4° #401012 J’ai vu le tombeau de notre Respectable Maître Hiram Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Plan : Le deuil, la situation Les larmes au 3ème Les larmes au 4ème « J’ai vu le tombeau de notre Respectable Maître Hiram et j’ai versé des larmes sur ce tombeau avec mes FF et le plus puissant des Rois » est la réponse à la question « Comment avez-vous été reçu Maître Secret ? » et comporte une première partie « J’ai été reçu sous le laurier et l’olivier, en passant de l’Equerre au Compas. »1/Nous nous rappelons qu’après la découverte par les neuf frères qui parcourent la terre de l’Orient à l’Occident de l’Acacia et du lieu où gît Hiram, son corps est transporté dans le Temple pour lui fournir une sépulture plus décente. Mais les grands travaux que nécessite celle-ci ne sont pas encore commencés. Le corps repose dans le Temple dans une sépulture provisoire. Le deuil est profond et l’on pleure comme on le faisait déjà au grade précédent, la perte irréparable du Maître qui dirigeait les travaux. Salomon dirige la Loge et il est le premier à regretter la perte d’Hiram. C’est lui qui a ordonné sa recherche et tous les Maîtres sont en deuil. Que représente ce tombeau, que pleure-t-on à ce degré ? Il semble que plus que la perte d’une personnalité sans pareille, d’un remarquable conducteur de travaux, on pleure ici la perte de la Connaissance et même d’un Savoir irremplaçables. Salomon qualifié de plus puissant des Rois est le témoin conscient par excellence, de ce que son œuvre aura de difficultés à sortir de cette perte, il fait le deuil de la Connaissance. L’importance de la perte est attestée par la figure royale qui pleure la perte. Le tombeau dont il est là question c’est celui de la Connaissance perdue. Le cordon de Maître portait des larmes sur son revers ce n’est plus le cas ici on est passé de la tristesse à l’effroi, de la stupeur animale à la conception des conséquences de cette perte et de ce deuil. Le Maître Secret à l’exemple de Salomon, ordonnateur des travaux du Temple, commence à entrevoir toutes les suites de ce deuil accompagné en cela par le Trois fois Puissant Maître. Le deuil prend ici toute sa dimension, et se mesure à l’aune de l’importance et de la clairvoyance de ses participants.Le rapport au deuil collectif partagé par une famille spirituelle réunit dans une même douleur mais unit par la reconnaissance des Qualités du Maître disparu et surtout des Qualités disparues du Maître. Il y a formation d’une cohésion entre les FF car ils ont pleuré ensemble, le groupe est créé et vit un même deuil, les FF sont unis, dans le même état. La mort est un point de départ, de réflexion, de méditation, pour le M S et non plus une fin comme dans le grade précédent. Atterré par la douleur, il ne sait où aller mais cette confrontation à l’absence, le fait se retourner vers lui et chercher le sens de ce qui paraît ne pas en avoir. Il cherche le sens et entrevoit les conséquences à venir. Comme toujours, on remarque qu’à partir du grade de Maître, la mort n’est qu’un début jamais une fin. Il y a maintenant la prescience d’un devenir et d’un avenir qu’il faudra reconstruire ensemble. Jamais la Fraternité n’avait été aussi indispensable qu’à ces degrés de déploration car rien ne pourra être fait autrement qu’avec le secours de l’Autre. L’altérité se détermine par tout ce qui vit et continue à vivre après le départ du Maître. Le Meurtre primordial, la Mort du Maître, du Défenseur de la Loi, du Guide qui est un thème récurrent de toutes les mythologies est ici rappelé. Car « Si le grain de blé ne meurt pas en terre, il reste seul; c’est‑à‑dire qu’il reste ce qu’il est: un simple grain, bien sec, intact, mais stérile. Si au contraire il se vide de sa substance, il devient germe, puis moisson » (Jn 12,20‑33).2/ Les larmes qui figuraient sur le revers du