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En quoi le rituel du 4ème degré incite-t-il, le Maître secret à exercer un travail alchimique sur lui-même – 10 ans après ?

Auteur:

P∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


En fait, j’ai déjà traité ce sujet, quelques mois après avoir été initié au 4ème degré. Ne connaissant rien à alchimie, notre passé Trois Fois Puissant Maitre, m’avait tout naturellement proposé de travailler à partir de ce même intitulé. Mes connaissances en la matière n’ont pas beaucoup progressé en fait. Je ne n’en suis pas plus expert, mais force est de reconnaître que l’alchimie fait partie de ces outils de construction que nos rituels proposent.

Pour traiter ce sujet, aujourd’hui, je l’ai abordé d’une autre manière dans sa structure pour pouvoir aller fouiller dans le rituel un peu plus loin que je ne l’avais fait auparavant. En fait, le libellé du titre de cette planche contient tout : Rituel, Incitation au travail alchimique, et Exercice sur soi-même.

Préliminaires :

L’alchimie fait partie de ces outils parmi tous ceux qui peuvent nous être proposés par la F M dans le cadre de la construction de notre temple. Est-ce que je m’en suis servi pour la compréhension générale de nos rituels ? Je répondrai : oui, mais de façon marginale parce que je ne veux pas en faire trop avec les composantes bien connues de l’alchimie : le sel, le souffre et le mercure. C’est aussi une volonté pour ne pas s’enfermer sur un outil. En fait j’essaie de faire comme nos rituels : je récolte un peu partout pour mon temple. Les mythologies grecque et égyptienne, la Bible, le Compagnonnage, avec ses influences vers la F M opérative, spéculative, la chevalerie, la tradition templière et enfin l’alchimie sont autant de moyens de construction pour aller toujours plus loin dans le questionnement qui m’agite avec des bribes de réponses piochées çà et là.

A l’instar de Roger Dachez, dans ses recherches sur l’origine des contenus de nos rituels, ce travail est très intéressant, mais il est important de noter qu’un des prérequis consiste à ne pas croire que les hauts grades résultent d’un programme initial et ont été rédigés par des supérieurs inconnus ou de grands initiés. L’évidence est qu’ils ont été créés en fonction des besoins et des circonstances par des gens qui ont puisé à la fois dans une documentation que l’on peut partiellement retrouver et dans des circonstances sociales qui à l’époque étaient sous leurs yeux.

Cela n’enlève rien à la portée intellectuelle et morale ni la valeur initiatique ou spirituelle du travail final. Mais ce travail a reçu une valeur ajoutée dans un deuxième temps. On a ensuite, en quelque sorte injecté des valeurs, parce que pour transmettre des valeurs il n’y a que deux possibilités : la première est de les enseigner dans un cours magistral ex cathedra, et l’autre est de les insérer dans un vécu. Depuis l’origine des temps, on n’a pas fait mieux, en tout cas on n’a pas trouvé de troisième voie et d’une manière certaine la F M s’est surtout efforcée d’exploiter la deuxième voie au travers de ses rituels.

I Rituel

A l’ouverture de nos travaux, de prime abord, on ne voit pas trop d’influence alchimique :

Nous nous glorifions d’avoir été reçus Maître Secret, et ce, sous le laurier et l’olivier en passant de l’équerre au compas, nous avons versé des larmes sur le tombeau d’Hiram (ah tient là, pourquoi pas), nous venons chercher la Vérité et la Parole perdue, et nous pouvons commencer à travailler puisque l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître (ah il y a peut-être quelque chose à fouiller par ici aussi…).

Allons maintenant visiter le Rituel d’initiation au 4ème degré :

Avant de franchir la porte, les V M récipiendaires entendent pour la première fois l’Expert s’adresser au président de la Loge en l’appelant « Trois fois puissant Maître »

Pourquoi T F P M ? Qui est-il, qui représente-t-il ?

