9° #406012 Le Sort en a décidé et la Caverne m’est connue… Auteur: O∴ E∴ Obédience:SCDC Loge: Le Parvis du Fako - Orient de Douala A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERSRITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTEDEUS MEUMQUE JUSSUPREME CONSEIL DU CAMEROUNORDO AB CHAOSublime Grand Maître Architecte et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes,le sujet que j’ai choisi d’aborder devant vous, en accord avec mon surveillant est : « lesort en a décidé et la caverne m’est connue… » Ce sujet nous renvoie à la 3eme classe des grades du rite écossais ancien et accepté. Lapremière classe correspond aux degrés des loges bleues et s’intéresse à la formationmorale du maçon à travers l’étude de symboles.La 2eme classe qui regroupe les degrés du Maître secret à l’Intendant des bâtimentsachève la formation du maçon et lui ouvre les voies de l’élévation à plus despiritualité. Nous commençons ici la 3eme classe des degrés du rite écossais ancien et accepté. Lesfunérailles du Maître ont eu lieu et le temps de la justice semble venu. Nous sommes augrade d’Elu des Neufs encore appelé Elu de l’Inconnu…Dans le cadre de ce travail, je vais tour à tour :_ Rappeler la légende du grade d’Elu des Neuf._ Définir les termes d’Elu et de caverne dans le cadre des hauts grades._ Rappeler l’explication que donne la littérature maçonnique des actes que poseJOHABEN._ Tenter mon explication personnelle de la légende du 9eme degré._ Enfin je vous dirai les enseignements que cet épisode m’a apportésLa légende du grade d’Elu des Neuf nous enseigne que :Lorsque l’on informa le Roi SALOMON de la disparition d’HIRAM parmi lesbâtisseurs du Temple, il ordonna que l’on cessât tous travaux tant qu’on ne l’aurait pasdécouvert mort ou vif. Les cherchants retrouvèrent la tombe d’HIRAM. Mais SALOMON ne pouvaitadmettre que la mort d’HIRAM restât impunie. Aussi, donna-t-il l’ordre de poursuivreles meurtriers et promit-il une haute récompense à celui qui les ramènerait.Un jour un Etranger vint informer SALOMON qu’il connaissait l’endroit où s’étaitréfugié l’un des assassins d’Hiram Abi et qu’il offrait de l’y conduire.Tous les Maîtres, se déclarèrent prêts à l’accompagner. Mais SALOMON déclara queneuf Maîtres y suffiraient et il tirât au sort désigna ceux qui allaient accompagnerl’Inconnu…Il leur ordonna de suivre l’Etranger vers la caverne où le meurtrier ABIRAM, s’étaitréfugié et de le ramener. Les Neuf se mirent en route. Pendant un certain temps, ilsmarchèrent ensemble. Mais l’un d’entre eux nommé JOHABEN, brûlant d’impatienceet assoiffé de vengeance, devança les autres et pénétra le premier dans la caverne. A la lumière d’une lampe qui y brûlait, il vit le meurtrier se reposant, un poignard àses pieds. Oubliant les instructions de SALOMON, JOHABEN se saisit du poignard etfrappa au front, puis au cœur le meurtrier. Celui-ci se redressa brusquement, maiss’écroula mort aux pieds de JOHABEN, après avoir prononcé le mot « NEKAM »JOHABEN lui coupa la tête et étancha sa soif à la fontaine qui coulait dans lacaverne. Ses Frères le rejoignirent, voyant la tête coupée du traître, ils lui reprochèrent d’avoir,par excès de zèle, commis une faute en tuant le criminel, lui épargnant ainsi le suppliceque SALOMON avait décidé de lui infliger. Ils lui dirent que le Roi ne luipardonnerait pas cette désobéissance à ses ordres et voudrait certainement l’en punir,mais qu’ils tenteraient d’intercéder en sa faveur. Puis, ils burent à leur tour l’eau de lafontaine. Ils retournèrent vers Jérusalem, JOHABEN portant la tête du meurtrier. Ainsi s’est joué le drame de la caverne. Nous y reviendrons. Mais nous allons toutd’abord nous appesantir sur les termes d’Elu et de caverne dans le cadre des hautsgrades. En préambule, il nous faut indiquer que l’on trouve ce terme « d’Élu » dans troisgrades, de la loge de perfection :_ L’Élu des neuf, appelé aussi l’Élu de l’Inconnu ou bien encore l’Elu vengeur_ Le Maître Élu des Quinze encore appelé Illustre Élu_ Le Sublime Chevalier Elu qui est à mon sens le véritable Elu. Ces trois grades s’inscrivent dans la suite