Sous le signe du secret
H∴ G∴ D∴
Notre itinéraire maçonnique se vit
dirigé par les rites et les symboles dans une construction
silencieuse dont le secret restera un mystere inabordable pour le non
initié. Au 4ème grade,
l’initié devient un « Maître
Secret ». Pourquoi le Secret, cet «
incommunicable », doit-il marquer de son nom le
4ème grade et se cacher sous l’apparence d’un signe? Ce
questionnement résume ma quête et le but de mes
recherches pour buriner cette planche.
Le développement qui suit sera structuré en trois parties. Je traiterai dans la première partie de façon générale du secret en maçonnerie avant de faire un focus sur le signe du secret dans la deuxième partie. La troisième et dernière partie traitera de ma compréhension de l’importance, de l’existence et de la quête du secret.
La maçonnerie secrète et le secret de la parole.
Secret vient du latin « secretus », participe passé de « secernere » qui veut dire « écarter ». Un secret n’est connu que d’un nombre limité de personnes et il est ou doit être caché des autres. Un secret, c’est aussi un ensemble de connaissances et d’informations qui doivent être réservées à quelques-uns et que les détenteurs ne doivent pas révéler. Il sert nécessairement à préserver quelque chose, soit son détenteur, soit les non détenteurs, ou encore la nature. De ce fait, le secret peut constituer une charge parfois lourde et difficile à porter. Il confère à son détenteur une responsabilité supplémentaire et des contraintes de protection.
Le secret est l’une des principales obligations auxquelles doit se soumettre toute personne entrant dans la F M. Le nouveau, pour être reçu apprenti, prend l’engagement solennel de garder secret tout ce qui concerne la Maçonnerie et de ne rien révéler à qui que ce soit appartenant au monde profane. On ne transmet pas à qui n’est pas officiellement habilité à recevoir. Le secret tient également une part importante dans les rapports entre les F M en revêtant trois formes : (I) le secret d’appartenance (un Maçon ne doit jamais révéler à qui que ce soit l’appartenance de telle ou telle autre personne que lui-même a la F M) ; (II) le secret des rites (un Maçon ne doit rien révéler de son grade et de tout ce qui s’y rapporte à un autre Maçon n’étant pas encore parvenu à ce niveau d’élévation initiatique) et (III) le secret des délibérations (tout ce qui se dit lors des tenues d’une Loge, d’une obédience ou d’un Conseil ne doit être révélé à un absent, la seule trace tangible devant rester la planche tracée qui sert de compte rendu officiel).
En outre, par-delà les considérations de pure forme touchant aux rites, aux rituels ou à l’organisation de la vie maçonnique, force est de reconnaître que le secret est omniprésent car inhérent à la dynamique et à l’initiation maàonnique : fondamentalement, l’essence véritable de la démarche initiatique n’est pas transmissible par des mots, même venant d’un Maçon. La voix initiatique ne peut se limiter à être entendue, elle doit être vécue, c’est une question d’expérience strictement individuelle, des plus intimes. Personne ne peut la traduire par des mots (donc par une levée de secret), simplement parce que chaque individu est différent de son voisin et vit autrement son élévation symbolique et son accession à la Lumière de la Connaissance. La transmission par voie initiatique ne peut être identique d’un individu à l’autre, même si le rituel est le même, car la quantité et la nature de la Lumière reçue dépend du désir de recevoir qui détermine la capacité de réception de chacun, qui elle-même dépend de la capacité de donner. Pour recevoir, il faut être capable de donner une quantité équivalente : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ainsi, il est impossible de savoir quel type d’alchimie s’est produit en un individu lors de son initiation et à chaque instant de sa vie, lui-même ne le sait d’ailleurs pas avec précision. N’est ce pas l’une des raisons pour lesquelles les impressions d’initiations ne font l’objet de discussion et de commentaire en Loge ?
Dans ces conditions, parler de la F M, ce n’est jamais que toucher à l’environnement des choses, jamais au coeur même de ce qu’elle est réellement, car cela ne peut être révélé, en une sorte de mystérieuse alchimie intime, qu’au plus profond de chaque individu. L’enseignement par les symboles introduit en F M une dimension très subtile du secret. En effet, le langage profane reste au pied de la lettre, exprime directement et facilement le signifiant. Par contre, le langage symbolique, aussi réducteur qu’il soit par rapport aux idées, autorise la quête et la recherche et au-delà du dogme, embrassant un sens ésotérique.