Pour mémoire également, lors de cette cérémonie, notre perception de la lumière est incomplète, nous ne voyons pas bien, nous ne comprenons pas bien. Comment mieux voir alors ? Cela sera expliqué pendant la cérémonie et il va falloir ensuite travailler pour mieux comprendre. En somme, le Trois fois Puissant Maitre nous dit de ne pas nous reposer sur nos lauriers sous prétexte que nous entrons en Loge de perfection. Accéder au 4ème degré dans le cadre des Loges de perfection, ce n’est pas une fin en soi. En revanche, pour accomplir mon nouvel apprentissage, on va me clore les lèvres du Sceau du secret.

1 source fondatrice : au travers du T F P M : Hermès ou plutôt Hermès Trismégiste (Hermès le Trois fois très grand).
1 geste alchimique : des lèvres closes, hermétiques. Hermès est encore là.
1 dialogue avec la Nature : le laurier et l’olivier.
1 sentiment alchimique : Nous avons versé des larmes sur le tombeau de Maître Hiram.

Puis, aux symboles de la Clé d’ivoire, de la Balustrade, viennent s’ajouter des injonctions autour du Devoir que nous entendons martelées bien fort. En fait, je dirais que chaque appel au devoir qui nous est communiqué ne relève pas de l’incitation, ce n’est pas suggéré, mais plutôt asséné !

Je reviendrai plus loin sur les injonctions qui parsèment ce rituel, mais parlons donc un peu d’Hermès.

Les origines de l’alchimie sont anciennes, et la triple source égyptienne, romaine et grecque constitutive d’Hermès Trismégiste via Thot et Mercure plante un décor ancien. Hermès-Mercure représente à lui seul le Dieu de la Guérison, du Commerce, de la Communication.

L’étude de cette divinité dans son pays d’origine seulement pourrait déjà nous occuper de longues heures. Le propos n’est pas là, mais notons cependant qu’Hermès Trismégiste était réputé disposer :

– de la triple sagesse (naturelle, morale et métaphysique)
– de la triple connaissance (minérale, végétale et animale)
– de la maitrise des 3 mondes (le ciel, la terre et les enfers)

La complexité de l’Art royal commence déjà avec le schéma ternaire des philosophes hermétiques où :

1) l’âme de l’alchimie se trouverait à Alexandrie.
2) Son corps avec cette abondance de pratiques empiriques, de savoir technique, de maximes et d’images allégoriques, c’est aux Arabes qu’on le doit.
3) Son esprit enfin est étroitement lié à la philosophie de la nature telle qu’on la trouve en Grèce déjà au Vème siècle avant J-C.

La philosophie hermétique a généré un langage figuré nécessaire chaque fois qu’il s’est agi de faire prendre corps à des notions transcendantes. Les allégories et symboles sont là pour nous aider dans ce sens, mais cela demande de gros effort pour « décoder » ce qui est présenté à nos yeux depuis notre initiation. Notre démarche initiatique commence par cette épreuve de décodage. C’est pourquoi nous travaillons d’abord notre pierre brute avec le maillet et le ciseau, que nous passons ensuite de la perpendiculaire au niveau, puis de l’équerre au compas.

Concernant ce que j’ai appelé le 1er sentiment alchimique : « Nous avons versé des larmes sur le tombeau de Maitre Hiram ». Les larmes sont la manifestation d’une émotion qui vient du fond du cœur. L’alchimie ne saurait s’exercer avec de faux sentiments. Ces larmes qui remontent de nos tripes, sont le fruit d’une émotion difficilement consolable. Ce mélange d’eau et de sel est un mécanisme physiologique qui procure un sentiment d’apaisement pour se libérer les tensions de l’angoisse naissante. L’action alchimique se fait dans le calme et la sérénité, il faut avoir purgé les émotions excessives pour garder le contrôle de la transmutation.