logique du grade de Maître. Ils sont mêmepratiqués directement dans sa continuité au le 1er Ordre de sagesse au Rite Français.Ces trois grades d’Elus résument le parcours initiatique des trois premiers gradesd’apprenti, compagnon et maître, mais vécus dans un nouveau cycle (dans une octavesupérieure comme dit souvent mon frère surveillant)Les littératures maçonniques disent que :_ L’Elu des Neuf, évoque la question de la transgression de la loi et met en lumière lesdangers et les méfaits des pulsions vengeresses._ L’Elu des Quinze, fait passer de la vengeance à la justice collective, afin que toutesles passions soient épuisées._ Le Sublime Chevalier Elu est une forme de consécration de l’initié qui est reconnu« EMEREK » ou Homme VRAI en toutes circonstances, c’est-à-dire un authentiqueMaître Maçon. Ces grades sont dits de « vengeance » mais sont en fait des grades d’Elus. Car quoiqueévoquant la mort, nous ne devons pas oublier que les grades de la maîtrise nousenseignent que nous devons vaincre la mort en renaissant. Mais à cela, seuls les Elusparviendront.Personnellement, je considère que ces grades sont des grades de purification etd’épuration. Ce sont ses grades alchimiques comme nous le verrons par la suite.Les outils utilisés : le poignard et l’épée, instruments de justice, sont employés pourtrancher la tête des mauvais compagnons, assassins du Maître. Cet acte en d’apparencebarbare enseigne qu’il faut supprimer en soi-même tout ce qui fait obstacle aux élansverticaux et subtils vers la lumière.Le mot Élu signifie choisi suivant des critères que seul maîtrise l’électeur. Il signifieaussi distingué ou séparé d’un groupe. Il peut aussi prendre le sens de mandataire, celuiqui est désigné et à qui on confie les pouvoirs pour accomplir une tache ou pourreprésenter une autorité. Cette acception conférant alors la même autorité, à l’Elu, quecelle dont joui l’électeur. Irène MAINGUY dit : « l’Ancien Testament parle aussi d’une élection qui concernedes individus particuliers. Certains hommes sont choisis par Dieu lui-même :Abraham, Moïse, David, les prophètes, ou même certains Rois. Tous ces hommes ontété choisis par Dieu en vue d’un service spécial. Nous arrivons par là, à la notion d’undécret divin pour la direction du monde et, de fait dans le livre d’Isaïe, cette idée estnettement exprimée que Dieu, (cet Inconnaissable) dirige les événements selon savolonté souveraine » Pour moi le parfait exemple de l’Elu, au sens où on l’entend au REAA, est Saül quientend : « Saül pourquoi me persécutes-tu ?… Je suis Jésus, que tu persécutes. Maisrelève toi et tient-toi debout. Car je te suis apparu pour t’établir en serviteur et témoinde la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore àtoi. C’est pour cela que je te délivrerai du peuple et des Nations païennes, verslesquelles je t’envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux afin qu’elle reviennent des ténèbresà la lumière et de l’empire de Satan à Dieu… » (Actes 26 – 17)Saül est élu par Jésus sans l’avoir sollicité. On ne sait pas pourquoi, à « contre emploi »,pour une tache titanesque dont il ne sait rien et dont il va parfaitement s’acquiter,comme nous le savons aujourd’hui. Mais en ce temps là mes frères, seul son électeur l’ensavait capable.Mes frères, l’élection de JOHABEN obéi à cette même logique comme que je tenteraid’expliquer tout à l’heure. N’est-il pas l’Elu de l’Inconnu ?De la caverne.Une caverne est un lieu creux et sombre situé au sein de la terre.On ne peut y accéder qu’en descendant. La première figurationmaçonnique que nous en avons est notre présence dans le cabinetde réflexions au cours de l’épreuve de la terre de la réception au premier degréDans un catéchisme du 18eme siècle, la caverne est définie comme le témoin du crimede JOHABEN :_ D — Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Petit Elu?_ R — Pour me venger d’un traître de la maçonnerie._ D — Qui en a été le témoin?_ R — Une caverne._ D — Qu’avez-vous aperçu dans cette caverne?