Le mot ésotérisme, si cher à l’initié, vient du Grec « eiso » signifiant « au-dedans ». Il renferme donc, de fait, une notion du secret qui permet au Maître d’enseigner à ses disciples par les voies de l’intuition, un savoir inaccessible aux non-initées.
Vu sous cet angle, l’enseignement concernant l’inexprimable ne peut que prendre le cheminement du symbolisme. Le secret est l’âme du langage de l’initié, il est le signe de reconnaissance qui lui permet de partager avec ses pairs le savoir de l’existence du tresor cache. Le logos visible du langage est le réceptacle d’un logos caché, d’une splendeur mystérieuse. Si le secret est visible, il n’y a plus de secret, plus de quête, tout est dit, tout est vérité et tout devient alors dogme car l’interprétation et le ressenti deviennent uniques et l’adepte voit son degré de liberté réduit à zéro.
La F M nous enseigne que la clé n’est pas dans l’écrit même, mais dans l’interprétation et l’assimilation de celui-ci par l’homme qui cherche à percer la chambre secrète de son coeur. Il faut dépasser le sens premier de ce que nous voyons, observons et entendons, pour accéder, ou tout au moins tenter d’acceder, au sens profond, bien plus utile et plus pure, qui permet à l’initié d’entrer dans le noumène. Il se pose alors la question de savoir si ce secret maçonnique que nous n’avons pas le droit de dévoiler, est vraiment un secret ou plutôt une connaissance, une expérience, un vécu qu’il est de toute façon impossible de transmettre à qui n’est pas passé par là? Il me semble bien qu’il y a un peu de deux. Il faut percer ce secret pour trouver la connaissance. Il faut rompre le silence vis-à-vis de ceux que l’on croit aptes à comprendre les mystères du Secret, de la Connaissance.
A travers le Secret nous pouvons aller à la découverte de ce qui est occulte, prendre conscience avec l’occultisme, l’ésotérisme, la connaissance spirituelle profonde et l’énergie secrète unique de la nature, des forces supérieures qui sont en nous et que nous ne savons pas exploiter, ou que nous ne voulons pas exploiter par peur de l’inconnu ou tout simplement par ignorance. La définition même de l’occultisme n’est-elle pas doctrine de ce qui est caché et exercice d’une méthode secrète ? La chose occulte se réfère donc à ce qui ne peux pas être ouvertement exprimé à n’importe qui par manque d’expérience ou de connaissances. Tout doit être dévoilé petit à petit, avec parcimonie pour que nous puissions l’assimiler, le comprendre et surtout l’accepter.
De fait, cette science occulte ou ésotérique ne peut, ni s’enseigner, ni s’apprendre : elle ne peut que se saisir.
Le 4ème degré sous le signe du secret.
A travers l’histoire antique toutes les organisations initiatiques ont observé la loi du silence et la discipline du secret. On trouve dès l’antiquité trace de ce signe avec l’index et le médium de la main droite sur les lèvres, les autres doigts repliés. En Egypte il est associé à Harpocrate, fils d’Horus qui guérissait le corps et les âmes. Les grecs l’utilisaient pour représenter la Pythie de Delphes. On le retrouve aussi dans les représentations du Christ en majesté sur le tympan des cathédrales. Dès le 12ème siècle, le signe du secret est mis en lumière par le geste de consécration des rois et des prêtres auquel, en 1376, se rajoute l’apposition du sceau royal, cimentant la fermeture hermétique de ce qui doit être « mis à part et préservé ».