cordon de Maître ont disparu du cordon de M S, ont-elles été versées au 3e degré ? Les larmes au grade de Maître sont des larmes de tristesse, de chagrin. On pleure une vie antérieure, espérons en cette nouvelle vie à la découverte de son Etre en faisant revivre Hiram en soi par la sagesse et le discernement qu’il nous communique. Et que ces larmes de deuil se transforment en larmes de joie pour avoir contribué à notre évolution, notre perfectionnement,.. – Le deuil : c’est le temps du silence, de l’inaction extérieure et du chagrin intérieur. Les lamentations sont stériles, elles nuisent à notre libre arbitre, à notre conscience, elles sont un voile à la connaissance de la vérité. Elles peuvent avoir un mérite qui est de soulager dans l’instant une peine. La stérilité, par définition ne produit pas, alors que nous sommes des bâtisseurs, des constructeurs de notre Etre qui est notre devoir. Les lamentations restent au niveau de la matière en contradiction avec notre quête spirituelle, notre mission d’élévation. L’affect ne doit pas prendre d’importance, au risque d’une mauvaise perception de la vérité.Chez les anciens Hébreux il est dit : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent avec des cris de joie : il marche tout en pleurant, celui qui porte la semence des semailles, puis il revient avec des cris de joie, quand il porte ses gerbes » (Ps CXXVI, 5-6).Nous voilà au 3ème degré, atterrés, cherchant à nous rassurer les uns les autres, n’ayant d’autre pensée que le manque, perdus dans un deuil matériel qui devra se concrétiser autrement, déboucher sur un acte spirituel et nous permettre de nous élever en fraternité et surtout en Connaissance. La mort présente à ce degré est sans cesse en regard de l’immortalité et de la renaissance, elle en est l’élément primordial. L’Espoir est partout là où étaient les gémissements. Les trois mauvais compagnons que sont le Fanatisme, l’Ignorance et l’Ambition ne l’ont pas anéanti, ce sont eux qui le relèvent pour que le Maître reparaisse « plus radieux que jamais ». Les larmes font place à la Joie. Cette mort était indispensable à la quête spirituelle, le héros assassiné devait reparaître transfiguré, le meurtre primordial est vécu comme l’aboutissement d’un cycle nécessaire où la figure du Maître se doit de paraître comme un archétype et non comme personnelle. Le mystère de la mort et le deuil qui s’en suit sont vaincus par la renaissance du Maître qui fait de ce dernier un archétype de l’Initié. La mort ne l’a pas anéanti mais l’a glorifié et projeté dans le ciel de l’éternité parce qu’il demeure à jamais vivant dans la mémoire maçonnique comme modèle des vertus du Maçon. On pleurait un homme et c’est un être de lumière qui renaît. Le deuil semble s’être suspendu, les FF participent alors de la Lumière retrouvée.Mais en fait le deuil ne s’interrompt pas aussi facilement, Hiram a bien disparu, il va falloir construire ce qui sera la continuation du chantier et de l’œuvre sans lui. C’est au quatrième degré que commence ce nouvel épisode. Mais au fait le grade M S semble avoir été intercalé. Dans un manuscrit de 1760, le quatrième grade semble avoir été celui de « Maître Parfait ». 3/Au quatrième degré, le deuil est plus pragmatique. On fait le deuil d’une Connaissance, de qualités perdues, d’un savoir-faire, plus que d’une personne. Au 3ème degré on exaltait surtout l’exemplarité d’Hiram, son esprit de sacrifice, son héroïsme, sa fidélité à la loi, on en faisait une personne ; au 4ème on met l’accent sur la vraie signification initiatique de cette mort et son caractère catastrophique pour notre Ordre, nous déplorons la perte de la vraie Parole dont nous sommes maintenant privés, c’est là un archétype l’Être primordial que nous avons perdu. Ainsi, le M S a pris conscience du rôle de ces larmes et que leur but essentiel n’était