_ R — Un traître endormi sur ses mains, un poignard à ses pieds, une source quicoulait et une lampe qui éclairait ce lieu René Guénon observe que la caverne ou la grotte représente la cavité du coeur,considérée comme centre de l’être, qui est aussi l’intérieur de l’oeuf du monderenfermant les possibilités du cycle à venir.Le symbolisme de la caverne a un caractère mythique si l’on se réfère au récit de lacaverne de Platon (livre 7 de La République de Platon). On trouve des prisonniersenchaînés prenant pour la réalité les ombres projetées sur la paroi par des objetsfabriqués et éclairés derrière eux. En se réfugiant dans la caverne, Abiram est chargé du poids d’un crime lourdd’ignorance et d’ignominie. Enchaîné par ses passions, homme déchu, il n’a qu’une vuepartielle du monde, qui reste limitée au domaine du pouvoir et de l’avoir qui sont lesmobiles de son crime. Il communique avec le monde extérieur par les organes des sens,mais ceux-ci ne donnent qu’une vision partielle et partiale des choses, partant de là,très imparfaite. La correction de cela passe-t-elle par l’assassinat de la pulsion ? Laréponse est, à mon sens, définitivement non ! Car cette pulsion est un élan vitalessentiel. Il s’agit dès lors, de le maîtriser et de le convertir en énergie créatrice. Il s’agitde supprimer le désir caricatural, porté à son paroxysme, que ce soit la cupidité,l’avidité d’avoir et de pouvoir qui sont les motivations principales des assassins duMaître. Et les remplacer par un désir légitime de Connaissance qui s’élaboreprogressivement au moyen de l’oeuvre graduelle, persévérante et contrôlée de l’ascèseinitiatique. La caverne correspond normalement au cabinet de réflexion. Sur un plan positif, elledevient le refuge. Sur un plan néagtif, elle est la cachette de l’assassin qui cherche, dansl’ombre à fuir la justice. Il se réfugie dans l’obscurité des ténèbres inférieures.Le mythe de la caverne reflète l’image dramatique de lacondition humaine, image de dépendance. Souvenons nous denotre réception au 1er degré. Nous y avons alors effectué notreretraite aux fins d’approfondissement des connaissances de notreêtre intérieur. Ce qui nous conduira soit à nous renouveler, soit ày être vaincu ; comme l’a été Abiram. Nous retrouvons làl’image du crâne nu, débarrassé de tout superflu, que nous avons vue dans le cabinetde réflexions. C’est donc après un nécessaire travail de rectification et de purification, mené avec laferme volonté d’un maillet qui attaque le ciseau, que libéré le captif régénéré peut denouveau embrasser les éléments. Plotin confirme en disant : « L’âme, après sa chute, aété prise, elle est enchaînée. Elle est, dit-on, dans un tombeau et dans une caverne, maisen se libérant des pensées, elle se délivre de ses liens » De l’épisode conté dans la légende du 9eme degré, la littérature maçonnique aessentiellement une lecture morale des événements :_ Raoul BERTAUX dit : « … les thèmes initiatiques confèrent un enseignement positifen montrant « ce qu’il faut faire », tandis que les tragédies mythiques mettent enévidence « ce qu’il ne faut pas faire », nous avons à faire ici à un cas d’exception… »Sous entendu, la légende du 9eme indique le contraire de ce qu’il faut faire. Il ne fautpas prétendre rendre la justice sous le coup de l’émotion._ En cela il rejoint Irène MAINGUY quand elle dit :« … JOHABEN est reconnu digne de participer à la mise en oeuvre de la justice contreles assassins du Maître. Mais en fait dans son élan impétueux, il commet un actepersonnel dicté par une pulsion vengeresse ; cette pulsion aveugle supprime en lui toutecapacité de discernement »Cette vision morale peut et doit être retenue car dans son sens ancien, le mot vengeance(du latin vindicare) signifie faire fonction de Vindex. A Rome, le Vindex était ledéfenseur, le protecteur qui se proposait de rétablir le droit d’une victime. Le vengeur,à cette époque là, était l’équivalent de notre justicier moderne. D’où l’acharnement deSalomon à obtenir vengeance tout au long des grades d’Elus. Mais il s’est, depuis lors,produit un glissement sémantique du mot Elu. FURETIERE défini ainsi au 19eme siècle, la vengeance : « offense qu’on fait à sonennemi en haine de celle