#406012

Les degrés de perfectionnement aident le Franc Macon à construire son temple intérieur

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Avant d’entrer en maçonnerie, les seuls temples que je fréquentais, et d’ailleurs, épisodiquement, étaient les églises catholiques Il m’est souvent arrivé d’éprouver, en ces lieux, un sentiment de sérénité : la ferveur des fidèles partageant un même rituel, chantant en chœur les cantiques m’emportait dans un monde de fraternité universelle. Mais, très vite, après la  sortie, je retrouvais le monde avec sa mesquinerie et même sa barbarie. Les journaux télévisés continuaient à déverser leur lot quotidien d’horreurs et de massacres partout dans le monde. Et la sérénité faisait place au désespoir, m’enlevant toute illusion sur les hommes et leur capacité à bâtir un monde meilleur. Partout, malgré la religion, quelquefois au nom de la religion, les hommes se déchiraient, s’entre-tuaient.

Depuis mon initiation maçonnique, j’ai retrouvé la même communauté de cœur, le même idéal spirituel et humanitaire, mais il ne s’agit plus de suivre les enseignements dogmatiques de telle ou telle religion en fréquentant ses temples, il convient de bâtir, par une participation active, le temple idéal de l’humanité. S’attaquer à cette oeuvre suppose un effort constant pour se transformer peu à peu, sans suivre un dogme religieux, une doctrine politique, ni même les valeurs d’une école philosophique. Ou plutôt, sans exclure aucun de ces enseignements, en les reconnaissant tous comme vecteurs de connaissance et en acceptant que d’autres utilisent un support différent. Commencer une démarche initiatique, c’est se mettre en chemin vers son propre perfectionnement, car l’amélioration de l’humanité passe, pour le maçon, par la construction de son temple intérieur.

Certains sociologues américains appartenant à l’école de Palo Alto définissent cinq grandes catégories de besoins chez tout homme. Ces besoins sont hiérarchisés et se présentent comme une pyramide de sorte que les besoins de la seconde catégorie ne peuvent être ressentis que si ceux de la première catégorie ont été satisfaits et ainsi de suite. Les premiers besoins sont les besoins physiologiques fondamentaux qui concernent la survie : nourriture, logement, vêtements. On trouve ensuite les besoins de sécurité qui ont pour but de pérenniser ces acquis et de garantir l’avenir, puis viennent les besoins sociaux, besoin d’être intégré dans un groupe, accepté par les autres, d’avoir des relations avec ses semblables. Le quatrième type de besoin est le besoin d’estime, estime de la part des autres, de reconnaissance, et aussi estime de soi, confiance que l’homme a en lui-même. Et enfin, au sommet de la pyramide on trouve le besoin d’accomplissement, besoin de se dépasser, d’atteindre un idéal. Ce que l’on appelle construction du  temple correspond-il à la réalisation de toutes ses potentialités humaines, à l’épanouissement personnel.

La maçonnerie répond-elle à ce désir de perfectionnement réservé à une élite ayant déjà satisfait ses autres besoins ? Cette vue hédoniste n’est pas toujours absente des loges, mais à mon avis la construction de son temple intérieur ce n’est pas que cela, car cette construction ne vise pas à faire de l’initié un homme parfait, ce qui l’attacherait encore davantage à son ego. L’initiation maçonnique ne prétend pas apprendre quoi que ce soit, ni donner quelque type de pouvoir que ce soit. Le maître n’enseigne pas de théorie, pas forcément pour cacher son savoir ou garder un secret, mais il ne sait pas toujours lui-même ce qu’il sait faire. Ce n’est pas un professeur, ni encore moins un gourou, sa mission est de transmettre une expérience vécue. Il ne livre pas à l’apprenti, un enseignement, des concepts, mais il est un  exemple d’une autre façon d’être. L’initié, au cours de son cheminement vers la maîtrise, modifie ses façons d’agir, avance dans la découverte progressive de lui-même, et c’est ainsi que je conçois la construction de son temple intérieur.

Cette construction se vit, elle ne se raconte pas, ne s’analyse pas, bien que j’y sois un peu contraint aujourd’hui ; elle est construction individuelle, mais se fait au contact de ses frères.
Beaucoup de communautés proposent des solutions pour renouer avec la spiritualité : ainsi, le mouvement New Age souvent inspiré par des visées mercantiles ou des désirs de manipulation mentale propose un éventail de solutions pour bâtir son temple intérieur : paganisme antique pour retrouver le sens du sacré, astrologie, magie, gourous, ésotérisme oriental ou indien, le choix est vaste. Mais la démarche s’apparente plus au matérialisme spirituel, à la recherche de pouvoirs magiques, expériences rapides et sans profondeur, qu’à une véritable construction telle que l’initiation maçonnique en 33 degrés qui exige la patience, l’engagement total et constitue l’aventure d’une vie.