pas seulement de témoigner de son désespoir, de son chagrin immense qui peut sembler stérile mais plutôt de le régénérer ce qui le fera changer de plan : d’un plan temporel, matériel, horizontal, à un plan spirituel, vertical, en ouvrant la voie de la résurrection de l’Être. Nous ne sommes plus dans le chagrin individuel, face à la perte d’un être cher, mais dans un deuil collectif mystique où une partie de ce qui unissait les membres de la collectivité fondamentalement lui a été ravie, ce qui fondait son essence a disparu. Il manque quelque chose d’important, d’essentiel, qui créait l’identité du groupe.Les larmes sont couleur argent. L’argent est un métal précieux, qui donne une autre dimension, une force, liée au sacrifice, mais qui ne brille pas comme l’or, symbole solaire qui donne une lumière directe, aveuglante alors que l’argent s’associe à la lune en donnant un reflet de lumière enchâssé dans la larme. Il est dit dans le Rituel que « la Vérité [que nous cherchons] est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder » message d’espoir et l’œil, sans larmes ne serait plus en état de voir. Ces larmes en Loge sont disposées sur un fond noir dominant, tel les ténèbres où l’initié se retrouve. Il ne représente pas le mal comme il est perçu, mais par ces larmes d’argent il est porteur de multiples reflets dont la source nous est cachée et que nous devons retrouver, objet de notre quête. Cette lumière inscrite dans les larmes d’argent est un reflet lunaire, féminin, passif, de la grande lumière solaire dont la source nous est cachée avant que nous soyons prêts à la recevoir. La lune symbolise la fécondité, c’est un astre qui se transforme, qui croit et qui décroît comme la naissance la vie et la mort mais toujours elle renaît. Elle est la lumière dans les ténèbres.Les pleurs sont des larmes d’argent car la lumière y est enchâssée, ce sont des perles de l’Esprit, expression du nécessaire sacrifice de l’ego en sa transmutation lumineuse (I. Mainguy). Le thème général inspire en premier lieu « l’Espérance ». En effet, les larmes d’argent favoriseront la germination, la résurrection de notre Être essentiel au travers de la recherche de la Parole perdue via la Lumière. Le M S voit une fin dans ses larmes, car, d’argent, elles reflètent l’Esprit vers lequel il tend en tant qu’Initié à la Vraie Vie et à la Connaissance de l’Être Intérieur. Les larmes sont salées, le sel est l’élément alchimique qui marque la fidélité d’une alliance. Le sel se dit en hébreu melah et le pain lehem, mots composés des mêmes consonnes. Ils sont tous deux expressions de la convivialité. On est désormais relié au Maître et incapable de dissocier notre démarche de la sienne, nous sommes en tant que M S, l’Être ineffable qu’est le Maître perdu par le meurtre primordial. Nous avions le choix : faire le deuil pour oublier ou comme c’est le cas pour se rappeler et avancer vers la Lumière qui pour le moment n’est qu’un reflet de la Parole Perdue, de celle qui nous illuminait en sa présence. Notre alliance avec lui est scellée.Le chemin est clair, nous avons emprunté la bonne voie, Celui qui est perdu, ne l’a jamais été, ce qui a été perdu n’était qu’une apparence, l’Être essentiel est partout dans la Lumière des larmes qui nous le rappellent. Fidèles à son message, nous continuons et nous inquiétons du principal : qu’adviendra-t-il du chantier maintenant que le Maître n’est plus ? Il nous faut, « avec le plus puissant des Rois », envisager de toutes les manières son remplacement et commencer par ses funérailles, les degrés qui suivront, devront nous permettre cette substitution, et veiller à retrouver l’élément manquant dans la triade principielle.J’ai dit TFPM Navigation des articles Planche Précédente "Perfectionnement et temple intérieur" Planche Suivante "Le 4e degré ou la culture du doute"