qu’on a reçue. Dieu a défendu la vengeance, il s’est réservé lavengeance et a promis de faire la réparation des injures. Venger consiste à offenserl’ennemi qui nous a offensé, se venger signifie se dédommager, se rembourser… »La vengeance devient dès lors une affaire personnelle et négative. Elle n’est désormaisplus réservée qu’à Dieu. On doit donc la remplacer par la justice qui est collective etplus impersonnelle.Cette approche morale doit être fondatrice pour le maçon d’uneexigence. Au premier Ordre de Sagesse du rite français, il est dit :« Aucun crime ne doit demeurer impuni ! » Ce qui rejoint le souci deSALOMON quand il mande les 9 maîtres. Et c’est là raison ! Pour illustrer cela, je vous rappelle mes frères que nous pouvonstoucher du doigt, tous les jours dans ce pays, les dégâts que cause l’impunité. Le fléaude la corruption a commencé à miner toute notre société, dès lors que tout le monde aacquis la certitude que ce crime, ici a droit de cité. Malgré les chasses aux « grossesbaleines », malgré les « opérations Epervier » qui sont lancées à grand renfort depublicité, tous les jours la non punition des crimes commis fait pousser une têtesupplémentaire à l’hydre, lui permettant de mieux empoisonner la communauté deshommes. Et ce serait, je crois, l’honneur des maçons que de s’en préoccuper. La punition doit, bien sûr, prendre le sens d’une justice où tout accusé ne serait reconnucoupable ou innocent qu’après un procès équitable au cours duquel aura pu sedéfendre. Comme nous le savons rendre, justice c’est ordonner la juste réparation enréparation du tort qui a été subi par le plaignant.Mais cette vision morale du drame de la caverne, aussi instructive et intéressante soitelle, ne me semble pas prendre en compte toute la force symbolique que porte lalégende du grade d’Elu de l’Inconnu. Car ce drame est, j’en suis persuadé, fondateurd’une nouvelle dimension de l’évolution du maçon.En effet, avec la fin des obsèques du Maître s’arrêtent les travaux dans le temple. L’èredes opératifs est révolue, mais seul l’Inconnu le sait. Il vient alors, tel le frère Expertlors des initiations, guider les maîtres de SALOMON vers un chemin d’épreuves àsubir. Puis il se dégage celui qui seul, possède en latence (tout comme Saül) la capacitéde poser l’acte qui va accomplir la destinée. Il l’amène à la caverne. Et là « ce qui doits’accomplir s’accompli ! » Que devait-il donc s’accomplir me demanderez vous mes frères ? Je vous répondraisqu’il devait s’accomplir le meurtre du vieil homme. C’est-à-dire la séparation de lapartie terrienne de la partie spirituelle. C’est la magie que nous mettons en oeuvresymboliquement quand nous faisons le signe pénal au premier degré. Lebouillonnement des sphères inférieures est découplé de la sérénité des sphères célestes.Le cliquetis des ciseaux et maillets qui forment des angles, doit se taire devant la grâcedu compas qui esquisse des courbes. On vogue vers une vision de l’univers affranchiede toutes contraintes humaines et matérielles. On avance dans la voie de la penséeseule ; le règne du subtil.Comme on le voit dans beaucoup de cosmogonies, un événement majeur se produit etune nouvelle race doit prendre le relais d’une ancienne qui ne peut plus s’adapter ; lecromagnon arrive et prend la suite du néanderthal.Les Edas nous content que les Vannes et les Ases s’entretuent dans un gigantesquecombat et qu’après le grand hiver une goutte de sang ensemence de nouveau la terrepour faire naître une nouvelle race d’hommes et de Dieux. Un parallèle peut y êtreétabli avec notre drame. Il nous enseignera que JOHABEN tue son « homo sapiensmatérialis » afin de libérer son « homo sapiens spiritus ». Ou autrement dit encore :« bien au dessus des soucis de la vie matérielle s’ouvre pour … l’Elu seul… le vastedomaine de la pensée et de l’action… »Ici le temps des tailleurs de pierres est mort. L’événement majeur est l’assassinat duMaître HIRAM. Une nouvelle race doit venir les supplanter dans la quête. Maiscomme nous avons tous, à divers degré, conservé, en nous : l’ignorance, le fanatisme etla tyrannie, nous devons