que je puisse devenir un être nouveau faut-il mes larmes ?
Le sel lui est un conservateur. Rien d’antagoniste : j’aime l’idée de la conservation envers et contre tout, de l’esprit qui se trouve dans toute chose. Quand il y a putréfaction, l’essence même de ce que nous voulons transmettre ne se perd pas, ne se dilue pas. Cette essence est conservée et perdure.
Ici je me dis que ma transmission maçonnique est assurée, d’Hiram en Hiram, grâce au sel de mes larmes. Grâce à mes larmes.
Et l’argent dans tout cela ? Sa couleur pâle et brillante est associée à la Lune. Planète qui, vue de la terre, est en continue transformation. Croissante ou décroissante, mais toujours en mouvements. Cette planète a une influence reconnue sur notre environnement. Savez-vous que l’association du sel et de l’argent est capitale dans la photographie argentique ? Cette association permet à l’image de se révéler…quand on trempe le papier dans ce bain spécial, la lumière et les contrastes ressortent progressivement de la feuille comme du néant. Une belle réflexion quand on sait que dans le développement tout est en négatif : les parties les plus noires de la photo ressortent en parties les plus lumineuses et vice versa.
Du point de vue alchimique, des 7 métaux reconnus, liés aux 7 planètes, l’argent est le métal qui mène à l’or, métal dit parfait. Graal de tout alchimiste qui associe sa progression personnelle à la transformation des métaux, du plus vil (le fer) au plus parfait (l’or). Sur le tapis de Loge d’Emeraude il y a 7×2 larmes d’argent. C’est peut-être un hasard, mais peut-être pas.
Tout cela me convient bien : me sentir en recherche, en transformation, cela ouvre tous les possibles et ne ferme aucune porte.
Se dire que ce que l’on fait peut avoir une influence sur son environnement, sur les autres. Sentir que l’on peut aider à la transformation de ceux qui nous suivent : n’est-ce pas l’un de nos buts ? Bonheur aussi de savoir que toujours il y aura moyen d’avancer vers un « plus lumineux », vers une personnalité plus riche.
Je me dit que mes larmes ne sont pas vaines : elles participent à ma construction et elles favorisent par leur humidité, l’éclosion de futurs hommes de bonne volontés, de futurs Hiram. Mes S S, maintenant quand je pleure, c’est avec des larmes d’argent et elles me renforcent.