Si l’un des objectifs de l’alchimie est la réalisation du grand œuvre, je dois en dire plus sur ces phases du grand œuvre, ou encore réalisation de la pierre philosophale. L’alchimie est une représentation de la création de l’Univers. L’Univers a pour origine l’Unité qui se fractionne de plus en plus jusqu’à notre monde, celui que nous appelons monde manifesté. Le premier fractionnement donne la Dualité : les Ténèbres et la Lumière. Un second fractionnement fait apparaître les trois principes de l’alchimie : Le Sel, le Souffre et le Mercure.

Le Sel est la matière brute qui ne peut plus être dégradée. Le Souffre est l’énergie brute qui est présente mais qui n’est ni différenciée ni orientée. Le Mercure est l’information qui va orienter, ordonner et structurer l’énergie du Souffre.

Et aucun de ces principes ne peut s’exprimer seul pour recréer toutes les structures de notre Univers.

II Incitation au travail alchimique

La F M nous laisse libre par la nature même de sa méthodologie qu’elle nous propose au travers des rituels depuis notre initiation. Nous avons coutume de dire qu’il n’y a pas de dogme. Seul notre travail volontaire et personnel par l’écoute et l’analyse de nos rituels peut nous pousser à aller plus loin dans notre progression. Ce travail incitatif se remarque par toute la richesse de symboles qui nous sont proposés, et le 4ème degré n’y échappe pas.

Le premier lieu où nous avons été mis en contact avec l’alchimie est le cabinet de réflexion avec l’épreuve de la terre. Ce sont les premiers signes qui nous sont apparus. Commence alors la grande aventure de celui qui va renaître en entamant un cycle de vie qui nous a tous chamboulé. Le processus de purification des alchimistes commence dès cet instant. Depuis le VITRIOL de l’apprenti « Visite la Terre et en Rectifiant, tu trouveras la Pierre Occulte » jusqu’au combat du Maître contre l’ignorance le fanatisme et l’ambition déréglée. Les rituels nous ont présenté les symboles qui nous ont permis de nous reconstruire en épurant notre pensée profane pour qu’elle réponde à l’exigence maçonnique de quête de Vérité et de sagesse.

Au 3ème degré nous découvrons l’allégorie de « la grande faucheuse » avec un rituel qui rend grâce à la dépouille de Hiram. Sur ordre du T V M lorsqu’il s’agit de « transporter les restes si chers et si précieux », c’est pour en faire quoi et comment agir ?

Un travail alchimique passe par là. D’abord, « La chair quitte les os » en voulant relever Hiram, puis, « Tout se désunit ». Le T V M réussit enfin à relever Hiram avec l’aide des deux Surv car l’union fait la force. Et surtout il nous montre l’importance du rythme ternaire, qui, ne faisant qu’un permet de donner la vie, alors que les tentatives pour relever Hiram avaient commencé par un échec.

Ce travail de laboratoire conduit l’alchimiste aux phases d’Extraction – Dégradation – Putréfaction (Œuvre au Noir), de Purification pour s’approcher le plus possible de l’accord parfait (Œuvre au Blanc), Maturation et Multiplication de la matière contenant le message juste et parfait (Œuvre au Rouge). Mais au-delà de ce travail sur la matière, l’alchimiste doit procéder à sa propre purification. C’est pour cela que l’on dit que l’alchimie est un dialogue avec la matière et aussi avec la Nature.

Le regard que je portais sur l’alchimie avant d’être initié en F M me laissait comme seule impression qu’il s’agissait de chimistes curieux de tout et d’amoureux de la nature, mettant une touche de spiritualité dans leurs recherches afin de vivre la conscience en paix avec le Créateur ou plutôt en paix avec les institutions religieuses de l’époque. De la même manière que l’alchimie a évolué, la F M pratiquée aujourd’hui n’est plus tout à fait celle pratiquée au XVIIIème siècle.

La découverte de notre nature spirituelle entre dans notre démarche maçonnique. Le travail alchimique exercé de façon consciente ou inconsciente est constitutif de notre démarche initiatique mais il est stérile si nous ne recherchons pas cette nature spirituelle. C’est certainement pour cela que nous travaillons hors du temps profane, dans un temps sacré, pour aller plus loin et prétendre alors à un travail alchimique efficace.

