4° #401012 Raison, Rectitude et Spiritualité s’équilibrent Auteur: Non communiqué Obédience:SCDF Loge: : La clé de Provence - Orient de Bandol Raison, Rectitude et Spiritualité s’équilibrent et contribuent à l’enrichissement du MSSi la raison, la rectitude et la spiritualité s’équilibrent chez le Maître Secret et contribuent ainsi à son enrichissement, cela signifie-t-il que ces trois notions étaient, jusqu’alors, déséquilibrées ?L’évolution graduelle de l’initié, dont le Maître Secret n’a franchi que les premières marches, lui a nécessairement fait comprendre que son évolution nécessitait qu’il connaisse temporairement des limites, puis qu’il les dépasse.Notre cheminement maçonnique, évolutif, semble sans cesse nous ramener à notre ignorance ou, plutôt, à l’incomplétude de notre connaissance.Il est ainsi rappelé par notre rituel à celui qui va être initié au 4ème degré que, bien qu’ayant acquis les degrés de compagnon et de maître, son instruction n’est pas complète pas plus que n’est complète la perception de la lumière à travers le bandeau symbolique posé sur ses yeux et, de même qu’il ne voit pas bien il ne comprend pas bien.Il s’agit pour moi d’un rappel au devoir d’humilité non seulement par rapport à ce que nous avons déjà gravi mais, surtout, par rapport à ce qu’il nous reste à gravir : le Vénérable Maître ainsi initié doit être conscient de la fragilité de sa connaissance et de l’infinitude de sa recherche.C’est ainsi que, confronté à ses limites, il les discerne et se met en capacité de les atteindre puis, peut-être, de les dépasser.L’idée selon laquelle nous ne sommes que (et toujours) des initiés en évolution et, de ce seul fait, des hommes inachevés, nous poursuit depuis notre initiation : alors qu’il nous a été enseigné, à peine introduit pour la première fois en loge, que c’était « pour mettre un frein salutaire à nos passions et pour nous élever au-dessus des intérêts mesquins qui tourmentent les profanes que nous nous assemblons dans nos temples » le Vénérable Maître initié au 4èmedegré se voit rappeler que, même sorti « du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions » et « tiré de la servitude de l’erreur », il doit décider seul et par lui-même de ses opinions et ses actions.Bien qu’ayant tous à l’esprit le sens de notre engagement maçonnique nous savons à quel point il est parfois difficile de l’appliquer et notre rite jalonne notre évolution de mises en garde, non pas contre les autres mais contre nous-mêmes.Je garde à l’esprit que les trois mauvais compagnons sommeillent et qu’il convient d’être vigilant.L’attention de l’apprenti nouvellement initié est accaparée par la notion de rectitude morale, condition nécessaire à son perfectionnement moral et intellectuel.Cette rectitude, que les postures physiques imposées en loge d’apprentis symbolisent, est prégnante à ce grade où s’ordonnent une droiture morale et une introspection sincère guidée par le fil à plomb.A ce grade, il nous est enseigné, dès l’initiation, que les équerres, les niveaux et les perpendiculaires sont de véritables signes de reconnaissance pour un franc-maçon et qu’il est donc tenu de se tenir bien droit.L’équerre recouvre les branches du compas, exprimant ainsi une primauté temporaire du matériel sur le spirituel.Il n’est ici pas question d’un équilibre, qui va seulement s’amorcer au grade de compagnon puis se confirmer à la maitrise.Le nouvel initié au grade d’apprenti n’a pas renoncé à la spiritualité pas plus qu’il ne s’affranchira de la rectitude une fois parvenu à la maitrise : celui qui vient frapper à la porte du temple recèle une spiritualité incomplète ou simplement ébauchée et il demande à la cultiver, mais comme toute initiation est un commencement, le murissement de l’individu et sa propre découverte en constitue le socle.La franc-maçonnerie me semble être une méthode qui a la particularité de doser la raison et la spiritualité sans éluder les liens qu’elles peuvent avoir tout en structurant sa pensée sur la rectitude.Loin de moi l’idée que je puisse ici tracer des cadres conceptuels autour de la raison mais il me semble que la raison nous donne des normes, un système de principes, une vision de notre environnement que nous considérons comme juste. Pour venir frapper à la porte du temple il a pourtant fallu dépasser ce qui m’apparaissait infranchissable car situé au-delà de ma raison. C’est bien la raison qui interpose, entre l’homme et ses aspirations spirituelles, les étapes du raisonnement et de l’explication considérée comme nécessaire.Qu’elle soit innée ou acquise par l’expérience, la raison pourrait scléroser notre élan intuitif, celui-là même qui peut donner de la fraicheur à notre existence.C’est le goût de l’indicible et la beauté du mystère qui m’a fait dépasser ce mécanisme profond et ce rationnel.En sollicitant d’être initié il me semble avoir davantage écouté mon cœur que ma raison et la rectitude du signe d’ordre d’apprenti, qui sépare le cœur et la tête, m’a longtemps laissé penser, par une interprétation erronée, qu’il convenait au final de faire le contraire. L’apprenti doit se dépouiller d’une matérialité envahissante et, peut-être, parvenir à dépasser une rationalité trop raisonnante.Au grade de compagnon le cœur s’est ouvert et, avec lui, une réceptivité plus grande à l’autre alors que jusqu’alors son travail d’apprenti ne l’avait amené qu’à se concentrer sur lui, accaparé à dégrossir sa pierre brute.Une branche du compas chevauche l’équerre et