A trois ans, je découvrais le monde, enfant, la colonne B m’amenait à une profonde interrogation sur mes façons de penser, d’être et d’agir dans le monde, et mes certitudes étaient remplacées par le doute. La voie était tracée, il fallait maintenant aller plus loin. Pourtant dès le 2ème degré, je devais m’écarter de cette voie, faire un pas de côté, voyager, parcourir le monde. Sans forcément aller très loin, je m’efforçais d’écouter d’autres façons de penser et je comprenais que la vérité n’est pas une, mais multiforme, riche d’expériences et d’approches différentes. Au troisième degré, je mourais sous l’effet des passions humaines, ignorance, ambition et fanatisme, pour revenir à la vie et à la maîtrise de ses passions. J’avais sept ans, l’âge de raison.

Ainsi, après avoir gravi trois marches, puis cinq et enfin sept marches par un escalier tournant, j’étais dans le temple, dans la chambre du milieu ; le but était atteint et mon initiation parfaite.
Et bien non, car tous les temples comprennent plusieurs enceintes. Ainsi, en Egypte, le pronaos, ou péristyle précède les deux salles hypostyles, le Haït et le Naos, ou sanctuaire, et on passe d’une salle à l’autre en gravissant des marches.

Au 4ème degré, j’apprenais que je me trouvais devant le Saint des Saints du Temple de Salomon, en possession de la clé qui me permettrait peut-être un jour d’y entrer, mais le voyage devait continuer. J’étais parfaitement conscient de ne pas avoir atteint l’état de libération promis par l’initiation bien qu’ayant théoriquement acquis la maîtrise spirituelle, et cela est fort heureux ; ainsi il me reste encore à découvrir des degrés pour poursuivre mon perfectionnement, et c’est peut-être cette prise de conscience de ne pas avoir achevé l’ouvre qui me laisse une possibilité d’y parvenir un jour. L’homme raisonnable devait poursuivre sa quête de perfectionnement vers l’homme de devoir, puis vers le héros et, enfin vers le Juste.

Alain dit que « toute vérité devient fausse au moment où l’on s’en contente ». Le progrès de l’homme est moins dans la vérité elle-même que dans l’effort fait dans la recherche de la vérité. Là se trouve toute la cohérence de la Franc-maçonnerie qui fournit des étapes après la maîtrise, et c’est pourquoi les ateliers de perfectionnement permettent de continuer à bâtir son temple intérieur, à ne pas poser la pierre de voûte après l’élévation à la maîtrise.

Le 4ème degré permet de continuer la construction commencée au 1er degré. Mais cette construction prend une autre dimension, et l’initiation de métier laisse la place à la tradition salomonienne et l’Evangile de Jean est remplacé par le Livre des Rois. Dans les ateliers supérieurs, au moins jusqu’au 12ème degré, auquel je suis parvenu, le président de l’atelier représente souvent le Roi Salomon. Car, si les trois premiers degrés me semblent de nature à transformer l’homme, les ateliers supérieurs fixent un objectif plus ambitieux : l’éducation des rois. Dès le 4ème degré, l’initié est invité à tenir le rôle de guide pour ses semblables, comme le roi gouverne ses sujets. Sans doute faut-il voir dans cette mission une des significations de la formule « Art Royal ». Le maître secret doit s’efforcer, en travaillant à son amélioration, d’améliorer le sort de ses semblables comme le roi, dont le rôle est de conduire son peuple vers le bonheur. Ayant travaillé dans les trois premiers degrés à son perfectionnement en tant qu’homme, le maître secret va maintenant s’efforcer d’acquérir les capacités du plus important des hommes : le Roi, celui qui peut commander, être un guide. Il doit, pour cela, devenir l’homme le plus vrai de cœur, le plus juste, le plus noble, pour, en, toute circonstances pouvoir conseiller, éclairer les autres. Le devoir est le grand moteur du maître secret qui trouve là matière à poursuivre son perfectionnement, à se dépasser pour améliorer le sort de ses semblables.

Au 4ème degré, le sens du devoir est élevé au rang d’exigence morale, et le maître secret doit travailler au progrès moral et spirituel de l’humanité ; la couronne d’olivier qu’il reçoit est le signe de son engagement à rendre le monde plus humain. Mais le roi Salomon, homme de devoir, a aussi pour mission de rendre la justice et n’a demandé à Dieu ni richesse, ni puissance mais uniquement un « cœur intelligent, capable de juger le peuple, sachant distinguer le bien du mal », comme il est dit dans la Bible. (Rois 3.9).

C’est, pour moi, l’enseignement du 9ème degré. Johaben obéit à une pulsion agressive, primaire, en égorgeant le meurtrier d’Hiram. Il assouvit sa soif de vengeance bestialement, perdant toute mesure, il succombe au plus vil de ses instincts ; il tue comme pour satisfaire un impérieux besoin physique, et ensuite il va boire à la fontaine pour finir de s’apaiser. Il est évidemment dans un état de souffrance dû à l’assassinat de son maître Hiram, et c’est pour calmer cette souffrance qu’il tue Abiram, comme c’est pour apaiser la souffrance physique de la soif qu’il va boire à la fontaine. Mais la vengeance n’est pas la justice, et la justice des hommes n’apaise pas totalement les souffrances de l’âme de l’offensé ; elle n’est souvent qu’un breuvage amer, comme un médicament pour calmer la douleur. Toutefois, il faut savoir accepter les décisions de justice comme la meilleure réponse à l’offense, même si elles n’apparaissent pas comme le breuvage le plus agréable.  Salomon, irrité de voir que Johaben avait bafoué son pouvoir, décide de le punir. Puis, finalement, s’élevant au-dessus des bassesses humaines, il pardonne.

