#401012

Le Maître Secret et les sentences du 4ème voyage

Auteur:

M∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pourquoi avoir traité ce sujet ? Les propos contenus dans les trois sentences du 4ème voyage du rituel de la cérémonie d’accession au quatrième degré m’ont particulièrement surpris voir même choqués tant ils étaient forts et moralisateurs.

Je les rappelle :

  • « Honte à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes » ;
  • « Honte à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent porter » ;
  • « Honte à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent ».

Jusqu’à ce jour, j’avais juré, je m’étais engagé et en contrepartie il m’était annoncé que toute trahison de ma part serait punie sévèrement. Or là, il ne s’agit plus de punition mais de honte qui pourrait s’abattre sur moi. Mais où est donc la tolérance prônée dans nos Loges ?

Mais de quoi s’agit-il ? Pourquoi ce sentiment de honte à ce grade ? Aussi pour mieux comprendre, je suis revenu à la case départ, au tout début, à mon initiation au 1er degré.

Comparaison entre le 1er et le 4ème degré

J’ai repris le texte de la cérémonie d’initiation du 1er degré où il est dit au néophyte la phrase suivante juste avant qu’il ne prononce son serment :

« Vous engagez vous à pratiquer les devoirs de dignité, d’assistance, de justice et de dévouement pour réaliser la grande œuvre de solidarité humaine, d’amour et de bonheur universel à laquelle travaille la F M ? »

Je l’ai comparée à celle du 4ème voyage :

  • « Honte à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes » ;
  • « Honte à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent porter » ;
  • « Honte à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent ».

Et l’Inspecteur de conclure « Vous entendez mon F la Maçonnerie est un Devoir. Etes-vous préparé à assumer ce Devoir ? »

Que ce soit au 1er ou au 4ème degré le rituel insiste sur la notion de devoir. Il existe cependant une différence importante qui ne m’a pas échappée. Dans les trois premiers grades, il s’agit « des devoirs » alors qu’au 4ème degré il est parlé en conclusion « du Devoir ».

Il me semble important de comprendre la raison de ce passage des devoirs vers le Devoir. De quoi s’agit-il ? Mais revenons aux sentences.

Les sentences

Au 4ème degré, la forme utilisée pour rappeler au néophyte les devoirs qu’il contracte sont les sentences.

Qu’est ce qu’une sentence ?

Selon Montaigne, une sentence est une parole renfermant une pensée morale. Une sentence est définie comme une courte phrase d’une portée générale, précepte de morale, maxime, adage ou aphorisme.

Les sentences dans notre rituel tentent de résumer l’essentiel de l’enseignement maçonnique. Elles synthétisent ce qui est signifié ou exprimé en phrases courtes et lapidaires dans le but de marquer les esprits.

On peut classer les sentences en trois groupes :

  • les formules qui sanctionnent et expliquent le sens de chacun des quatre voyages symboliques ;
  • les maximes qui correspondent à des injonctions de mise en garde ;
  • les axiomes relatifs au devoir que nous retrouvons à la fin du 4ème voyage et qui est le sujet de ma réflexion.

Quel est l’objectif des sentences dans notre rituel ?

La 1ère sentence

« Honte à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes ».

Cette exclamation a pour but de jeter la honte sur quelqu’un en fonction d’un état d’indignité, qui ne mérite que le mépris, du moins c’est que je comprends.

Il y a lieu de distinguer d’une part la honte que ressent l’individu engendrée par sa propre réflexion et qui l’amène à ce sentiment pénible d’infériorité et d’autre part, il y a la honte inspirée par quelqu’un en donnant à l’autre ce sentiment de déshonneur, cette conscience d’infériorité morale.

Quand peut-on ressentir de la honte ? Après avoir effectué une action peu glorieuse ou avoir eu des mauvaises pensées, la honte, sentiment de culpabilité, peut vous submerger. Les valeurs de votre action ou pensée ne sont pas en adéquation avec vos valeurs morales d’où cette honte. C’est une forme de punition que notre moi s’inflige en puisant ce sentiment dans les racines de son éducation et de ses valeurs.