retourner dans la caverne, dans le cabinet de réflexion pour yvivre notre grand hiver. Puis y verser la goutte de sang qui ensemencera la terre. Pourpermettre la nouvelle vie qui viendra après cette mort… si nous en sommes dignes. En y arrivant JOHABEN voit avec horreur, mais lucidité,l’autre visage de lui-même. S’engage la bataille avec son démonintérieur. Il le décapite afin d’en verser le sang qui, mélangé àl’eau, à l’air ayant reçu l’éclair de lumière, de nouveau fécondela terre pour en faire jaillir un nouvel homme. Le maître quisort de la caverne n’est plus de chair, il est d’esprit, témoin letrophée qu’il tient en main. C’est là, qu’intervient la dimension alchimique évoquéeplus haut. Il est sorti vainqueur du combat.La caverne ici, est cachée par un buisson ardent, tout près d’une source et éclairée parune lampe. On retrouve là le symbole de la lumière originelle. Celle de la bougie qui aéclairé le récipiendaire dès les premiers instants de son initiation lors de son passagedans le cabinet de réflexion. Cette même lumière qui a accompagné le Maître Secretlors de sa prestation de serment. La conscience de l’être ne peut être éclairée que par lesecours et la lumière de l’Esprit. Tout ceux qui ont entrevu la lumière doivent la fairecroître en eux-mêmes et la servir en la reconnaissant comme Maître intérieur. En cascontraire, le germe reçu de l’influence spirituelle étouffe, on devient alors meurtrierd’HIRAM, son propre meurtrier. Seuls les Elus se laissent consumer pour ressusciter enétoile flamboyante. Seul le Pharaon qui a vécu dans les traces de MAAT revit dansl’ATON solaire. Sublime Grand Maître Architecte et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes,pour confirmer mon intuition, je vous demande quel commentateur ésotérique chrétiendirait, parlant de la trahison du Christ par son disciple :_ « Juda, aveuglé par la cupidité, le vice et l’ambition, choisi de trahir Jésus ? »Je crois qu’il dirait plutôt :_ « Juda a accompli la Destinée que, seul l’Inconnaissable, avait tracée pour lui dansle drame de la passion. Car sans cette apparente trahison, pas de sauveur del’humanité, pas de «Bonne Nouvelle » et l’humanité entière serait encore en train dese débattre dans le péché des origines »C’est là, la destinée à accomplir qui échoit à JOHABEN. C’est là, la destinée que luiréserve l’Inconnu sur le chemin de la caverne. C’est là, la destinée que, même Salomonmalgré sa grande sagesse, n’a pas devinée, dans son entreprise de vengeance du crime.Il ne faut pas se tromper sur cette pseudo pulsion vengeresse attribuée à un jeunemaître impétueux. Et dépasser la certes importante question de la transgression pourvoir la renaissance du Maître. Claude GUERILLOT ne dit pas autre chose quand il demande de méditer le sens dusecond signe du 9eme degré où :_ L’interrogeant fait mine de frapper en disant : NECUM_ L’interrogé en se frappant répond : NIKAHNecum est une corruption de l’hébreu neqom, impératif de naqam (se venger) quivoudrait dire « venge »Nikah serait une corruption de niqqah qui signifie « être absous »Il est donc dit : « venge » et « il est absous». JOHABEN est donc semble-t-il absous deson geste fondateur, mais en apparence criminel, et je crois la clémence de Salomon nefait que confirmer cet état. Dans ce contexte particulier, on peut aussi se demander si ce drame de la caverne nesignifie pas qu’il faut tuer symboliquement le Père ou le Maître. L’un comme l’autreétant logiquement amenés à devoir être dépassés par le disciple qui crée alors unemaîtrise renouvelée, bien ancrée dans son temps. II s’agit pour l’initié d’acquérir plusde lumière dans la Voie de la sagesse et de la connaissance que son instructeur initial,non par la violence, mais par une oeuvre persévérante et éclairée. Parmi lesnombreuses interprétations possibles, riches de sens symboliques, on peut penser queJOHABEN en se saisissant du poignard et en tuant Abiram peut ainsi descendre aufond de lui-même, après avoir trouvé la lumière et bu l’eau vive, ayant supprimé dèslors tous les obstacles qui l’empêchaient d’être Hiram. C’est en supprimant sa