Dans les sociétés anciennes, l’homme offensé se faisait justice lui-même et répondait par le meurtre au sang versé. La famille ou le clan se chargeait d’accomplir cette justice compensatrice. Puis, avec la civilisation, les hommes se sont policés, appropriant le châtiment au crime commis et surtout en déléguant à une autorité reconnue de tous, le droit de prononcer la peine. Ce n’est pas le châtiment appliqué par Johaben qui révolte Salomon, mais le fait qu’il se soit substitué à lui pour rendre la justice. Le premier code pénal connu, le code d’Hammurabi date des environs de 1750 avant notre ère ; il reste cruel et fait une large place à la Loi du Talion, énumérant les différentes mises à mort par le feu, l’eau et le pal, suivant les crimes commis. Progrès par rapport à la vengeance privée, il reste une codification de la vengeance permise. Il faudra attendre le Christianisme pour voir se développer la notion de pardon et de compassion envers les coupables. Abiram représente l’homme dans son état bestial ; incapable de s’élever par son travail, il veut extorquer à Hiram des secrets que son mérite ne lui permet pas de connaître, et devant le refus d’Hiram, il le tue. Johaben, le maître élu ne parvient pas à s’élever beaucoup au-dessus d’Abiram en se faisant justice lui-même ; il reste au niveau des passions humaines, ce que comprend Abiram puisqu’en mourant il prononce le mot « Nekam » qui signifie vengeance. Dans sa première réaction, Salomon, fait son devoir : il prononce le châtiment qu’il estime mériter envers le justicier. En prononçant la peine, il rétablit l’ordre troublé par l’acte de Johaben. Puis il fait preuve de sentiments plus élevés en pardonnant Johaben. C’est à cette élévation de sentiments que nous convie Salomon et la construction du temple intérieur se poursuivra en acquérant la capacité de pardonner. Du 3ème au 9ème degré on est ainsi passé du crime à la vengeance, puis au châtiment et enfin au pardon.

Ce mythe nous enseigne un autre volet du rôle du roi : il doit rendre la justice, en n’écoutant que son sens du devoir et de la raison d’état, comme on l’a vu au 4ème degré, mais aussi en sachant se montrer magnanime et compréhensif devant la faiblesse des hommes. Ce dilemme du souverain a inspiré maints dramaturges, car comme dans les grands déchirements cornéliens, le coupable, ici n’est pas un homme ordinaire. Il s’agit d’un maître élu envoyé en mission par le roi pour arrêter un assassin, et Johaben n’a pas manqué de courage dans son action ; on peut dire qu’il s’est comporté en héros et probablement pensait-il se couvrir de gloire, tout exalté par son exploit. Emporté par cette gloire attendue, Johaben a pêché par orgueil, cherchant dans son action à sublimer son moi et à se grandir ; il a ainsi oublié le sens strict de son devoir et a manqué d’humilité. D’homme de devoir qu’il était, Salomon s’est élevé au dessus de la condition humaine. Car la justice des hommes n’est souvent qu’une façon réglementée et légale d’exercer une vengeance, un exutoire pour satisfaire la rancœur des bons citoyens. Et si l’on peut faire son devoir par crainte, par intérêt ou par espoir d’en être récompensé, le pardon, par contre n’attend aucune compensation. Le véritable pardon est le fait de l’homme fort ; il ne se confond pas avec l’oubli de la faute, et une fois accordé, il ne peut rester nul ressentiment. Elevant celui qui le donne, il n’humilie pas celui qui le reçoit. C’est un acte de foi dans la possibilité d’amendement de celui à qui il s’adresse et, par son pardon, Salomon ouvre à Johaben la voie du repentir et la possibilité de réintégrer la communauté des maîtres.

Tout le monde reconnaît qu’il est grand de pardonner, mais bien peu d’hommes en sont capables, le moment venu. Le pardon est le premier engagement qui nous est demandé en maçonnerie avant de recevoir la lumière, dans la chaîne d’union. Nous avons tous fait cette promesse et l’acte de Salomon vient nous rappeler que cela ne peut pas rester un engagement à la légère.

Tels sont à mon sens les enseignements des degrés supérieurs, et les qualités que l’initié doit acquérir pour parfaire la construction de son temple intérieur sont le sens du devoir, de la justice, l’humilité et la magnanimité, vertus qui nous font accéder à la noblesse de la Chevalerie où le courage n’a d’égal que la loyauté et où l’héroïsme et le don de soi sont toujours tempérés par la clémence et la modération dans les positions de force.

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