Mais la honte peut également provenir des autres qui remarquent et jugent mal votre action et la trouve en désaccord avec la morale.

Le verbe « aspirent » dans la phrase « …aspirent à ce dont ils sont indignes » est également sujet à interprétation. Aspirer dans le sens où il s’agit de porter son désir vers un objet me paraît acceptable. En revanche, en maçonnerie, aspirer à un titre, ambitionner un grade, un poste d’officier est totalement contraire à l’esprit de la maçonnerie. Un Franc Maçon a des devoirs. Ceux de servir et d’aider ses SS et ses FF.

Je considère l’aspiration comme positive lorsqu’elle tend vers l’atteinte d’un but honorable tel que la volonté de progresser dans le but de comprendre, pousser les portes de la connaissance pour mieux travailler sur soi-même et pour progresser dans sa propre réflexion en se mettant en cause régulièrement.

En revanche, je perçois l’aspiration comme négative lorsqu’elle est dirigée vers un but de prestige tel que la possession d’un titre ou l’attribution d’une charge.

En maçonnerie, seuls les SS et les FF de la Loge peuvent décider si vous êtes prêt et apte à pouvoir vous voire confier une charge ou accéder à un grade. Leur décision se base sur les capacités qu’ils vous croient désormais dotées. C’est un de leurs devoirs.

Demander dans le but d’avoir ou d’accéder est indigne d’un vrai maçon. Demander, c’est faire preuve d’immodestie et toute demande doit être considérée comme preuve d’un manque de travail sur soi-même. Aussi honte à ceux qui aspirent à occuper une charge ou à changer de grade pour en retirer un quelconque pouvoir. Tout franc maçon est au service de sa loge et au service de ses SS et de ses FF. Un maçon a d’abord des devoirs envers les autres (la Franc Maçonnerie, sa Loge, ses SS et ses FF) et envers lui même avant d’avoir des droits. Travailler sur soi-même pour en chasser les trois mauvais compagnons qui sommeillent en nous.

2ème sentence

« Honte à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent porter ».

Je vois dans cette 2ème sentence une évolution de la 1ère. Après « ceux qui aspirent » nous passons à l’étape de « ceux qui assument ». Il y a une progression dans le fait d’espérer puis d’assumer tout en éclairant sur ce que l’on entend par indignité comme une charge qu’on ne peut porter. Le mot le plus fort de cette sentence est le mot Charge.

Qu’est ce qu’une charge ? La charge est la fonction qui vous a été donnée et dont vous devez prendre soin. C’est une responsabilité y compris morale. C’est une mission. En maçonnerie, les charges sont en principe toutes les fonctions que la Loge peut vous attribuer.

Vouloir n’est cependant pas pouvoir. Accepter une charge comporte une responsabilité morale de celui qui l’accepte. Aussi vouloir assumer une charge que vous savez à l’avance ne pouvoir tenir est indigne et mérite la honte de la Loge à votre égard. C’est une trahison morale vis à vis de ceux qui vous ont fait confiance et ont cru en vous. Accepter une charge doit se faire en toute connaissance de ses propres possibilités tant morales que physiques. Savoir se connaître. Connaître ses propres compétences, ses propres capacités sans se mentir à soi-même et aux autres.

Voici ce que nous propose comme travail la Maçonnerie et cette sentence du rituel d’élévation au grade de Maître Secret nous le rappelle s’il en était besoin. Et ne pas en avoir conscience où ne pas vouloir en avoir conscience au grade de Maître Secret est considéré comme indigne et mérite la honte.

A mon sens, c’est le sentiment de responsabilité qui est sous-jacent dans cette sentence. Prendre une décision c’est en assumer toute la responsabilité. Aussi avant de s’impliquer, de s’engager, il est important de réfléchir sur ses capacités avant de répondre. Assumer, c’est avant tout réfléchir à ce que l’on vous propose.