Autre fondement de l’alchimie : la Table d’émeraude. Selon la légende, il s’agit d’une tablette taillée dans de l’émeraude pure retrouvée dans la sépulture d’Hermès Trismégiste. C’est une présentation du grand schéma de la Création que je ne détaillerai pas ici, car ce sujet à lui-seul peut être traité dans une planche à part. Rappelons cependant qu’Hermès Trismégiste, personnage légendaire omniscient, en aurait été le rédacteur et faisait valoir (grâce à ses tournures allégoriques) le lien indéfectible entre le macrocosme et le microcosme.

Pour revenir sur les injonctions pendant la cérémonie d’initiation au 4ème degré, je ne les citerai pas toutes, mais rappelons celles-ci par ex. :

« Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie ».

Cet exemple est typique de la remise en cause de l’exercice même de l’alchimie. Re-tester pour ré-éprouver ce qui n’a pas été jusque-là satisfaisant.

« La Vérité est inaccessible à l’esprit humain, il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais ».

C’est bien le sentiment que nous pouvons avoir de l’alchimie, cet accord parfait, cette recherche de note visant à la perfection, est un but. Par analogie, nous sommes à ce stade dans l’œuvre au Blanc. Nous sommes-nous déjà approché de cet accord parfait ? Je ne rentrerai pas dans le détail des moyens matériels alchimiques employés au Moyen-âge et jusqu’à la Renaissance, car la transmutation dont on parle est notre propre transformation. Cette réalisation parfaite à partir de matériaux impurs, correspond au but que nous nous assignons : nous réaliser à partir de nos imperfections pour tendre vers cet accord parfait. Mais pour quelle raison ? Selon les alchimistes, lorsque cet accord parfait est obtenu, une note supplémentaire apparait : la note de l’univers, celle qui nous relierait directement avec l’Un ! Le premier principe de l’enseignement hermétique est justement l’Unité. Le deuxième principe est celui de l’immanence où tout est en nous. Tout est né du Un, Un est le Tout, et tout est en nous. Le serpent se mord la queue…

« Il n’y a de véritablement admirable que la Loi universelle… »

Peut-on admirer autre chose que cette loi universelle ? Celle qui régit tous les équilibres, celle qui a fait la Nature, et en tant que francs-maçons notre nature humaine. En hommes libres si nous agissons selon cette loi, nous pouvons même nous approcher de l’impératif catégorique de Kant « Agit de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une Loi Universelle ». Nous pensons souvent être contraint par l’extérieur, mais par notre action, nous nous sommes également les rédacteurs de cette Loi à notre manière. Nous retrouvons ici le lien qui unit l’intérieur à l’extérieur (et vice versa…)

Plus loin dans le rituel d’initiation, on nous rappelle que l’idéal de la F M est l’accomplissement du devoir porté jusqu’au sacrifice. La maxime du Taciturne « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » nous prévient déjà qu’il ne faut pas se décourager, et que c’est le devoir qui peut nous sauver. Le devoir étant l’action c’est pour cela que le rituel incite, et même plus, il impose, il force !

IV Exercice sur soi

La quête de l’alchimiste est de rechercher et de percevoir les trois principes de l’alchimie qui seraient comme les trois notes de l’accord parfait. Lorsque cet accord est obtenu, il apparaît une note supplémentaire qui est la note de l’Univers, directement en rapport avec l’Unité. Pour chercher cette note, l’alchimiste utilise la matière palpable de notre monde.