La dénomination du 4ème degré, qui est le premier degré de la Loge de Perfection, confirme l’importance de la notion de Secret en maçonnerie. En effet, le Maçon parvenu au 4ème degré est désormais appelé « Maître Secret » et son initiation qui commence par l’apposition du sceau du secret sur ses lèvres, finit par l’engagement solennelle de « ne révéler aucun des secrets » du grade. Il est donc, plus qu’a tout autre grade precedent, place sous le signe du secret, pour sceller definitivement en lui ce qui doit être « preserve des autres », lié à partir d’un rituel, dans la stricte discrétion, par son engagement, à l’Ordre et à tous les Maîtres Secrets de la chaîne initiatique par la transmission d’une force spirituelle, qui éveille sa conscience morale. Le secret prend ici un caractère plus que jamais sacré.
Le Maître secret doit désormais, pour s’en rappeler à chaque instant, poser le signe du secret formé des deux premiers doigts de la main droite sur ses lèvres avant et après toute parole, toute intervention, comme pour avertir son auditoire que même en parlant, il continue de garder en secret ce qui doit l’être.
Ce signe des deux doigts de la main sur la bouche, étroitement lié à l’attitude du Maître Secret, anoblit et transcende puisque, si le silence est mis en pratique dès le grade d’apprenti, il prend à partir de ce grade la signification et la dimension du secret. Le Maître secret ne se tait plus comme l’apprenti parce que contraint de garder le silence, mais il se tait pour garder le secret.
Au 4ème degré, le silence relève davantage d’une retenue volontaire dans le discernement et d’une méditation dans la maîtrise du verbe qui n’est plus imposé de l’extérieur, comme celui du signe d’ordre d’apprenti. Du silence de l’Apprenti à l’integration du bon usage de la Parole du Maître, une nouvelle gestation s’opère dans le silence. A la menace du signe pénal de l’Apprenti, le Maître secret substitue un pouvoir d’action autonome dans le but d’atteindre un objectif qui lui est bien connu. Il ne se retire plus sous la loi du silence comme en loge bleue mais il se tait « en observant de garder le secret ».
Le maintien du secret est un engagement qui doit être respecté à tout prix, c’est une charge qu’il s’est solennellement engagé à porter. Et malheur à lui s’il se montre indigne de la porter. Le secret lui appartient, scelle dans son coeur et lui permet de reconnaître sa liberté d’obéir librement au Devoir, sans contrainte, ni nécessité. Il est la confirmation d’un cheminement intérieur qui a progressivement gagné en acuité. Le Maître secret se prive délibérément de parole pour élever son esprit vers le subtil et conserver en lui le secret de ses connaissances acquises. C’est dans le silence que l’introspection nécessaire exige, qu’il y parviendra. Il faut observer que le secret demande et nécessite le silence ; silence externe, mais aussi et surtout, silence intérieur. Ne dit on pas que « celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas ? »
Arrivé à ce stade de ma réflexion, plusieurs questions me viennent à l’esprit : en quoi consiste donc ce secret ? quelle en est la nature ? et que permet-il de faire ? Mais je fais vite de me rendre compte que ce sont là des questions stupides, car, si même je connaissais les réponses, je ne devrais les donner car sinon, je ne serais plus un « Maître secret ». Cependant, si je ne peux partager ce secret avec mes frères puisqu’il est mien, qu’il est ma cathédrale en devenir, puis-je au moins partager le savoir que le secret existe ?
Qu’en est-il du véritable secret ?
Maître secret, je verse, avec mes Frères, des larmes sur le tombeau du Maître Hiram, et parts à la recherche de la Parole perdue, mais avant, je dois vivre le deuil du Maître. Je le vis dans mon silence, dans le secret de mon temple intérieur.
Si la mort symbolique faisait partie des mystères de l’antiquité, elle est également présente dans tous les rites d’initiation marquant les changements de nature et d’états de l’être. Tout ce qui vit meurt, c’est la loi de l’entropie ordinaire. L’homme est mortel et il en a conscience, c’est d’ailleurs là son drame, mais peut-etre aussi sa richesse, puisqu’il pense, et que la philosophie est sans doute née de ce drame avec les interrogations qu’il suscite : tout meurt-il en l’homme ? que reste t-il de sa vie, de sa pensée, de ce qu’il fait, de ce qu’il dit ?
