Devoir et liberté
Non communiqué
Devoir et liberté, deux mots qui apparemment se contredisent, deux mots qui se cherche et se complètent :
Le Devoir entrave-t-il ma
liberté ?
C’est cette question que je me suis posée et que
je vous invite à partager.
« Reconnaissez vous sans réticence que le devoir est la grande loi de la Franc Maçonnerie, inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée ? »
Cette phrase, pivot de la construction du 4ème degré et prononcée par le TXPM lors de la cérémonie de réception, peut paraitre antinomique.
La liberté :
Mes actes volontaires sont complètements dépendants de moi et si l’on admet la liberté du maçon, cela permet de les définir comme « des actes qu’en toute connaissances de causes j’aurais pu ne pas accomplir ».
C’est ainsi qu’il apparait qu’une volonté qui ne serai pas libre n’existerai pas dans son sens véritable, la volonté implique un acte volontaire donc dénué de toute contrainte extérieure. J’ai souligné ce point car le terme « libre volonté » utilisé au premier degré lors de la prestation de serment me semble produire une confusion entre liberté d’action et liberté de la volonté.
Avoir la volonté et agir sont deux choses différentes et n’aboutissent pas forcément au même résultat. De même que le libre arbitre, qui se situe dans la diversité des actions de la volonté, celle de choisir une option parmi toutes ainsi que des moyens et de l’étendue de sa mise en œuvre.
C’est bien parce que cette liberté de vouloir ou non existe et que le maçon se définit comme un homme libre qu’il existe des règles et des devoirs, ici, comme dans le monde extérieur et chacun porte la responsabilité de les respecter ou non, conséquence incontournable de la liberté.
Liberté et Devoir ne peuvent exister et avoir du sens en l’absence de règles. Qui dit règles, dit une hiérarchie, et une organisation de la progression de la recherche des hommes. Aucune élévation de construction et particulièrement spirituelle ne peut se faire sans consulter les plans de l’Architecte, qui sont pour nous F M, le respect du REAA et le règlement de notre Ordre.
La Liberté est essentiellement la libération de l’homme dans toute sa plénitude. En se séparant du joug des influences sociales extérieures que sont les préjugés et la foi au sens dogmatique, le F M conservera la foi dans l’homme et sa capacité de perfectibilité. Cette liberté émancipatrice permettra au F M de cheminer vers son autonomie par une prise de conscience de ses engagements contractés avec Sagesse, le tout permet d’accéder à la délivrance, ultime chemin de la Lumière.
Le devoir :
Le devoir est ressenti par une volonté intérieure, il est une expression venant du dedans. Il nous indique ce qui est bon au sens moral et il s’exprime sous la forme d’une ferme volonté d’agir en son âme et conscience.
Ce cheminement sera un long apprentissage qui débute lors de notre initiation ou il m’est apparu que chacun d’entre nous le découvrira au fur et a mesure de sa progression et de l’élévation de son état de conscience.
Il apparait au 3ème degré au moment ou HIRAM à été assassiné, victime de son devoir et nous, face à ce meurtre, quel est alors notre devoir ?
HIRAM, par sa mort charnelle nous met devant notre réalité : il n’y a plus d’Architecte, toute la construction est interrompue, le chantier n’est plus qu’un chaos.
Notre Devoir va être de rechercher dans les fouilles du cadavre et du chantier les outils qui vont nous permettre de devenir nous même le constructeur de notre temple intérieur, c’est dans cette pleine conscience que le Vénérable Maître va se présenter pour sa réception au 4ème degré.
A ce 4ème degré, le Devoir appartient à la dimension de dénominateur commun du travail du M S dans l’atelier. Cette indication est largement suggérée aux M S par le fait qu’ils sont toujours reçu à plusieurs et par la corde qui les relie symboliquement au cours de leurs quatre voyages. Les lèvres closes par le sceau du secret et dans la sérénité de nos cœurs, nous devons construire notre temple intérieur afin de pouvoir intégrer le grand œuvre. L’œil qui se trouve sur notre tablier rappelle que c’est de l’intérieure de notre conscience que nous devons trouver les outils nous permettant d’accomplir notre devoir.
Nous remplirons plus facilement nos devoirs que nous les connaitrons, plus la conscience s’élève, plus ses contours se feront précis et s’imposerons naturellement à nous. Nous avons un bel exemple des temps modernes du devoir accompli jusqu’au sacrifice par notre F Pierre BROSSOLETTE qui a tout comme HIARM, choisi la mort plutôt que de révéler ses secrets.
Je vais tenter de donner une définition du devoir, pas son contenu ni son étendue car ses deux dernières notions sont du domaine personnel et propre à chacun de nous.
Le devoir ne peut être imposé par une force extérieure à nous même, il est le fruit de notre conscience et issu de notre libre arbitre, c’est le devoir envers nous même. Le devoir est une action envers ses Frères et tous les hommes mais aussi envers la société humaine toute entière, il peut s’exercer au travers de tout ce qui représente le bien d’autrui, le bien social et ou le progrès de l’humanité.
Le devoir est une action décidée, réfléchie, choisie et ne peut se confondre avec la fraternité qui est un acte spontané issu de l’Amour de son prochain, le sentiment noble du Franc Maçon.
Entre le Devoir et la Liberté pour le F M, il y a la recherche intérieure de notre spiritualité. Entre le Devoir et la liberté se dessine le moyen et l’objectif : le Devoir est le moyen, la Liberté, c’est notre objectif.
Cette recherche intérieure va être la quête initiatique de cette sorte de pèlerinage proposé par le REAA.
En effet, l’initié ne peut être authentique que dans la mesure où tel un funambule il poursuivra son chemin les yeux bandés à la recherche de la lumière, ultime manifestation de la liberté. Il poursuivra son chemin dans une sorte de déséquilibre permanent ou le Devoir empoigné à pleine main tel le balancier de ce fameux funambule qui recherche à travers ses mouvements l’harmonie des équilibres suscités par ses ajustements entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre ténèbres et Lumière.
Conclusion
Devoir et Liberté, deux mots qui dans la vie courante ne peuvent que s’opposer. Le devoir fait penser à ce qui est obligatoire, contraignant, tout juste le contraire de la liberté, symbole de légèreté, de non assujettie à la moindre règle. Alors comment ces deux termes de devoir et de liberté peuvent ils se rencontrer.
Si l’on accompli son devoir, c’est précisément qu’on peut ne pas le suivre. On peut toujours agir autrement, ou ne pas agir du tout. Dès lors, le Devoir présuppose, comme conditions préalable de possibilité, le principe de la Liberté.
En réalité, pour nous F M, ils se complètent si on les entend comme des éléments faisant partie d’une réflexion philosophique.
En effet, installés devant la balustrade qui nous sépare de la resplendeur du Saint des Saints, notre devoir est d’affuter la sagacité de la flèche libre qui nous permettra de rejoindre le Saint des Saints, lieu tenu secret et intérieure, lieu de l’accomplissement de notre plus ultime liberté, libre arbitre qui nous donnera la clé de notre réponse à la suprême question de l’homme face à l’inéluctable aboutissement de sa vie.
X P M, j’ai dit.