Cependant, vouloir assumer c’est penser être capable. Et la faillibilité de l’être humain, qu’en fait-on ? Il peut arriver que pour des raisons diverses et variées, la personne ne se trouve plus en mesure de pouvoir assumer la charge qu’elle a accepté en toute bonne foi. Cette personne est-elle devenue indigne aux yeux des autres ? Doit-on la clouer au pilori de la honte ?

Non. Cette sentence est une maxime qui n’a pour but que de frapper l’esprit du récipiendaire sur l’importance des devoirs du franc-maçon. N’oublions pas que le Maître secret travaille sous l’Olivier et le Laurier et que le Laurier est le symbole de la victoire qu’il espère remporter sur lui-même à la suite de ses efforts dans la poursuite du devoir. Il s’agit bien d’espérance et non de certitude car s’il y avait certitude il n’y aurait pas d’effort.

3ème sentence

« Honte à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent ».

En acceptant des devoirs, on accepte l’intégralité des risques qui s’y rattachent ainsi que l’engagement d’accomplir la mission confiée. Aussi, accepter des devoirs est un acte grave qui mérite réflexion car il engage dans le temps une partie de son travail mais aussi de son honneur.

Une fois acceptés, les devoirs ne doivent pas être négligés. Que deviendrait la maçonnerie si tous les maçons négligeaient leurs charges ? Nous le savons, la maçonnerie est une école de réflexion, de tolérance et de fraternité. Une école de travail de soi. L’acceptation de responsabilités doit donc se faire avec réflexion et doit tenir compte tant de ses capacités physiques qu’intellectuelles et morales.

A la fin de la lecture des trois sentences, l’Inspecteur dit : « Vous entendez mon F la maçonnerie est un Devoir. Etes-vous préparé à assumer ce Devoir ? »

La lecture de ces sentences ne me fait-elle pas craindre un moment que les devoirs que je dois assumer entravent mes propres libertés y compris ma liberté de pensée ?

Oui suis-je prêt à assumer ce Devoir ? Moment important où je suis face à moi et où je ne pourrais répondre par une pirouette ou un mauvais jeu de mots comme un célèbre inspecteur « mais oui c’est bien sur ».

En effet, je pense avoir compris le sens donné à ces sentences, celui de l’idée du Devoir avec un D majuscule.

Au plan personnel, j’ai approché cette notion du devoir particulièrement tôt. Probablement trop tôt. A 9 ans, mes parents m’investissaient de la responsabilité de surveiller mon frère et ma sœur. Cette lourde charge d’aîné m’a marqué je pense pour la vie car depuis, j’ai toujours été aux yeux de ma famille, de mes amis, de mes patrons et collègues de travail la personne de confiance qui assume les charges confiées. Et ce Devoir est parfois pesant mais ce Devoir me rend t-il libre ? Question hautement philosophique à laquelle j’ai essayé de répondre. Pour moi, le fondement du Devoir c’est la liberté : une personne est une fin en soi parce qu’elle a la capacité de poser ses projets comme existence ayant conscience qu’elle existe.

Par voie de conséquence, le fondement de la liberté c’est l’obéissance à la loi que je me suis prescrit, c’est donc le Devoir.

Aussi en loge, le Devoir en tant que tel ne m’effraie pas bien au contraire puisqu’il me rend libre. Le Devoir dont il est question est pour moi un engagement spirituel et philosophique qui va bien au-delà des simples devoirs. C’est un tout comme je viens de l’expliquer. Sur mon chemin initiatique, cet engagement fort, sincère et authentique prend ses racines au plus profond de mon être. J’ai travaillé et j’ai progressé grâce aux lumières qui m’ont été progressivement données. Je sais que le chemin est infini et le devoir s’impose à moi, inflexible et impératif, particulièrement exigeant vis-à-vis de moi-même.

Enfin et toujours, dans les moments de doute, le rituel et vous tous mes SS et mes FF m’aidaient dans ma quête de la Lumière à m’orienter sur mon chemin à la recherche de la Vérité et de la Justice.

J’ai dit.

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