Dans ce monde justement, l’histoire de toute la vie est aussi l’histoire de nos échecs, sur lesquels nous devons rebâtir pour mieux réussir. Il faut toujours tirer un enseignement de nos échecs, et cette obstination, nous la retrouvons chez les alchimistes, qui, je pense -quelles que soient les époques auxquelles ils ont œuvré – ont fait preuve de ténacité pour traverser les siècles. Je ne rentrerai pas dans les considérations de recherches d’élixir de longue vie chères à certains alchimistes, mais il m’apparaît plus raisonnable de me tourner vers le symbole d’une maçonnerie signe de vie perpétuelle. Notre vie maçonnique a commencé dans le silence, elle se prolonge par le travail, et elle se terminera par le silence final. Toujours est-il que nous nous débattons dans nos mystères, nos questionnements, car nous avons la chance d’en avoir un. « La chose du monde la moins compréhensible, affirmait Einstein, c’est que le monde soit compréhensible ». C’est sans prétention, mais il est assez naturel, pour le commun des mortels – les êtres vivants dotés d’une âme – d’avoir cette forme de questionnement sans être pour autant un scientifique hors pair. L’inconcevable reste inconcevable même pour les plus grands cerveaux. Notre humble satisfaction, c’est de travailler sans cesse et sur tous les plans au progrès de son humanité. En cela, la démarche initiatique maçonnique, est une démarche alchimique. Elle s’effectue par paliers successifs.

Le journal de la GLDF de Juin 6004 avait édité un dossier sur l’Alchimie. Notre fr. F B rappelait dans son article que l’alchimie pose le principe que tout est vivant, que tout évolue, que la conscience est en tout. La science cherche comment la matière a créé la vie, l’alchimie déclare que c’est la vie qui créé la matière pour les besoins de son évolution.

La nature a un but et un seul : l’évolution de l’Essence de la Vie, l’âme du monde ou la Materia Prima des Anciens, et ceci se fait par un processus unique qui est celui de vie-mort-renaissance accompagné de phases de purification ou de remise en ordre des éléments, des choses ou des êtres, la partie opératoire étant consacrée à cet aspect.

Notre devise « Ordo ab Chao », ne peut pas être comprise dans le sens de la suppression du chaos pour parvenir à l’ordre. Mais en partant du chaos, nous tirons les enseignements du désordre pour remettre en ordre ce qui doit l’être. Toute la complexité tient dans les choix, préférences des éléments à remettre en place, dans le temps et dans l’espace pour y parvenir. Dans de nombreux mythes, l’idée de l’ordre se réalise à partir du chaos initial. Avant l’Ordo il y avait le chaos.

L’acte Ordo ab Chao est un acte de séparation, de transformation du chaos, qui va donner une forme à l’informe, une densité au vide, c’est un acte créateur.

Et nous allons l’appliquer à nous même pour développer le discernement à comprendre et ordonner le monde dans lequel nous errons. J’emploie volontairement le terme, « nous errons » car la mutation constante et rapide du monde dans lequel nous évoluons crée plus de confusion que de clarté dans les esprits. Or, nous cherchons la lumière. « L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande Lumière commence à paraître » (commence seulement). La matière que nous sommes chargés de transmuter, c’est nous-mêmes ! Et c’est le processus initiatique qui nous le permet agissant ainsi sur l’esprit et donc sur notre comportement. Il faut un certain temps pour aboutir à cette assimilation. Aboutir n’est pas tout à fait juste, cela laisse entendre que le travail pourrait être achevé. Parvenir serait plus juste. Le temps en question n’est pas compté puisque nous œuvrons hors du temps.

La notion de devoir qui nous est fermement et régulièrement rappelée au 4ème degré nous rappelle que le Franc-maçon est dans l’action. Le Maître secret prend pleinement conscience de ce rôle. Il a appris à maîtriser ses passions lors des précédents grades, au quatrième, il en est vainqueur. Les lauriers qui lui sont présentés en sont le symbole. L’alchimiste travaille longuement, et avec obstination avant d’être couronné de lauriers et à ce sujet, peut-il l’être un jour ? L’alchimiste s’approche sans doute du but mais sans l’atteindre et persévère ainsi.

Au grade de Comp, on nous enseigne la Gloire au travail, dorénavant c’est la gloire du secret ! Un secret que l’on retrouve dans l’adage alchimique ; « Savoir, oser, faire, se taire ».