Les Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’univers, dans le Cosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre. C’est vrai qu’aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir ; tout vit à jamais, et c’est peut-être là l’irréfutable preuve de la vie éternelle. Selon Paracelse, « Celui qui veut entrer dans le royaume de Dieu doit premièrement entrer avec son corps, dans sa mère la terre, c’est-à-dire qu’il doit mourir ». C’est en cela aussi que la légende d’Hiram, qui restitue au problème de la mort toute sa dimension métaphysique, interpelle la conscience du Maître Maçon dans toute sa profondeur, puisqu’à l’image d’Hiram, il renaît d’une mort symbolique pour assurer la pérennité de l’oeuvre.
Mais les lamentations sont stériles et ce n’est pas tant la perte de l’individu que nous pleurons mais surtout celui du Mot des Maîtres. A partir de là commence pour le Maître Secret, la longue introspection qu’il entreprend sous le signe du secret et du recueillement, convaincu de son devoir de poursuivre la recherche de la Vérité et de la Parole perdue en rassemblant ce qui est épars : après la désunion et la dispersion il faut rassembler les parties pour reconstituer l’ensemble.
Maître Secret, je suis donc parmi les sept Maîtres désignés pour poursuivre l’oeuvre d’Hiram dans l’achèvement du Temple et construire le tombeau du Maître. Il me faut garder en secret ces nouvelles références, et si aucune clef de métal, donc étrangère, ne pourra jamais ouvrir mon coeur sacré, celle du grade, en ivoire précieux, est la seule à pouvoir le faire, quand enfin je découvrirai la serrure du Saint des saints que je préserve par une balustrade, donc profondément caché en moi.
La relation étroite entre le temple et mon espace intérieur me place devant l’inconnu de moi-même, face à la nécessité d’aller chercher, de rentrer en moi mais aussi de partager avec le monde. C’est aussi pour cela qu’après la connaissance des outils, la pause du 3ème degré, le rituel du 4ème degré secoue et violente (voile, corde au cou, etc.). Il est la prise de conscience et la mise au travail dans le discernement et des Devoirs. Bien qu’il soit parfois plus difficile de reconnaître ses devoirs que de les accomplir, le Maître secret sait que l’un de nos devoirs est de chercher la vérité qui est en lui, cet homme multiple et dispersé qu’il faut rassembler, reconstituer et transformer pour aller plus tard transformer les autres.
La véritable quête n’est donc pas d’achever le Temple « n’importe comment ». Il faut rechercher, pour le découvrir, le descriptif prévu, la parole qui ouvre le secret de la vie et de son sens. Le symbolisme du temple de Jérusalem comme modèle de construction de l’initié nous dirige ainsi dans la conviction que la création au départ a un objectif précis.
En effet, la nature, le monde, la vie existent, parce qu’un principe créateur a déclenché le processus de création et il y a une cause à ce déclenchement, quel que soit le nom qu’on lui donne. Ce qui, par déduction, implique que s’il y a une cause il y a un objectif, et que cet objectif est contenu dans le descriptif du sens de la vie. Mais la parole initiale est perdue avec la mort du Maître. Sa substitution résume à elle seule l’éloignement de l’homme de son Principe. La création semble alors avoir pour objet un projet mystérieux, et c’est l’homme qui paraît être investi, du fait de son intelligence et de ses capacités spirituelles, du pouvoir de faire de cette création la construction la plus réussie possible, en accord avec le sens voulu par le Principe.
Autrement dit, le mystère de la vie, le mystère qui entoure la mort, le mystère de ce qui a pu être la cause première de tous les phénomènes cosmogoniques reste entier. L’initié pris entre le rationnel et l’irrationnel, doué de raison, donc imaginatif et intuitif, reste persuadé que le séjour de l’homme sur terre, avec ses générations successives, est utile à quelque chose. Bien que impossible à définir, ce quelque chose justifie son existence et le persuade que son rôle dans ce processus est primordial.
Maître Secret, je favorise le dialogue intérieur qui me met en relation avec ma conscience et le plus profond de mon être. Je pense que cette parole perdue, cette lumière qui est en moi, mais que je ne distingue qu’imparfaitement, je ne peux et ne dois chercher sa brillance que dans la méditation induite par le silence, dans le secret de mon coeur. Il me faut dépasser le concept de l’apparence des choses pour me rallier à une recherche du sacré, remonter vers les origines, aller vers l’essence de la lumière, vers le Un. Je dois faire taire le bruit des mots, des disputes et des argumentations, mettre fin au tumulte des appétits, des passions, des folies qui se cachent dans mon corps et dans mon coeur et, enfin dans ma paix intérieure, demander à la Sagesse infinie qu’elle me dise ses secrets.