zoned’ombre, sa part terrienne qu’il peut devenir réellement un Maître Elu. Dès lors lemeurtre rituel devient indispensable pour que la quête soit poursuivie.La caverne représente le siège de la conscience humaine, archétype de la matriceuniverselle, symbole de l’origine, lieu privilégié de renaissance et d’initiation. A cestade JOHABEN, qui est descendu dans l’athanor alchimique, est dans la continuationde son processus initiatique qui a commencé apprenti et qui se poursuit. Il a rectifiéafin de voir la pierre occulte, la véritable médecine à tous ces maux qui me minent (VITRIOLUM). La caverne figure encore le lieu magique de la seconde naissance suiteà diverses opérations alchimiques.La caverne de l’Elu des neuf correspond à l’œuvre au noir, le sang est versé pour fairepasser l’œuvre au rouge. De l’œuvre au noir à l’œuvre au rouge, JOHABEN a subicette transformation sur un plan alchimique, lorsqu’il rapporte la tête d’Abiram. Il avaincu. Les maîtres célèbrent sa renaissance en se purifiant par l’eau.Et cette oeuvre de justifications dans l’alambic alchimique continuera ainsi jusqu’àl’émergence de la substance subtile : l’Emerek l’homme vrai en toutes circonstances,qui sera ensuite sacré chevalier (Grand Maître Architecte). Ce nouvel homme qui doitsiéger parmi vous aujourd’hui mes frères, en cette BOULOMIE où les constructions nesont plus de pierres. Où notre seule volonté doit former la réalité. Où, à l’image ducréateur, nous devons organiser la création, confirmant ainsi que la 3eme classe desgrades du rite écossais ancien et accepté ne sont pas des grades de vengeance, mais desgrades d’éclosion d’une nouvelle réalité maçonnique, très différente débarrassée detoutes formes pesantes. Une nouvelle réalité où la parole perdue, qu’elle soit Amour,Allah, Dieu ou Grand Architecte, nous demandera pour se révéler de nous livrer nus,de nous dépouiller sincèrement de ce qui nous parait aujourd’hui indispensable, de nosmétaux, de nos oripeaux, de notre chair. C’est le sens qu’il me semble devoir conserver,de l’acte de sacrifice de JOHABEN qui se débarrasse de son épais dans l’athanor.Du mercure, du soufre et du sel ou la clé alchimique du drame de la caverne… L’Hermétisme fait remonter l’origine première de toutes choses àune radiation qui part simultanément de partout : c’est laLumière infinie, l’Aôr Ensoph des Kabbalistes. Cette Lumièrecréatrice émane d’un centre qui n’est localisé nulle part, mais quechaque être retrouve en lui-même.Envisagé dans son unité omniprésente, ce Centre qui est la sourcede toute existence, de toute pensée et de toute vie, se manifestedans les êtres comme le foyer de leur énergie expansive, laquelle semble se rapporter àun feu interne, qui serait entretenu par ce que les alchimistes appellent leur SOUFRE.Or, l’ardeur centrale résulte pour chaque être d’une réfraction en lui de la lumièreambiante, laquelle est avide de pénétrer les corps et représente les influences quis’exercent sur eux de l’extérieur. Ainsi la Lumière-Principe se manifeste par rapport aux êtres sous deux aspects opposés: elle converge vers leur Centre sous le nom de MERCURE, puis elle rayonne de cefoyer radical à titre d’émanation sulfureuse.Le Mercure fait donc allusion à ce qui entre et le Soufre à ce qui sort ; mais entrée etsortie supposent un contenant stable, lequel correspond ce qui reste, autrement dit auSEL.Le Sel est une condensation lumineuse produite par l’interférence dedeux rayonnements contraires ; c’est le réceptacle en qui s’infiltrel’esprit mercuriel pour y exciter l’ardeur sulfureuse.Considéré dans son universalité, comme l’éther partout répandu quipénètre toutes choses, le Mercure prend le nom d’Azoth des Sages.C’est alors le souffle divin (Rouach Elohim) que la Genèse nous montre se mouvant surle dessus des eaux, lesquelles sont représentées par le Sel .Cette alliance permet à l’individualité de conquérir la plénitude de l’être, de la vie etde la pensée ; car les individus n’existent, ne vivent et ne pensent que dans la mesureoù ils parviennent à s’assimiler à l’être, la vie et la pensée de la collectivité dont ilsfont