Savoir : Fraîchement initié, l’apprenti cherche au fond de lui-même avec sa propre sensibilité, les éléments de réponse à  son début de questionnement maçonnique. Plus tard, il devra par la soif de savoir se mettre en quête d’autres éléments de réponse, c’est pour cela que le Compagnon commence à voyager pour se former à la connaissance du monde. Il n’a pas toutes les clés, et doit travailler pour savoir. Les sept arts libéraux sont là pour lui rappeler.

– Oser : Le franc-maçon n’existe pas pour adopter une attitude de « suiviste » mais d’instigateur. Il existe pour rayonner de par le monde, et à ce titre il se doit de faire des propositions pour avoir la prétention d’apporter sa pierre à l’édifice de l’humanité.

– Faire : Dans le prolongement de ce que je viens de décrire, le franc-maçon s’inscrit dans le domaine de l’action. A quoi bon, s’écouter parler entre nous, « se payer de mots », et ne pas « transmettre au dehors l’œuvre commencée dans le Temple ».

– Se taire : Notre action s’inscrit dans le cadre de la discrétion et de l’humilité. Nous ne sommes pas là pour faire état de ce que nous sommes. Nous agissons parce que nous avons compris que cela était nécessaire, et que cela répond à notre démarche, à notre quête.

Au final cet exercice sur soi, donne des résultats à l’extérieur si le travail a été bien fait à l’intérieur. Selon le principe présenté dans la table d’émeraude, « ce qui est en haut est ce qui est en bas ». Notre modification intérieure induit une modification extérieure. En somme, nous ne percevons pas bien, nous ne voyons pas bien parce que la lumière ne traverse pas facilement la matière. Il nous reste donc l’esprit, à rendre lumineux, notre regard clairvoyant et lucide sur nous et sur le monde. Ce qui signifie que sans ce travail sur soi, sans ces étapes alchimiques, nous ne trouverons pas cette Parole. C’est pour cela qu’il est plus facile de faire son devoir que de le connaître. Il s’agit d’ouvrir les yeux pour mieux voir, pour aller chercher la Lumière sans être ébloui, et aller à la rencontre de son devoir.

Conclusion

La franc-maçonnerie intrigue les profanes qui supposent des secrets là où il n’y en a pas. Mais les mêmes curieux ignorent les secrets réels, ceux qui sont cachés au fond de nous-mêmes depuis notre initiation et depuis que la franc-maçonnerie nous a fait renaître à une autre vie. Nous l’avons souvent entendu, la F M est pour chacun d’entre nous ce que nous en faisons.

Il m’apparaît aujourd’hui, que jusqu’au jour où j’ai été initié au Parthénon, j’étais comme Monsieur Jourdain, je côtoyais l’alchimie sans le savoir. En ce sens, les rituels jusqu’au troisième degré sont développés autour de l’alchimie, et que le F M en loge symbolique vit « avec » sans y prendre plus garde que cela. Le travail alchimique consiste bien pour celui qui veut s’y pencher à toujours s’efforcer de découvrir l’idée sous le symbole. Le mot en tant que tel ne saurait à lui seul être justement confondu avec l’idée car il est imparfait. Le langage est le propre de l’homme, et l’homme dans toute son imperfection est à la recherche de la vérité. Comment savoir si le mot exprime une idée vraie, ne sachant pas nous-mêmes exprimer une idée vraie dans ce monde manifesté. C’est aussi ce qui a rendu l’alchimie aussi obscure à ceux qui cherchaient à percer ses mystères. Les alchimistes qui ont le plus progressé sont certainement ceux qui se sont attachés à découvrir l’idée sous le symbole. Tout cela repose encore sur le savant équilibre avec lequel les alchimistes jouent pour tendre vers cet accord parfait.

Mes derniers mots concernent le dernier stade dont je n’ai pas encore parlé dans cette planche : c’est l’œuvre au rouge. Cette phase est celle de la maturation puis de la multiplication contenant le message juste et parfait. Mais cela est une autre histoire…

T F P M, j’ai dit.

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