Le secret est certainement multiple. Je le découvre progressivement, emboîté dans les grades de mes instructions, au fil de mes méditations et de mon perfectionnement. Je porte sur moi la clef d’ivoire, mais le chemin est encore long vers la sérénité, vers la sagesse qui consiste à ne pas chercher au-delà de moi, la réponse à ma vie, à ne faire confiance qu’à moi-même. Le « connais-toi toi-même », cette quête de perfectibilité qui nécessite la clairvoyance de mes propres défauts, de mes erreurs, des chemins malheureux empruntés, est une victoire à remporter. La connaissance doit se vivre à travers moi.
En s’élevant dans le silence intérieur, on touche à la connaissance sans révélation spectaculaire, par l’effort sans cesse renouvelé dans l’accomplissement de son devoir, on gravit l’échelle de la connaissance et de la sagesse. Alors se produit, indiciblement, lentement mais surement, l’éveil de l’Etre, le Salut. Cette introspection au plus profond de ce que l’on est, nul ne peut la découvrir pour autrui. Elle tend vers l’équilibre de soi-même qui précède l’équilibre avec les autres. Car, une victoire n’est jamais complète si elle ne doit pas servir l’humanité : « la découverte du temple intérieur est l’étape première qui précède la construction du temple de l’humanité » disait en substance Jean Mourgues. De ce fait, la connaissance devient un syncrétisme de toutes les connaissances acquises par chacun d’entre nous. A chacun de s’y promener et d’y puiser sa plénitude puis de la partager et de l’ajouter à la connaissance.
Conclusion
Il convient de réaffirmer que c’est seulement alors dans le silence de sa conscience que l’initié, en quête d’unité en rassemblant ce qui est épars, dans l’union de l’esprit et du coeur, dans le secret de sa réalisation spirituelle, saura que la création est permanente dans le transitoire de la pensée de son âme. Le vrai secret réside dans l’expérience initiatique qui débute avec l’initiation qui permet au néophyte de passer symboliquement du monde profane au monde sacré. Ce moment est absolument personnel. L’introspection qu’il provoque enclenche, dans les couches les plus profondes de l’âme de l’initié, un processus de perfectionnement impossible à exprimer à quelqu’un qui ne le vit pas lui-même. Cette expérience initiatique est absolument incommunicable. Il est indispensable de l’avoir vécu pour espérer la connaître.
Le Maître Secret entame la longue route à la recherche de la parole perdue. Il accomplit son devoir, parce qu’il est le Devoir, sans songer à la récompense, puisqu’il est parfois plus facile de faire son devoir que de le connaître. Il sait que sa recherche est une constante, et comme le dit Lao-Tseu, l’important n’est pas le but, mais la voie. Les ténèbres ont envahi le chemin et la seule lumière dont il peut se contenter doit venir de son coeur, de sa conscience et de son sens du devoir. Le coeur doit donc être son gouvernail, mais comme le dit un proverbe chinois, « le fond du coeur est plus loin que le bout du monde ».
Peut-il, dans ces conditions, vraiment parler de ce secret caché en lui ? Puisque, bien qu’étant en lui, ce secret reste caché de lui-même, il ne l’a pas encore trouvé. Il reconnaît et sent sa présence et sa nécessité, mais il lui faudra d’abord rassembler ce qui est épars pour tenter de comprendre cet être unique, puis lui donner un nom.
Je voudrais terminer par deux citations qui pourraient nourrir nos réflexions : la première de Voltaire dit « surtout de vos secrets, restez le maître : qui dit celui d’autrui doit passer pour un traître, qui dit le sien, mon fils, passe pour un sot » et la deuxième tirée d’un proverbe chinois dit « celui qui connaît le secret ne le trahi pas, celui qui trahi le secret ne le connaît pas ».
J’ai dit !