l’initié, qui est parvenu à calmer le bouillonnement de ses passions, peut s’ouvrir à l’autre à cœur ouvert.A la maitrise, le compas repose sur l’équerre, symbole d’une spiritualité dominant désormais la matérialité.L’initié s’est affranchi de la suprématie de son encéphale en le reliant à son cœur, alors qu’ils étaient épars.La rectitude imposée aux apprentis et compagnons est moins marquée, notamment dans la position d’ordre et dans la déambulation qui se fait désormais sans marquer les angles.Les thèmes des grades d’apprenti et de compagnons, celui de la construction et des outils à même de la réaliser, sont opératif.Le thème du grade de Maître, celui de la vie portée à son paroxysme par sa finitude en une mort brutale est spéculatif ; le nouveau Maître est muni d’un seul instrument, le compas.On assiste ainsi à un glissement du rationnel vers la spiritualité, de l’esprit vers l’âme qui siège dans le cœur.Le Maître Secret initié est frappé par le dépouillement du temple, la disparition visuelle de cette rectitude qui l’a jusqu’alors tant marqué : ici plus de position d’ordre, ni de déambulation.Elle n’a point disparu pour autant puisque le Maître Secret l’a intégrée comme une condition nécessaire de son évolution mais elle est peut-être plus immatérielle : le rituel du 4ème degré rappelle au Maître Secret qu’il doit toujours marcher droit devant lui et ne pas se laisser entrainer dans les sentiers de l’erreur, qu’il est passé de l’équerre au compas, des lignes et des angles par lesquels le géomètre mesure la surface de la terre, aux courbes et aux cercles par lesquels l’astronome mesure le mouvement des astres et qu’il commence maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle.La raison est peut-être éduquée et, de ce fait, devenue radieuse : l’idée d’une alliance d’éléments auparavant dispersés, voire même antagonistes, participe de ce travail unificateur du franc-maçon.Il m’apparaît qu’au grade de Maître la raison, la rectitude et la spiritualité s’équilibraient déjà mais que, plus qu’avant, le grade de Maître Secret l’illustre puisqu’il y est question de connaissance spirituelle.Le rituel d’initiation au 4ème degré semble reprendre les éléments des rituels des trois premiers degrés avec une nouvelle formulation, un éclairage plus précis mettant en exergue la nécessité d’une vraie liberté de jugement qu’annihilerait trop de raison, trop de rectitude ou une spiritualité incohérente.En effet, celui dont la raison jalonne sa pensée me semble s’interdire toute forme de spiritualité :la raison se confrontera toujours à une résistance.Il n’est pourtant pas nécessaire de faire cette expérience de la souffrance de ne pas comprendre pour faire l’expérience de la spiritualité : j’ai abordé les limites de ma raison alors que j’étais profane. Parvenu à ces mêmes limites, l’initié n’aurait pas davantage d’explication.Dans tous les cas, l’idée que l’on décide d’adopter n’est manifestement plus entièrement rationnelle, et ce bien qu’il ne faille pas opposer la raison et la spiritualité, chacune ayant une influence sur l’autre.Celui dont la rigueur morale est exacerbée sera nécessairement intolérant et peu prompt à accepter les différences chez ses semblables et même le dépassement de sa raison.Enfin, celui dont la spiritualité deviendrait omnipotente se risquerait à perdre la raison.C’est donc justement parce qu’elles s’équilibrent que la raison, la rectitude et la spiritualité enrichissent le Maître Secret et participent à son développement.Cet équilibre n’est pas une fin en soi et il est la condition pour que le Maître Secret réalise son Devoir dont le rituel indique qu’il s’agit de la quête de la Vérité et de la parole perdue.L’équilibre rejoint ici, pour moi, la notion d’harmonie avec soi et les autres.La notion de Devoir est omniprésente dans le rituel du 4ème degré.Le meurtre d’Hiram, que l’on aurait pu considérer comme une fin, ne peut-elle pas être interprétée comme une libération pour l’initié et un cap à franchir ? Hiram qui renaît dans le nouveau Maître redressé, demeure le modèle à suivre pour achever le temple.Cette idée illustre en quelque sorte la maxime de René Descartes « je pense donc je suis ». Le rituel invite le Maître Secret à une compréhension personnelle, au jugement, à la conception en toute conscience et en toute responsabilité parce que le développement spirituel ne peut se réaliser qu’en toute indépendance d’esprit en se défaisant de toute aliénation, inféodation et de tous dogmes.Nous entreprenons d’analyser le sens de nos existences en essayant de sonder les limites du rationnel et être en capacité de les dépasser. Cette expérience intérieure ouvre la réflexion et libère la pensée même si cela échappe à tout entendement humain puisqu’il faut être capable de faire preuve d’une intuition ésotérique née de la pratique de notre rite qui, pas à pas et graduellement, nous dévoile l’infinitude du monde et de l’homme.La Connaissance spirituelle, à laquelle se réfère le rituel, n’est pas offerte ou révélée, et c’est cette pratique du rite qui peut laisser espérer un début de compréhension.Le Maître Secret, ainsi, s’affirme et s’assure : libre penseur, il accomplit son Devoir envers lui-même à la conquête de sa maitrise, de sa connaissance et de son perfectionnement.Trois fois Puissant Maître et vous tous mes Frères Maîtres Secrets j’ai dit. Navigation des articles Planche Précédente "Etes-vous prêts à accomplir le Devoir parce que" Planche Suivante "De l’équerre au compas"