partie. Nous ne sommes rien par nous-même : tout provient du grand Tout.L’homme doit donc chercher à s’unir étroitement à la source permanente de touteschoses. Il est aisé de rapprocher ce processus du drame de la caverne. JOHABEN, représentel’influence du Soufre qui exalte l’initiative individuelle et se traduit par des qualitésviriles : énergie, ardeur, courage, audace, fierté, goût du commandement. Elle pousse àcréer, à inventer ; elle incite au mouvement, à l’action, et porte à donner plutôt qu’àrecevoir.ABIRAM, sa victime est à rapprocher de l’influence du Mercure, qui développe aucontraire les vertus féminines : douceur, calme, timidité, prudence, modestie,résignation, obéissance. Le Mercure ne rend pas inventif, mais il donne la faculté decomprendre, de deviner et de sentir avec délicatesse ; de plus il fait aimer le repos,surtout celui de l’esprit ; absorbé dans la rêverie et le vagabondage de l’imagination. Quant au Sel, il engendre l’équilibre, la pondération, la stabilité ; c’est le milieuconciliateur qu’on a pris à juste titre comme le symbole clé la sagesse. C’est le résultatqui surviendra de la confrontation des deux hommes, drame symbolique qui nous estconté.Originairement tout réside dans l’Azoth (mercure) ; mais par l’opération de l’Espritdivin, le Verbe s’incarne au sein d’une Vierge immaculée (la caverne, la matriceprimordiale), qui donne naissance au Rédempteur. Celui-ci n’est autre que le Vouloirparticulier, harmonisé avec la Volonté générale ; c’est le Soufre allié au Mercure dansun Sel parfaitement purifié.Mais l’intimité d’une semblable union dépend du degré de pureté auquel est porté le Sel. Ainsi intervient l’eau qui lave le nouveauné, qui éteint le feu de la combustion de la réaction alchimique qui vient d’être vécue par JOHABEN. Il s’empare de la cruche pour saisir et purifier le sel nouvellement formé. C’est ainsi qu’un homme nouveau, prêt poursuivre la route initiatique, sort de la terre mère et va affronter la justice de Salomon.Sublime Grand Maître Architecte et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes… Au-delà des interprétations symboliques, morales ou alchimiques, je voudrais vouslivrer les enseignements que cet épisode de la caverne m’a apporté :Tout d’abord une interpellation à l’action : « Aucun crime ne doitdemeurer impuni ! ». Ma conviction se fait que le maçon ne doitjamais se complaire dans le douillet confort des jeux intellectuels,d’aussi haute spiritualité soient-ils. Il y a toujours un engagement àprendre pour redresser un tort, aussi petit soit-il ! Le maçon doittoujours voir « …ce chien errant qui l’empêche d’être heureux… »Ensuite j’ai acquis la certitude qu’aucune évolution n’est possible pour qui que ce soitsans remise en cause des certitudes, sans un regard froid attentif et sur ce qui nous guidechaque jour. Ce n’est qu’en gardant intact tout son potentiel « d’émerveillabilité »qu’on peut apprendre du monde. C’est là la leçon développée dans le cartouche des 5sens que nous fait lire le frère hospitalier au 2eme degré et que termine ici JOHABEN. J’ai aussi acquis l’intuition d’une lecture des événements, autre que celle symboliqueacquise en loges bleues, qui je crois devra être affinée à l’alambic de vos interventions.Le prisme « de la patience et du labeur » me semble conduire à des horizons riches deperspectives initiatiques.En fin, je dois vous avouer que j’ai tout de même ressenti une gène au cours de cetravail. Celle d’avoir pu trouver à justifier d’un meurtre. Car même symbolique, laréalité de celui d’Abiram demeure et par elle, sa force et donc son caractèreinjustifiable. Je suis là dans un paradoxe qu’il me faudra certainement résoudre. Sublime Grand Maître Architecte et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes,je m’arrêterai ici, en vous priant d’être indulgents à cause des longueurs et en vousremerciant de vos lumières sur ce sujet qui m’a tant passionné. Sublime Grand Maître Architecte et vous tous mes frères Grands Maîtres Architectes… J’ai dit.JM Navigation des articles Planche Précédente "La Caverne" Planche Suivante "La Caverne"